Err

Bandeau-tetiere-10-25-pdf-WEB-OKY.jpg
Eddie Jefferson © Sandra-Miley (fusain)
Eddie Jefferson © Sandra-Miley (fusain)

EDDIE JEFFERSON

JAZZ, BLUES & VOCALESE


Eddie Jefferson, chanteur d’exception, dont la vie s’est brutalement interrompue à 60 ans un soir de mai 1979 devant le Baker’s Keyboard Lounge, à Detroit, MI, alors qu’il était dans la plénitude de son art, fait partie de cette longue liste des artistes du jazz de culture qui n’ont pas reçu une consécration à l’aune de leur œuvre, que ce soit par la critique, ce qui arrive parfois, mais aussi du public international du jazz qui n’a pas eu le temps et l’occasion de percevoir l’originalité d’un talent trop rare sur la scène internationale.
Si les producteurs de disques et de concerts ne lui ont donné qu’un éclairage insuffisant à une époque pourtant fertile en découvreurs de talents, malgré la rencontre prometteuse au début des années 1950 de Bob Weinstock (le fondateur des labels New Jazz et Prestige), c’est peut-être qu’Eddie Jefferson n’a entamé sa seconde carrière dans le style de chant qui fait son génie que tard dans son parcours (à plus de 30 ans), après avoir été danseur/chanteur professionnel avant ses 15 ans.
Sans doute que la personnalité solide et affirmée dès l’adolescence de ce bluesman dans l’âme, né sur les planches, professionnel confirmé, indépendant très tôt, habitué des tournées autour de Pittsburgh, une ville où il se sent à son aise dans le circuit artistique régional et le cercle familial, y est pour quelque chose. C’est d’ailleurs son installation à New York au début des années 1950 qui permet à sa carrière de décoller autant sur le plan artistique que sur celui de la notoriété.
Eddie Jefferson est pourtant des quelques artistes du jazz à inventer, et à porter à son zénith au niveau de l’expression, un style particulier qui fera école: le jazz vocalese dont vont s’inspirer quelques chanteurs de l’après Seconde Guerre mondiale, certains avec une plus grande reconnaissance médiatique, et parfois même avec son répertoire… Il est pourtant le grand artiste dans le registre du vocalese. Parmi ses «disciples», ceux qu'il a inspirés, parfois contemporains, on citera, sans que la liste soit exhaustive: King Pleasure (1922), Blossom Dearie (1924), Oscar Brown Jr. (1926), Betty Carter (1929), Claude Nougaro (1929), Leon Thomas (1937), Al Jarreau (1940), Bobby McFerrin (1950) et divers groupes comme le trio, fondé en 1957, de Dave Lambert (1917), Jon Hendricks (1921) et Annie Ross (1930), Les Double Six (1959), The Swingle Sisters (1962), Manhattan Transfer (1969), Allan Harris (The Genius of Eddie Jefferson, 2018).

Hélène et Yves Sportis
Dessins © Sandra Miley (fusains)
Images extraites de YouTube, photo Marcel Zannini dans Jazz Hot et photos X
Avec nos remerciements

© Jazz Hot 2026


CE QU'ENTENDAIT EDDIE JEFFERSON


«J'entendais le saxophone, ce son était dans mon oreille. J'avais l'impression
d'entendre d'autres histoires. C'était très facile pour moi d'écrire des paroles
pour des musiciens comme Lester Young et Herschel Evans, car ils ne faisaient
que de courts solos, jamais plus de seize mesures
(1)


Bien qu’Eddie Jefferson n’ait bien sûr pas inventé le scat –il le pratique dès sa jeunesse– qui existait dès l’entre-deux-guerres dans le jazz (Louis Armstrong, Cab Calloway et Ella Fitzgerald par exemple), il apporte un développement supplémentaire à cette spécificité de l’expression afro-américaine qui fait de la voix, non seulement la plus naturelle et profonde des expressions, mais aussi un instrument au service du rythme, de la virtuosité et du spectacle, des dimensions inséparables du jazz au même titre que la danse et l’humour qui habitent Eddie Jefferson.
Ces qualités sont d’ailleurs déterminantes dans la genèse de son art. Pour Eddie, danseur depuis sa jeunesse, devenu professionnel, le chemin du chant passa par une maturation artistique lente et par l'expression corporelle. On connaît la place fondamentale de la danse dans l’expression afro-américaine de l’entre-deux-guerres particulièrement (cf. les dossiers de Jazz Hot sur la danse). Quant à l’humour, dont on ne parle pas suffisamment à propos de la culture afro-américaine dont il est pourtant un ressort essentiel, aussi bien pour les paroles des chansons (souvent à multiples sens avec jeux de mots ou de sonorités, connotations diverses), que pour le spectacle, comme les bluesmen, blueswomen, les chanteuses et chanteurs du jazz, depuis Fats Waller et tant d’autres, en ont témoigné depuis l’origine du jazz.

Eddie Jefferson y a ajouté une qualité qui lui est propre, la réussite de ses textes, souvent consacrés à mettre en valeur les légendes du jazz dont il reprend les versions fétiches (compositions, interprétations ou improvisations): Duke Ellington («Take the ‘A’ Train»), Lester Young («Come Along with Me»-«I Cover the Waterfront»-«Baby Girl»), Coleman Hawkins («Body and Soul»), Dizzy Gillespie («Night in Tunisia»-«Confirmation»), Charlie Parker («Parker’s Mood»-«Now’s Time»-«Billie’s Bounce»…), Miles Davis («So What»-«Bitches Brew»), Lionel Hampton («Red Top»), James Moody («Moody’s Mood for Love», et beaucoup d'autres thèmes), Dexter Gordon («Dexter Dig It»), Art Blakey/Jazz Messengers («The Preacher»), Hank Crawford («Sherry»), Horace Silver («Phychedelic Sally»-«Philty McNasty»), Cannonball Adderley («Things Are Getting Better»), Johnny Griffin («Soft and Furry»), John Coltrane («Trane’s Blues»), Jimmy Forrest («Night Train»), Herbie Hancock («Chameleon), Eddie Harris («Freedom Jazz Dance»), etc.

A la manière des beboppers, il renomme parfois, selon les albums, certains des titres: «Body and Soul» devient «I Feel So Good», «Parker’s Mood» «Bless My Soul», «It’s Only a Papermoon» «Come Along With Me», «These Foolish Things» «Baby Girl», «Moody’s Mood for Love» «There I Go», etc. Pour l’anecdote, notons qu’Ira Gitler (cf. Jazz Hot 2019 et Jazz Hot n°640) fut l’improbable parolier d’Eddie Jefferson pour «Philty McNasty» d’Horace Silver, thème sur lequel Eddie Jefferson fait intervenir un ami de jeunesse, Pablo Shorter Sanchez (voc), le partenaire d’un de ses numéros de danse à l’adolescence. Le producteur Orrin Keepnews (Riverside, Fantasy, Landmark, Muse…) fut un parolier insolite sur le thème «Letter From Home» de Junior Mance pour Eddie Jefferson, ce qui dit beaucoup de la générosité et la spontanéité d’artiste d’Eddie Jefferson. «Benny’s From Heaven» est bien sûr la transposition humoristique d’Eddie Jefferson de «Pennies From Heaven» (Johnston/Burke, 1928) qui fut immortalisée par Bing Crosby, Tony Bennett, Louis Prima, Frank Sinatra, Dean Martin… mais aussi par Louis Armstrong, Billie Holiday, Gene Ammons… et Eddie Jefferson! Eddie Jefferson transpose des notes, des sons en mots, et pour tout le répertoire du jazz, celui du bebop compris.

Les textes, souvent de sa plume sur des compositions et/ou des interprétations d’autres, ou parfois, texte et musique de sa plume, ou encore repris d’Horace Silver, King Pleasure et autres, racontent une histoire en gardant, par son expression, la puissance explosive des improvisations-chorus de ses grands devanciers et contemporains qu’il écoute en savant, qu’il apprécie en orfèvre, qu’il choisit en amateur de jazz, et qu’il réinvente à sa manière singulière comme par exemple Thelonious Monk a su le faire de la musique de Duke Ellington. Du grand Art!


«J'ai essayé ici, et en fait j'essaie toujours, d'apporter à mon chant un son
aussi proche que possible de la qualité exacte de l'instrument lui-même
.»(2)

Comme dans toutes les expressions de l’art afro-américain, il existe un fondement au jazz vocalese; il se situe dans le spectacle de chant et de danse, là où justement s’exercent les talents depuis tant d’années du père d’Eddie, Edward Jefferson, Sr. C’est la grande période des vaudevilles, des comédies et revues musicales qui s'exportent jusqu'en Europe, des clubs à grand spectacle comme le Cotton Club, etc. Dans ces années 1920-30, Cab Calloway et son jive, avec ses spectacles multidimensionnels, jazz et danse (les Nicholas Brothers) et son chant/ses paroles, est certainement l’un de ceux qui a inspiré le jazz vocalese (https://www.youtube.com/watch?v=_8yGGtVKrD8). Eddie Jefferson a baigné dès sa première enfance, et en professionnel dès son adolescence, dans l’âge d’or de ces expressions en tant que danseur, chanteur, acteur de spectacles soutenus, pour les Afro-Américains, par le jazz. Qu’il soit le codificateur du jazz vocalese n’est donc pas si surprenant, malgré sa modestie naturelle, car la mise en place des paroles et de la voix sur le rythme n’est pas étrangère à celle des pas des danseurs sur le temps, quel que soit le tempo. On sait que de nombreux batteurs, Jo Jones le premier, furent d’excellents danseurs.

Sur le plan formel, l’apport et l’intuition d’Eddie Jefferson ont été de faire coller les syllabes de mots intelligibles, de textes cohérents, de récits, de paroles, et pas seulement des onomatopées comme dans le scat, aux notes, au son, à l'esprit des compositions et des improvisations, et cela sur tous les tempos, sans jamais renoncer à l’expressivité, aux accents du blues et à toutes les qualités naturelles de l’art vocal afro-américain, dont la liberté savamment orchestrée de la mise en place de la voix, omniprésente dans le blues, que Louis Armstrong, Billie Holiday et Ella Fitzgerald ont porté au sommet. Mais, comme il l’explique lui-même, cette inspiration n’a rien d’un artifice car elle est issue d’une réflexion plus profonde née de son imagination et de sa pratique de jeunesse du jazz dans la danse au sein de spectacles de scène populaires, dans le fait d’avoir perçu intuitivement que le jazz est un langage du corps et de l’esprit intimement mêlés, que les chorus, improvisations n’étaient pas une simple production de sons, de notes mais un discours élaboré fondé sur l’imaginaire d’artistes-poètes, avec un sens, une cohérence, un message, un jeu de correspondances entre les mots, les sons, le rythme, la vie, les sentiments, les odeurs, les paysages:

«J'ai toujours pensé que les grands solos de jazz racontaient une histoire.
Dès 1939, j'avais l'idée d'imaginer ce que les musiciens pouvaient bien dire
ou penser pendant leurs improvisations. Le premier exemple dont je me
souvienne est celui d'un disque de Count Basie de 1939, "Taxi War Dance".
J'ai écrit des paroles sur les solos de Lester Young et Herschel Evans.
Je les ai chantées pour des amis, mais ça n'a rien donné et j'ignore ce que
sont devenues les paroles. Peu après, j'ai écrit des paroles pour le solo de
Chu Berry sur le disque "Ghost of a Chance" de Cab Calloway. Mais à l'époque,
j'étais danseur et je faisais tout ça juste pour le plaisir.»
(3) 

Eddie Jefferson, à sa manière de messenger, sans aucune lourdeur pédagogique, est devenu un griot du jazz, un chantre de l’excellence de quelques-uns de ces grands artistes dont il a croisé la route; une mission en soi que s'est fixé Eddie Jefferson de faire re-vivre avec ses mots et sa manière, les légendes du jazz, sur leur propre musique…

Le torrent d’expression que constituent les textes que délivre Eddie Jefferson témoigne d’autres qualités du chanteur: sa mémoire phénoménale dont parle plus loin dans cet article Richie Cole, pas simplement pour les notes et la mémorisation des chorus, mais aussi pour les mots, les phrases et la mise en place millimétrée du tout, interagissant aussi avec ses compagnons d’un soir, les «autres» instrumentistes sans l’ombre d’une hésitation, avec une facilité, un naturel et une virtuosité qui défient toute imitation.


Eddie Jefferson, There I Go Again, Prestige

Autre dimension, sa conviction dans l’expression d’avoir à faire le récit de la légende du jazz, selon lui et avec son style, est déterminante pour générer l’énergie qui porte son message. Le voir sur scène aura été un privilège pour quelques-uns, et même en vidéo à trois jours de son décès (cf. Discographie et Vidéographie), à plus de 60 ans, reste un grand moment du jazz, émouvant par ailleurs! Les mots sortent d’Eddie Jefferson comme d’un volcan en éruption, parfois comme la lave qui coule avec souplesse, parfois comme les projections de roches, selon le tempo. Le terme de hot qui sert habituellement à qualifier l’intensité, l’authenticité et la conviction de l’artiste de jazz paraît presque un peu faible parfois en regard de l’intensité d’Eddie.

Enfin, son registre est étendu (il utilise aussi le falsetto, la seconde voix des hommes dans l’aigu), et sa tessiture –son amour des saxophonistes– correspond à celle du ténor quand sa vélocité correspond à celle de l’alto. Cela va contribuer, avec la précision d’une oreille exceptionnelle, à générer un naturel de son expression, malgré la virtuosité, dans la reprise des chorus de saxophones.


«Il a toujours eu l'oreille pour le saxophone ténor. Il disait que c'était un
peu sa tessiture. Lorsqu'il jouait avec Moody, ils jouaient à l'unisson, ce
qui correspond à la même note. Je jouais ma note une octave plus haut,
ce qui donne un son légèrement différent, mais sa tessiture était celle
d'un saxophone ténor.
»
(5)


Inutile de préciser que cette interaction permanente entre l’expression, les paroles, le rythme et l’improvisation est d’une difficulté de conception et de réalisation sans équivalent, et qu’il faut posséder, en dehors des éléments de base de l’expression jazz (le swing et le blues), autant de maîtrise dans la diction, l’élocution que dans la mise en place rythmique, absolument hallucinante. En dehors de la réalisation artistique elle-même qui met en lumière la virtuosité, la performance fait appel à un dépassement physique, une énergie qui relèvent de la transe, et qui permet à Eddie Jefferson d’atteindre des moments d’intensité, une liberté de l’expression «surhumaine», comme cela se produit quelques fois dans les manifestions culturelles afro-américaines, le jazz en particulier. Sur ce point de la perfection stylistique du vocalese et de l’engagement body and soul, Eddie Jefferson reste sans égal, et de loin. Les saxophonistes James Moody et Richie Cole, qui ont croisé sa route, ont parfaitement saisi le caractère exceptionnel de ce chanteur.

Richie Cole, le saxophoniste alto qui dirigeait l’orchestre qui se produisait avec Eddie Jefferson pour ses derniers concerts (cf. le DVD réalisé à la veille de son décès, Discographie/Vidéographie) a ainsi décrit l’art du chanteur:

«[Eddie] avait une oreille tellement fine qu'il mémorisait –surtout à partir
des disques qu'il écoutait en boucle– un solo. Et c'est de là qu'est venue
l'expression «vocalese». Il mémorisait un solo et le décomposait. Il le
mémorisait et le décomposait avec des mots pour chaque note, ce qui est
très difficile. Il pouvait rapper ce morceau comme un vrai rappeur. Rapidement.
Chaque note avait un mot, vous savez. Il le crachait, tout simplement.»
(4)


UN ENFANT DE LA BALLE

Revenons au parcours d’Eddie Jefferson qui préluda à cette œuvre, trop brève et pourtant mémorable. Né le 3 août 1918 à Pittsburgh, PA, Edgar (Eddie) Jefferson est un enfant de la balle; son père, Edward Sr., travaille déjà lui-même dans le spectacle pour le vaudeville, les spectacles, la scène locale. Il est guitariste, batteur et danseur. Même s’il est actuellement difficile de trouver des éléments biographiques détaillés, Eddie Jefferson semble vivre dans une famille heureuse selon James Moody («Il avait une famille merveilleuse à Pittsburgh»), et il a été marié, plusieurs fois (au moins trois) selon divers témoignages («Je sais que la femme qu'il a épousée avait des enfants. Il s'est marié plusieurs fois. Celle que je connaissais était d'Omaha.»)(5). Il semble également que cet équilibre familial chaleureux et festif a duré longtemps et a établi un lien fort entre Eddie, sa famille et Pittsburgh, ce que rapporte Richie Cole (toujours à Aaron Hill), qui l’a côtoyée alors qu’il débutait: «Je me souviens avoir travaillé au Crawford's Grill et, pour Thanksgiving, il m'a emmené chez lui. Je ne sais pas… il y avait des cousins, des tantes et des oncles, tous apparentés. Il y avait tellement de monde à la maison qu'on a dû faire le dîner de Thanksgiving en trois fois.»

On sait qu’Eddie avait au moins un frère, Charlie (il est possible qu’il existe un autre frère, Edward, Jr., en raison du prénom du père), puisque c’est avec Charlie qu’il a monté son premier numéro de danse et de chant, les Candy Kids, qui devint populaire sur les radios locales pendant plusieurs années. Erroll Garner a appartenu à ce groupe, et Eddie Jefferson a dit qu’Erroll lui avait appris à swinguer. Même si on n’a pas trop de détails sur ce contexte, l’enracinement familial et local (le jazz à Pittsburgh) est sans doute une autre des clés pour comprendre qu’Eddie Jefferson, comme nous le racontent d’autres biographies d’artistes éminents (Von et George Freeman, Oscar Brown Jr.,…), a peut-être préféré une vie qu'il a choisie et mieux équilibrée sur les plans familial et relationnel, en dépit de sa réalité d’artiste, entourée d’un cercle familial dans une ville et une région, Pittsburgh, privilégiée quant au jazz possédant des artistes de premier plan, avec son circuit déjà familier, où il avait ses repères, qu'une vie de voyages pour une reconnaissance internationale qui suppose des tournées, des enregistrements, un autre mode de vie, et «l’expatriation» à New York, voire en Europe.

Pittsburgh, City of Smoke

Pittsburgh, City of Smoke (photo X, carte postale)

Pittsburgh, en Pennsylvanie, sur le piedmont nord-ouest du massif des Appalaches, avant d’être le berceau du Big Mac de McDonald en 1967 (l’entreprise a été fondée en 1940), est l’un des pôles industriels majeurs du développement des Etats-Unis des XIXe et XXe siècle, devenant une capitale de l’industrie du verre et de la sidérurgie au rayonnement mondial par ses méthodes (dont s’inspirent déjà Allemands et Français au tournant des XIXe et XXe siècles) qui profitent de l’extraction du charbon, abondant dans ce massif ancien, pour fabriquer de l’acier. C’est une ville ouvrière, riche et active dans l’entre-deux-guerres, à la naissance d’Eddie Jefferson, avec une croissance démographique accélérée jusqu’à la crise de 1929. La ville atteint alors 700000 habitants, un plafond, avant de décroître en particulier depuis les années 1960 (aujourd’hui 300000 habitants hors agglomération). Le centre ville, le «triangle d’or», est coincé entre deux rivières aux noms indiens (Allegheny et Monongahela) qui forment l’Ohio, principal affluent du Mississippi de la rive gauche, qui prend son nom à Pittsburgh, à cette confluence. Cette situation au centre d'un réseau hydrographique lui vaut son autre surnom de «City of Bridges» en raison des 446 ponts qui aident à la circulation. La rivière de 1600 km qui draine le versant ouest des Appalaches, traverse trois Etats, en borde davantage et recueille les eaux de quatorze Etats depuis l’Etat de New York, jusqu’à celui du Tennessee, en passant par l’Illinois. L’Etat de l'Ohio limitait au nord les Etats esclavagistes du Sud, et la rivière est une voie de navigation structurante pour la conquête de l'Ouest, l’économie et l’occupation humaine.

Pittsburgh, City of Bridges



Pittsburgh, City of Bridges
Le Triangle d'or (photo x, carte postale)

La Pennsylvanie, un des treize Etats à l’origine de la fondation des Etats-Unis d’Amérique, occupe une place de choix par sa situation géographique stratégique entre New York, Washington, DC, et les Grands Lacs (Detroit, Cleveland, Chicago). Cette localisation et ses spécialités –le charbon, l’acier, le verre– déterminantes autant pour l’électricité, la construction des gratte-ciel que pour les chemins de fer, l’industrie de guerre et l’industrie automobile en expansion vertigineuse, en fait non seulement une clé de voûte économique du pays mais naturellement une étape de choix pour tous les circuits de l’entertainment qui sont à la source de la création artistique, du jazz en particulier. Car Pittsburgh est un point de chute naturel, parmi d’autres, de la grande migration afro-américaine sud-nord des XIXe et XXe siècle qui répond autant à un besoin de plus de liberté que de travail. Dès cette époque, les spectacles puis le jazz s’y développent dans les nombreux clubs et salles de concert de la ville. La Prohibition, loin de freiner le développement artistique, va y contribuer. Avec Pittsburgh à l’ouest de l’Etat, et Philadelphie comme autre pôle majeur à l’est (Capitale Harrisburg au centre), la Pennsylvanie peut être considérée comme l’un des berceaux essentiels du jazz. La première émission de radio commerciale des Etats-Unis, KDKA, y est née en 1920. La liste des musiciens de premier plan qui y ont fait leurs gammes ou s’y sont produits durablement dans l’environnement de Pittsburgh réunit une bonne part du dictionnaire du jazz des origines à 1960: Earl Hines, Mary Lou Williams, Maxine Sullivan, Oscar Levant, Roy et Joe Eldridge, Billy Eckstine, Billy Strayhorn, Lena Horne (qui s’installa à 18 ans chez son père dans le quartier The Hill, et y fit son apprentissage musical avec Billy Strayhorn et Billy Eckstine entre autres), Erroll Garner, Art Blakey, Ray Crawford, Dodo Marmarosa, Ray Brown, Walt Harper, Ahmad Jamal, Ray Crawford, Horace Parlan, Stanley et Tommy Turrentine, Paul Chambers, Kenny Clarke, Sonny Clark, Roger Humphries, George Benson, Nathan Davis, Spanky Wilson, Eric Kloss, Jeff Tain Watts… et donc Eddie Jefferson.

Pittsburgh, Crawford Grill n°1

Pittsburgh, Crawford Grill n°1 (photo X)

Eddie Jefferson a grandi dans The Hill, le déjà fameux, dès les années 1920, quartier de Pittsburgh où la vie du jazz est intense et qui a mérité le surnom de «Little Harlem» en raison de ses lieux de spectacles et de jazz, des clubs «black-and-tan» (ouverts à la clientèle afro-américaine) comme le Leader House ou le Collins Inn nés dans les années 1910. Gus Greenlee (1893-1952), un self-made-man à l’américaine, qui commença son parcours comme cireur de chaussures, ouvrier dans la sidérurgie, taxi, et avait fait la guerre de 1914-18 en Europe au sein des régiments, alors ségrégués, acheta le Collins Inn en 1924, puis en 1931 le Crawford Grill (dont le local historique d’origine a brûlé en 1951) où ont été programmés Louis Armstrong, Ella Fitzgerald et tout ce que le jazz a de célébrités de passage. Le pianiste Walt Harper, qui accompagne l’un des premiers enregistrements d’Eddie Jefferson en 1952, dirigea la formation-maison de 1958 à 1969 avant d’ouvrir ses propres clubs, le Walt Harper’s Attic et le Harper’s (1983-88). Il y avait d’autres lieux comme le Moose Club, Sons of Italy évoqués par Eddie Jefferson, puis dans les années 1950-60, le Hurricane.

Pittsburgh, Hurricane

Pittsburgh, Hurricane (photo X)

Pour planter le décor de ce quartier, rajoutons que Gus Greenlee racheta par la suite, dans les années 1930, l’équipe de baseball locale qui devint l’une des premières «franchises» de la Negro Nationale League qu’il avait créée, et dont il fut président, avant de construire le stade local, une rareté pour une équipe afro-américaine. Gus Greenlee, aux activités parfois interlopes comme les paris clandestins, fut un mécène à sa manière de la scène locale du jazz et un bienfaiteur social pour sa communauté (bourses d’études, aides au logement…), une de ces histoires américaines qui de New Orleans à Chicago en passant par Kansas City, New York et Los Angeles, racontent une histoire de l’art et du jazz à l’américaine bien loin des institutions, des subventions et des conservatoires, souvent en marge de la légalité. Le fait que cette tranche d’histoire en soit l’âge d’or devrait interroger sur les conditions de liberté et de marginalité nécessaires et indispensables à la création artistique, et cette réflexion, avec des nuances, ne vaut pas que pour le jazz.

The Hill est en effet un lieu de rencontres musicales, favorable à l’émulation et à la liberté artistique, dans le même esprit que la scène de Philadelphie à l’autre bout de l’Etat (cf. les nombreux articles consacrés à Philadelphie, dont les tributes aux frères Heath, Al Tootie et Jimmy, dans Jazz Hot 2024 et Jazz Hot 2020), et avec des échanges entre les deux scènes (Paul Chambers…), où se côtoient les musiciens sans ségrégation, même si les Afro-Américains sont les plus nombreux en matière de jazz, et où se construit une belle histoire, celle du jazz à Pittsburgh, aujourd’hui mise en valeur sur le plan de la mémoire par plusieurs institutions et matérialisée par des entreprises de rééditions discographiques, notamment la récente intégrale des enregistrements du label Octave d’Erroll Garner, dirigée par la pianiste Geri Allen jusqu’à son décès dans le cadre de l’Institute of Jazz Studies de Pittsburgh. L’institution a hérité du fonds Erroll Garner au décès de Martha Glaser (1921-2014) qui fut la manager, productrice et femme d’affaire d’Erroll Garner en dehors de son rôle d’activiste pour les droits civils et de son parcours d’écrivain (https://www.jazzhot.net/PBCPPlayer.asp?ID=2110003#ErrollGarner).

Dans l’atmosphère de ce quartier, à l’entre-deux-guerres, le jeune Eddie Jefferson, déjà danseur professionnel, croise au gré de ses soirées la route des Mary Lou Williams, Ahmad Jamal, Art Blakey, Ray Crawford, Billy Eckstine, Erroll Garner, Stanley Turrentine, Oscar Levant, Lena Horne et beaucoup d’autres qu’il écoute dans les clubs:

«Irv [Taylor] et moi avons créé cette façon de chanter. Nous vivions
cette musique. Quand nous sortions des clubs, du Moose Club ou des
Sons of Italy, nous rentrions chez nous et mettions nos disques. Tous
les artistes se réunissaient en sortant du travail, vers quatre ou cinq
heures du matin. On prenait le petit-déjeuner et on allait chez
quelqu'un pour écouter des disques.»(1)


EDDIE THE HOOFER


Eddie a étudié le tuba à l’école et touche bien sûr à d’autres instruments dans le contexte familial bercé par la musique et le spectacle: la guitare, la trompette, la batterie en particulier. Il chante comme c’est souvent l’habitude mais pas encore de la façon remarquable qui deviendra son style. C’est en tant que danseur qu’il se révèle le plus tôt. Le père d’Eddie a rapidement impliqué son fils dans le monde du spectacle; c’est sans doute le choix le plus évident pour la vie au quotidien de la famille si on ne travaille pas dans la sidérurgie ou à la mine (ce qu’a fait par exemple Art Blakey dans sa jeunesse). Eddie est monté sur les planches très tôt en professionnel dans un numéro de danse et de chant. Il apparaît à l’Exposition universelle de Chicago de 1933, au sein d’un groupe, The Zephyrs, à seulement 15 ans! En 1937, il danse dans les Knockouts, un trio composé de Dave Tate et de Little Irv. Le trio chante, et les échanges pétris de swing et d’humour entre Irv et Eddie débutent alors. Au cours des années 1930, on sait qu’Eddie, dans différentes formules en particulier avec Pablo Shorter Sanchez, un autre de ses amis de jeunesse, a donné quelques spectacles, dansant et chantant en scat, dans l’esprit de Cab Calloway et de Leo Watson (cf. note 5. Le (jazz) vocalese dans Oscar Brown Jr.), un aîné confirmé devenu un ami,  apprécié aux côtés de Slim Gaillard qui s'est produit au Crawford Grill en 1939. Dans ses spectacles d’adolescence et de jeunesse, Eddie a été accompagné par Art Blakey au piano! En 1939, Eddie travaille avec l’orchestre de Coleman Hawkins (à son retour d’Europe) à Chicago, lequel était lui-même accompagné par Nat King Cole au piano.

«Il [Eddie Jefferson] a grandi comme ce qu'on appelait autrefois un hoofer
(tap dancer), au sein d’une troupe de danse. Il a grandi comme danseur.
Son partenaire était un gars qui s'appelait Little Irv Taylor. Ils formaient
une équipe et ils étaient dans le vaudeville et faisaient la fête sur toute
la scène jazz quand le jazz avait des spectacles. Ils avaient un spectacle de
danse, avec l'orchestre, quel qu'il soit; c'était toujours un orchestre de jazz.
Et pendant une vingtaine d'années, il a travaillé comme danseur, faisant des
saltos comme les Nicholas Brothers. Ils étaient tous dans le même milieu. Et
c'est comme ça qu'il a découvert le jazz, car il était dans le milieu tout le temps.
»
(4)

Little Irv Taylor et Eddie Jefferson sont très complices, et c’est avec lui qu’Eddie compose ses premières paroles, ses récits sur les compositions du jazz. On entend en 1953 Irv Taylor sur l’enregistrement des Bebop Singers (Prestige 7828, cf. Discographie). Irv chante en falsetto avec Eddie sur «Old Shoes» entre autres thèmes, des paroles élaborées sur le chorus de Charles Ferguson (ts) que ce dernier a enregistré pour ce même label en décembre 1952 mais que ne retient pas Bob Weinstock qui impose le défi à Eddie de donner une version «vocalese» du chorus. Eddie, qui ne cache jamais ce qu’il doit à son copain Irv Taylor, Charles Ferguson ou aux autres artistes, reprend fréquemment ce falsetto dans ses interprétations, et le conservera jusqu’à ses dernières prestations, ou offrant parfois à une chanteuse ce rôle de contrechant dialoguiste. De la même manière, Eddie cite toujours les auteurs des chorus de saxophone (ténor souvent) dont il s’inspire, voire leur dédie son interprétation, pour une véritable re-composition des chorus par une musique des mots.

Parmi ses sources d’inspiration sur le plan vocal et scénique, Eddie Jefferson évoque donc Leo Watson (voc, tb, dm, 1898 Kansas City-1950, Los Angeles), le «Scat King» ou le «Scat Man» (https://www.youtube.com/watch?v=ng-9FB21zyw) découvert au sein des Spirits of Rhythm, qui a par ailleurs joué avec Teddy Bunn, John Kirby, Slim & Bam au Billy Berg’s de Los Angeles (Slim Gaillard with Bam Brown, Leo Watson and Scatman Crothers https://www.youtube.com/watch?v=5Woz3XFEk2I), les big bands de Gene Krupa et de Jimmy Mundy. Connu pour ses improvisations vocales en scat qualifiées «d’excentriques», une technique qu’il a exploitée jusqu’à en faire une marque de fabrique, Leo Watson aurait d’ailleurs conseillé à Eddie de trouver autre chose pour se distinguer… avec son humour habituel, une autre de ses qualités qu’il partage avec Eddie Jefferson.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, on ne sait rien de plus de sa mobilisation qu’il a joué de la batterie dans la fanfare de l'armée. A son retour, Eddie tourne avec Bob Crosby et ses Bobcats, le frère cadet de Bing qui chante et dirige un big band. Il participe dans ces années 1940 au Lenny Ross Show, et se produit au sein de groupes de tap-dance et de chant, comme Jefferson et Taylor (sans doute Irv Taylor), T-Bone & Eddie, Billy and Eddie. C’est avec ce dernier groupe qu’il apparaît dans une émission de radio de Sarah Vaughan et tourne dans le Sarah Vaughan’s Show autour de 1950. La même Sarah Vaughan fera le forcing près de trente ans plus tard pour faire engager Eddie Jefferson (accompagné de Richie Cole) dans l'émission Sound Stage de PBS avec Betty Carter, Jon Hendricks, Annie Ross et Leon Thomas à la veille du décès d’Eddie Jefferson.

A la fin des années 1940, Eddie Jefferson commence à chanter lui-même ses textes élaborés dans son style vocalese. A plus de 30 ans dont 15 passés à danser, il envisage de se consacrer davantage au chant, de renoncer à la danse plus éprouvante avec l'âge et moins demandée dans les clubs et sur les scènes, à New York en particulier qui devient l’épicentre du jazz. Cela fait plus de 10 ans qu’Eddie écrit pour son plaisir et ses amis des paroles reprenant les chorus des saxophonistes qu’il mémorise à la perfection (Coleman Hawkins, Lester Young, James Moody, Charlie Parker…), et reprend avec sa voix à la tessiture proche du ténor. C’est une activité décrite comme une sorte de plaisir entre amis, un hobby par ceux qui l’entourent. Mais cela indique une idée profonde à laquelle il tient et une recherche d’originalité qui attend son heure et sa maturité chez un tempérament patient, qui a déjà un métier, exigeant quant au résultat en raison de ses rencontres exceptionnelles depuis 1930 dans The Hill et dans ses tournées, qui incitent au travail avec la lucidité et la modestie naturelle qui caractérisent Eddie!

Eddie Jefferson © Sandra Miley

                                             LE CHEMIN DE TRAVERSE

Il va falloir un concours de circonstances au début des années 1950, comme souvent, pour qu’un producteur indépendant, Bob Weinstock (Jazzland, Prestige) saisisse l’originalité d’Eddie Jefferson. Eddie a écrit, entre autres, des paroles sur le chorus de «I’m in the Mood for Love» (Jimmy McHugh/Dorothy Fields, 1935), le thème enregistré avec succès par James Moody en 1949 (Prestige 703 https://www.youtube.com/watch?v=vi9Xv7XO8AY), avant son premier voyage en Europe (Festival de Paris 1949 organisé par Jazz Hot/Charles Delaunay https://www.jazzhot.net/PBSCProduct.asp?ItmID=3654710) où James va s’installer pour plus de deux années. Le facétieux et talentueux saxophoniste ténor et alto, flûtiste, compagnon de route de Dizzy Gillespie, inspire alors beaucoup Eddie Jefferson qui a écrit sur plusieurs de ses chorus-improvisations, en particulier ce «Moody’s Mood for Love» à l’alto sur lequel Eddie tisse ses paroles qu’il chante déjà lors de ses spectacles, à Pittsburgh et aux alentours à la fin des années 1940. Cela va accélérer par chance ce démarrage tardif et tortueux au début des années 1950  du parcours du chanteur Eddie Jefferson que nous connaissons par son expression vocale unique.


«
King Pleasure venait m'écouter à Cincinnati en 1947-1948. Puis, vers 1951,
il m'a entendu chanter "Moody's Mood [for Love]” au Cotton Club de Cincinnati.
Je croyais que c'était un serveur. Il s'asseyait et écoutait. Je ne savais même
pas qui il était. Je savais qu'il aimait la musique, mais je ne savais pas vraiment
qu'il allait s'y consacrer. Après son départ pour New York, il a rencontré ma femme,
Tiny (Frances) Brown, une excellente chanteuse qui a travaillé un moment chez Capitol
Records. Elle l'a coaché pour percer sur "Mood for Love” et Bob Weinstock Sr.,
propriétaire de Prestige, l'a enregistré. Puis il a trouvé la source et m'a envoyé
chercher à Pittsburgh. C'est comme ça que je suis arrivé sur ce label.
»(6)

1952. King Pleasure, Moody Mood for Love, Prestige
Eddie Jefferson, alors marié, s’est installé à New York autour de l’année 1950. Il vit à Cambria Heights, dans le Queens, et travaille comme gérant dans une société de vêtements pour hommes, tout en se produisant quand il trouve des engagements en club. 
Pour la petite histoire, Ira Steingroot(7) raconte que le barman du Cotton Club de Cincinnati, Clarence Beeks, qui avait relevé les paroles de «Moody’s Mood» lors des passages d’Eddie Jefferson à Cincinnati, après s’être lui aussi installé à New York, gagna avec cette chanson en 1951 un concours à l’Apollo Theatre d’Harlem sous le nom de «King Pleasure» qu’il avait «emprunté» pour la soirée! Pour d’autres sources, King Pleasure, en personne, reste crédité de ce triomphe de 1951 à l’Apollo. Quoi qu’il en soit, c’est bien King Pleasure qui enregistra, le premier, pour Prestige, le titre convoité en 1952. L’enregistrement par King Pleasure de «Moody's Mood for Love/I'm in the Mood for Love» (King Pleasure, Original Moody's Mood, Prestige 924/7586 puis King Pleasure Sings, Annie Ross Sings, OJC 217-2 https://www.youtube.com/watch?v=Kv55-8EQCf0) est effectué le 19 février 1952 et connaît un succès inattendu à sa publication en 1953, l’une des meilleures ventes de l’année dans la catégorie rhythm & blues, la meilleure sans doute du jeune label. Blossom Dearie fait la seconde voix féminine, que faisait Irv Taylor en falsetto avec Eddie dans ses propres interprétations. Pour l’anecdote encore de cette chanson au parcours agité, Prestige a dû un temps retirer l’enregistrement de King Pleasure de la vente, la justice ayant jugé que les paroles de «Moody’s Mood» portaient atteinte aux valeurs de l’Amérique, avant qu’un autre jugement contredise la première décision. Annie Ross a repris et l’idée et la chanson, en réécrivant une partie des paroles.

C. 1949-50. Eddie Jefferson, Cool Whalin’, Spotlite 135
1952. Eddie Jefferson, The Bebop Boys: Eddie Jefferson, Hi-Lo 1413 et 1416)

A la sortie du disque de King Pleasure en 1953, Eddie Jefferson n’a que peu enregistré: deux titres sortis en 78tours pour Spotlite à l’origine entre 1949 et 1950, et qu’on trouve aujourd’hui en LP et en CD (Cool Whalin’, Spotlite 135 cf. Discographie). En juillet 1952, dans sa ville de Pittsburgh avec la formation de l’incontournable pianiste local, Walt Harper, Eddie enregistre encore quatre titres sur deux disques 45 tours pour Hi-Lo, le label que vient de fonder un ami danseur, Ned Gravely avec Sam Meltzer (réédité sous le titre de The Be Bop Boys: Eddie Jefferson With Walt Harper Quintet, Savoy 2225). Trois des quatre thèmes sont déclinés de chorus de James Moody.


1953. Eddie Jefferson, Joe Carroll & Annie Ross, The Bebop Singers, Prestige 7828

Quel que soit l’intermédiaire, l’épouse d’alors d’Eddie Jefferson travaillant dans la production, ou King Pleasure lui-même, Bob Weinstock a été informé non seulement de l’existence du parolier qui chante lui-même ce qu'il écrit, et qu'il est même l'inventeur de ce style, paternité attribuée souvent à tort à King Pleasure. Pour faire décoller le label récemment créé, il est à la recherche de talents et de nouveautés. Il enregistre ainsi un disque thématique entre 1952 et 1953, The Bebop Singers (Prestige 7828, cf. Discographie), avec comme têtes d’affiche: Eddie Jefferson, Joe Carroll et Annie Ross. Eddie, en compagnie d’Irv Taylor, ouvre le disque avec quatre titres enregistrés en 1953; Seldon Powell, un disciple de Lester Young, est le saxophoniste ténor qui l’accompagne. Le disque est sans doute sorti en 1954.


EDDIE & JAMES

Quincy Jones, James Moody et Eddie Jefferson, image extraite d'un reportage (teste et images) de Marcel Zannini paru dans Jazz Hot n°105-1955, prise lors du concert de l'orchestre de James Moody à l'Apollo Theater à l'automne 1955
Quincy Jones, James Moody et Eddie Jefferson, image extraite d'un reportage
(texte et images) de Marcel Zannini paru dans Jazz Hot n°105-1955, prise lors
du concert de l'orchestre de James Moody à l'Apollo Theater à l'automne 1955



«Un des meilleurs moments de la soirée fut quand Eddy Jefferson vint chanter
note pour note le disque Parker's Mood avec des paroles comme le fait King Pleasure,
Mais Eddy chante le disque en entier. Devant le succès obtenu, Moody lui demanda
de chanter un autre disque de Parker. Il choisit Lady Be Good du J.A.T.P. Tout aussi
extraordinaire, Moody prenant un formidable solo de ténor.»
(Marcel Zannini,
Jazz Hot n°105-1955, p.19)

1955. James Moody, James Moody’s Mood, Prestige 7056

Entre temps, un soir de 1953, alors qu'il danse sur scène avec Irv Taylor à l'Apollo Theatre de Harlem, Eddie Jefferson rencontre James Moody. Babs Gonzales, chanteur et manager de James Moody quittant ses fonctions, le saxophoniste propose à Eddie de le rejoindre. Ils vont rester ensemble une première fois jusqu'en 1962 (cf. Discographie en sideman), quand Moody rejoint Dizzy Gillespie et dissout son groupe. Comme l’a parfaitement analysé Eddie «Il a déterré l’âme de James Moody», et une amitié sans limites naît entre ces deux artistes, si déterminants l’un pour l’autre, car, ne nous y trompons pas, c’est la chanson d’Eddie Jefferson qui immortalise à plus long terme le chorus de James Moody, aussi inspiré qu’il ait été –il l’était–, une notoriété que James Moody va exploiter tout au long de sa vie comme on le voit dans les titres de nombreux albums postérieurs.

Eddie enregistre à ce moment plusieurs disques en sideman avec James Moody bien sûr (Moody’s Workshop, 1954; James Moody’s Mood, 1955; Hi-Fi Party, 1955; Flute ‘n the Blues, 1956; Moody’s Mood For Love, 1956; Hey! It's James Moody, 1959; Cookin' the Blues, 1961, pour Prestige, puis Argo, une division des Frères Chess spécialisés dans le blues. On le voit, les frontières entre les différentes étiquettes de la musique afro-américaine (jazz, rhythm & blues, blues, soul music…) n’empêchent pas Eddie Jefferson d’enregistrer pour toutes.

En 1955, après la publication du premier disque chez Prestige, Eddie Jefferson est pleinement entré au contact du gotha du jazz, et il côtoie les légendes du jazz vivant dans ce nouvel âge d’or avec lesquelles il échange sur leurs compositions et peaufine son expression. Charlie Parker devient une de ses inspirations favorites. Il compose les paroles de «Now’s Time» à l’occasion du décès du Bird (12 mars 1955).

1959-60-61. Eddie Jefferson, The Jazz Singer, Inner City 1016


Plus tard, en 1957, il retrouve King Pleasure au Zebra Room de Los Angeles. En 1958, Eddie Jefferson chante avec Miles Davis au Café Bohemia (Greenwich Village) de New York. La fin des années 1950 et jusqu’à 1965 est une période relativement favorable pour Eddie Jefferson qui, en dehors de sa collaboration avec James Moody, va jouer et enregistrer pour son compte plusieurs bons disques: entre 1959 et 1961, The Jazz Singer, gravé en trois séances, avec de belles formations, comptant Sahib Shihab (as), Osie Johnson (dm), Babs Gonzales (voc), Johnny Coles et Howard McGhee (tp), James Moody (ts) entre autres… (cf. Discographie) mais qui ne sera publié que tard dans les années 1970 sur Inner City, le label fondé en 1976 par Irv Kratka, un batteur-producteur déjà à l’origine du label Music Minus One en 1950.


1961-62. Eddie Jefferson, Letter From Home, Riverside 411



Fin 1961 et début 1962, nouvel enregistrement d’Eddie Jefferson, Letter From Home (un thème de Junior Mance (cf. Jazz Hot Tears 2021) avec des paroles du producteur Orrin Keepnews sur le thème éponyme de l’album, pour Riverside. Eddie a réuni trois belles formations selon les séances comptant Joe Newman, Ernie Royal, Clark Terry, Jimmy Cleveland, James Moody, Johnny Griffin, Wynton Kelly, Junior Mance, Sam Jones, Osie Johnson, Louis Hayes. Le disque est publié en 1963.




1964. Eddie Jefferson, I Don't Want You Anymore/Uh Oh (I'm in Love Again), Stax 147

Malheureusement, Riverside, le label d’Orrin Keepnews et Billy Grauer Jr. fait faillite en 1963-64, préludant à la période difficile du jazz et la fin des labels indépendants. C’est un coup d’arrêt aux débuts discographiques prometteurs d’Eddie Jefferson qui va seulement enregistrer en 1964 deux titres en 45 tours pour Stax (Jazz Hot Live!-Movies 2019), le label de Jim Stewart et Estelle Axton, basé à Memphis, TN, et consacré à la soul music, une division commerciale de la musique afro-américaine qui a trouvé un public jeune. Deux autres titres («Silly Little Cynthia» et «Red's New Dream», cf. Discographie) sont enregistrés, pour on ne se sait qui à l'origine, en 1964 et 1965, et seront repris par Evidence (label d’Howard Rosen et Jerry Gordon) dans les années 1990 dans la réédition en CD de The Jazz Singer de 1959-61, avec d'autres inédits de 1959-61.

Les années suivantes, Eddie Jefferson poursuit son chemin de hauts et de bas, faisant le taxi pour boucler son budget, à la recherche d’engagements et à défaut quelques fois convié par James Moody et Dinah Washington, les trois artistes étant représentés par l'agence Billy Shaw à New York. Grâce à James Moody, le chanteur a pu laisser sur plusieurs albums la trace de son art en sideman.

1968. Eddie Jefferson, Body and Soul, Prestige 7619


1969. Eddie Jefferson, Come Along With Me, Prestige 7698



Eddie Jefferson retrouve pourtant Prestige et Bob Weinstock en 1968 pour deux beaux enregistrements en all stars, Body and Soul (Prestige 7619), où il invite son compère James Moody (ts, fl) et Barry Harris (p), Steve Davis (b), Bill English (dm), puis en 1969 Come Along With Me (Prestige 7698) avec Bill Hardman (tp), Charles McPherson (as).

Il apparaît au Festival de Newport à l’été 1969, sorte de première consécration de cet épisode réussi à plus de 50 ans.


1969. James Moody, Don’t Look Away Now, Prestige 7625

James Moody, parallèlement à ses engagements avec Dizzy Gillespie, a reformé rapidement son propre groupe, et il fait appel à Eddie Jefferson pour quelques enregistrements en 1969 puis 1971. Mais une certaine forme de fatalité poursuit le chemin discographique d’Eddie, puisque Bob Weinstock décide d’arrêter en 1969 la production et vend peu après son label à Fantasy (cf. Jazz Hot n°518), consacrant la fin des fameux labels indépendants du jazz de l’après-guerre.

1970. Charlie Parker Memorial Concert/A Musical Tribute to Charlie Parker, Cadet-Chess 60002/2-9217


En août 1970, Eddie Jefferson se produit à l'hôtel North Park de Chicago lors d'un concert hommage à Charlie Parker, où il interprète son «Now's the Time» et «Parker's Mood». James Moody est parti pour Las Vegas afin de travailler avec l'orchestre de l'hôtel Hilton, tandis qu'Eddie continue de chercher des engagements localement, complétant ses revenus comme chauffeur de taxi à New York.

1973. Roy Brooks and the Artistic Truth, Ethnic Expressions, Jazzman 034


Au début des années 1970, Eddie Jefferson a retrouvé un cadet de Pittsburgh, Roy Brooks (1938-2005, dm, cf. Jazz Hot n°627) dans une configuration lui permettant de rencontrer la nouvelle vague du jazz des années 1970 autour de Roy, qui maintient en vie la création du jazz d’une culture populaire et pourtant toujours novateur, malgré la marginalisation qui s’opère sous la pression de la mode jeuniste et des circuits commerciaux de l’industrie de la musique de grande consommation. Eddie Jefferson joue et enregistre ainsi avec Marcus Belgrave, Sonny Fortune, Reggie Workman, Cecil Bridgewater, John Stubblefield, Hamiet Bluiett, Sonny Red, Joe Bonner.

1974. Eddie Jefferson, Things Are Getting Better, Muse 5043



En 1973, Eddie se sépare de sa femme Yvonne, la troisième au moins à notre connaissance, en raison de problèmes financiers persistants, tout en restant en bons termes avec elle. Après sa seule incursion en Europe au Festival de La Haye à l’été 1973 (deux titres enregistrés en témoignent, cf. Discographie), il rencontre Billy Mitchell (1926-2001), un sax-ténor, l’instrument qui a été à la source de son imagination inventive. L’été, Billy et Eddie donnent des cours de jazz, la nouvelle façon de boucler les fins de mois, au Bennington College dans le Vermont. Le 5 mars 1974, l’opiniâtre Eddie Jefferson trouve une nouvelle occasion, cette fois chez Muse, le label indépendant que Joe Fields vient de créer en 1972, d’enregistrer avec la bonne humeur ou plutôt le bon humour qui ne le quitte pas: Things Are Getting Better (la situation s’améliore…). 



Cela lui vaut de remporter en 1975 le prix de la critique de
Downbeat «récompensant un talent méritant une plus grande reconnaissance», première reconnaissance de la critique à 57 ans.



EDDIE & RICHIE


Verso de l'album Hollywood Madness, de Richie Cole qui fut le dernier enregistré avec Eddie Jefferson en dehors du DVD, photo X
Verso de l'album Hollywood Madness, de Richie Cole qui fut le dernier
enregistré avec Eddie Jefferson en dehors du DVD, photo X


1976. Eddie Jefferson, Still on the Planet, Muse 5063




Cette même année, il joue dans un club de Greenwich Village pour la première fois avec le jeune saxophoniste alto parkérien, Richie Cole (Jazz Hot Tears 2020). Leur collaboration, amicale et complice, va éclairer les dernières années d’Eddie Jefferson jusqu’à son ultime moment, Richie Cole, son cadet de trente ans, puisant à la source d’une histoire du jazz chantée par l’un des meilleurs conteurs, griots du jazz de la deuxième partie du XXe siècle.


1976. Eddie Jefferson, The Live-Liest, Muse 5127



En mars 1976, Eddie poursuit son œuvre enregistrée avec obstination, détermination et humour (comme si sa survie à 58 ans le surprenait), toujours chez Muse, avec deux albums pour laisser une trace de sa musique et de son odyssée dans le jazz: Still on the Planet et The Live-Liest, qu’on pourrait traduire par «je suis encore là» et «toujours plus vivant», font appel à son nouveau copain, Richie Cole, et à une nouvelle génération de musiciens.




1976. Rashied Ali Quintet featuring Eddie Jefferson, At Ali's Alley, Blue Music Group, 2009


A l’été 1976, Eddie est encore invité par le célèbre batteur Rashied Ali dans son club, Ali’s Alley de New York, ouvert en 1973 et qui fermera en 1979. La prestation est enregistrée mais n’est disponible qu’en ligne (https://www.youtube.com/playlist?list=OLAK5uy_krd875eLWOBrWidoooQHD_haLhbi-abCc).




1977. Eddie Jefferson , The Main Man, Inner City 1033



En octobre 1977, Eddie Jefferson enfonce le clou (de son œuvre) avec The Main Man, son dernier disque en leader, ce qu’il affirme péremptoirement dans le titre (Le chef), en clin d’œil rieur et modeste quand on voit le splendide All Stars réuni pour lui faire une véritable fête: Slide Hampton, Junior Cook, Richie Cole, Hamiet Bluiett, Harold Mabern, George Duvivier, Billy Hart, Azzedin Weston, Janet Lawson… La musique exceptionnelle laisse bien des regrets, à la mesure de ce talent, dont l’ascension toujours interrompue est cette fois brutalement et définitivement brisée en 1979.

De la fin 1977 à la fin 1978, Eddie Jefferson enregistre encore quelques thèmes en sideman aux côtés de Richie Cole, leader, sur divers labels.


1978. Frank Wright, Kevin, My Dear Son, Sun Records 004


En octobre 1978, c’est aux côtés d’un acteur du jazz free parmi les plus marqués, Frank Wright, qu’Eddie enregistre à New York deux titres en compagnie de Kamal Abdul Alim (tp), Reggie Workman (cf. Jazz Hot n°672), le légendaire Philly Joe Jones et l’éternel Georges Arvanitas! La synthèse du jazz n’a jamais été aussi large, l’ancien du groupe étant finalement Eddie qui vient de fêter ses 60 ans!



1979. Dexter Gordon, Great Encounters, Columbia 35978

En janvier 1979, c’est Dexter Gordon, brillamment entouré depuis son retour au pays par Woody Shaw, Curtis Fuller, George Cables, Ron Carter et Philly Joe Jones, qui invite Eddie Jefferson sur deux titres de Great Encounters (Columbia/Legacy). Une rencontre qui vaut toutes les médailles et toutes les consécrations pour Eddie Jefferson.

D’autant qu’en mars 1979, il retrouve Sarah Vaughan qui l’a souvent soutenu, et Betty Carter, une disciple de grande valeur parmi d’autres, au Carnegie Hall de New York. Des engagements sont prévus aux festivals de jazz de Monterey et de Newport, ainsi que pour quelques concerts d'été en Europe, enfin la reconnaissance internationale se profile.

1979. Richie Cole, Hollywood Madness, Muse 5207

Au printemps 1979, Richie Cole l’invite une dernière fois, toujours chez Muse pour l’un de ses disques, Hollywood Madness, avec trois titres: «Hi-Fly» de Randy Weston, «Relaxin’ at Camarillo» de Charlie Parker, et toujours avec humour «Waitin’ for Waits» coécrit par Eddie et Richie.




1979. Eddie Jefferson, In Concert featuring Richie Cole, Rhapsody Films/Bruce Ricker Production



La fin du printemps confirmera cette fatalité qu’Eddie Jefferson, l’inventeur du jazz vocalese et celui qui en donna l’expression la plus flamboyante, n’aurait pas le temps d’en avoir une juste reconnaissance de son vivant. La nuit du 9 mai 1979, Eddie Jefferson est engagé au Baker's Keyboard Lounge en compagnie de l’orchestre de Richie Cole, à Detroit, ville dont il a reçu symboliquement les clés l’année précédente, remises par le premier maire afro-américain de la ville, Coleman A. Young, un activiste syndical et politique(8), de 1918, pugnace et vétéran de la 2e Guerre mondiale comme Eddie, et qui avait été inquiété pendant la Chasse aux sorcières par le HUAC à qui il avait déclaré: «Je considère les activités de ce comité comme anti-américaines.»

A 1h du matin, à la pause entre deux sets, il sort sur le trottoir avec un groupe de personnes, dont Richie Cole; il est abattu de plusieurs balles de revolver. Le suspect, un ancien danseur comme lui, arrêté, fut relâché faute de preuves formelles.

Il reste de ce mois de mai tragique de 1979 une vidéo (cf. Vidéographie) aujourd’hui DVD du concert qu’Eddie Jefferson, Richie Cole et son orchestre ont donné 3 jours avant à Chicago, chez Joe Segal (cf. Jazz Hot 2020).

On y découvre en live, images et musique, cet extraordinaire personnification de l’art afro-américain musical, le jazz, réunissant toutes les qualités de cette expression à un degré d’exigence et d’excellence qui est la marque du génie d’un poète nommé Eddie Jefferson!



*


1. 
Eddie Jefferson à Leonard Feather, propos rapportés par Ira Steingroot sur le texte de l'album (2 LPS) de There I Go Again, Prestige.
2. Eddie Jefferson à Leonard Feather à propos de «Body and Soul» et de «There I Go», sur ce même texte.
3. Eddie Jefferson, cité par Leonard Feather, dans les notes de livret de The Main Man (Inner City 1033), propos souvent repris dans d'autres notes d’album. Cf. "Taxi War Dance" de Count Basie: https://www.youtube.com/watch?v=8M1ZGld25vE et "Ghost of a Chance" de Cab Calloway: https://www.youtube.com/watch?v=4QlQkGeHCT0.
4. Richie Cole cité par Aaron Hill dans son mémoire: «Eddie Jefferson: Le père du vocalese», Aaron T. Hill, 2001.
5. James Moody cité par Aaron Hill dans son mémoire: «Eddie Jefferson: Le père du vocalese», Aaron T. Hill, 2001.
6. Interview de Kirk Sillsbee parue dans
Coda 1980, cité dans «Eddie Jefferson: Le père du vocalese», Aaron T. Hill, 2001.
7. Notes de l'album There I Go Again déjà cité par Ira Steingroot.
8. Coleman Young: https://www.detroithistorical.org/learn/online-research/encyclopedia-of-detroit/young-coleman


Sources
• Eddie Jefferson (3 août 1918-25 mars 1979): Le père du vocalese, Aaron T. Hill, 2001
• Harper, Colter, «Le carrefour du monde»: une histoire sociale et culturelle du jazz dans le quartier de Hill District à Pittsburgh, 1920-1970 (thèse de doctorat). Université de Pittsburgh, 2011
• Les livrets des différents albums d’Eddie Jefferson apportent le principal des informations, en particulier les notes de la réédition There I Go Again, Prestige 68404 (par Fantasy en 1980) rédigées par Ira Steingroot.

* Dans JAZZ HOT:
• Rubrique «Recherches dans Jazz Hot»: pour connaître les archives sur les musiciens et autres acteurs du jazz cités, les références données dans le présent article n’étant que parcellaires…
https://www.jazzhot.net/PBCPPlayer.asp?ID=2429560
• Table des numéros de Jazz Hotpar année:
https://www.jazzhot.net/PBSCCatalog.asp?CatID=692881
• Index alphabétique des Tears en ligne:
https://www.jazzhot.net/PBCPPlayer.asp?ADContext=1&ID=2202601
Table des index de Jazz Hot par rubrique:
https://www.jazzhot.net/PBCPPlayer.asp?ADContext=1&ID=2429540




*

EDDIE JEFFERSON

DISCOGRAPHIE DÉTAILLÉE

1976. Eddie Jefferson, Still on the Planet, Muse 5063

LEADER

1949-50. Eddie Jefferson, Cool Whalin’, Spotlite 135
c. 1949-50, New York, NY
Eddie Jefferson
Cool Whalin’
Eddie Jefferson (voc), musiciens non identifiés (ts, p, b, dm)
1. Bless My Soul (Parker’s Mood)
2. Beautiful Memories (I Cover the Waterfront)
LP Spotlite 135 
NB: Reprise prob. d'un 78t, autres titres par Joe Carroll, Earl Coleman, Babs Gonzales, Kenny Hagood, Frankie Passions, Earl Coleman





1952. Eddie Jefferson, The Bebop Boys: Eddie Jefferson, Savoy 22251952. Eddie Jefferson, Body and soul, HI-LO 1413-141611 juillet 1952, Pittsburgh, PA
Eddie Jefferson
The Bebop Boys: Eddie Jefferson
Eddie Jefferson (voc), + Walt Harper Quintet: Johnny Morris (tb), Nat Harper (ts), Walter Harper (p), Bobby Boswell (b), Cecil Brooks (dm)
1. The Birdland Story
2. I Got the Blues
3. Body and Soul (*)
4. Honeysuckle Rose 
LP Savoy 2225 
NB: Reprise de deux 78t/45t. Hi-Lo 1413 et 1416, autres titres par Kenny Hagood, Leo Parker, Babs Gonzales, Gil Fuller


1953. Eddie Jefferson, Joe Carroll & Annie Ross, The Bebop Singers, Prestige 782820 février 1953, New York, NY
Eddie Jefferson, Joe Carroll & Annie Ross
The Bebop Singers
Eddie Jefferson & Irv Taylor: Eddie Jefferson (voc), Irv Taylor (voc), Seldon Powell (ts), Ed Swanston (p), Peck Morrison (b), Herbie Lovelle (dm)
1. Strictly Instrumental
2. Old Shoes
3. Stop Talkin', Start Walkin'
4. Be Kind to Me
LP Prestige 7828
NB: autres titres par Annie Ross et Joe Carroll




1959-61. Eddie Jefferson, The Jazz Singer, Inner City 101619 janvier 1959, New York, NY
Eddie Jefferson 
The Jazz Singer
Eddie Jefferson (voc), Frank Galbreath (tp), John McFarland (tp), Matthew Gee (tb), Sahib Shihab (as), Musa Kaleem (ts), Bill Graham (bar), John Acea (p,arr), Peck Morrison (b), Osie Johnson (dm), Babs Gonzales (voc), Honi Gordon (voc), Ned Gravely (voc)
1. Sherry
2. Now's the Time
3. Body and Soul
LP Inner City 1016
CD Evidence 22062 2

5 février 1959, New York, NY
Eddie Jefferson
1959-65. Eddie Jefferson, The Jazz Singer, Evidence 22062 2The Jazz Singer
Eddie Jefferson (voc), Johnny Coles (tp), Howard McGhee (tp), James Moody (ts), Musa Kaleem (bar), Gene Kee (p), John Latham (b), Clarence Johnston (dm)
1. It's Only a Paper Moon (Lester's Trip to the Moon), 
2. T.D.'s Boogie Woogie
3. Workshop
4. Baby Girl (These Foolish Things)
5. Memphis
6. Honeysuckle 
LP Inner City 1016 
CD Evidence 22062 2.

2 mars 1960, New York, NY
Eddie Jefferson
The Jazz Singer
Eddie Jefferson (voc), acc by Howard McGhee (tp), Tom McIntosh (tb), James Moody (ts), Bill Graham (bar), Gene Kee (p), unknown (b and dm)
1. Moody's Mood for Love 
2. NJR (I'm Gone)
3. I've Got the Blues (Lester Leaps In), 
LP Inner City 1016 
CD Evidence 22062 2

15 janvier 1961, New York, NY
Eddie Jefferson
The Jazz Singer
Eddie Jefferson (voc), Howard McGhee (tp), James Moody (ts), Musa Kaleem (bar), Gene Kee (p), John Latham (b), Osie Johnson (dm), Babs Gonzales (voc), Ned Gravely, Honi Gordon (background voc)
1. So What
2. Sister Sadie
3. A Crazy Romance (The Preacher)
4. Night Train
LP Inner City 1016, 
CD Evidence 22062 2


18 décembre 1961, New York, NY
Eddie Jefferson
Letter From Home
Eddie Jefferson (voc), acc by Joe Newman, Ernie Royal (tp), Jimmy Cleveland (tb), James Moody (fl,as), Johnny Griffin (ts), Arthur Clarke (bar), Wynton Kelly (p), Barry Galbraith (g), Sam Jones (b), Osie Johnson (dm)
1. Take the "A" Train
2. A Night in Tunisia
3. Back in Town (I Cover the Waterfront)
LP Riverside 411
CD OJC-Riverside 307-2

12 janvier 1962, New York, NY
Eddie Jefferson
Letter From Home
Eddie Jefferson (voc), Johnny Griffin (ts), Junior Mance (p), Barry Galbraith (g), Sam Jones (b), Louis Hayes (dm)
1. Bless My Soul (Parker's Mood, Bird Lives), 
2. Soft and Furry
3. Billie's Bounce
4. Billie's Bounce (alt take)
5. Keep Walkin'
6. Keep Walkin' (alt take)
LP Riverside 411
CD OJC-Riverside 307-2 

8 février 1962, New York, NY
Eddie Jefferson
Letter From Home
Eddie Jefferson (voc), Clark Terry (tp,flh), Ernie Royal (tp), Jimmy Cleveland (tb), James Moody (as,fl), Johnny Griffin (ts), Arthur Clarke (bar), Joe Zawinul (p), Barry Galbraith (g), Sam Jones (b), Osie Johnson (dm)
1. Things Are Getting Better
2. Letter From Home
3. Body and Soul (I Feel So Good), 
LP Riverside 411
CD OJC-Riverside 307 2 

1964. Eddie Jefferson, I Don't Want You Anymore/Uh Oh (I'm in Love Again), Stax 147
1964. Eddie Jefferson, I Don't Want You Anymore/Uh Oh (I'm in Love Again), Stax 147

6 février 1964, Memphis, TN
Eddie Jefferson 
Eddie Jefferson (voc), autres musiciens non identifiés
1. I Don't Want You Anymore
2. Uh Oh (I'm in Love Again)
45t Stax 147



10 juillet 1964, New York, NY
Eddie Jefferson
1959-65. Eddie Jefferson, The Jazz Singer, Evidence 22062 2
The Jazz Singer
Eddie Jefferson (voc), Tommy Tucker (p)
1. Silly Little Cynthia 
CD Evidence 22062 2

29 octobre 1965, New York, NY
Eddie Jefferson
The Jazz Singer
Eddie Jefferson (voc), Louisiana Red (g), (p non identifié)
1. Red's New Dream
CD Evidence 22062 2

27 septembre 1968, New York, NY
Eddie Jefferson
Body and Soul
1968. Eddie Jefferson, Body and Soul, Prestige 7619
Eddie Jefferson (voc), Dave Burns (tp), James Moody (ts,fl), Barry Harris (p), Steve Davis (b), Bill English (dm)
1. Introduction by Ed Williams
2. See If You Can Git to That 
3. Psychedelic Sally
4. Oh Gee
5. Mercy, Mercy, Mercy
6. Now's the Time
7. Filthy McNasty
8. Body and Soul
9. There I Go, There I Go Again
10. So What
LP Prestige 7619
CD OJC-Prestige 396 2

12 août 1969, New York, NY
Eddie Jefferson
1969. Eddie Jefferson, Come Along With Me, Prestige 7698
Come Along With Me
Eddie Jefferson (voc), Bill Hardman (tp), Charles McPherson (as), Barry Harris (p), Gene Taylor (b), Bill English (dm), Bill Foeman (tamb), Eddie Jefferson Singers (voc)
1. Come Along With Me 
2. Son of the Preacher Man
3. The Preacher
4. Yardbird Suite
5. Dexter Digs In
6. Please Leave Me Alone
7. Baby Girl
8. When You're Smiling
LP Prestige 7698
CD OJC-Prestige 613 2


1973. North Sea Jazz Sessions Volume 4, Jazz World 102-204

21 mai 1973, Hilversum/La Haye, Pays-Bas
North Sea Jazz Sessions Volume 4 
Eddie Jefferson (voc), Louis van Dijk (p), Jacques Schols (b), John Engels (dm)
1. Now Is the Time
2. So What
CD Jazz World 102-204
NB: autres titres par Toots Thielemans, Dave Pike, Helen Merrill, Conte Candoli, Frank Rosolino,  Louis Van Dyke





1973. The Black Way-La Memoire du Peuple Noir, L'Escargot 398

1973, Poss. Paris, France
The Black Way-La Memoire du Peuple Noir
Eddie Jefferson (voc), musiciens non identifiés (s,p,b,dm)
1. Benny Is My Name
LP L'Escargot 398 (399-400)
NB: 1 titre sur un double LP rassemblant la musique d’un documentaire de Claude Fléouter sur le blues, le reggae, la samba et la musique africaine


5 mars 1974, New York, NY
Eddie Jefferson
Things Are Getting Better
1974. Eddie Jefferson, Things Are Getting Better, Muse 5043
Eddie Jefferson (voc), Joe Newman (tp), Billy Mitchell (fl,ts,bcl), Mickey Tucker (p,org,saw), Sam Jones (b), Eddie Gladden (dm), Mildred Weston, Conrad Buckman (voc)
1. Bitches' Brew 
2. Things Are Getting Better
3. Freedom Jazz Dance
4. Night in Tunisia
5. Trane's Blues
6. I Just Got Back in Town
7. Billie's Bounce
8. Thank You-Falletinme Be Mice Elf Agin
LP Muse 5043
CD Muse 5043

17 mars 1976, New York, NY
Eddie Jefferson
1976. Eddie Jefferson, Still on the Planet, Muse 5063
Still on the Planet
Eddie Jefferson (voc), Waymon Reed (tp,flhrn), Richie Cole (as), Mickey Tucker (keyboards), Rick Laird (b), Eddie Gladden (dm), Harold White (perc), Betsy Fesmire (voc)*
1. I Got the Blues
2. Workshop (Blues for a debutante)
3. Sherry
4. Ornithology
5. Keep Walkin'
6. Zap! Carnivorous!
7. Pinetop's Boogie*
8. Chameleon
9. Chameleon (alt take)
LP Muse 5063
CD Muse 6013

26-27 mars 1976, Englewood Cliffs, NJ
1976. Eddie Jefferson, The Live-Liest, Muse 5127
Eddie Jefferson
The Live-Liest 
Eddie Jefferson (voc), Richie Cole (as), Eric Kloss (ts), Mickey Tucker (p), Rick Laird (b), Eddie Gladden (dm)
1. Now's the Time
2. Body and Soul
3. Lady Be Good
4. Groovin' High
5. Red Top 
6. Parker's Mood
7. So What
8. Confirmation
LP Muse 5127

15 juillet 1976, Ali's Alley, New York, NY
Rashied Ali Quintet featuring Eddie Jefferson
1976. Rashied Ali Quintet featuring Eddie Jefferson, At Ali's Alley, Blue Music Group, 2009
At Ali's Alley
Eddie Jefferson (voc), Jimmy Vass (as, fl), Marvin Blackman (ts,ss), Marsha Frazier (p), Benny Wilson (b), Rashied Ali (dm)
1. Now's the Time
2. Pennies From Heaven
3. So What
4. Bless My Soul
5. Keep Walkin'
6. Trane's Blues
7. A Night in Tunisia
8. Body and Soul
9. Billie's Bounce
10. Moody's Mood For Love
CD Blue Music Group, 2009

9-10 octobre 1977, New York, NY
Eddie Jefferson 
1977. Eddie Jefferson , The Main Man, Inner City 1033
The Main Man
Eddie Jefferson (voc), Charles Sullivan (tp), Slide Hampton (tb), Richie Cole (as), Junior Cock (ts), Hamiett Bluiett (bar), Harold Mabern (p), George Duvivier (b), Billy Hart (dm), Azzedin Weston (perc), Harold White (perc), Janet Lawson (voc)
1. Jeannine 
2. Night Train
3. Moody's Mood For Love
4. Body and Soul
5. Confirmation
6. Benny's From Heaven
7. Summertime
8. Freedom Jazz Dance
9. Exactly Like You
LP/CD Inner City 1033

DVD 1979. Eddie Jefferson, In Concert featuring Richie Cole, Rhapsody Films/Bruce Ricker Production6 mai 1979, Chicago, IL
Eddie Jefferson
In Concert Featuring Richie Cole
Eddie Jefferson (voc), Richie Cole (as), John Campbell (p), Kelly Sill (b), Joel Spencer (dm)
1. Jeannine
2. A Night in Tunisia
3. Trane’s Blues
4. I Cover the Waterfront
5. So What?
6. I Got the Blues
7. When You’re Smiling
8. My Baby Has Gone Away
9. Body and Soul
10. Ornithology
11. Bennie’s From Heaven
12. Moody’s Mood For Love
13. Summertime
14. Freedom Jazz Dance
DVD Rhapsody Films/Bruce Ricker Production
NB: 14 titres pour 50’ enregistrées live au Joe Segal’s Jazz Showcase, le dernier enregistrement d’Eddie Henderson puisqu’il fut abattu à Detroit le 9 mai 1979, vidéo disponible en ligne sur YouTube: https://www.youtube.com/watch?v=uvcWMwIMeLE 



*

1979. Richie Cole, Hollywood Madness, Muse 5207

SIDEMAN

1953. Babs Gonzales, Eddie-Jefferson, Crazy1953, New York, NY
Babs Gonzales
Babs Gonzales (voc), William Shepherd (tb), Numa "Pee Wee" Moore (bar), Ram Ramirez (org), John Latham (b), Clarence Johnston (dm), Eddie Jefferson (voc)
1. Rockin' and Rollin' the Blues
2. Here Today and Gone Tomorrow
3. Them Bums Ride Again
45t/78t Crazy 1002-1003-1004





1954. James Moody, Moody's Workshop, Prestige 71798 janvier 1954, Hackensack, NJ
James Moody
Moody's Workshop
Dave Burns (tp), William Shepherd (tb), James Moody (as,ts), Numa "Pee Wee" Moore (bar), Sadik Hakim (p), John Latham (b), Joe Harris (dm), Eddie Jefferson (voc)
1. Workshop
LP Prestige 7179

29 septembre 1954, Hackensack, NJ
James Moody
Moody's Workshop
Dave Burns (tp), William Shepherd (tb), James Moody (as,ts), Numa "Pee Wee" Moore (bar), Sadik Hakim (p), John Latham (b), Clarence Johnson (dm), Eddie Jefferson (voc)
1. Moody's Mood for Love
LP Prestige 7179

1954. King Pleasure, King Pleasure Sings/Annie Ross Sings, Prestige 7128

7 décembre 1954, New York
King Pleasure/Annie Ross
King Pleasure Sings/Annie Ross Sings
King Pleasure (voc), Quincy Jones Band: Jay Jay Johnson, Kai Winding (tb), Lucky Thompson (ts), Danny Bank (bar), Jimmy Jones (p), Paul Chambers (b), Joe Harris (dm), Jon Hendricks, Eddie Jefferson, The Three Riffs (voc), Quincy Jones (arr,dir)
1. Don't Get Scared
2. I'm Gone
LP Prestige 7128




1955. James Moody, James Moody’s Mood, Prestige 7056

28 janvier 1955, Hackensack, NJ
James Moody
James Moody’s Mood
Dave Burns (tp), William Shepherd (tb), James Moody (as,ts), Numa "Pee Wee" Moore (bar), Jimmy Boyd (p), John Latham (b), Clarence Johnson (d), Eddie Jefferson (voc)
1. I Got the Blues
LP Prestige 7056






1955. James Moody, Hi-Fi Party, Prestige 7740

23 août 1955, Hackensack, NJ
James Moody
Hi-Fi Party
Dave Burns (tp), William Shepherd (tb), James Moody (ts,as), Numa "Pee Wee" Moore (bar), Jimmy Boyd (p), John Latham (b), Clarence Johnson (dm), Eddie Jefferson (voc)
1. Disappointed
LP Prestige 7740






1956. James Moody, Flute 'n the Blues, Argo 603
Février 1956, Chicago, ILL
James Moody
Flute 'n the Blues
Johnny Coles (tp), William Shepherd (tb), James Moody (fl,as,ts), Numa "Pee Wee" Moore (bar), Jimmy Boyd (p), John Latham (b), Clarence Johnston (dm), Eddie Jefferson (voc), 
Birdland Story
Parker's Mood
1. I Cover the Waterfront
LP Argo 603





1956. James Moody, Moody’s Mood for Love, Argo 613

14 décembre 1956, Chicago, ILL
James Moody
Moody’s Mood for Love
Johnny Coles (tp), Donald Cole (tb), James Moody (ts,fl), Tate Houston (bar), Jimmy Boyd (p), John Latham (b), Clarence Johnston (d), Eddie Jefferson (voc)
1. I’m in the Mood for Love
2. Billie’s Bounce
LP Argo 613 





1959. James Moody, Hey! It's James Moody, Argo 666

29 décembre 1959, Chicago, ILL
James Moody
Hey! It's James Moody
James Moody (ts,fl), unknown (p), John Gray (g), Eldee Young (b), Clarence Johnston (dm), Eddie Jefferson (voc), Tom McIntosh (arr,cond)
1. Last Train From Overbrook
2. Summertime
LP Argo 666
NB: Eddie Jefferson intervient brièvement en fond sur "Troubles in De Lowlands”




1961. James Moody, Cookin' the Blues, Argo 756

1961, San Francisco, CA
James Moody
Cookin' the Blues
Howard McGhee (tp), Bernard McKinney (tb), James Moody (as,ts,fl), Musa Kaleem (bar), Sonny Donaldson (p), Steve Davis (b), Arnold Enlow (dm), Eddie Jefferson (voc), 
1. Disappointed
2. Sister Sadie 
LP Argo 756
CD Chess 0003




1969. James Moody, Don’t Look Away Now, Prestige 7625
14 février 1969, New York, NY
James Moody
Don’t Look Away Now
James Moody (as,ts), Barry Harris (p), Bob Cranshaw (b), Alan Dawson (dm), Eddie Jefferson (voc)
1. Hey Herb! Where’s Alpert?
LP Prestige 7625







1970. Charlie Parker Memorial Concert/A Musical Tribute to Charlie Parker, Cadet-Chess 60002/2-9217
16 ou 30 août 1970, Chicago, ILL
Charlie Parker Memorial Concert/A Musical Tribute to Charlie Parker
Arthur Hoyle (tp,flh), Lee Konitz (as,ts), John Young (p), Rufus Reid (b), Philly Joe Jones (dm), Eddie Jefferson (voc)
1. Now's the Time
2. Parker's Mood
3. Medley: Disappointed-Oh! Lady Be Good
LP Cadet-Chess 60002 (2-9217)
CD Chess 1014





1971. James Moody, Heritage Hum, Perception 22
1971, New York, NY
James Moody 
Heritage Hum
James Moody (ts,fl), Michael Longo (p), Sam Jones (b), Freddie Waits (dm), Eddie Jefferson (voc)
1. Parker's Mood
2. Pennies From Heaven
LP Perception 22







1973. Roy Brooks and the Artistic Truth, Ethnic Expressions, Jazzman 034

22 novembre 1973, New York, NY
Roy Brooks and the Artistic Truth
Ethnic Expressions
Roy Brooks (dm, perc), Cecil Bridgewater (tp, flh), Olu Dara (tp, cor), Sonny Fortune (as, fl), John Stubberfield (ts,fl,bcl), Hamiet Bluiett (bar, cl), Hilton Ruiz (p), Joseph Bonner (p), Reggie Workman (b), Lawrence Williams (perc), Richard Landrum (perc), Eddie Jefferson (voc)
1. The Smart Set
2. Eboness
LP Jazzman 034




Roy Brooks and the Artistic Truth, Live at Town Hall, Baystate 6028
26 mai 1974, Town Hall, New York, NY
Roy Brooks and the Artistic Truth
Live at Town Hall
Roy Brooks (dm, perc, saw), Marcus Belgrave (tp), Sonny Fortune (as), Sonny Red (ts), Mickey Tucker (p), Reggie Workman (b), Eddie Jefferson (voc) 
1. So What
2. Moody’s Mood for Love
LP Baystate 6028 (= CD Baystate 35110)






1976. Richie Cole Alto Madness, New York Afternoon, Muse 5119
13 octobre 1976, New York, NY
Richie Cole Alto Madness
New York Afternoon
Richie Cole Sextet : Richie Cole (as), Mickey Tucker (p,el-p), Vic Juris (g), Rick Laird (b,el-b), Eddie Gladden (dm), Ray Mantilla (perc), Eddie Jefferson (voc)
1. Waltz For a Rainy Be-Bop Evening
2. It's the Same Thing Everywhere
LP Muse 5119
CD Muse 5119





1977. Richie Cole, Alto Madness, Muse 5155
Décembre 1977, Englewood Cliffs, NJ
Richie Cole
Alto Madness
Richie Cole (as), Harold Mabern (p), Vic Juris (g), Rick Laird, Steve Gilmore (b), Eddie Gladden (dm), Ray Mantilla (perc), Eddie Jefferson (voc), 
1. The Common Touch
2. Moody's Mood '78
LP Muse 5155
CD Muse 5155





1978. Richie Cole, Keeper of the Flame, Muse 5192

6 septembre 1978, Englewood Cliffs, NJ
Richie Cole
Keeper of the Flame
Richie Cole Quintet : Richie Cole (as), Harold Mabern (p), Vic Juris (g), Rick Laird (el-b), Eddie Gladden (dm), Eddie Jefferson (voc)
1. Harold's House of Jazz
2. New York Afternoon 
LP Muse 5192






1978. Richie Cole, Live, Just Jazz 10051er octobre 1978, Half Moon Bay, CA
Richie Cole
Live
Richie Cole (as), Bishop Norman Williams (as-1), Smith Dobson (p), Bob Maize (b), Jeep Duquesne (dm), Eddie Jefferson (voc)
1. Summertime
2. Lester Leaps In
LP Just Jazz 1005







1978. Frank Wright, Kevin My Dear Son, Chiaroscuro 20141978. Frank Wright, Kevin My Dear Son, Sun Records 004

Octobre 1978, New York , NY
Frank Wright,
Kevin, My Dear Son
Frank Wright (ts,bcl), Kamal Abdul Alim (tp), Georges Arvanitas (p), Reggie Workman (b), Philly Joe Jones (dm), Khalil Abdullah (perc), Eddie Jefferson (voc)
1. No End to the Sun
2. Long Way From Home
LP Sun Records 004/LP Chiaroscuro 2014
NB: Eddie Jefferson intervient brièvement en fond sur «Kevin, My Dear Son»



1979. Dexter Gordon, Great Encounters, Columbia 3597826 janvier 1979, New York, NY
Dexter Gordon
Great Encounters
Dexter Gordon (ts), Woody Shaw (tp), Curtis Fuller (tb), George Cables (p), Ron Carter (b), Philly Joe Jones (dm), Eddie Jefferson (voc)
1. Diggin' In
2. It's Only a Paper Moon
LP Columbia 35978
CD Columbia/Legacy 65295 (CD Dexter Gordon, Sophisticated Giant)






1979. Richie Cole, Hollywood Madness, Muse 5207

25 avril 1979, Studio City/Los Angeles, CA
Richie Cole
Hollywood Madness
Richie Cole (as), Dick Hindman (p), Bruce Forman (g), Marshall Hawkins (b), Les DeMerle (dm), Michael Spiro (perc), Eddie Jefferson (voc)
1. Hi-Fly
2. Relaxin' at Camarillo
3. Waitin’ for Waits
LP Muse 5207
CD Muse 5207





*

INDEX DISCOGRAPHIQUE

Leader-Coleader
LP  1949-50. Eddie Jefferson, Cool Whalin’, Spotlite 135
LP  1952. Eddie Jefferson, The Bebop Boys: Eddie Jefferson, Savoy 2225 (2x45t. Hi-Lo 1413 et 1416)
LP  1953. Eddie Jefferson, Joe Carroll & Annie Ross, The Bebop Singers, Prestige 7828
LP  1959-60-61. Eddie Jefferson, The Jazz Singer, Inner City 1016 (CD Evidence 22062 2)
LP  1961-62. Eddie Jefferson, Letter From Home, Riverside 411 (CD OJC-Riverside 307 2)
45t 1964. Eddie Jefferson, I Don't Want You Anymore/Uh Oh (I'm in Love Again), Stax 147
CD 1964-65. Eddie Jefferson, The Jazz Singer, Evidence 22062 2 (2 titres)
LP  1968. Eddie Jefferson, Body and Soul, Prestige 7619 (CD OJC-Prestige 396 2)
LP  1969. Eddie Jefferson, Come Along With Me, Prestige 7698 (CD OJC-Prestige 613 2)
CD 1973. North Sea Jazz Sessions Volume 4, Jazz World 102-204
LP  1973. The Black Way-La Memoire du Peuple Noir, L'Escargot 398 (399-400, 1 titre)
LP  1974. Eddie Jefferson, Things Are Getting Better, Muse 5043 (= CD Muse 5043)
LP  1976. Eddie Jefferson, Still on the Planet, Muse 5063 (=CD Muse 6013)
LP  1976. Eddie Jefferson, The Live-Liest, Muse 5127
CD 1976. Rashied Ali Quintet featuring Eddie Jefferson, At Ali's Alley, Blue Music Group, 2009
LP  1977. Eddie Jefferson , The Main Man, Inner City 1033 (=CD Inner City 1033)
DVD 1979. Eddie Jefferson, In Concert featuring Richie Cole, Rhapsody Films/Bruce Ricker Production

Sideman
45t/78t 1953. Babs Gonzales, Crazy 1002-1003-1004
LP  1954. James Moody, Moody's Workshop, Prestige 7179
LP  1954. King Pleasure, King Pleasure Sings/Annie Ross Sings, Prestige 7128
LP  1955. James Moody, James Moody’s Mood, Prestige 7056
LP  1955. James Moody, Hi-Fi Party, Prestige 7740
LP  1956. James Moody, Flute 'n the Blues, Argo 603
LP  1956. James Moody, Moody’s Mood for Love, Argo 613 
LP  1959. James Moody, Hey! It's James Moody, Argo 666
LP  1961. James Moody, Cookin' the Blues, Argo 756 (CD Chess 0003)
LP  1969. James Moody, Don’t Look Away Now, Prestige 7625
LP  1970. Charlie Parker Memorial Concert/A Musical Tribute to Charlie Parker, Cadet-Chess 60002/2-9217 (CD Chess 1014)
LP  1971. James Moody, Heritage Hum, Perception 22
LP  1973. Roy Brooks and the Artistic Truth, Ethnic Expressions, Jazzman 034
LP  1974. Roy Brooks and the Artistic Truth, Live at Town Hall, Baystate 6028
LP  1976. Richie Cole Alto Madness, New York Afternoon, Muse 5119 (=CD Muse 5119)
LP  1977. Richie Cole, Alto Madness, Muse 5155 (=CD Muse 5155)
LP  1978. Richie Cole, Keeper of the Flame, Muse 5192
LP  1978. Richie Cole, Live, Just Jazz 1005
LP  1978. Frank Wright, Kevin, My Dear Son, Sun Records 004/Chiaroscuro 2014
LP  1979. Dexter Gordon, Great Encounters, Columbia 35978 (=CD Sophisticated Giant, Columbia/Legacy 65312-2)
LP  1979. Richie Cole, Hollywood Madness, Muse 5207 (CD Muse 5207)




*
VIDÉOGRAPHIE

Image tirée de la vidéo YouTube du concert d’Eddie Jefferson et Richie Cole au Joe Segal’s Jazz Showcase, Chicago, du 6 mai 1979

Image tirée du YouTube du concert d’Eddie Jefferson et Richie Cole au Joe Segal’s Jazz Showcase, Chicago, du 6 mai 1979 
https://www.youtube.com/watch?v=uvcWMwIMeLE



Chaîne YouTube d’Eddie Jefferson

c. 1949-50, Eddie Jefferson, album Cool Whalin’, Spotlite, Titres: «Bless My Soul (Parker’s Mood)», New York, NYC

1954. Eddie Jefferson, album James Moody (as,ts)-Moody's Workshop (Prestige), Dave Burns (tp), William Shepherd (tb), Numa Pee Wee Moore (bar), Sadik Hakim (p), John Latham (b), Joe Harris (dm), Titre: «Workshop», Hackensack, NJ, 8 janvier

1961-1962. Eddie Jefferson, album Letter From Home (Riverside), Joe Newman, Ernie Royal (tp), Jimmy Cleveland (tb), James Moody (fl,as), Johnny Griffin (ts), Arthur Babe Clarke (bar), Wynton Kelly (p), Barry Galbraith (g), Sam Jones (b), Osie Johnson (dm), Titres: «Take the "A" Train», «A Night in Tunisia», «Back in Town (I Cover the Waterfront)», «Bless My Soul (Parker's Mood, Bird Lives) », «Soft and Furry», «Billie's Bounce», «Keep Walkin'», «Things Are Getting Better», «Letter From Home», «Body and Soul (I Feel so Good)», New York, NYC, 18 décembre 1961, 12 janvier et 8 février 1962

1968. Album Eddie Jefferson Body and Soul (Prestige), James Moody (ts,fl), Dave Burns (tp), Barry Harris (p), Steve Davis (b), Bill English (dm), Titres: «See If You Can Git To That», «Body And Soul», «Mercy, Mercy, Mercy», «So What», «There I Go, There I Go Again», «Psychedelic Sally», «Now's the Time», «Filthy McNasty», «Oh Gee», New York, NYC, 27 septembre

1969. Album Eddie Jefferson Come Along With Me (Prestige) avec Bill Hardman (tp), Charles McPherson (as), Barry Harris (p), Gene Taylor (b), Bill English (dm), Bill Foeman (perc),
Titres: «Come Along With Me», «Son of the Preacher Man», «The Preacher», «Yardbird Suite», «Dexter Digs in», «Please Leave Me Alone», «Baby Girl», «When You're Smiling», 12 août 1969

1976. Eddie Jefferson, album The Live-Liest (Muse), Richie Cole (as), Eric Kloss (ts), Mickey Tucker (p), Rick Laird (b), Eddie Gladden (dm),
Titres: «Now's the Time», «Body and Soul», «Lady Be Good», «Groovin' High», «Red Top», «Parker's Mood», «So What», «Confirmation», Englewood Cliffs, NJ, 26-27 mars

1976. Album live Eddie Jefferson At Ali's Alley, avec Rashied Ali (dm) dans son club, Ali’s Alley, Jimmy Vass , Marvin Blackman (s), Marsha Frazier (p), Benny Wilson (b), New York, NYC, 15 juillet
Titres: «Now's the Time», «Bennie's From Heaven», «So What», «Bless My Soul», «Keep Walkin'», «Trane's Blues», «A Night In Tunisia», «Body and Soul», «Billie's Bounce», «Moody's Mood For Love»

1979. Eddie Jefferson, album Dexter Gordon (ts)-Great Encounters (Columbia), Woody Shaw (tp), Curtis Fuller (tb), George Cables (p), Ron Carter (b), Philly Joe Jones (dm),
Titres: «Diggin' In», «It's Only a Paper Moon», New York, NYC, 26 janvier

1979. Eddie Jefferson, Richie Cole (as), John Campbell (p), Kelly Sill (b), Joel Spencer (dm), Live from the Joe Segal’s Jazz Showcase, Chicago, Prod. University of Illinois Music Department, 6 mai, NB: Deux soirs avant le décès par balle d'Eddie Jefferson à Detroit
Titres: «Jeanine», «A Night in Tunisia», «Trane's Blues», «I Cover the Waterfront», «So What?», «I Got the Blues», «When You're Smiling», «My Baby Has Gone Away», «Body and Soul», «How High the Moon», «Bennie's From Heaven», «Moody's Mood for Love», «Summertime», «Freedom Jazz Dance»



*