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Bob DeMeo

12 fév. 2022
22 juillet 1955, Brooklyn, NY - 12 février 2022, New York, NY
© Jazz Hot 2022



Bob DeMeo vers 1985 © Marcie Chanin by courtesy
Bob DeMeo vers 1985 © Marcie Chanin by courtesy

Batteur à l’énergie toute new-yorkaise, Bob DeMeo s’est éteint le 12 février dernier, au New York Presbyterian Hospital, à l’âge de 66 ans. Personnalité attachante, il était de ces musiciens qui vivent le jazz intensément, dans l’instant, sans se préoccuper de faire carrière. Bien qu’ayant accompagné les plus grands, de Ted Curson à Mal Waldron, de Tom Harrell à Freddy Edwards, de Steve Lacy à Horace Parlan, Bob DeMeo n’a pas bénéficié de la reconnaissance qu’il méritait. A ce propos, Walter Bruyninckx regrette dans sa Jazz Discography qu'il n'ait effectué que peu d'enregistrements –et aucun sous son nom– tout en notant qu'il était aussi notamment un excellent batteur de big band, dimension moins connue de son parcours. Pour autant, les amateurs parisiens garderont en mémoire ce batteur bop tout en finesse et musicalité, à l'expression marquée par les percussions latines entendues dans sa jeunesse, et dont la vitalité a rayonné du Duc des Lombards au Franc-Pinot.
Jérôme Partage
Photos Lisa Barnhart DeMeo et Marcie Chanin by courtesy
Avec nos remerciements à Lisa Barnhart DeMeo, Marcie Chanin,
Manu Grimonprez, Neal Kirkwood et Dominique Lemerle

 

 

 

Bob DeMeo était originaire de Brooklyn où son père gérait un parking, sa mère s’occupant des cinq enfants de la maison. Bob se met très jeune à la batterie, suivant l’exemple d'un de ses cousins: «Vers 6 ans, je maîtrisais suffisamment la coordination des membres pour jouer un rythme de rock basique. A 12 ans, je jouais déjà professionnellement. C’était le rock de l’époque, je ne m’étais pas encore mis au jazz.»(1) Vers 17 ans, il part étudier l’histoire de l’art à l’université, à San Francisco, CA. C’est d'ailleurs en Californie, en 1978, qu'il obtient ses premiers engagements jazz d'importance auprès d'Eddie Gale (tp) et Jay Oliver (b), avant de revenir à New York. Là, il suit un apprentissage auprès de Charli Persip et Freddie Waits à la Jazzmobile School of Music de Harlem. Puis, de 1984 à 1988, il se forme au sein du Frank Foster Big Band au Jazz Cultural Theatre(2) et prend des leçons particulières avec Vernel Fournier. De même, il va voir en scène les grands batteurs qui passent à sa portée, en particulier Philly Joe Jones.


Au tournant des années 1970-1980, on le retrouve aux côtés du pianiste Neal Kirkwood: «J'ai rencontré Bob pour la première fois à San Francisco à la fin des années 1970. On jouait tous les deux à une soirée avec des groupes différents, Bobby avec un groupe de highlife africain(3), moi avec un groupe de bebop. Nous sommes alors devenus amis et le sommes restés toute notre vie. Nous avons joué ensemble à New York plusieurs fois dans les années 1980, souvent en trio avec le bassiste Lindsey Horner. Ce trio a même fait un enregistrement, en 1989, qui est encore inédit.» Bob Demeo se produit également avec Stephanie Crawford (voc) –basée dans la Bay Area–, Lindsay Horner (b), Ed Montgomery (ts) ou encore Dave Schnitter (ts). Entre 1982 et 1985, il fait partie de la rythmique maison du Blue Note de New York dont Ted Curson anime la jam-session. Une véritable institution qui voit passer les plus grands noms de la scène jazz: «J’ai joué avec tellement de monde dans ce cadre! Une fois il y a eu George Benson, Nancy Wilson et Jon Hendricks en même temps sur scène!»(1)


A l'été 1985 et 1986, il effectue deux séjours à Paris qu’il met à profit pour se familiariser avec la scène jazz européenne: «J’avais fait une tournée avec Andy McKee, Steve Lacy, Ted Curson dans le sud de la France et en Espagne. Ensuite j’ai joué avec Mal Waldron, et c’est le fait de jouer avec des musiciens de ce niveau qui m’a fait rester.»(1) Convaincu que l’Europe peut lui offrir de meilleures opportunités et une vie plus douce, Bob DeMeo quitte sans regret les Etats-Unis de Ronald Reagan en 1988 pour s’établir à Paris. Il s’intègre très vite à la scène parisienne, devenant une figure incontournable des rythmiques de clubs d’autant que les batteurs bop de son niveau sont une denrée rare! Il y fait aussi rapidement connaissance des musiciens français et se lie notamment avec le contrebassiste Manu Grimonprez: «Je suis arrivé de Bretagne à Paris peu après lui, fin 1988. Je l’ai vu jouer à L’Eustache, un bar en face de l’église Saint-Eustache que tenait Didier Nouyrigat avant de reprendre le Duc des Lombards. Je connaissais déjà bien Simon Goubert (dm), Jean-Michel Couchet (as, ss), Manu Borghi (ep) qui y traînaient souvent. C’est comme ça que je l’ai rencontré, de même que George Brown (dm), Wayne Dockery (b) et Jack Gregg (b) qui appartenaient au même cercle. On a d’abord fait quelques gigs ensemble puis on a monté un quintet avec Jean-Michel Couchet, Manu Borghi et Fred Burgazzi (tb). Et quand Didier Nouyrigat a racheté le Duc en 1989, l’a agrandi et l’a transformé en club de jazz, il nous a programmé en trio, Manu Borghi, Bob et moi, pour les «happy hours», de 18h à 20h. On a joué ainsi en quintet et en trio entre 1990 et 1993. Bob et moi avons également beaucoup travaillé ensemble comme sidemen, notamment avec Michel Graillier (p).»



Bob DeMeo, Manu Grimonprez, Richie Clements, 1998, Franc-Pinot, Paris © Marcie Chanin by courtesy
Bob DeMeo, Manu Grimonprez, Richie Clements, 1998, Franc-Pinot, Paris © Marcie Chanin by courtesy



Bob DeMeo est ainsi fréquemment appelé pour accompagner des musiciens américains résidant en France, comme Hal Singer, Johnny Griffin, Turk Mauro, Ricky Ford, ou ceux de passage tels Freddie Hubbard, pour un festival, Jim Pepper, Horace Parlan, Teddy Edwards, Tom Harrell, Sheila Jordan, Slide Hampton, Jackie McLean, Barney Kessel ou encore Joe Lee Wilson qu'il accompagne, notamment en 1998, en tournée avec Bobby Few et Wayne Dockery. En revanche, le batteur enregistre peu. Il apparaît en 1996 sur le disque de la chanteuse américaine (et parisienne) Julie Monlay, Paris Takes, en compagnie de Michel Graillier et Dominique Lemerle (b). Il passe également en studio en 1998 avec Richie Clements (p) et Manu Grimonprez dont le trio fait depuis quelques temps les belles heures du Franc-Pinot, sur l’Ile Saint-Louis. Bob DeMeo continue de se produire en trio dans le club, même après les départs de Richie Clements, remplacé par Tom McClung, et de Manu Grimonprez, relayé par Dominique Lemerle.


En 2000, constatant l’essoufflement de la vie jazzique parisienne, avec les fermetures successives de clubs, et le recul du jazz de culture dans les programmations, Bob DeMeo, qui a la sensation de ne plus trouver sa place en Europe, rentre dans sa ville natale où il n’avait jamais cessé de revenir régulièrement. Il réinvestit ainsi la vie des clubs –Smalls, Mezzrow, Jules– de même qu’il se produit dans divers endroits entre Brooklyn et Rockaway, sur Long Island. On le voit en leader de ses propres formations, trio ou quartet, ou accompagnant les animateurs de la scène new-yorkaise: Frank Wess (s, fl), Bob Mover (s), Nicoletta Manzini (as), Ron Affif (g), Joe Cohn (g), Chris Bergson (g), Akiko Tsuruga (org), Brian Charrette (org), Essiet Essiet (b), Tyler Mitchell (b), Ratzo Harris (b) de même que son vieux camarade Neal Kirkwood: «Après son déménagement à Paris, j'ai pu rendre visite à Bob et donner quelques concerts avec lui et Manu Grimonprez. Et quand il est revenu à New York, nous avons monté un trio (dans lequel j'étais au vibraphone) où se sont succédé divers bassistes. On se produisait deux fois par semaine dans l'East Village. J'ai aussi joué avec son groupe au Smalls.» En parallèle, Bob DeMeo donne des cours et occupe même, un temps, un poste d’enseignant auprès d’enfants, dans le Bronx.


Bob DeMeo, chez lui, jouant pour saluer les personnels soignant  au début de la crise sanitaire, en 2020 © Lisa Barnhart DeMeo by courtesy





Bob DeMeo, chez lui, jouant pour  saluer les personnels soignant

au début de la crise sanitaire, en 2020

© Lisa Barnhart DeMeo by courtesy




Après ce retour aux sources et à l’essence du jazz, le batteur refait quelques séjours en France, jusqu’en 2012, où il retrouve ses amis musiciens, en particulier Manu Grimonprez et Dominique Lemerle. Lors d’un de ses passages, en 2002, il enregistre, entouré de Rasul Siddik (tp), Jon Handelsman (ts) et Harry Swift (b), le titre éponyme du bel album de Bobby Few, Let It Rain (autoproduit).

 

Bob DeMeo vivait ces dernières années dans l'Upper East Side. Il était le père de quatre enfants: Kitamba, Mael, Eva Irene et Emily. Nos pensées vont à sa famille et ses proches, en particulier Marcie Chanin et Lisa Barnhart DeMeo.





1. Interview dans Jazz Hot n°572 (2000).

2. Le Jazz Cultural Theatre, situé au 368 de la 8e Avenue, à Manhattan, New York, NY, entre les 28ee et 29e Rue, a été créé en 1982 à l’initiative de Barry Harris, Larry Ridley, Jim Harrison et Frank Fuentes. C’était une salle proposant des concerts de jazz, des jam sessions, accueillant également les master-classes de Barry Harris et parfois des enregistrements. Barry Harris y a lui même enregistré son album For the Moment. (Note tirée de l'article en hommage à Barry Harris.)
3. Le highlife (la belle vie, la grande vie) est un style de musique africain, apparu au Ghana au début du XXe siècle, qui emprunte aux musiques d'église, aux fanfares militaires, au calypso, aux rythmes de la côte du Golfe de Guinée et au jazz.


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DISCOGRAPHIE

 

Coleader

CD 1998. Richie Clements/Manu Grimonprez/Bob DeMeo, Somewhere in the Night, Autoproduit


Sideman

LP  1980. Artie Simmons, The Jazz Samaritans, Eitra Snommis 41155

LP  1981. Artie Simmons, Abadio, Eitra Snommis 1891 AS

LP  1981. Sedition Ensemble, Regeneration Report, Context Music 1001 (=CD Sol Re Sol Records 002)

CD 1996. Julie Monley, Paris Takes, Autoproduit JM001

CD 1999. Philippe Walter, Lycia, Autoproduit

CD 2002. Bobby Few, Let It Rain, Autoproduit BF 01

1980. Artie Simmons, The Jazz Samaritans, Eitra Snommis1981. Sedition Ensemble, Regeneration Report, Context Music1996. Julie Monley, Paris Takes, Autoproduit JM0012002. Bobby Few, Let It Rain, Autoproduit BF 01














Vidéos

25 janvier 2019, Bob DeMeo Trio, Ron Affif (g), Dominic Duval (b), live at Jules Bistro, East Village, NY
https://www.youtube.com/watch?v=yoZuOTx0LJY
https://www.youtube.com/watch?v=iTRHbQV4xSw
https://www.youtube.com/watch?v=gkYFN6YFfO4



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