Err

Bandeau-tetiere-10-25-pdf-WEB-OKY.jpg
Actualités
Rechercher   << Retour

Brigitte Bardot

28 déc. 2025
28 septembre 1934, Paris - 28 décembre 2025, Saint-Tropez, Var
© Jazz Hot 2025


Brigitte Bardot dans Et Dieu créa la femme (Roger Vadim, 1956)
Brigitte Bardot dans Et Dieu créa la femme (Roger Vadim, 1956)

Brigitte BARDOT

Un peu d'air frais...

Brigitte Bardot, l’artiste et activiste notamment pour les femmes et les animaux, vient de décéder à l’âge de 91 ans. Le naturel de ses émotions au cinéma, parfois d'apparence naïve ou enfantine, de la comédie la plus légère et drôle à la gravité la plus sombre sur le sens de la vie, passant de l’une à l’autre en une fraction de regard, mêlant souvent les deux dans une impression complexe pour le spectateur, étaient l'expression authentique de ses expériences de vie, apprenant de ses peurs pour construire son courage et une vie libre. Marilyn Monroe disait: «Les femmes qui veulent être l'égale de l’homme manquent d’ambition»; une revendication du respect de la féminité et une philosophie éminemment dangereuse pour le pouvoir, car être soi, au mépris des conventions sociales et des codes masculins, ceux assignés aux femmes, est beaucoup plus subversif que singer les hommes jusque dans leurs perversités et se conformer à ce qui existe déjà pour s’illusionner sur une pseudo-égalité dans une cage plus ou moins dorée, privée de la liberté d'être une femme quand on est femme.
Depuis le Code Hays (censure au cinéma) qui se met progressivement en place de 1927 (cinéma parlant évidemment!) à 1934, un diktat activement soutenu par le pape Pie XI, les femmes du spectacle ont lutté. Depuis Sarah Bernhardt, Mae West (qui impose le jazz afro-américain dans ses films), Tallulah Bankhead (qui paie les avocats de Billie Holiday et soutient Dinah Washington), Louise Brooks, Claudette Colbert, Hedy Lamarr, Ida Lupino, Arletty, Liliana Cavani..., elles ont affronté la (f)rigidité pseudo-morale qui est l'autre facette du regard malsain.
Brigitte Bardot a été la digne héritière de cette lignée de têtues qui voyaient la vie autrement. Les féministes de pouvoir, 
à géométrie variable, du XXIe siècle sont à cet égard notamment mais pas seulement, très (trop) conformistes pour faire redémarrer un débat qui a vraiment besoin de rouvrir les portes et les fenêtres!
L'action la plus longue dans le temps, celle que Brigitte Bardot a choisie avec obstination et engagement total y compris financier, la défense des espèces animales (création d’une fondation), est en fait, comme elle le remarque avec malice elle-même, un prolongement, un transfert de son vécu de femme traquée pour avoir eu la volonté d’être femme sans concession, de vivre en femme libre, femme naturelle. C'est sans doute ce que lui reproche le nouveau conformisme bo-bo (une vague, de droite et surtout de gauche, d'articles calomnieux, envieux, a déferlé au décès de Brigitte Bardot), l’idéologie «progressiste», eugéniste post-nazie en marche du XXIe siècle (la négation des sexes, le développement du recours à la génétique), qui se dit «de gauche» aujourd'hui au nom du progrès, après s'être dite de droite, mais toujours au nom de la morale bourgeoise, toujours par conformisme.

Femme du XXe siècle égarée au XXIe, Brigitte Bardot a été en butte aux deux conformismes, l'un emboîtant le pas de l'autre autour des années 1960, toujours contre les esprits libres, celui de Brigitte Bardot ayant eu le pouvoir, sous les traits d'une «beauté fragile», souvent regardée avec condescendance comme une «femme-enfant», une «femme-objet», de mettre en lumière et d'améliorer dans le vécu au quotidien la condition de la femme et celle des animaux dans la société française comme les féministes ou les écologistes du XXIe siècle n'en seront jamais capables. Pas moins et pas mal pour une «ravissante idiote»°!

B. B. comme Bardot-Bolling, extrait Jazz Hot n°184, p.15, 1963
B. B. comme Bardot-Bolling, extrait Jazz Hot n°184, p.15, 1963

Brigitte Bardot a été une enfant de cette liberté réinsufflée par le jazz en France, une atmosphère d'époque, surtout à partir de 1944 à Paris; elle a 10 ans et vit dans une famille pour le moins rigide. Son besoin irréductible «d’air frais» (cf. George Orwell, Coming up for Air, 1939), de rompre les chaînes, ressemble d’ailleurs à celui de son aînée de huit ans, Marilyn Monroe, l’autre icône solaire du cinéma dont l’enfance et l'adolescence sont pourtant aux antipodes sociales: les voies émancipatrices du jazz sont impénétrables... Ce sont donc davantage leurs forces de caractères puisées dans leurs volontés d'affirmations d’idées novatrices que leurs beautés insolentes, au-delà même de leur talent naturel d’artistes complètes (mannequinat, film, danse, g, voc), qui en feront des personnalités intemporelles appréciées du grand public. Marilyn affrontera les démons de la ségrégation tous azimuts et de la corruption du pouvoir en Amérique, dont elle paiera le prix fort, comme Brigitte affrontera l’OAS en 1961 (www.persee.fr/doc/comm_0588-8018_1963_num_2_1_967), puis se lancera dans la croisade de la protection des animaux dès 1962 en obtenant une loi en 1963 qualifiant de délit les actes de cruauté contre les animaux, et présentant dans ses choix de femme, politiques et autres, un anticonformisme qui, après avoir heurté la morale bourgeoise traditionnelle, lui vaudra l'autre mépris, celui d'une pseudo-gauche sclérosée dans la forme «moderne» de la bourgeoisie. Finalement, Brigitte Bardot arrêtera sa carrière en 1973 (une décennie de réflexion suite au décès de Marilyn Monroe) très tôt en pleine gloire, mais à temps pour se préparer son refuge, son cadre de vie idéale à l’abri des tordus, afin de mener le combat de ses propres idées, la plaçant de la gauche à l’extrême droite, selon les censeurs et la bien-pensance/le conformisme du moment!

Loin d’être «Une ravissante idiote»°, elle crève l’écran en particulier dans les films La Vérité (Henri-Georges Clouzot, 1960), En cas de malheur (Claude Autant-Lara, 1958), Et Dieu créa la femme (Roger Vadim, 1956) et même dans Une Parisienne (1957) dont la bande son tonique (www.youtube.com/watch?v=Otj5g_Bpq_U) est écrite par Henri Crolla, André Hodeir, Hubert Rostaing, Christiane Legrand, la chanson de Boris Vian et Alain Goraguer n’ayant finalement pas été retenue. Brigitte Bardot a travaillé (et quelques fois vécu*) avec plusieurs artistes du jazz ou proches du jazz, dont Jean Wiener (musique de Futures Vedettes, 1955), Roger Vadim
* (un fondu de Thelonious Monk et John Lewis entre autres), les subtils Frères Jacques (www.dailymotion.com/video/x57ftd), Serge Gainsbourg* (dont la musique du film Voulez-vous danser avec moi, dès 1959, www.youtube.com/watch?v=J7nO6xW9-HY), Sacha Distel* le soleil de ses nuits! (www.youtube.com/watch?v=0tZqE8Bs1oM), Claude Bolling/Gérard Badini (www.youtube.com/watch?v=Y4wWpeGaNBw), Jean-Pierre Cassel (cf. Jazz Hot dont n°597, Supplément n°640, son partenaire acteur dans le tendre film L’Ours et la poupée, 1970), Dario Moreno (www.youtube.com/watch?v=qk2t39BO-10), le brésilien Carlos Imperial avec la version française de «Tu veux ou tu veux pas» (www.youtube.com/watch?v=MzqBp6xRjjU), François de Roubaix (musique de Boulevard du Rhum, 1971), Piero Piccioni (musique de la version italienne du film Le Mépris/Il Disprezzo, www.youtube.com/watch?v=DUZl9eQOlsE).

Brigitte Bardot était très fière de sa fondation créée en 1987 (https://www.fondationbrigittebardot.fr/nos-actions/) qui lui survit, qui recueille et soigne les animaux maltraités dans un paradis à l'image de l'imagination et de la sensibilité de sa fondatrice. Sans résoudre le problème dans son ensemble qui questionne toute l'humanité, c'est pédagogique pour comprendre tout ce qui sépare encore l'humanité actuelle de son rêve de respect universel (https://www.youtube.com/watch?v=tOnl-cY59NE).

Le poète et romancier Claude McKay explique dans Un sacré bout de chemin (1937) le lien entre jazz et émancipation, similarité de la lutte des Afro-Américains et des femmes pour être libres: Brigitte Bardot a été un des symboles de cette idée démocratique du XXe siècle, à l’opposé de la cancel culture wokiste du XXIe siècle qui efface toutes biodiversités de pensées pour coloniser les esprits et un pouvoir toujours plus totalitaire!

° Une Ravissante idiote, Film d'Edouard Molinaro, 1964, avec Brigitte Bardot et Anthony Perkins, Musique Michel Legrand, décrit déjà, par la comédie, le regard, l'incompréhension et la stupidité dont sera victime Brigitte Bardot dans la vie.

Hélène et Yves Sportis
Image extraite de YouTube
Avec nos remerciements

* Dans JAZZ HOT:
• Rubrique «Recherches dans Jazz Hot»: pour connaître les archives sur les musiciens et autres acteurs du jazz cités ci-dessus, les références données dans le présent article n’étant que parcellaires…
https://www.jazzhot.net/PBCPPlayer.asp?ID=2429560
• Table des numéros de Jazz Hot par année:
https://www.jazzhot.net/PBSCCatalog.asp?CatID=692881
• Index alphabétique des Tears en ligne:
https://www.jazzhot.net/PBCPPlayer.asp?ADContext=1&ID=2202601
Table des index de Jazz Hot par rubrique:
https://www.jazzhot.net/PBCPPlayer.asp?ADContext=1&ID=2429540

Brigitte Bardot dans Jazz Hot n°184, février 1963: «Claude Bolling meets Brigitte Bardot» par Jean Tronchot
• Filmographie de Brigitte Bardot: https://www.imdb.com/fr/name/nm0000003/

*