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Abdullah Ibrahim/Dollar Brand

15 juin 2026
9 octobre 1934, Le Cap, Afrique du Sud - 15 juin 2026, Prien am Chiemsee, Allemagne
© Jazz Hot 2026


Dollar Brand/Abdullah Ibrahim & Ekaya, 28 octobre 1987, Bruxelles © Jacky Lepage
Dollar Brand/Abdullah Ibrahim & Ekaya, 28 octobre 1987, Bruxelles © Jacky Lepage

Dollar BRAND/Abdullah IBRAHIM

La Quête


                  «J'ai effectivement été exposé à toutes sortes de musiques. Dans la communauté vivaient des Indiens, 
                  des Chinois, des Xhosas, des Zoulous et toutes sortes de tribus; et l'on pouvait entendre de la musique 
                  occidentale, du jazz américain, de la musique européenne; tout cela se trouvait aussi en Afrique du Sud. 
                  Ce fut une très bonne formation mais c'est aussi pourquoi j'éprouve certaines difficultés à m'intégrer 
                  dans le monde du jazz... Ce que je perçois de l'Afrique provient de ma conversion à l'Islam: tout ce que 
                  je vois maintenant, je le vois à travers les yeux d'un musulman: il n'y a qu'un seul amour, c'est celui 
                  qui est dirigé vers Allah Tout Puissant... Dans la société il y a deux sortes de musique: l'une qui est dédiée 
                  à Dieu et l'autre qui est une sorte de bavardage social (social commentary)... en ce qui concerne le Duke (Ellington), 
                  vous remarquerez qu'il donne des concerts de musique sacrée même si beaucoup de sa musique relève plus 
                  du commentaire social... Si je me rends aux Etats-Unis, qui puis-je aller trouver d'autre que (Thelonious) Monk 
                  et Duke? Et pour ce qui est des compositions, je pense que je dois aimer la difficulté parce que les compositions 
                  de Monk sont de véritables défis... C'est la même chose avec Bach...une manière d'apprentissage de soi, 
                  de ce dont on est capable et de ce dont on est incapable. C'est cela que je trouve dans la musique de Monk. 
                  Tout comme dans celle de Herbie Nichols, c'est la même chose.»
                                                                                           (Dollar Brand, Jazz Hot n°292, mars 1973)


Abdullah Ibrahim, Anvers, Belgique, 19 août 2012 © Pascal Kober


Abdullah Ibrahim, Anvers, Belgique, 19 août 2012
© Pascal Kober

L’environnement chaotique dans lequel mûrit le pianiste, compositeur et leader Dollar Brand (voc, ss, fl, bar, kb, cello, perc) l’amène à une quête incessante de conditions de vie acceptable et spirituelle quelque part sur la planète, résultat d’un parcours rempli de sons contrarié par un conflit brutal qu’il subit du pouvoir raciste presqu'invincible car âpre au gain des richesses minières d'Afrique du Sud, un trésor pour les prédateurs. La musique sera sa planche de salut et sa porte de sortie, allant d'un continent à l'autre, s’exilant d’un pays à l’autre, pour y tester ses chances de sécurité et de répit, faire une pause dans la terreur qui l’habite et lui a pris son père, a dépouillé les savoirs ancestraux de sa communauté, dans un pays ne tolérant que la religion comme vase d’expansion résiduel de spiritualité. Après un long chemin passant par une éducation méthodiste, l’islam, les arts martiaux japonais, l’errance géographique, la curiosité sans fin des musiques et des instruments, et même l’activisme politique dans l’impatience de voir son pays libre et Nelson Mandela le diriger, il avait finalement élu domicile dans un petit paradis en Allemagne auprès de sa seconde compagne, à 66 km de Salzbourg
ville natale de Mozart, dans la station thermale de Prien am Chiemsee, au microclimat propice aux oiseaux comme aux curistes-touristes, en bordure d’un grand lac parsemé d’îles poétiques, au pied des Alpes bavaroises: un paysage et une atmosphère aux allures de tranquillité suisse dans lesquels Dollar Ibrahim Xahuri a finalement pu savourer la paix et couler ses derniers jours jusqu’au 15 juin 2026, un cadre méditatif, en harmonie avec la nature, auquel il avait tant rêvé. Comme un vieux sage ayant enfin trouvé la pierre philosophale de l’équilibre intérieur, il révisait une énième fois sa vision du
jazz de 1973 (ci-dessus), lors d’une interview en 2019 (ci-après) à l’occasion de sa distinction comme NEA Jazz Master:

                  «le jazz est la forme musicale la plus aboutie de toute l'histoire de la planète. Et c'est là le pouvoir du jazz: 
                  il permet une véritable introspection, car il nous pousse constamment à nous remettre en question… 
                  c'est là que réside, pour moi, le jazz et les musiciens de jazz: c'est une expérience merveilleuse et 
                  enrichissante que de parler aux maîtres et de comprendre leur parcours, leur cheminement désintéressé. 
                  C'est au moins un héritage que nous pouvons espérer transmettre.»
                                                                                           (Abdullah Ibrahim, cf. vidéographie)


Adolph Johannes Brand (p,s,cello,comp,lead) est né le 9 octobre 1934 à Kensington, banlieue multicommunautaire(1) située à 10km à l'est du Cap, alors que l'Union Sud-Africaine est proclamée comme Etat souverain, indépendant de la Couronne britannique pour le pouvoir législatif et les ministères. Nelson Mandela a déjà 16 ans et fait ses études dans les écoles méthodistes, les religions chrétiennes étant très largement majoritaires dans l’Union. Depuis la Crise de 1929, l'Afrique du Sud affronte simultanément l'effondrement économico-financier et une période de sècheresse dévastatrice qui vont accélérer et intensifier la mise en place de restrictions racistes par un pouvoir soucieux de protéger le confort et la prospérité de la population euro-africaine qui le soutient indéfectiblement, qui représente alors environ 20 à 25% de la population totale, d'origine variée: néerlandaise et germanique (les Afrikaners, dotés d'une langue, une utopie religieuse ancrée dans l'histoire complexe de l'Afrique du Sud, en réaction au colonialisme anglais), anglaise et même française (des huguenots ayant fui la persécution de Louis XIV) installés depuis le XVIIe siècle (1652).

poème manuscrit de Dollar Brand, Jazz Hot n°277-1971


poème manuscrit de Xahuri Dollar Brand,
Jazz Hot n°277-1971


En 1938, Senzo, le père (Khoïsan/Bushman) du jeune Brand, ouvrier du bâtiment, est assassiné par balles alors que l'enfant a 4 ans, événement traumatisant à l’origine de la longue quête de l'artiste; il est donc élevé par sa grand-mère Margaret, une maîtresse-femme, membre actif de l'AMEC(2) et sa mère, Rachel, toutes deux de la communauté basotho, pianistes et choristes de cantiques et spirituals. Celui qui se (pré)nommera successivement Dollar –car il achète des disques de jazz aux soldats après la Seconde Guerre
, Dollar Brand Xahuri, Xahuri Dullah Brahim et enfin Abdullah Ibrahim, une fois converti à l'islam en 1968, prend pour l'heure des leçons de piano classique; il a 7 ans et absorbe depuis sa naissance les sons religieux et ceux profanes des townships(3), incluant les musiques sud-africaines, indiennes et asiatiques qui interfèrent dans ce melting pot. Il apprend à jouer du saxophone et du violoncelle, signe de ses aptitudes et facilités pour les apprentissages musicaux quels qu'ils soient. De plus, à partir de son adolescence, il prend pleinement conscience que la musique est sa seule chance de ne pas se laisser enfermer dans les emplois subalternes proposés par l'apartheid officiellement instauré en 1948, contre lequel, en 1952, Nelson Mandela (communauté Xhosa), avocat pionnier établi à Johannesburg, mène la première campagne de désobéissance civile (Defiance Campaign), reprenant la méthode non violente de Gandhi, avocat qui défendait les Indiens dans ce même pays de 1893 à 1914!(4) Au tournant de ces années 1950, Dollar joue du piano avec The Tuxedo Slickers Orchestra, lesquels gravent leurs deux premiers 45t le 1er octobre 1954 à Johannesburg, ville où Dollar part s'installer et monte un trio (1958), puis un quartet avec Hugh Masekela (tp), Kippie Moeketsi (as) mentor de Dollar, au destin tragique, décédé en 1983 et Jonas Gwangwa (tb) qui se transforme en sextet avec Johnny Gertze (b) et Makaya Ntshoko (dm) en 1959, nommé The Jazz Epistles, qui enregistre en janvier 1960 l'album Verse 1 (cf. discographie et vidéographie).

Si Duke Ellington* et Count Basie* sont très connus, Herbie Nichols*, Art Blakey*, Horace Silver*, Thelonious Monk*, Albert Ammons*, Pete Johnson*, Meade Lux Lewis* sont mondialement promus par Blue Note après-guerre (cf. Dossier Jazz Hot 2025), le label mythique dont le travail est relayé et amplifié par Voice of America notamment, d'autant plus que la période 1945-1958 reste encore liée à la pratique sociale de la danse. Ce substrat du jazz de la Libération est le fil conducteur qui se tisse avec les musiques traditionnelles sud-africaines et indo-asiatiques dont les populations sont venues travailler dans les mines d'or, de diamant et de charbon: la population métisse s’étend de plus en plus, et avec elle, les revendications.

1960. The Jazz Epistles Verse 1, Continental      1963. Duke Ellington Presents The Dollar Brand Trio, Reprise      1965. Dollar Brand, Round Midnight at The Montmartre, Black Lion

A l'international, à partir de 1956, le soft power américain (cf. Adam Clayton Powell Jr./Hazel Scott) lutte contre son image de pays ségrégué, en envoyant ses Jazz Ambassadors en tournées mondiales dont l'Afrique, objet de toutes les attentions; de son côté, Martin Luther King mène avec succès ses campagnes retentissantes depuis 1954 contre la ségrégation en vigueur aux USA jusqu'en 1968 (mariages et logements mixtes). En pleine Guerre froide, la décolonisation se cherche une troisième voie dans le non-alignement du Tiers-Monde émergeant, lors de la Conférence de Bandung (Indonésie, avril 1955) qui condamne non seulement la ségrégation aux USA mais surtout l'apartheid en Afrique du Sud dont la dictature cloisonne et déplace les communautés, leur imposant des passeports intérieurs pour empêcher leur agrégation dangereuse lors des révoltes: la tension raciale extrême arrive à son paroxysme lors du massacre de Sharpeville en mars 1960 (91 morts, 238 blessés), car les populations manifestent dans la non-violence contre les interdictions de se côtoyer, de circuler, contre les injustices, la dépossession foncière, la répression féroce et des emplois permettant de moins en moins de (sur)vivre. Les clubs de jazz sont fermés, les groupes mixtes sont prohibés à l'instar du spectacle jazz à succès King Kong(5) dont les participants en tournée à Londres préfèreront rester en exil, comme Hugh Masekela ou Miriam Makeba(6), en Europe ou aux USA où ils sont accueillis et soutenus dans leur vie artistique et leur combat politique intimement intriqués. En 1960, l'African National Congress/ANC est interdit et en août 1962, Nelson Mandela est emprisonné. Dollar Brand, et Sathima Bea Benjamin rencontrée en 1959, partent grâce à un contrat de trois ans au Club Africana de Zurich où, début 1963, Duke Ellington vient les écouter jouer et leur propose une séance d'enregistrement pour le 23 février à Paris (label Reprise, enregistrement et distribution Vogue) dont l'album Duke Ellington Presents The Dollar Brand Trio est tiré, avec Johnny Gertze (b) et Makaya Ntshoko (dm). Duke Ellington ouvre au couple les portes des festivals, dont celui d'Antibes-Juan-les-Pins le 28 juillet 1963, des TV et radios en Europe et aux USA. Marié, le couple s'installe à New York en 1965; Dollar Brand passe à Newport, au Carnegie Hall en compagnie du très politisé Max Roach avec lequel il enregistrera en 1977 Streams of Consciousness (Baystate), et remplace Duke Ellington dans son orchestre pendant cinq concerts; puis il travaille six mois dans le quartet d'Elvin Jones (cf. Jazz Hot n°219 et 220) dont il reste l'album Midnight Walk (Atlantic, 1966) enregistré avec Thad Jones (tp), Hank Mobley (ts) et Don Moore (b). C'est l'époque où Martin Luther King fait encore rêver l'Amérique de déségrégation. En 1967, Dollar obtient une bourse de la Fondation Rockefeller qui lui permet d'étudier à la Juilliard School tout en côtoyant Don Cherry, Ornette Coleman, John Coltrane, Pharoah Sanders, Cecil Taylor et Archie Shepp avec lequel ils feront Duet à Tokyo, en 1978, pour le label Denon.


Abdullah Ibrahim, Vienne, 11 juillet 1995 © Pascal Kober




Abdullah Ibrahim,
 Vienne, 11 juillet 1995
© Pascal Kober


Avec l'assassinat de Martin Luther King en avril 1968, Dollar prend acte de la violence raciste(7) au pays de la liberté, et retourne au Cap où il se convertit à l'islam. Il fait ensuite le pèlerinage de La Mecque en 1970. Lors de cette nouvelle échappée existentielle, il commence en parallèle la pratique assidue des arts martiaux japonais, et créé la même année la Marimba School of Music au Swaziland (actuel Eswatini) qui vient d’obtenir son indépendance, tout en travaillant aussi au Canada, en Europe, notamment à Copenhague (sept sessions live au Jazzhus Montmartre entre 1967 et 1972), en Suisse, à Londres, Milan, en Autriche et République Fédérale d'Allemagne. Il finit par revenir au Cap en 1973 avec sa famille car le roi du Swaziland s’arroge tous les pouvoirs, et il enregistre en 1974 l'album Mannenberg dont le titre «Is Where It's Happening» (www.youtube.com/watch?v=udBEC15_ALc) devient l'hymne national informel des Sud-Africains luttant contre l'apartheid. Après le soulèvement de Soweto en 1976, il repart avec sa famille s'installer à New York: le couple a un fils, Tsakwe, né en 1971, et une fille, Tsidi, née en 1976 (la rappeuse Jean Grae); ensemble, ils fondent le label Ekapa, actif de 1979 à 1996 (www.discogs.com/fr/label/188840-Ekapa). Dans les années 1980, Dollar-Ibrahim écrit The Kalahari Liberation Opera qu'il joue à Vienne (Autriche) en 1982, commémore le centenaire de Marcus Garvey (https://maitron.fr/garvey-marcus) à la Westminster Cathedral de Londres en 1987, et fête les 70 ans de Nelson Mandela à Central Park, NYC, alors qu'il est toujours emprisonné en 1988: tout fait sens, l'histoire et la lutte des Sankhoï-Bushmen (comme son père) au Kalahari, le Retour en Afrique rêvé par les panafricanistes, l’espoir et même la conviction de voir Nelson Mandela prendre en main le destin de l'Afrique du Sud, la future «nation arc en ciel»; il fera de nombreux concerts pour soutenir l’ANC, réclamer la libération de Nelson Mandela et jouera lors de l'investiture présidentielle de celui-ci en 1994.

Bien implanté en Allemagne de l'Ouest dès le début des années 1970, il joue également en solo au Jazzbuhne de Berlin-Est en 1982; au fil du temps, Dollar Brand/Abdullah Ibrahim enregistre avec le Munich Radio Symphony Orchestra (African Symphony, Enja, 1998), les big bands du NDR d'Hambourg (Ekapa Lodumo, Tiptoe 2000) et du WDR de Cologne (Bombella, Sunnyside 2008).

Dollar Brand/Abdullah Ibrahim, 28 octobre 1987, Bruxelles © Jacky Lepage


Dollar Brand/Abdullah Ibrahim, 28 octobre 1987, Bruxelles
© Jacky Lepage




Le pianiste qui adorait le piano solo (parmi de nombreux albums: Ode to Duke Ellington et Memories chez Philips en 1973, African Breeze chez East Wind en 1974; en 1978: Anthem for the New Nations chez Denon, Autobiography chez Plainisphare, Nisa chez African Violets; Matsidiso et South African Sunshine chez Plane en 1980; African Dawn chez Enja en 1982; Senzo chez Sunnyside en 2008; The Song Is My Story chez Intuition en 2014; Dream Time chez Enja en 2019; Solotude: My Journey, My Vision chez Gearbox en 2020 pendant le covid), élabore un compagnonnage de quatre décennies avec le concept Ekaya, une formation composée successivement de Dick Griffin (tb), Carlos Ward (as,fl), Ricky Ford (ts), Charles Davis (bar), Cecil McBee (b), Ben Riley (dm) pour les albums Ekaya et Water From an Ancient Well (Blackhawk, 1983 et 1985); African River (Enja, 1989) avec Robin Eubanks (tb), John Stubblefield (ts,fl), Horace Alexander Young (ss,as,pic), Howard Johnson (tu,tp,bar), Buster Williams (b), Brian Abrahams (dm); Sotho Blue (Intuition, 2010) avec Andrae Murchison (tb), Cleave Guyton (as,fl), Keith Loftis (ts), Jason Marshall (bar), Belden Bullock (b), George G
ray (dm); et The Balance (Gearbox, 2018) avec Andrae Murchison (tb), Cleave Guyton, Jr. (as,fl,pic), Lance Bryant (ts), Marshall McDonald (bar), Adam Glasser (hca), Noah Jackson (b,cello), Alec Dankworth (b) et Will Terrill (dm).

L'expression d’Abdullah Ibrahim/Dollar Brand a varié selon les périodes, s'est mûrie de manière très consciente, suivant étroitement des choix politiques et de vie si intimement liés comme on a pu le comprendre dans les lignes qui précèdent. Commençant dans la proximité du jazz de culture au lendemain de la Seconde Guerre, suivant en cela l'enseignement de Kippie Moeketsi, il est à ses débuts fortement marqué par Thelonious Monk, dont il adopte de manière originale et intellectuelle la capacité à tresser une atmosphère. Il s'intéresse plus largement aux pianistes de l'après-guerre comme Herbie Nichols, Elmo Hope, les pianistes compositeurs, même s'il restera toujours fidèle à ses amours de jeunesse: Duke Ellington et Fats Waller. S'il garde tout au long de son itinéraire des éléments du répertoire du jazz de culture afro-américain, Monk et Ellington surtout, quelques standards («I Surrender Dear»…), il va dès la fin des années 1960 s'orienter vers ce qui est le fondement de sa culture: la musique religieuse telle qu'elle est pratiquée par la communauté sud-africaine et sa famille elle-même, d'origine européenne anglaise et germanique, sa plus profonde influence qui se manifeste dans sa manière de faire résonner le piano parfois comme un orgue, dans son expression solennelle, et la musique traditionnelle sud-africaine (flûte, percussions, mélodies répétitives, transe, méditation…) qui est autant un choix naturel et d'oreille dans sa dimension africaine (son père appartient au peuple natif les Khoisan) qu'un choix politique conscient après sa conversion à l'islam, la rencontre de sa vie d'adulte.


Abdullah Ibrahim, Anvers, Belgique, 19 août 2012 © Pascal Kober
Abdullah Ibrahim, Anvers, Belgique, 19 août 2012 © Pascal Kober

D'autres artistes sud-africains ont des parcours voisins, avec une influence forte du contexte politique, et sont tout aussi originaux cependant car marqués par leur génération, leurs rencontres, toujours inspirés par l'Afrique du Sud (rythme autant qu'expression) comme Miriam Makeba (voc) vers une variété jazz, Johnny Dyani vers le free jazz et la musique improvisée, Dudu Pokwana (as), Louis Moholo (dm), Chris McGregor (p)… Johnny Clegg (voc, poète) s'inspirera de cette manière dans un registre plus variété. De plusieurs origines dans un pays riche d'une histoire extraordinaire dont la complexité des relations intercommunautaires est souvent masquée par une vision réductrice née de la dernière période d'apartheid (1948) et de luttes qui laissent la seule image d’une opposition selon la couleur apparente de peau, ces artistes (et d'autres encore), nés dans le XXe siècle, ont été autant marqués par cet héritage lointain que par des choix politiques devenus vitaux à un moment de l'histoire de leur pays. Leur appartenance à une génération, leurs rencontres (du jazz, de la musique classique, de la musique improvisée), leur émigration fréquente grâce à leur statut d'artiste en Europe ou aux Etats-Unis, au Japon, leurs choix politiques (l'islam, les luttes contre l'apartheid, le tiers-mondisme, entre autres) ont participé à une synthèse musicale originale, sud-africaine d'esprit, qui détermine l’appartenance à cette grande catégorie de world music, imprécise et inexacte au fond car elle regroupe aujourd'hui des musiques de culture authentiques et des musiques purement commerciales. Certains d'entre eux préfèrent donc, et on les comprend, se rattacher au jazz, une des inspirations et un modèle culturel de liberté jamais égalé, qui a été relativement protégé par son développement au XXe siècle de la dérive commerciale, même si le XXIe siècle finit aujourd'hui son œuvre de destruction du jazz, de son esprit, sa philosophie et de son économie.

Par son choix conscient, Dollar Brand, devenu Abdullah Ibrahim, a ajouté progressivement des tonalités et des mélodies d'inspiration africaine et moyenne orientale, et un cérémonial de plus en plus sévère, sombre qui contribue à sa forme d'intensité. Il joue ainsi sur scène sans interruption entre les thèmes enchaînés, tissant une atmosphère méditative qui doit plus à sa nouvelle religiosité affichée/revendiquée qu'au caractère intense monkien de son début de parcours. Ses accents deviennent essentiellement africains, même s'il lui arrive de faire avec brio des détours par Thelonious Monk surtout, Duke Ellington parfois, voire Fats Waller ou les standards exceptionnellement. Abdullah Ibrahim est reconnaissable entre mille, et sa musique, toujours jouée avec une technique de haut vol (sa manière de faire sonner le piano, son toucher), possède un son ample, majestueux, parfois même solennel, emphatique propre au caractère religieux recherché de son expression. C'est un des précurseurs d'une forme de world music de qualité car de culture, largement inspirée par l'Afrique et par le jazz bien sûr, mais qui a su s'en distancier pour retrouver son originalité culturelle native, à la manière de Django Reinhardt pour prendre un parallèle européen, car Django a vécu une rencontre avec le jazz naissant et une intimité naturelle à Paris, moins intellectualisée que celle du jeune Xahuri Brand. La pulsation du swing, le blues ne sont ainsi pas la respiration naturelle et la pâte d’Abdullah Ibrahim, même s'il sait à l'occasion s'y employer car son attachement au jazz de culture est réel, ancré comme une madeleine de Proust de sa jeunesse, comme un modèle à suivre.

Comme ses aînés du jazz, et c'est peut-être là que réside le fondement de la complicité d'Abdullah Ibrahim avec le jazz, il a su inspirer toute une génération de talents sud-africains et plus largement africains, et amener une partie du public du jazz à apprécier les accents et les particularités de la tradition musicale sud-africaine dont il est devenu un monument.


Dollar Brand & Ekaya, Bruxelles, Belgique, 28 octobre 1987 © Jacky Lepage
Dollar Brand & Ekaya, Bruxelles, Belgique, 28 octobre 1987 © Jacky Lepage


Dollar Brand-Abdullah Ibrahim a composé entre 1967 et 2016 quelques musiques de films et participé à des documentaires (cf. site imdb infra): A Brother With Perfect Timing (Chris Austin, 1987), Amandla! (Lee Hirsch, 2002), A Struggle for Love (Ciro Capellari, 2005) cf. vidéographie.

Pour son œuvre enregistrée, la collaboration la plus longue reste sans conteste celle avec le label allemand Enja qui s'étend de 1973 à 2019: une quinzaine d'albums. Enja a aussi édité ou réédité des sessions antérieures et s'est parfois associé à d'autres labels (Tiptoe, Ekapa…). Car l'artiste a cultivé une forme d'indépendance pour son édition, étant parfois son propre éditeur (Ekapa) ou utilisant les opportunités pour enregistrer au cours de ses tournées avec d'autres labels (en Italie, Pologne, Suisse, Allemagne, etc.). Il a principalement une œuvre de soliste (p,fl) ou en leader avec son groupe Ekaya, ce qui ne l'a pas empêché d'enregistrer quelques rencontres mémorables avec Don Cherry, Gato Barbieri, Max Roach, Carlos Ward, le NDR Big Band, un splendide album en duo avec Archie Shepp (Denon), déjà évoqué plus haut… et même un disque avec Buddy Tate (pour Chiaroscuro). Il a bien sûr enregistré avec ses compatriotes sud-africains comme Johnny Dyani ou avec son épouse Bea Benjamin et sa musique de film a été immortalisée en disque. Si Dollar Brand est devenu Ibrahim Abdullah en 1968, les deux noms et prénoms ont coexisté sur les pochettes de disques jusqu'à 1983. C'est une œuvre enregistrée soutenue qui reflète fidèlement son parcours entre ses amours: ses racines, le jazz et ses choix philosophiques pour une synthèse personnelle qui permet de l'identifier à la première note. Son dernier album est enregistré en trio avec Cleave Guyton, Jr. (fl,pic) et Noah Jackson (b,cello) pour un Live au Barbican Hall de Londres pour Gearbox le 15 juillet 2023, un clin d'œil à l'Histoire avec un grand "H".

Divorcé de Sathima Bea Benjamin décédée en 2013, Xahuri Dollar/Abdullah Ibrahim laisse dans le deuil sa compagne, le Dr Marina Umari, son fils et sa fille.

La rédaction de Jazz Hot adresse ses sincères condoléances à ses proches.

Hélène et Yves Sportis
Photos Pascal Kober et Jacky Lepage
Image extraite de YouTube
Avec nos remerciements


1. La population du Cap: elle est composée d'anciens esclaves d'Indonésie, Malaisie, Sri Lanka (Ceylan), Inde, Afrique de l'Est y compris Madagascar, et populations zoulou, xhosa, sotho, tswana, bantou, khoïsan (sankhoï/ex-bushman, khoïkhoï/ex-hottentot, khoïkhoï namas et griquas), et des Européens, d'où les apports musicaux très diversifiés et fêtés notamment lors du (Kaapse) Klopse ou (Cape Town) Minstrel Carnival où les Métis sont très représentés.

2. AMEC: African Methodist Episcopal Church: institution afro-américaine fondée à Philadelphie en 1816 et implantée en Afrique du Sud en 1896
www.ame-church.com/our-church/our-history

3. Township: à l'origine, il s'agit d'une subdivision administrative urbaine en périphérie des villes devenue une zone ghettoïsée réservée aux personnes discriminées comme «non blanches» selon les critères de la ségrégation de l'apartheid en Afrique du Sud, afin de restreindre la propriété foncière indigène.

4. Gandhi en Afrique du Sud: www.lhistoire.fr/ce-quil-doit-à-lafrique-du-sud

1959. King Kong: All African Jazz Opera, Gallotone
5. King Kong: https://sahistory.org.za/article/king-kong-musical-1959-1961
www.youtube.com/watch?v=_-JOYA2Cn-4
www.youtube.com/playlist?list=PLalhy4gc-IIKARL6NclgVkMc5sO7oDLUx
«Sad Times, Bad Times», Miriam Makeba, Hugh Masekela, Kippie Moeketsi
www.youtube.com/watch?v=WY24iMHXkuE
King Kong a été créée au WITS Great Hall de Johannesburg le 2 février 1959, au Princes Theatre de Londres le 23 février 1961 et il existe quatre albums de ce spectacle.
www.discogs.com/fr/release/13743273-The-King-Kong-Cast-King-Kong-All-African-Jazz-Opera



6. • Miriam Makeba &
Jazz Hot, notamment:
- n°151 Février 1960, Miriam Makeba au Vanguard
- n°249 Avril 1969, Couverture: Ted Joans, Miriam Makeba, Stokely Carmichael: Révolution Culturelle à Harlem
- n°253 Septembre 1969, Le Festival Panafricain d'Alger: Archie Shepp, Grachan Moncur III, Sunny Murray, Alan Silva, Dave Burrell, Clifford Thornton, Nina Simone, Marion Williams, Oscar Peterson, Miriam Makeba
- Tears 2023, Harry Belafonte
Site: https://miriammakeba.org

• Hugh Masekela &
Jazz Hot, notamment:
- n°610 Mai 2004, Hugh Masekela au Jazz Café (Londres)
- n°629 Mai 2006, Hugh Masekela au Barbican (Londres)
- n°648 Mars 2009, Hugh Masekela au Royal Albert Hall (Londres)
- n°655 Printemps 2011, Hugh Masekela au London Jazz Festival
- n°664 Été 2013 et n°677 Automne 2016, Hugh Masekela au 4e et 7e Ystad Sweden JazzFestival
- n°682 Hiver 2017-2018, Tears Hugh Masekela
Site: https://hughmasekela.co.za/biography

7. Chronologie succincte des assassinats politiques et de la violence raciste entre 1965 et 1968, dates du premier séjour de Dollar Brand aux USA:
- 21 février 1965, assassinat de Malcolm X à Harlem, NY
- 11 août 1965, 6 jours, Watts-Los Angeles, suite à des articles de presse racistes autour d'une arrestation contestable, 35 morts, 1000 blessés, 4000 arrestations, des centaines de maisons incendiées
- Eté 1966, Jacksonville Fl, Sacramento CA, Omaha NE, New York, Los Angeles, San Francisco, Chicago, jeux d'enfants autour d'une bouche à incendie à cause de la chaleur, 12 morts, 400 blessés
- 12 juillet 1967, 6 jours, Newark NJ, suite à l'arrestation contestable d'un chauffeur de taxi, centaines d'arrestations, intervention de l'armée, 27 morts, 2000 blessés, 1500 arrestations, 60 incendies
- 23 juillet 1967, 6 jours, Detroit MI, suite à une descente de police qui commet des exactions, puis intervention de l'armée de terre et de l'air et de la garde nationale, 3200 arrestations dont 600 mineurs, emprisonnements illégaux dans des bus, dans un garage souterrain de la police pendant plus de 24 heures, 43 morts, 2000 blessés, 3000 bâtiments endommagés
- Eté 1967, 130 villes émeutières en Illinois, Caroline du Nord, Tennessee, Maryland, 83 morts
- 4 Avril 1968, assassinat de Martin Luther King à Memphis TN, puis 8 jours d'émeutes dans 125 villes dont Washington, Chicago, Baltimore, Boston, Newark, Cincinnati, intervention de l'armée dans plusieurs villes, 46 morts, 2600 blessés, incendies.



Site internet Abdullah Ibrahim: https://abdullahibrahim.co.za

Musiques de films et documentaires: www.imdb.com/fr/name/nm0104456/?ref_=ttfc_rvi_t_2


Jazz Hot n°292 mars 1973
ABDULLAH IBRAHIM/DOLLAR BRAND & JAZZ HOT

* Dans JAZZ HOT:
• Rubrique «Recherches dans Jazz Hot»: pour connaître les archives sur les musiciens et autres acteurs du jazz cités dans le texte, les références données dans le présent article n’étant que parcellaires…
https://www.jazzhot.net/PBCPPlayer.asp?ID=2429560
• Table des numéros de Jazz Hot par année:
https://www.jazzhot.net/PBSCCatalog.asp?CatID=692881
• Index alphabétique des Tears en ligne:
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n°97 Mars 1955, Le Jazz aux quatre coins du monde: Afrique du Sud
n°190 Septembre 1963, photo Dollar Brand
n°212 Septembre 1965, photo Dollar Brand
n°219 Avril 1966, Elvin Jones/Dollar Brand
n°220 Mai 1966, Elvin Jones/Hank Mobley/Dollar Brand
n°277 Novembre 1971, Dollar Brand portrait-interview
n°289 Décembre 1972, Dollar Brand
n°292 Mars 1973, Couverture et interview Dollar Brand (Abdullah Ibrahim)
n°339-340 Été 1977, photo Dollar Brand
n°343 Novembre 1977, CR Dollar Brand aux Bouffes du Nord
n°399 Avril 1983, CR Dollar Brand au Forum
n°471 Février 1990, *Herbie Nichols, Le blé en herbe
n°482 Octobre 1991, CD Dollar Brand, Reflections, Black Lion
n°486 Février 1992, CD Abdullah Ibrahim, Mantra Mode, Enja
n°497 Février 1993, CD Abdullah Ibrahim, Desert Flowers, Enja
n°510 Mai 1994, CD Abdullah Ibrahim, No Fear, No Die, Tiptoe
n°519 Avril 1995, CD Abdullah Ibrahim, Knysna Blue, Tiptoe
n°527 Février 1996, CD Abdullah Ibrahim, Yarona, Enja/Tiptoe
n°548 Mars 1998, CD Abdullah Ibrahim, Cape Town Flowers, Enja/Tiptoe
n°553 Septembre 1998, CD Abdullah Ibrahim, Ancient Africa, Sackville
n°558 Mars 1999, CD Abdullah Ibrahim, African Suite for trio and String Orchestra, Enja/Tiptoe
n°592 Supplément Juillet-Août 2002, CD Abdullah Ibrahim, Duke’s Memories, Black & Blue
n°594 Supplément Octobre 2002, CD Abdullah Ibrahim/Dollar Brand, Autobiography, Plainisphare/Elephant
n°606 Décembre 2003-Janvier 2004, Abdullah Ibrahim-Dollar Brand au Royal Festival Hall par David Sinclair
n°606 Supplément Décembre 2003/Janvier 2004, CD Abdullah Ibrahim, African Magic, Enja
n°621 Juin 2005, CDs Abdullah Ibrahim, A Celebration, Enja et Abdullah Ibrahim, Re:Brahim. Abdullah Ibrahim Remixed, Enja
n°641 Supplément Juillet-Août 2007, Abdullah Ibrahim(Dollar Brand) au Cabaret de Monte Carlo
n°668 Eté 2014, CD Abdullah Ibrahim, Mukashi/Once Upon a Time, Intuition Records
n°674 Hiver 2015-2016, CD Abdullah Ibrahim, The Song Is My Story, Intuition Records
Jazz Hot 2025, Tears Don Moore

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DISCOGRAPHIE

1963. The Dollar Brand Trio, Duke Ellington Presents The Dollar Brand Trio, Reprise

Leader-Coleader
78t  1954. The Tuxedo Slickers Orchestra, Isililo/Za Jika, Quality TJ 3
78t  1954. The Tuxedo Slickers Orchestra, Mbube/Mlamlankunzi, Quality TJ 4
LP  1960. The Jazz Epistles, Verse 1, Continental T14 (=CD Gallo Record Company ZAC 56R)
LP  1960. Dollar Brand, Plays Sphere Jazz, Continental 8047
LP  1963. The Dollar Brand Trio, Duke Ellington Presents The Dollar Brand Trio, Reprise 6111 (=CD Reprise 2-6111)
1954. The Tuxedo Slickers Orchestra, Quality TJ41960. The Jazz Epistles, Verse 1, Continental1960. Dollar Brand, Plays Sphere Jazz, Continental1963. The Dollar Brand Trio, Duke Ellington Presents The Dollar Brand Trio, Reprise












CD 1963. Dollar Brand Trio, The Dream, JMY 1006-2
LP  1963. Los Grandes del jazz 19, Sarpe 19 (compil, 1 titre avec Dollar Brand Trio)
CD 1965. Bent Jædig, The Free Spirit. Recordings 1963-2003, Little Beat 09001 (2 titres avec Dollar Brand Quintet)
LP  1965. Dollar Brand Trio, Anatomy of a South African Village, Fontana 888 314 (=CD Freedom 1431)
LP  1965. Dollar Brand, Round Midnight At the Montmartre, Black Lion 60111 (CD Black Lion 760111)
LP  1965. Dollar Brand, This Is Dollar Brand, Black Lion 2460 192 (=CD Dollar Brand, Reflections, Black Lion 760 127+3 titres sur le CD)
1963. Dollar Brand Trio, The Dream, JMY1965. Dollar Brand Trio, Anatomy of a South African Village, Fontana1965. Dollar Brand, This Is Dollar Brand, Black Lion
1965. Dollar-Brand Round Midnight at the Montmartre, Black Lion













LP  1968. Gato Barbieri-Dollar Brand Jazz Duo, Hamba Khale!, Togetherness 004 (=CD Freedom 1395)
LP  1969. Dollar Brand Xahuri, African Sketchbook, Enja 2026 (=CD
Enja 2026-2)
LP  1969. Dollar Brand, African Piano, Spectator 1005 (=CD ECM 835 020-2)
LP  1970. Dollar Brand, African Sun, Spectator 1025
1968. Gato Barbieri-Dollar Brand Jazz Duo, Hamba Khale!, Togetherness1969. Dollar Brand Xahuri, African Sketchbook, Enja1969. Dollar Brand, African Piano, Spectator1970. Dollar Brand, African Sun, Spectator

LP  1971. Dollar Brand +2, Peace, Soultown 110
LP  1971. Dollar Brand +3 With Kippie Moketsi, Soultown 113 (=CD Camden 1008)
LP  1972. Dollar Brand, Ancient Africa, Japo 60005
LP  1972. Don Cherry/Dollar Brand, Musikforum Schloss, Viktring, Austria - July 20, 1972, WHP 1455 (=CD Offbeat 5026)
1971. Dollar Brand +2, Peace, Soultown1971. Dollar Brand +3 With Kippie Moketsi, Soultown1972. Dollar Brand, Ancient Africa, Japo1972. Don Cherry/Dollar Brand, Musikforum Schloss, Viktring, Austria - July 20, 1972, WHP

LP  1972. The Third World (Dollar Brand/Don Cherry/Carlos Ward), Underground, Nadja 9018 (=CD Octave Lab 2491)
LP  1973. Dollar Brand, Sangoma (Volume One), Sackville 3006 (2 thèmes sur CD Abdullah Ibrahim, Fats Duke & the Monk,
Sackville
2-3048)
LP  1973. Dollar Brand, African Portraits, Sackville 3009 (1 thème sur CD
Abdullah Ibrahim, Fats Duke & the Monk, Sackville 2-3048)
LP  1973. Abdullah Ibrahim/Dollar Brand Feat. Bea Benjamin, Boswil Concert 1973, Colomba SAKB473
1972. The Third World (Dollar Brand/Don Cherry/Carlos Ward), Underground, Nadja1973. Dollar Brand, Sangoma Volume One, Sackville1973. Dollar Brand, African Portraits, Sackville1973. Abdullah Ibrahim/Dollar Brand Feat. Bea Benjamin, Boswil Concert 1973, Colomba

LP  1973. Dollar Brand, African Space Program, Enja 2032 (=CD Enja 2032-2)
LP  1973. Dollar Brand Duo, Good News From Africa, Enja 2048 (=CD
Enja 2048-2)
LP  1973. Dollar Brand, Ode to Duke Ellington, Philips 5139 (=CD West Wind 2020)
LP  1973. Dollar Brand, Memories, Philips 5124 (=CD West Wind 2029)
1973. Dollar Brand, African Space Program, Enja1973. Dollar Brand Duo, Good News From Africa, Enja1973. Dollar Brand, Ode to Duke Ellington, Philips1973. Dollar Brand, Memories, Philips

LP  1974. Dollar Brand, African Breeze, East Wind 7002 (=CD East Wind 9132)
LP  1974. Dollar Brand, Underground in Africa, Soultown 114 (=CD The Sun 786143)
LP/CD 1974. Dollar Brand, Mannenberg. Is Where It's Happening, The Sun 786134
CD 1974. African Horns, Camden 1003 (compil, 3 titres avec Abdullah Ibrahim)
LP/CD 1974-77. Dollar Brand, Natural Rhythm, The Sun 786139
1974. Dollar Brand, African Breeze, East Wind1974. Dollar Brand, Underground in Africa, Soultown1974. Dollar Brand, Mannenberg. Is Where It's Happening, The Sun1974-77. Dollar Brand, Natural Rhythm, The Sun

LP  1975. Abdullah Ibrahim (Dollar Brand), Bra Joe From Kilimanjaro, The Sun 786145 (=CD Camden 1008)
LP  1975. Dollar Brand, African Herbs, The Sun 786135 (=CD Camden 1008)
LP/CD 1975. Dollar Brand, Blues for a Hip King, The Sun 786136
LP/CD 1975-76. Dollar Brand, Black Lightning, The Sun 786138
1975. Abdullah Ibrahim (Dollar Brand), Bra Joe From Kilimanjaro, The Sun1975. Dollar Brand, African Herbs, The Sun1975. Dollar Brand, Blues for a Hip King, The Sun1975-76. Dollar Brand, Black Lightning, The Sun

LP  1976. Dollar Brand, The Children of Africa, Enja 2070 (=CD Enja 2070-2)
LP/CD 1977. Buddy Tate Meets Dollar Brand, Chiaroscuro 165
LP  1977. Abdullah Ibrahim/Dollar Brand, The Journey, Chiaroscuro 187 (=CD Downtown Sound 1002)
LP  1977. Max Roach-Dollar Brand Duet, Streams of Consciousness, Baystate 6016 (=CD Piadrum 0301)
1976. Dollar Brand, The Children of Africa, Enja1977. Buddy Tate Meets Dollar Brand, Chiaroscuro1977. Abdullah Ibrahim/Dollar Brand, The Journey, Chiaroscuro1977. Max Roach-Dollar Brand Duet, Streams of Consciousness, Baystate

LP  1978. Archie Shepp/Dollar Brand, Duet, Denon YX-7532-ND (=CD Denon 8561)
LP  1978. Dollar Brand, Anthem for the New Nations, Denon YX-7537-ND (=CD
Denon 8588)
LP  1978. Abdullah Ibrahim/Dollar Brand, Autobiography. Solo Piano, Plainisphare 1267-6/7 (=CD
Plainisphare 1267-68)
LP  1978. Abdullah Ibrahim/Dollar Brand, Nisa, African Violets 101
1978. Archie Shepp/Dollar Brand, Duet, Denon1978. Dollar Brand, Anthem for the New Nations, Denon1978. Abdullah Ibrahim/Dollar Brand, Autobiography. Solo Piano, Plainisphare1978. Abdullah Ibrahim/Dollar Brand, Nisa, African Violets

LP  1979. Dollar Brand Quartet, Africa Tears and Laughter, Enja 3039 (=CD Enja 3039-2)
LP  1979. Abdullah Ibrahim/Dollar Brand-Johnny Dyani, Echoes From Africa, Enja 3047 (=CD
Abdullah Ibrahim-Johnny Dyani, Echoes From Africa, Enja 3047-2)
LP  1979. Abdullah Ibrahim/Dollar Brand, African Marketplace, Elektra 252 (=CD Discovery 71016)
LP  1980. Dollar Brand, At Montreux, Enja 3079 (=CD
Enja 3079-2)
1979. Dollar Brand Quartet, Africa Tears and Laughter, Enja1979. Abdullah Ibrahim/Dollar Brand, Echoes From Africa, Enja1979. Abdullah Ibrahim/Dollar Brand, African Marketplace, Elektra1980. Dollar Brand, At Montreux, Enja

LP  1980. Abdullah Ibrahim/Dollar Brand, Matsidiso. Piano Solo Live, Pläne 88 231 (=CD Pläne 88 448)
LP  1980. Abdullah Ibrahim/Dollar Brand, South African Sunshine. Piano Solo Live, Pläne 88 293 (=CD
Pläne 88 449)
LP  1981. Abdullah Ibrahim/Dollar Brand, Duke's Memories, String 33.853 (=CD Black & Blue 945.2)
LP  1982. Rote Lieder 12. Festival Des Politischen Liedes 1982, Amiga 8 45 236 (compil, 1 titre avec Abdullah Ibrahim)
LP  1982. Abdullah Ibrahim/Dollar Brand, African Dawn, Enja 4030 (=CD Enja 4030-17)
1980. Abdullah Ibrahim/Dollar Brand, Matsidiso. Piano Solo Live, Pläne1980. Abdullah Ibrahim/Dollar Brand, South African Sunshine. Piano Solo Live, Pläne1981. Abdullah Ibrahim/Dollar Brand, Duke's Memories, String1982. Abdullah Ibrahim/Dollar Brand, African Dawn, Enja

CD 1982. Abdullah Ibrahim/Dollar Brand, Jazzbuhne Berlin '82 Vol. 7, Repertoire 4907
LP  1982. Abdullah Ibrahim/Dollar Brand, Zimbabwe, Enja 4056 (=CD
Enja 4056-2)
LP  1983. Abdullah Ibrahim/Dollar Brand, South Africa, Enja 5007 (=CD 
Enja 5007-2)
LP  1983. Abdullah Ibrahim With Carlos Ward, Live at Sweet Basil Vol.1, Ekapa 004
1982. Abdullah Ibrahim/Dollar Brand, Jazzbuhne Berlin '82 Vol. 7, Repertoire1982. Abdullah Ibrahim/Dollar Brand, Zimbabwe, Enja1983. Abdullah Ibrahim/Dollar Brand, South Africa, Enja1983. Abdullah Ibrahim With Carlos Ward, Live at Sweet Basil Vol.1, Ekapa

LP  1983. Abdullah Ibrahim, Ekaya (Home), Ekapa 005
LP  1984. Dollar Brand, Kalisz 1984, Poljazz 149
CD 1985. Abdullah Ibrahim and Ekaya, Water From an Ancient Well, Black Hawk 50207
CD 1988. Abdullah Ibrahim/Dollar Brand, Mindif, Enja 5073-2
1983. Abdullah Ibrahim, Ekaya (Home), Ekapa1984. Dollar Brand, Kalisz 1984, Poljazz1985. Abdullah Ibrahim and Ekaya, Water From an Ancient Well, Black Hawk1988. Abdullah Ibrahim/Dollar Brand, Mindif, Enja

CD 1989. Abdullah Ibrahim & Ekaya, African River, Enja 6018-2
CD 1990. Abdullah Ibrahim, No Fear, No Die (S'en fout la mort). Original soundtrack for Claire Denis's film, Tiptoe 888815 2
CD 1991. Abdullah Ibrahim,
African Echoes/Mantra Mode, Ekapa Series, Enja/Tiptoe 888810 2
CD 1991. Abdullah Ibrahim, Desert Flowers, Enja 7011-2
1989. Abdullah Ibrahim & Ekaya, African River, Enja1990. Abdullah Ibrahim, No Fear, No Die (S'en fout la mort). Original soundtrack music for Claire Denis's film, Tiptoe1991. Abdullah Ibrahim, Mantra Mode, African Echoes1991. Abdullah Ibrahim, Desert Flowers, Enja

CD 1993. Abdullah Ibrahim, Knysna Blue, Tiptoe 888816-2
CD 1995. Abdullah Ibrahim, Yarona, Tiptoe 888820-2
CD 1996. Abdullah Ibrahim, Cape Town Flowers, Enja/Tiptoe 888826-2
CD 1996-98. Abdullah Ibrahim, Township One More Time, EMI 5758
1993. Abdullah Ibrahim, Knysna Blue, Tiptoe1995. Abdullah Ibrahim, Yarona, Tiptoe1996. Abdullah Ibrahim, Cape Town Flowers, Tiptoe1996-98. Abdullah Ibrahim, Township One More Time, EMI

CD 1997. Abdullah Ibrahim, African Suite for a Trio and a String Orchestra, Tiptoe 888832-2
CD 1997. Abdullah Ibrahim Trio, Cape Town Revisited, Tiptoe 888836-2
CD 1998. Abdullah Ibrahim, African Symphony, Enja 9410-2
CD 2000. Abdullah Ibrahim With The NDR Big Band, Ekapa Lodumo, Tiptoe 888840-2
1997. Abdullah Ibrahim, African Suite for a Trio and a String Orchestra, Tiptoe1997. Abdullah Ibrahim Trio, Cape Town Revisited, Tiptoe1998. Abdullah Ibrahim, African Symphony, Enja2000. Abdullah Ibrahim With The NDR Big Band, Ekapa Lodumo, Tiptoe

CD 2001. Abdullah Ibrahim, African Magic, Tiptoe 888845-2
CD 2008. Abdullah Ibrahim, Senzo, Intuition 3428 2
CD 2008. Abdullah Ibrahim & WDR Big Band Cologne, Bombella, Intuition 3430 2
CD 2010. Abdullah Ibrahim & Ekaya, Sotho Blue, Intuition 3433 2
2001. Abdullah Ibrahim, African Magic, Tiptoe2008. Abdullah Ibrahim, Senzo, Intuition2008. Abdullah Ibrahim & WDR Big Band Cologne, Bombella, Intuition2010. Abdullah Ibrahim & Ekaya, Sotho Blue, Intuition

CD 2013. Abdullah Ibrahim, Mukashi: Once Upon a Time, Intuition 3431 2
CD 2014. Abdullah Ibrahim, The Song Is My Story, Intuition 3432 2
CD 2018. Abdullah Ibrahim, The Balance, Gearbox 1554
CD 2019. Abdullah Ibrahim, Dream Time, Enja 9676-2
2013. Abdullah Ibrahim, Mukashi: Once Upon a Time, Intuition2014. Abdullah Ibrahim, The Song Is My Story, Intuition2018. Abdullah Ibrahim, The Balance, Gearbox2019. Abdullah Ibrahim, Dream Time, Enja

CD 2020. Abdullah Ibrahim, Solotude: My Journey, My Vision, Gearbox 1575
CD 2023. Abdullah Ibrahim, 3, Gearbox 1591
2020. Abdullah Ibrahim, Solotude: My Journey, My Vision, Gearbox2023. Abdullah Ibrahim, 3, Gearbox

Sideman
CD 1963. Sathima Bea Benjamin, A Morning in Paris, Enja 9309-2
LP  1966. Elvin Jones, Midnight Walk, Atlantic 1485 (=CD 27141)
LP  1976. Sathima Bea Benjamin with Dollar Brand, African Songbird, The Sun GL 1839 (=CD Matsuli Music 103)
LP  1978. South Africa Freedom Singers, Liberation, Safco A-001
CD 1991-92. Charles Fambrough, The Charmer, CTI 1010-2
1963. Sathima Bea Benjamin, A Morning in Paris, Enja1966. Elvin Jones, Midnight Walk, Atlantic1976. Sathima Bea Benjamin with Dollar Brand, African Songbird, The Sun
1991-92. Charles Fambrough, The Charmer, CTI 1010-2














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VIDÉOGRAPHIE

Abdullah Ibrahim, NDR-Jazzworkshop, Hambourg, RFA, 25 mai 1977, image extraite de YouTube
Abdullah Ibrahim, NDR-Jazzworkshop, Hambourg, RFA, 25 mai 1977, image extraite de YouTube


Chaînes YouTube de Dollar Brand
https://www.youtube.com/channel/UCtTpdpqICbXhFxJe1kDn8aA
https://www.youtube.com/channel/UC4KCcpeBKbfowcPoA3E6qxg

Non référencé. Dollar Brand/Abdullah Ibrahim en trio
https://www.youtube.com/watch?v=vmh1-lnHqAI

1960. The Jazz Epistles, Verse 1 avec Dollar Brand (p), Hugh Masekela (tp), Jonas Gwangwa (tb), Kippie Moeketsi (as), Johnny Gertze (b), Makaya Ntshoko (dm), label Gallo-Continental, Johannesburg, Afrique du Sud, 22 janvier
https://www.youtube.com/channel/UCm31_JyFlsOd6pOFzV4LWSQ
https://www.youtube.com/watch?v=373rDalszVc&list=OLAK5uy_k7bH9B3enxi-f2la73IUdvKRlWMOeO9ws

1963. Album Duke Ellington Presents The Dollar Brand Trio, Johnny Gertze (b), Makaya Ntshoko (dm), Reprise (Vogue), Paris, 24 février
https://www.youtube.com/channel/UClgn0VF9zPehWc-URWsKO0w
https://www.youtube.com/watch?v=Bq03pJ4QDvQ&list=OLAK5uy_luRzv7K_exM5HszbohDeTYyShg6r9LqxM
https://www.youtube.com/watch?v=NRrvY_WFXoM&list=OLAK5uy_l4OHVq2pHW2k1PMmu2Q6rdR9RtieAAYlg

1977. Dollar Brand/Abdullah Ibrahim, Live at 130. NDR-Jazzworkshop, Hambourg, avec Johnny Dyani (b,voc), République Fédérale d’Allemagne, 25 mai
https://www.youtube.com/watch?v=kHG4Sjkso0Y
https://www.youtube.com/watch?v=oRgS6kuFAZo

1985. Dollar Brand/Abdullah Ibrahim, Live at t
he Smithsonian, American Jazz Radio Festival, prob., 12 octobre
https://www.youtube.com/watch?v=71UYWK5wzoY

A Brother With Perfect Timing de Chris Austin, 1987   Amandla! A Revolution in Four Part Harmony de Lee Hirsch, 2002   A Struggle for Love de Ciro Cappellari, 2005

1987. A Brother With Perfect Timing, documentaire de Chris Austin, sur Addullah Ibrahim, sur le rôle de la musique dans la lutte anti apartheid en Afrique du Sud
Distribution: https://www.imdb.com/fr/title/tt3989574/fullc
redits/?ref_=tt_cst_sm
https://www.youtube.com/watch?v=nb31DFIfpao

2002. Amandla! A Revolution in 4 Part Harmony, documentaire de Lee Hirsch avec notamment Addullah Ibrahim, sur le rôle de la musique dans la lutte anti apartheid en Afrique du Sud
https://www.imdb.com/fr/title/tt0303297
Distribution: https://www.imdb.com/fr/title/tt0303297/fullcredits/?ref_=tt_ov_sm_
https://www.youtube.com/watch?v=5sJHaYrzgds

2005. A Struggle for Love, documentaire de Ciro Cappellari sur Addullah Ibrahim
Distribution: https://www.imdb.com/fr/title/tt0483974

2019. Dollar Brand/Abdullah Ibrahim NEA Jazz Masters 2019, parole et musique: concert au Kennedy Center avec Jay Anderson, Steve Berger, Terence Blanchard, Terri Lyne Carrington, Kurt Elling, Renée Fleming, Sullivan Fortner, Bill Goodwin, Cleave Guyton, Noah Jackson, Sheila Jordan, Grace Kelly, Frank Kimbrough, Christian McBride, Charles McPherson, Jason Moran, David Murray, Pat O'Leary, Scott Robinson et JD Walter, et interview de Jo Reed, 15 et 18 avril
https://www.youtube.com/watch?v=oQBY5uYt2jM
https://www.arts.gov/stories/podcast/abdullah-ibrahim#audio-file

2022. Abdullah Ibrahim, Tiny Desk Home Concert, NPR/bob Bollen, 9 mars
https://www.npr.org/2022/03/09/1084894293/abdullah-ibrahim-tiny-desk-home-concert

2024. Abdullah Ibrahim en solo, Teatro Alighieri, Ravenna Jazz, 9 mai
https://www.youtube.com/watch?v=NPNZSeaiE_k

2025. Abdullah Ibrahim en solo, Festival de Rudolstadt, Allemagne, juillet
https://www.youtube.com/watch?v=5Dwz2XFPXm0
https://www.youtube.com/watch?v=APCfTEajBPY
https://www.youtube.com/watch?v=TUfsTzZ5PIQ

2026. Abdullah Ibrahim Memorial Concert, parole et musique, Artscape Opera House, Le Cap, Afrique du Sud
https://www.youtube.com/watch?v=9vMBGytVAqk
NB: la vidéo commence à 26'43''

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