Err

pubentetesite.jpg
Actualités
Rechercher   << Retour

Bob Koester

12 mai 2021
30 octobre 1932, Wichita, KS - 12 mai 2021, Evanston, Chicago, IL
© Jazz Hot 2021

Bob Koester © Jérôme Partage







Nous déplorons la disparition du disquaire, producteur, éditeur phonographique, Bob Koester, décédé le 12 mai 2021, dans un centre de soins, à Evanston, la banlieue nord de Chicago, à l’âge de 88 ans. Fondateur d’un label, Delmark, et d’un magasin de disques, Jazz Record Mart, aussi légendaires l’un que l’autre pour les amateurs de jazz et de blues du monde entier, il est de ces acteurs indépendants du jazz, comme Charles Delaunay (Swing), Alfred Lion, Francis Wolff (Blue Note), Milt Gabler (Commodore), Bob Weinstock (Prestige), Lester Koenig (Contemporary), Norman Granz (Norgran, Verve), les frères Leonard et Phil Chess (Chess, Argo, Cadet), Orrin Keepnews et Bill Grauer (Riverside), Ahmet Ertegun et Herb Abramson (Atlantic), Bruce Iglauer (Alligator), et quelques autres encore, sans qui l’histoire du jazz, telle qu’elle s’est déroulée et mémorisée, n’aurait pas été la même.

Hélène et Yves Sportis
Photos Jérôme Partage



Junior Wells, Hoodoo Man Blues, Delmark
La personnalité de Bob Koester, très originale comme celles de ces indépendants, trouve son origine dans la passion pour la musique de jazz puis sa composante blues et spiritual, et dans une capacité de travail hors normes basée sur une imagination et un sens pratique certain, comme on peut le dire de ses confrères. Un état d’esprit particulier animait ces acteurs, fait d’indépendance, d’une curiosité insatiable pour l’objet de leur passion, le jazz, un sens de l’entreprise et de l’organisation, et un ressenti particulier des racines de cette musique à laquelle ils se sont identifiés car le destin des artistes du jazz, du blues et du spiritual, et de leur communauté d'origine ne leur était pas indifférent. Ils racontent collectivement –les disquaires, producteurs et artistes– l’histoire de l’Amérique, une histoire culturelle d’une exceptionnelle richesse, la construction d’un patrimoine authentiquement américain avant de devenir universel.



The Jazz Record Mart © Jérôme Partage


Bob Koester a ainsi documenté, l’un des premiers, par ses enregistrements le son de Chicago, et son ouverture d’esprit lui a permis de comprendre que même lorsqu’il n’appréciait pas tout de suite l’un des artistes ou des styles de musique, il avait quand même cette mission d’immortaliser ce qui se jouait sur les scènes de sa ville, comme un autre Alan Lomax. Il a enregistré l’ensemble des musiques d’essence afro-américaine, le blues du South Side comme le jazz d’avant-garde de l’AACM, le jazz de la galaxie de Sun Ra, le mainstream, le bebop, et entre ses pôles tout un caléidoscope d’artistes, peu connus souvent, et qui sont devenus fameux, parfois grâce à ses enregistrements comme Junior Wells et Buddy Guy.

La passion pour les disques de Robert Gregg Koester, né à Wichita, dans le Kansas en 1932, est due au hasard d’une inscription à l’Université de St. Louis pour étudier le cinéma, quand il découvre le jazz dans les clubs des alentours. Sa vocation de disquaire se construit au tournant des années 1950 de ses achats de disques d’occasion qu’il revend et échange dans sa chambre d’étudiant ou dans le jazz club local. Il commence également à enregistrer les artistes et fonde pour ça un label Delmar (du nom d’une rue) qui deviendra Delmark à son arrivée à Chicago, à la fin des années 1950.

Dès 1959, il rachète un magasin, qu’il baptise Jazz Record Mart où il vend son catalogue mais aussi l’ensemble de la production du jazz.

La suite, il nous l’a racontée en détail dans deux articles et interviews publiés en 1993 (Jazz Hot n°501) et en 1997 (Jazz Hot n°546), auxquels on se reportera avec autant de plaisir que de nostalgie pour un personnage qui évoque un autre âge de l’humanité, et dont le parcours est emblématique du XXe siècle, de cette soif de découverte et de culture, d’indépendance et de liberté d’esprit, qui laisse à la génération actuelle des milliers de trésors qu’elle n’est malheureusement plus en état d’apprécier en dehors sans doute de Chicago et des Etats-Unis où Bob Koester reste une légende. Il avait reçu beaucoup de distinctions, et, pour cette fois, il y a eu de nombreux hommages dans la presse du monde entier pour célébrer une véritable institution de la ville de Chicago.


Jazz Record Mart © Jérôme PartageJazz Record Mart © Jérôme Partage
















Depuis ces rencontres avec Jazz Hot, le temps est passé, et Bob Koester a vieilli sans jamais renoncer à sa passion. En 2016, il a fermé son magasin, Jazz Record Mart, qui avait connu plusieurs localisations à Chicago (Wabash Avenue, puis 11 W. Grand Ave., puis 444 N. Wabash Avenue) dont la dernière était le 25-27 E. Illinois Street, à Chicago. On évoque des problèmes de loyers trop élevés. 

Blues & Jazz Mart © Jérôme Partage


Après cette fermeture, il avait créé un autre magasin, plus petit au départ mais qui a pris de l’ampleur, Bob’s Blues & Jazz Mart, installé au 3419 W. Irving Park Rd, Chicago. Il y célébrait encore en 2019 son 87e anniversaire, et y organisait parfois des concerts.

Pour épitaphe, son fils déclarait pour rappeler son indépendance et son énergie: «Il faisait à peu près toujours ce qu’il voulait faire

En 2018, il a vendu son label, Delmark Records, à Julia A. Miller (présidente) et Elbio Barilari (directeur artistique), des musiciens de Chicago qui poursuivent la tradition et comptent encore Jimmy Johnson (92 ans), entre autres, à leur catalogue depuis 1979 (source: Tony Russell, The Guardian).

Bob Koester avait épousé Susan (Sue) en 1967, qu’il a connue comme cliente de son magasin, et a eu un fils, Robert Jr., et une fille, Kate. Jazz Hot partage leur peine.

Sources



*