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© Jazz Hot 2019

Kirk Lightsey & Talib Kibwe: To Randy With Love
Péniche La Marcounet, Paris 4e. 2 avril 2019

Au pied du Pont Marie, sur la péniche Marcounet, dans un cadre chaleureux, l’association Spirit of Jazz organisait un moment rare de musique intemporelle. Un rendez-vous évident avec l’histoire du jazz à Paris et de ses nombreux musiciens américains venus de tout temps en résidence plus ou moins prolongée. Un passé révolu aujourd’hui qui aurait d’ailleurs mérité d’être immortalisé sur la pellicule ou sur disque. Ce duo entre le pianiste de Detroit Kirk Lightsey et le saxophoniste new-yorkais Talib Kibwe renvoie à la fameuse rencontre entre Randy Weston et Billy Harper sur le magnifique The Roots of the Blues. Un hommage au pianiste disparu le 1er septembre 2018 qui fut le lien entre Ellington, Monk et l’Afrique et qui, à l’image d’un griot,  nous avait habitué à raconter des histoires universelles et merveilleuses dont la genèse débuta dans son Brooklyn natal où il croisa Max Roach ou son cousin Wynton Kelly, pour se terminer sur les rives subsahariennes au cœur de la musique des Gnaoua. Pour cette évocation sous forme d'ode à l'univers de Randy Weston, il faut voir comment Kirk Lightsey enroule ses notes sur le blues qui est toujours suggéré tout au long du concert, du sublime «Berkshire Blues» à «African Village». Du beau piano entre lyrisme classique et tradition bop dans un jeu souvent rythmique évoquant aussi bien l'école de Detroit que les apports de McCoy Tyner. Il y a dans cette musique une expressivité et une exigence puisant dans la grande tradition de l'art afro-américain à l'image d'une formation telle que les «Leaders» que connaît bien Kirk Lightsey. L’art du duo dans sa forme la plus intense d’interactivité entre deux musiciens partageant un langage commun. Celui de la tradition avec ce retour en permanence à l’esprit du blues et un swing quasi viscéral sous les doigts du pianiste. Ce dernier fascine de par la qualité de son jeu dynamique et surtout un contrôle de la sonorité lui ouvrant de nouvelles perspectives. Le lien avec Randy Weston est une évidence de par cet héritage commun et partagé. La présence de l’altiste Talib Kibwe, New-Yorkais ayant lui aussi résidé à Paris dans les années 80, semble une évidence tant sa collaboration avec Randy Weston, durant plus d’un quart de siècle, fut intense. Il y a dans son jeu une expressivité extrême doublé d’un fort vibrato prolongeant à merveille le discours de son ancien mentor. Un lyrisme permanent dans le jeu de l’altiste qui est également un excellent arrangeur sur un thème tel que «Little Niles» et qui se veut conteur et passeur auprès d’un public friand d’anecdotes, parmi lesquels quelques illustres musiciens et amis  de passages tels que les batteurs John Betsch et Steve McCraven, le contrebassiste Jack Cregg ou l’altiste Sulaiman Hakim.

Kirk Lightsey et Talib Kibwe © Jérôme Partage
Kirk Lightsey et Talib Kibwe, Péniche Le Marcounet, Paris, 4 avril 2019 © Jérôme Partage

Talib Kibwe, d’une grande musicalité, utilise tous les registres de son instrument notamment sur «Hi Fly» ou «Saucer Eyes» thème qu’il ne jouait jamais sur scène à son grand désespoir mais qui lors du dernier concert de Randy Weston à Nice l'année dernière a pu l'interpréter à sa plus grande surprise en rappel. Ce thème bop immortalisé à la fin des années 50 par Cecil Payne puis plus tard par Ron Carter et Art Farmer est un modèle du genre. Dans un esprit de jam session, l'arrivée du jeune trompettiste américain Josiah Woodson originaire de l'Ohio apporte une couleur particulière à l'ensemble. Il a déjà une expérience riche en rencontres, de Branford Marsalis à Billy Hart en passant par Dave Holland, Mulgrew Miller ou son aîné Marcus Belgrave. Le piano de Kirk Lightsey donnant une forme d'équilibre sur le plan rythmique et harmonique. Le répertoire évoque la relation particulière qu'avait Randy Weston avec l'œuvre de Thelonious Monk avec un superbe «Well You Needn't» revisité en trio, avant d'explorer «African Sunrise» où plane l'ombre de Dizzy Gillespie ainsi qu'un «Birk Works» où le jeu linéaire et les longues phrases sinueuses du trompettiste donnent à cet hommage une nouvelle dimension. L'audace se vérifia avec la version du thème complexe de Jon Hendricks «Pretty Strange» avec la vocaliste Sarah Thorpe doublé des contre-chants des cuivres avant de conclure sur un «Now the Time» débordant de swing. Un rendez-vous avec une des plus belle page de l'histoire du jazz par des musiciens authentiques partageant une culture commune et éternelle.

Texte: David Bouzaclou
Photo: Jérôme Partage


© Jazz Hot 2019

Rhoda Scott Lady All Stars © Michel Laplace



Rhoda Scott Lady All Stars
L'Astrada, Marciac (32), 23 mars 2019
© Michel Laplace



Rhoda Scott Lady All Stars
L'Astrada, Marciac (32). 23 mars 2019

Une salle pleine pour ces dames! A croire que les gens aiment encore quand ça swingue et avec Rhoda Scott c'est une garantie. Ou bien que les femmes musiciennes sont sur une vague porteuse. Ce qui paraît être le cas. Mais que l'on ne vienne pas dire que les femmes saxophonistes sont une nouveauté! N'est-ce pas Elise Hall (1853-1924), saxophoniste et présidente de l'Orchestral Club de Boston qui, en 1901, a commandé à Debussy une Rhapsodie pour saxophone? Ce qui n'enlève rien au talent des instrumentistes actuelles. Nous avions donc le quartet de Rhoda Scott (Lisa Cat-Berro, as, Sophie Alour, ts, Julie Saury, dm) augmenté d'Anne Paceo (dm), Géraldine Laurent (as) et Céline Bonacina (bar), un septet qualifié à juste titre de «Lady All Stars». Sur scène, deux batteries à gauche, l'orgue hammond au centre, et les quatre saxophones à droite. Nous n'avions pas revu Rhoda Scott, 80 ans, depuis juin 2004 à Ascona. Elle n'a rien perdu de son swing et de son inspiration. Elle présente chaque morceau, en français (elle vie dans l'Eure & Loire), avec humour.
Après un thème-riff (sans solos) très efficace et signé Lisa Cat-Berro, le septet a joué «Escapade» d'Airelle Besson. C'est là l'exception, car le répertoire est constitué d'originaux signés par l'équipe actuelle, sauf Céline Bonacina qui vient d'être recrutée. Nous avons donc eu, notamment, et dans le désordre: «Château de sable» d'Anne Paceo, «Laissez-moi» de Julie Saury, «Short Night Blues» de Rhoda Scott et «Golden Age» de Cat-Berro (la plus contributive). Une formation à deux batteurs peut-être risquée. Soit comme chez Duke Ellington (épisode Elvin Jones/Skeets Marsh, 1966), il y a deux tempos (déstabilisant pour les solistes), soit c'est une surenchère démonstrative (Gene Krupa/Buddy Rich). Là, Anne Paceo et Julie Saury ont très intelligemment abordé cette coopération, soit par le relais, soit par la complémentarité. En tout cas, ce fut très efficace et un élément important dans le succès du résultat, très swing. Les solos des saxophonistes ne manquaient pas d'enthousiasme avec une Géraldine Laurent toujours aussi «out» en parfait contraste avec la sobriété de Sophie Alour. Lisa Cat-Berro est une excellente premier pupitre pour les passages en section de saxophones impeccables dans la mise en place et le son d'ensemble qui bénéficiait de la profondeur du baryton de Céline Bonacina. Une bonne soirée.

Texte et photos: Michel Laplace

© Jazz Hot 2019

Jan de Haas © Pierre Hembise

Jan de Haas
Jazz Station, Bruxelles, 12 janvier 2019
© Pierre Hembise


Winter in Brussels

Janvier-Février 2019


Le 12 janvier, la Jazz Station accueillait quelques-uns des meilleurs jazzmen belges pour évoquer les grands moments de Steps Ahead (Jan de Haas, vib, dir, Fabrice Alleman, ts, Ivan Paduart p, ep), Théo De Jong, b, Bruno Castellucci, dm). L’hommage intitulé «Steps Tribe» reprenait pour le bonheur des quaternaires les morceaux de bravoure du jazz-rock composés par Mike Mainieri, Don Grolnik et Michael Brecker. Le plus souvent, on écoute Jan de Haas à la batterie, comme accompagnateur. C’est beaucoup plus rare de le retrouver au vibraphone et comme leader. Ce soir-là, son idée était de faire revivre les sons et les rythmes des années 80 et non de se mettre en avant comme soliste. Pour le reflet d’une certaine nostalgie,  le pari fut gagné ! Au fil de thèmes, comme «Tea Bag», «Island», «Sarah’s Touch», «Fawty Tenors», «Oops», «Pools», «Self Portrait», «I’m  Sorry», «Trains» et «Bullet Train» on apprécia le tempo et les lignes de Théo De Jong sur une cinq cordes. Bruno Castellucci, attentif à la partoche, complétait l’assise en parfaite harmonie avec le bassiste. Sur «Bullet Train» : on retiendra le thème joué note pour note par le vibraphone et la basse. Effacé la plupart du temps, Fabrice Alleman (ts) parvint à imprimer sa marque de hard-bopper dans quelques solos dont il a le secret («Fawty Tenors»).Les vagues d’Ivan Paduart aux synthés coloriaient joliment une musique qui charme encore aujourd’hui avec ses contrastes, ses crescendos, ses retenues et une définition en mode majeur. A l’occasion du premier rappel (il y en eut deux), Ivan Paduart imposa le choix de «Before You» de Lyle Mays: l’opportunité de nous offrir un magnifique solo.  Le concert s’est conclu sur «Blue Montreux». Dans la salle, on remarquait la présence de Diederik Wissels (p) et de Bart Quartier (vib) qui se fait trop rare à Bruxelles comme en Wallonie.

 

Le petit Musée Charlier de la commune de Saint-Josse-ten-Noode, perpétue la tradition initiée par Jean Demannez (ex-bourgmestre) en  proposant un concert de jazz une ou deux fois par mois. Depuis quelques années, les Lundis d’Hortense programment des solos, des duos et  des trios. Le 15 janvier,  entre 12h30 et 13h30, Diederik Wissels (p) et Nicolas Kummert (ts) conjuguaient leurs talents autour de quelques œuvres personnelles dont «Joy» (Kummert) et «Pasarela» (Wissels). Malgré de très jolis solos de piano, je dois avouer avoir été déçu par cette association piano/sax-ténor. Pour l’équilibre musical, j’aurais préféré ouïr un violoncelle. Quoiqu’il en soit, l’assistance était à la mesure de la renommée des solistes : quatre-vingt personnes. A l’heure du jambon-beurre, ce n’est pas si mal!

 

Une amie nous avait chaudement recommandé d’aller voir la pièce NinaLisa au Théâtre Le Public (Saint-Josse). Cette création de Thomas Prédour et Isnelle da Silveira met en scène les relations d’amour/désamour de Nina Simone et de sa fille Lisa dans la maison qu’occupait la chanteuse de «My Baby Just Care for Me» à la fin de sa vie à Carry-le-Rouet (13). Les rôles titres sont tenus par l’actrice et coauteure sénégalaise Isnelle da Silveira (Nina) et la chanteuse belgo-haïtienne Dyna. Mieux qu’une comédie musicale, comptant une vingtaine d’extraits chantés par l’une et/ou l’autre, la pièce s’attarde sur les sentiments de manque partagés entre la mère et sa fille, mais aussi sur le parcours de Nina Simone en faveur des Droits civiques aux Etats-Unis. Les chansons étaient bien interprétées par Dyna mais c’est la puissance d’Isabelle da Silveira –voix et gestuelle– qui furent remarquables. La mise en scène sert  les dialogues et les chants avec maestria; l’accompagnement live du pianiste Charles Loos est impeccable (le piano est sur la scène). Cette belle réussite mériterait un prolongement en tournée en France. Et pourquoi pas dans la Salle «Fernandel» de Carry-le-Rouet? Nous étions au Public le 18 janvier; le lendemain, Lisa Simone se produisait en concert à Flagey! A-t-elle vu la pièce et l’a-t-elle apprécié?

 

Le 19 janvier, Les Doigts de l’Homme étaient à la Jazz Station, une première depuis dix ans. Avec  l’incorporation du breton Benoît Convert (g) et du percussionniste franco-algérien Nazim Aliouche, le leader, Olivier Kikteff (g), a redimensionné le groupe autour de ses compositions originales et celles de Benoît Convert. Les deux guitaristes se partagent les solos, se relayant au cours de morceaux négociés à vitesse VV’. La sonorité est un peu plus métallique pour Convert; elle est vibrée et plus matte pour Kikteff. Yannick Alcover (g) et Tanguy Blum (b) assoient les accords et le tempo de manière rigoureuse. Le swing est intense et les compositions osent quelques accents inhabituels, transméditerranéens. Comme il sied, les musiciens s’amusent des envois (parfois lourds) d’Olivier  Kikteff entre les morceaux. Le groupe est bien rôdé, les arrangements sont en place; la musique primesautière. «Miss Young», «Amir Accross the Sea», «Le Coeur des Vivants», «Caprice », «Old Man River» et «I See the Light» sont quelques-uns des thèmes réjouissants interprétés ce soir-là.


Olivier Kikteff © Pierre Hembise
Olivier Kikteff, Jazz Station, Bruxelles, 19 janvier 2019 © Pierre Hembise


Vincent Peirani (acc), Fred Casagrande (g) et Ziv Ravitz (dm, perc, electronics): un trio de choc pour illuminer la soirée du jeudi 24 janvier à la Jazz Station, dans le cadre du River Jazz Festival. Cent-quarante personnes et salle comble dans un espace prévu pour la moitié; il fallait réserver tôt pour espérer une place assise. Ce qui frappe immédiatement à l’écoute des premiers morceaux: c’est la force d’expression d’un trio soudé comme les doigts de la main. Et leurs mains savent très bien chanter sur un lit d’ostinatos joué alternativement par l’accordéoniste ou le guitariste. La base est souvent obsessionnelle; elle permet tous les crescendos. L’inspiration va de la Mer de Chine au Golfe du Mexique en passant par les côtes méditerranéennes, Indonésie («Joker»), Proche et Moyen-Orient («Dream Brother»), Italie, Islande. Vincent Peirani et Fred Casagrande vivent intensément ce qu’ils jouent, volubiles, inspirés, très jazz dans leurs solos. Ziv Ravitz complète l’unité comme batteur ou percussionniste, mais surtout comme l’ordinateur des sons; il lance des séquences préenregistrées, des loops, des percussions sur des toms électroniques, des phrases courtes de clavinette, des psalmodies chantées. L’électronique sert parfaitement la musique, sans déformations, en enrichissements mieux qu’en complément. La technique de Fred Casagrande est stupéfiante; alors que les doigts de la main droite remontent les cordes, le guitariste attaque en descente avec le pouce entouré d’un médiator métallique. A l’aide des pédales, il modifie les tons et les octaves d’une six cordes d’apparence normale (une Fender) jusqu’à nous offrir des solos et des accompagnements de basse très professionnels («Fool Circle» joué jadis avec la chanteuse Yun Sun Nah). Avec «Ritournelle» et le solo d’accordéon, on ose la comparaison avec Galliano. «Nin-na-Lan» est une berceuse lente jouée au melodica par Vincent Peirani et enrichie par la clavinette de Ziv Ravitz. Le concert s’est déroulé en une seule partie de quatre-vingt-dix minutes et s’est conclu sur deux thèmes mêlant chansons islandaises et  italiennes («Anouka», «Lesindarla», «Seria»). Il faut saluer le travail remarquable de l’ingé-son pour le dosage très fin. La technique et l’électronique sont au service de la musique. On a malheureusement trop souvent l’inverse en concerts et en festivals.

Le 7 février, la toute grande foule se pressait au Studio 4 de Flagey (sold out) pour écouter Stefano Bollani (p). Nous connaissions le pianiste italien comme accompagnateur d’Enrico Rava (tp) ou de Richard Galliano (acc) et nous ne pouvions rater l’occasion de le redécouvrir seul face à l’ivoire d’un beau Steinway. Dans le cadre du festival de piano, le maître avait choisi de faire la démonstration de sa virtuosité au travers des chansons populaires de son pays («Azuro», «Volare»), de quelques originaux («Song for My Wife»), de grands standards de Broadway et du jazz («Summertime», «Someday my Prince Will Come») et de quelques tubes latinos comme «Estate» et «Besame Mucho». Le doigté du maître est stupéfiant au travers des œuvres qui se succèdent en medleys avec des changements de rythmes et beaucoup d’imagination. Trop d’imagination sans doute lorsqu’il parodie la «Marche turque» de Mozart ou la «Cinquième» de Beethoven! Et puis, colorier tout cela par des gesticulations assis-debout –avec ou sans tabouret– et des traits d’humour à la grosse louche: c’en était trop et cela tournait au spectacle de cirque. Virtuose, d’accord! Clown, non merci!

 

Parmi les rendez-vous de février à la Jazz Station, la «Singers night» mensuelle, le 16, proposait aux chanteurs/ses amateurs de se présenter à 18 heures avec trois partitions. Sous le contrôle de Natacha Wuyts (voc) l’ordre de passage est tiré au  sort et deux morceaux par personne sont sélectionnés. Un pianiste professionnel assure l’accompagnement adéquat à partir de 20h30. L’assistance d’une cinquantaine de personnes est constituée de parents, d’amis, de collègues de bureau ou de simples curieux.  Outre de jeunes chanteuses, on a découvert l’une ou l’autre personne d’âge «mûr»; des Belges, mais aussi des résidents européens: une Danoise, une Espagnole... Le niveau n’est pas toujours exceptionnel, mais, en général c’est juste ; raide, peu nuancé, mais juste. Deux jeunes filles se sont nettement détachées ce soir-là au cours de cette joute amicale.

 

Le lendemain, le 17, il ne fallait pas manquer le concert du trio d’Amaury Faye (p, voir la chronique de son disque dans Jazz Hot n°686). Le pianiste toulousain et son batteur,Théo Lanau, résident à Bruxelles alors que Louis Navarro (b) a choisi de vivre à Berlin après ses études au Conservatoire d’Amsterdam. C’est d’ailleurs à Berlin que le trio enregistrera son prochain album live (le projet étant d’un disque par année dans chaque capitale européenne). Nous avons retrouvé ce soir-là toutes les qualités qui nous avaient séduites: cohésion, virtuosité, richesse des arrangements. Le concert débuta par «Ilex», le thème qui clôture l’album. Vinrent ensuite : «Yosemite» puis «Ugly Beauty», une jolie valse. «April Showers» est entamé par la seule main droite du pianiste en duo avec le bassiste, puis la batterie lance le bridge sur un up-tempo qui introduit un solo très inspiré d’Amaury Faye. Solo de basse, solo de drums aux balais puis aux cymbales; reprise du thème. Le premier set se termine sur une belle ballade «In the Small Hours in the Morning». En seconde partie, le trio nous offrira deux standards: «Fascination  Rhythm» de Gershwin et «We See» de Monk. Le premier de ces morceaux ouvre à nouveau sur une longue intro au piano avant l’exposé du thème, le solo de basse, la reprise fulgurante du claviériste et le solo de batterie. Pour «Wee See», on note la manière remarquable de séquencer et breaker de Théo Lanau; l’osmose est parfaite entre le piano et les drums ; elle l’est aussi  lors d’un duo basse/batterie et lors du 4/4 qui suit. Les trois morceaux suivants sont joués en enchaînements: «They Didn’t Believe Me» de Jérôme Kern, «Interlude» puis «Escalator». Syncopes, notes retenues, ostinatos, tensions, détentes ; la construction  est tellement rigoureuse qu’on pourrait croire que tout est écrit et joué par cœur (il n’y a pas de partitions sur les pupitres). Pour le bis, les musiciens nous ont offert un blues de derrière le chemin de fer (on est à la Jazz Station!) sur un tempo du diable tenu avec talent par Louis Navarro, le jeune et surprenant contrebassiste. On en redemandera!

 

Amaury Faye © Roger Vantilt
Amaury Faye, Jazz Station, Bruxelles, 17 février 2019 © Roger Vantilt


Le 20 février, Diederik Wissels entamait son «Jazz Tour» en quartet pour Les Lundis d’Hortense. Séduit par l’album Pasarela et resté sur ma faim lors du concert en duo au Musée Charlier (voir plus haut), j’avais convié quelques amis à découvrir le groupe à la Jazz Station. Je pense avoir été mal inspiré! Je n’ai pas retrouvé les mélodies sensibles découvertes l’année dernière. Le premier set a duré quelque soixante minutes de séquences collées; longs exposés minimalistes au piano, reprises en duos (sax/piano), quelques sursauts en quartet… Ennui garanti! C’était légèrement mieux au cours de la seconde partie avec des œuvres apparemment mieux abouties et quelques solos intéressants: Nicolas Kummert (ts, voc), Victor foulon  (b) et le plus inspiré, Thibault Dille (acc, melodica). Pas de synthés ni de loops pour ce concert; Diederik Wissels avait sans doute pris le parti de tester quelques idées. Les malheureux cobayes étaient en droit d’attendre des œuvres abouties!

Texte: Jean-Marie Hacquier
Photos: Pierre Hembise et Roger Vantilt


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