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Marc Fosset

31 oct. 2020
17 Mai 1949, Paris - 31 octobre 2020, Paris
© Jazz Hot 2020

Marc Fosset, soirée des 75 ans de Jazz Hot, Caveau de La Huchette, Paris, 23 mars 2010 © Jose Horna
Marc Fosset, soirée des 75 ans de Jazz Hot, Caveau de La Huchette, Paris, 23 mars 2010 © Jose Horna


Marc FOSSET

Nous l'avons tant aimé…

 

L'ami Marc Fosset, l'émouvant chanteur et guitariste, né en 1949 à Belleville, un quartier populaire de Paris, nous a quittés le 31 octobre 2020 dans la ville qui l'avait vu naître, et dont il était l'un des poètes…

Marc Fosset, Autoportrait © by courtesy of Bernard Fosset

Marc Fosset, Autoportrait © by courtesy of Bernard Fosset


Marc Fosset repr
ésentait une génération de musiciens pour qui la musique était un art de vivre, une philosophie, une expression enracinée au cœur du Paris populaire de l'après Seconde Guerre. Malgré sa concentration sur la musique, il a gardé 
précieusement une forme de décontraction et de fraîcheur quels que soient les univers fréquentés, parfois les plus impressionnants et exigeants, tout autour du monde et tout au long d’une longue et brillante carrière internationale. Au-delà de la maîtrise instrumentale avec un jeu d'une grande musicalité associée à une maîtrise harmonique et un sens certain du tempo, il était devenu un véritable musicien de jazz par l'esprit et le cœur autant que par la manière. Une appellation qu'il revendiquait dans Jazz Hot n°356-357 (décembre 1978-janvier 1979): «Je joue du jazz, même lorsque je joue une bossa nova. J'en ai fait mon métier; l'étiquette ne me fait pas peur. Au début, Tatum  m'a beaucoup marqué... Django, évidemment, mais ce n'est pas mon père, je n'ai pas de papa-guitare; j'aime toujours Johnny Griffin, Coltrane et Getz qui est le premier saxophoniste à m'avoir impressionné pour la mélodie justement. J'étais fasciné par cette musicalité, "Desafinado”, c'était formidable!»
D’une grande disponibilité et d’une bienveillance teintée d’humour, il a été le compagnon de route de figures singulières du jazz de Bill Coleman à Ted Curson, histoire d'honorer toutes les générations qui ont fait ce jazz qu'il a aimé, tout en explorant des univers, pas forcément antagonistes comme il l'a démontré, auprès de l’accordéon de Marcel Azzola ou des pianistes Martial Solal et René Urtreger.  Il laissera l’image d’un musicien authentique à l’élégance populaire, au sourire éclatant et au regard d'aigle, cette beauté naturelle se retrouvant dans son expression artistique.




La mélodie est effectivement l'élément central de son approche musicale, utilisant trois sortes de guitares avec des cordes nylon et métal (acoustiques) et une autre électrique élargissant ainsi le spectre de sa palette sonore. Il a prolongé cet amour de la mélodie par le chant, de sa voix naturelle et émouvante qu’il utilise aussi bien dans le cadre d’un chorus de guitare que dans un projet autour du jazz vocal. Il confie, toujours à Jazz Hot: «Cet attachement à la mélodie vient également du fait que j’ai joué beaucoup de standards, de chansons, et que j’adore ça: Parker exposant une ballade, Garner interprétant "Laura" ou "Misty"! Quand je compose, c’est toujours en pensant "chanson", ce qui fait que je chante en jouant.»  Son style a transgressé les générations, du middle au bop en passant par le modal ou épisodiquement par la fusion.
Le fil conducteur restait cet attachement au swing et à une finesse de jeu évoquant le couleur de Django associée à une sensibilité à fleur de peau rappelant Ed Bickert. Le terme de musicien pour musiciens a parfois été attribué à Marc Fosset qui ne recherchait jamais le succès pour lui-même ou le devant de la scène. Pourtant, le public a adoré Marc Fosset, toujours séduit par cette personnalité proche qui transpirait la gentillesse, la modestie et sur le plan artistique la poésie, la mélodie et la nostalgie d'un Paris au carrefour des arts. Sans aucune idolâtrie, les amateurs de jazz avait élu Marc Fosset comme l’ami idéal, à qui l'on peut s'adresser sans complexe. Au-delà de sa longue collaboration avec Stéphane Grappelli qui a durablement marqué la scène hexagonale du jazz, Marc Fosset jouissait de la profonde sympathie des amateurs de jazz, de ses confrères et du public qui ont eu la chance de l'écouter, de le côtoyer, de partager quelques mots, quelques phrases, toujours avec sa simplicité, sa disponibilité, un humour certain, en artiste de jazz.

Jack Sewing et Marc Fosset, Palais des Beaux-Arts, Bruxelles, 27 novembre 1986 © Jacky Lepage
Jack Sewing et Marc Fosset, Palais des Beaux-Arts, Bruxelles, 27 novembre 1986 © Jacky Lepage

Marc Fosset est l’aîné d’une famille de cinq enfants, trois garçons et deux filles, dans une famille mélomane qui aime la chanson et les airs d’opérettes. Il découvre la guitare avec Didi Duprat à travers un disque d’Yves Montand en concert  à L’Etoile, de 1958, l’élément déclencheur de sa vocation de musicien avec le concert en 1958 à l’ABC de ce même artiste où il est présent. Il apprend très jeune à jouer de la guitare à six cordes de la main gauche comme son inspirateur, sous l’ombre tutélaire de Django Reinhardt. Après sa première guitare offerte par sa marraine, il achète des disques de Django Reinhardt, Tal Farlow, Charlie Christian, se construisant ainsi un univers musical singulier dont la guitare jazz reste le centre. Après des heures de répétitions et de déchiffrages, il monte plusieurs formations avec son frère contrebassiste et des amis où l’accordéon côtoie les guitares jouant ainsi dans des bals de campagne ainsi qu’au restaurant des Puces de Saint-Ouen, La Véranda, dans une ambiance de jazz manouche.

Marc Fosset, autoportrait à la guitare © by courtesy of Bernard Fosset

Marc Fosset, autoportrait à la guitare © by courtesy of Bernard Fosset


Lors de ses études aux Arts-Appliqués et aux Beaux-Arts de Paris*, il promène sa guitare dans les clubs de la capitale dont Le Chat Qui Pêche, L’Apollo, Le Jazz Inn et rencontre le guitariste de country Marc Bozonnet. En 1970, il joue en première partie du Big Band d’Ivan Jullien avant de demander un an plus tard à Michel de Villers, le saxophoniste baryton, de faire le bœuf un soir aux Trois Mailletz le célèbre club parisien. C’est le début d’une longue carrière où les rencontres sont nombreuses avec les musiciens américains de passages, ou déjà installés à Paris tels que Memphis Slim, Chris Woods, Kenny Clarke ou Sonny Criss… Il participe également à la scène française de l’époque dont Michel Roques ou Roger Guérin. 

En 1973, il fait brièvement partie du groupe de jazz fusion Magma avant de partir pour le service militaire. A son retour, il forme un trio qui se produit souvent au  Bilboquet et retourne aux Trois Mailletz durant six mois, faute d’engagements. Un soir, au Chat Qui Pêche, Patrice Caratini qu’il a souvent côtoyé en club, lui propose la création d’un duo qui débute sur la scène du Caveau de la Montagne en décembre 1976. Pierre Rizzoli, le patron du Caveau de la Montagne, connaît alors quelques problèmes financiers et de voisinage. La formule du duo semble une évidence tant sur le plan économique qu'artistique.

Patrice Caratini, qui a fait
ses débuts au Gill’s Club de Gérard Terronès avec Mal Waldron, Michel Roques, Slide Hampton, est le partenaire idéal, et le duo devient un modèle du genre. De nombreux concerts sont confirmés par quelques albums remarquables, de véritables bijoux rythmiques et mélodiques où chacun des intervenants apporte sa contribution. L’album Boîte à Musique, chez Open, reflète à merveille le travail du duo et constitue une véritable référence de cette époque. Il reçoit en 1978 le prix Boris Vian de l'Académie du Jazz dont le  président d'honneur est encore à l'époque Charles Delaunay. Un superbe album enregistré en public au Petit Opportun en décembre 1978, intitulé Le Chauve et le Gaucher, précède Troisième Acte enregistré en 1982 et autoproduit par Patrice Caratini, puis, la même année, un magnifique Trois Temps Pour Bien Faire, un enregistrement avec l'accordéon de Marcel Azzola. Fleur de Banlieue en 1986, toujours avec Marcel Azzola, évoque le Paname populaire qui maintenant gagne la banlieue.

Le trio de Stéphane Grappelli avec Jack Sewing et Marc Fosset, Palais des Beaux-Arts, Bruxelles, 27 novembre 1986 © Jacky Lepage
Le trio de Stéphane Grappelli avec Jack Sewing et Marc Fosset
Palais des Beaux-Arts, Bruxelles, 27 novembre 1986 © Jacky Lepage

C’est à cette période que Marc Fosset développe son goût pour la composition tout en travaillant à sa manière comme il l’évoquait pour Jazz Hot: «Je relève des chorus, quand je suis emballé par un chorus, j’en fais huit mesures tous les jours. Je le joue au ralenti, je dors dessus, au réveil, c’est clair; je connais des tas de chorus de Parker, de Getz, de Farlow, de Django, c’est ma manière de travailler.» La notoriété du duo leur permet d’inviter quelques solistes déjà réputés tels que les pianistes Maurice Vander et Martial Solal. La vélocité du jeu de guitare, sa précision rythmique, et certainement son ouverture d'esprit et sa personnalité, font de Marc Fosset un musicien apprécié de ses pairs. Il participe au renouveau de la carrière jazz du pianiste René Urtreger sur l'excellent Récidive. Jean-Louis Viale (dm) l'incite à intégrer le quartet du pianiste lors de la réouverture du fameux Club St-Germain. Il est également présent à la Grande Parade du Jazz à Nice puis au Festival Nancy Jazz Pulsations durant ces années 1980.

Au cours de ces années 1980, très intenses, il a également participé au Onztet de Patrice Caratini tout en explorant la formule du trio orgue-guitare-batterie avec Patrice Galas (org) et Franco Manzecchi ou Umberto Pagnini (dm) le temps de deux albums dont un en concert toujours au
Petit-Opportun. Son jeu virtuose mais sans excès, avec de belles harmonies et un art certain de la mélodie, le conduit dans les projets les plus divers, avec Claude Guilhot (vib) et Charles Saudrais (dm) (Petit Voyage), avec des formules à géométrie variable, du solo (La Récré) au sextet de Kenny Clarke enregistré au Petit Journal en 1980 sur Kenny 'To Day' tout en revenant au duo avec Michel de Villers sur Hershey Bar.

Avec Patrice Caratini, Marc Fosset participe au 75e anniversaire de Stéphane Grappelli à la Salle Pleyel, le 29 mars 1983 (Anniversary Concert) en compagnie de Marc Hemmeler, Babik Reinhardt, Philip Catherine, Jack Sewing, Didier Lockwood, Svend Asmussen… A compter de cette date, Marc Fosset devient le partenaire privilégié du violoniste avec deux duos particulièrement remarquables sur Stephanova et Looking at You sans oublier la célèbre bande originale du film Milou en mai (Louis Malle, 1990). Cette association dure jusqu’à la disparition de Stéphane Grappelli (1908-1997) et lui permet de jouer dans les salles de concert les plus prestigieuses du monde, de la Philharmonie de Berlin au Carnegie Hall de New York en passant par l’Opéra de Sydney. Il a ainsi l'occasion de partager les rencontres du célèbre violoniste avec Niels-Henning Ørted Pedersen, McCoy Tyner, Yo-Yo Ma, Phil Woods, Martin Taylor, Martial Solal, Roger Kellaway, Louis Bellson, Yehudi Menuhin…

Stéphane Grappelli et Marc Fosset, Palais des Beaux-Arts, Bruxelles, 27 novembre 1986  © Jacky Lepage



Stéphane Grappelli et Marc Fosset,
Palais des Beaux-Arts, Bruxelles, 27 novembre 1986
© Jacky Lepage



Marc Fosset fait un étonnant disque de jazz vocal en 1990 intitulé Crooner avec ses amis Marcel Azzola, Patrice Caratini, Georges Arvanitas et Charles Saudrais: un bel hommage aux standards et à George Benson, dans lequel il double au chant ses lignes de guitare. 

Après le décès de Stéphane Grappelli en 1997, qui le touche particulièrement comme nous le rapporte Jean-Claude Bénéteau (cf. les témoignages), il retrouve  Marcel Azzola et Dany Doriz sur Jazzola. Dans ces années 1990-2000, il n'est pas rare de le croiser la nuit en club, ses lieux de prédilection depuis les années 1960, souvent au Petit Opportun ou à La Huchette dans ce tournant de siècle, où il avait ses cercles d'amitié, soit sur scène, soit venu écouter d'autres musiciens et participant à l'occasion à des jam sessions avec un plaisir toujours intact et un talent toujours étonnant. Les nombreux artistes-musiciens qui témoignent après cette introduction biographique, discographique et vidéographique, dont Jacques Bolognesi, Jean-Claude Bénéteau et d'autres, rappellent cet amour de la nuit et des clubs qui faisait toute la poésie de Paris, du jazz et de Marc Fosset.

Il avait participé en 2008 à deux hommages à Stéphane Grappelli, l'un sous le nom de Didier Lockwood (For Stéphane), l'autre sous le nom de Florin Niculescu, avec Christian Escoudé et l'excellent pianiste néerlandais, Peter Beets (Plays Stéphane Grappelli), avant de monter un nouveau trio avec Philippe Petit (org) et le batteur Eric Dervieu (dm) partenaire habituel de René Urtreger.

En leader, il avait enregistré le beau I Want to Be Happy en 2006, puis en 2007 Hermetoticoen coleader avec Jacques Bolognesi (La Lichère/Frémeaux & Associés) avec Pierre-Yves Sorin (b) et Jean-Luc Ponthieux (b) et, en 2011, 
Rencontre avec Marcel Azzola et le big band de Michel Delage (Cristal Records).

Atteint d’une maladie dégénérative, il a cessé progressivement de jouer en public à partir de 2012-13, faisant quelques apparitions au sein de l'orchestre de Dany Doriz lors de tournées en festival, participant encore à quelques enregistrements comme «Amen» et «Hershey Bar» dans le disque de Scott Hamilton Plays With the Dany Doriz Caveau de La Huchette Orchestra en 2013, s'éloignant progressivement sur son «Nuages» qu'il interpréta la dernière fois que nous avons pu l'écouter en live, perdu déjà dans ses rêves de poète de la musique avec son sourire bienveillant.

L'équipe de Jazz Hot partage la peine de ses proches.
David Bouzaclou
Photos Jose Horna, Jacky Lepage,
Collection Philippe Briand by courtesy, Collection Hugo Lippi by courtesy,

Marc Fosset avait créé la couverture de l'album Fleur de Banlieue (enregistré avec Marcel Azzola et Patrice Caratini)


Bernard Fosset, le frère cadet de Marc, nous a confirmé que Marc avait étudié 5 ans aux Arts-Appliqués et 2 ans aux Beaux-Arts de Paris et qu'il avait continué à cultiver ce talent, certaines fois en relation avec la musique. Nous remercions Bernard Fosset qui nous a transmis ces quelques images du talent graphique de son frère Marc.

 

*

MARC FOSSET et JAZZ HOT: Marc Fosset et Patrice Caratini: un rude duo de doux n°356-357- décembre1978-janvier 1979

SELECTION DISCOGRAPHIQUE

 

Leader/coleader
LP  1977. Patrice Caratini/Marc Fosset, Boîte à musique, Open 07 (=CD 1520)
LP  1978. Patrice Galas/Marc Fosset/Franco Manzecchi, Organ, Open 08
LP  1978. Patrice Caratini/Marc Fosset, Le Chauve et le Gaucher, Open 12 (=CD 1520)
CD 1979. Marc Fosset, Au Jazzland, AltriSuoni 308
LP  1979. Claude Guilhot/Marc Fosset/Patrice Caratini/Charles Saudrais, Petit Voyage, Open 13
LP  1980. Marc Fosset, La Récré, America Records 6153
LP  1980. Patrice Galas/Marc Fosset/Umberto Pagnini, Live, String 33854
LP  1981. Michel de Villers/Marc Fosset, Hershey Bar, Ahead 33.759
LP  1981. Patrice Caratini/Marc Fosset, Troisième Acte, Productions Patrice Caratini 001

LP  1982. Marcel Azzola/Patrice Caratini/Marc Fosset, Trois temps pour bien faire, Prod. Patrice Caratini 002 (=CD OMD 1526)
CD 1983. Marc Fosset/Jean-Pierre Sasson, Fascinating Rhythm, Djaz Records 509-2

CD 1984. Stéphane Grappelli/Marc Fosset, Looking at You, JMS 033-2
LP  1985. Marc Fosset/Stéphane Guérault, Starting Plot, Archi Records 332
LP  1986. Marcel Azzola/Patrice Caratini/Marc Fosset, Fleur de Banlieue Vol.2, Productions Patrice Caratini 013 (=CD OMD 1526)
CD 1989-90. Marc Fosset, Crooner, OMD 1524
CD 1995. Marc Fosset, First Set, Izamuzic 902
CD 1996. Marc Fosset/Philippe Carment, Duo Do à Do, do à do 9607
CD 2006. Marc Fosset Trio, I Want to Be Happy, Frémeaux & Associés 498
CD 2007. Jacques Bolognesi-Marc Fosset Trio, Hermetotico, La Lichère/Frémeaux & Associés 323
CD 2011. Michel Delage Big Band/Marcel Azzola/Marc Fosset, Rencontre, Cristal Records 186

1977. Patrice Caratini/Marc Fosset, Boîte à musique1978. Patrice Galas/Marc Fosset/Franco Manzecchi, Organ1978. Patrice Caratini/Marc Fosset, Le chauve et le gaucher1979. Marc Fosset, Au Jazzland

1979. Claude Guilhot/Marc Fosset/Patrice Caratini/Charles Soudrais, Petit Voyage1980. Marc Fosset, La Récré1980. Patrice Galas/Marc Fosset/Umberto Pagnini, Live1981. Michel de Villers/Marc Fosset, Hershey Bar

1984. Stéphane Grappelli/Marc Fosset, Looking at You1986. Marcel Azzola/Patrice Caratini/Marc Fosset, Fleur de Banlieue Vol.21989-90. Marc Fosset, Crooner1995. Marc Fosset, First Set

1997. Marc Fosset/Philippe Carment, Duo Do à Do2006. Marc Fosset Trio, I Want to Be Happy2007. Jacques Bolognesi-Marc Fosset Trio, Hermetotico2011. Michel Delage Big Band/Marcel Azzola/Marc Fosset, Rencontre



Sideman

LP  1973. Magma, Inédits, Tapioca 1001 (=CD Seventh REX 19, compilation 1972-75: Marc Fosset 1 titre en 1973)
LP  1978. René Urtreger, Récidive, Sonopresse 2S064-16626 (=CD Carlyne Music 066771–2)
LP  1980. Onztet, Endeka, Musiza 201.896
LP  1980. Kenny Clarke, Kenny ''To Day'', Night and Day 1001
LP  1981. Georges Billecard & Michel Klotchkoff, Cities for Lovers, Elyon 65002
LP  1983. Stéphane Grappelli, Anniversary Concert, Jazz Magazine 773501 (=CD WEA 9031 711734 2)
LP  1983. Stéphane Grappelli, Just One of Those Things, Angel 38063 (=CD EMI 7 69172 2)
LP  1983. Stéphane Grappelli/Marc Fosset, Stephanova, Concord Jazz 225 (=CD Concord Jazz 4225)
CD 1983. Menuhin & Grappelli, Play Jealousy & Other Great Standards, EMI 7 69220 2 (compil.: Marc Fosset 7 titres en 1983)
CD 1983. Stéphane Grappelli, Live at the Cambridge Folk Festival, Strange Fruit 006 (compil.: Marc Fosset 7 titres en 1983) 
CD 1984. Stéphane Grappelli/Toots Thielmans, Bringing It Together, Cymekob 801-2
CD 1984. Yehudi Menuhin/Stéphane Grappelli, For all Seasons, EMI 7471442
CD 1986. Stéphane Grappelli, Plays Jerome Kern, GRP Records 9542-2
CD 1987. Stéphane Grappelli With Phil Woods and Louis Belson, The Masters Sessions, Who's Who In Jazz 21035
CD 1988. Stéphane Grappelli, En concert avec Martial Solal, Atlantic 82095-2
CD 1988. Stéphane Grappelli, All of Me, Scorpio Music 793011
CD 1988. Rouen Big Band, Hommage à Christian Garros, Vogue 600225
CD 1989. Stéphane Grappelli & Yo-Yo Ma, Anything Goes, CBS 45574
CD 1990. Stéphane Grappelli, Milou en Mai, CBS 466285
CD 1991. Endeka, Arabelle 201896
CD 1991. Stéphane Grappelli, In Tokyo, Denon 81757.9130-2
CD 1991. Stéphane Grappelli, Live in Warsaw, Who's Who in Jazz 21047-2
CD 1991. Stéphane Grappelli, Immortal Concert, Giants of Jazz 53336
CD 1992. Stéphane Grappelli, Live 1992, Birdology 517392-2
CD 1993. Iwao Furusawa, Une Soirée de Violon, Escalier 8028
CD 1993. Collectif, Les Enfants de Django, Djaz Records 517-2
CD 1993. Leni Stern/Stéphane Grappelli/Wojciech Staroniewicz, Jazz à Go-Go A-010 (compil.: Marc Fosset 2 titres en 1993)
CD 1994. Stéphane Grappelli Trio, At Djangofestivalen, Hot Club Records 101-2 
CD 1995. Kosinus, Happy Swing, Kosinus 20
CD 1996. Stéphane Grappelli Trio, I Got the World on a String, West Wind 2117
CD 1996. Gilda Solve, My Simple Song, Black & Blue 646.2
CD 1996. Collectif, Hard Scores Label Bleu 6602/3
CD 1996-2007. L'Anthologie Caveau de La Huchette 1965-2017, Frémeaux & Ass. 5676 (Marc Fosset 3 titres en 1996, 1999 et 2007)
CD 1999. Claire-Lise Vincent, Nuit Noire-Nuit Blanche, Black & Blue 654.2
CD 1999. Marcel Azzola/Dany Doriz, Jazzola, Black & Blue 657.2
CD 1999. Six et ½, Toi Ma Vie, Frémeaux & Associés 531
CD 2000. Tonino Baliardo, Essences, Columbia 91525
CD 2001. Florence Fourcade Quartet, Mademoiselle Swing, La Lichère/Frémeaux & Associés 310
CD 2001. Gilda Solve, The Best Is Yet to Come, Black & Blue 666.2
CD 2004. Pierre Louki, Salut la Compagnie, Saravah 2117
CD 2004. Dany Doriz & Sweet System, Jazz Fever, Black & Blue 680.2
CD 2005. Florence Fourcade, About Love, Daphné Records 403
CD 2007. Dany Doriz Big Band, Live at The Méridien, Ahead 823.2
CD 2008. Florin Niculescu, Plays Stéphane Grappelli, Blujazz 01
CD 2008. Didier Lockwood, For Stéphane, Label Ames 50011
CD 2012. Sweet System, Living in Paris, Black & Blue 770.2
CD 2013. Scott Hamilton, Plays With the Dany Doriz Caveau de La Huchette Orchestra, Frémeaux & Associés 599

DVD
1989. Stéphane Grappelli, In New Orleans, Image Entertainment 0901GZ
 

1973. Magma, Inédits1978. René Urtreger, Récidive1980. Kenny Clarke, Kenny ''To Day''1983. Stéphane Grappelli, Live at the Cambridge Folk Festival

1984. Stéphane Grappelli/Toots Thielmans, Bringing It Together1986. Stéphane Grappelli, Plays Jerome Kern1987. Stéphane Grappelli With Phil Woods and Louis Belson, The Masters Sessions1988. Stéphane Grappelli, En concert avec Martial Solal

1990. Stéphane Grappelli, Milou en Mai1991. Stéphane Grappelli, In Tokyo1992. Stéphane Grappelli, Live 19921993. Collectif, Les Enfants de Django

1996. Stéphane Grappelli Trio, I Got the World on a String1996-2007. L'Anthologie Caveau de La Huchette 1965-2017 1999. Marcel Azzola/Dany Doriz, Jazzola2001. Gilda Solve, The Best Is Yet to Come

2004. Dany Doriz & Sweet System, Jazz Fever2007. Dany Doriz Big Band, Live at The Méridien2008. Florin Niculescu, Plays Stéphane Grappelli2013. Scott Hamilton, Plays With the Dany Doriz Caveau de La Huchette Orchestra


VIDEOS

Chaîne YouTube Marc Fosset
https://www.youtube.com/channel/UCtw_zWMNAeKgARr7Pp0J70A

DNC. Marc Fosset (g,voc), Rémi Biet/Jean-Claude Gogny (ts), Michel Devillers (as), Philippe Carment (p), Bertrand Couloume (b), Francois Roudaut/Christian Garros (dm), «Taking a Chance on Love», «That’s All», «Hershey Bar», jam session, Ecole de jazz de Mont-Saint-Aignan (76), années 1980
https://www.dailymotion.com/video/xhevgt
https://www.dailymotion.com/video/xhe85k
https://www.dailymotion.com/video/xhevul


1982. Marc Fosset, Patrice Caratini, album Troisième Acte, «Chanson du Noctambule», Studio Jean-Louis Witas, Chaville, 13-20 avril
https://www.youtube.com/watch?v=_uAQ3vbRzu8

1984. Marc Fosset, Stéphane Grappelli, Martin Taylor (g), Brian Torf (b) Montréal Jazz Festival
https://www.youtube.com/watch?v=MmMpeMLz8rg

1985. Marc Fosset, Stéphane Grappelli, «Bossa pour Didier», Antenne2, INA, 12 janvier
https://www.youtube.com/watch?v=YValtDaFy2s

1989. Stéphane Grappelli, In New Orleans, Image Entertainment 0901GZ

1991. Marc Fosset, McCoy Tyner, Stéphane Grappelli, Jean-Philippe Viret (b), concert intégral + «I Didn’t Know What Time It Was», «How High is the Moon», Operetta House, Varsovie Jazz Festival, Lyra Productions, 25 Octobre, 1h 24’ 40’’

1993. Marc Fosset, Stéphane Grappelli, Jean-Philippe Viret (b), Jazz Festival, Viersen, Allemagne, 3sat
https://www.youtube.com/watch?v=2GhK5QxNe4s

1994. Marc Fosset, Stéphane Grappelli, Jean-Philippe Viret (b), XVe Festival de Jazz de Madrid, Colectivo Promocion Jazz/TVe2
https://www.youtube.com/watch?v=8ELh709P5yY

1995. Marc Fosset, Stéphane Grappelli, Niels Henning Ørsted Pedersen (b), «You Are the Sunshine of My Life», «Them There Eyes», NRK TV, Oslo, Norvège, 7 février
https://www.youtube.com/watch?v=NnjQvkkRM08

2007. Marc Fosset, Marcel Azzola, Antoine Hervier (p) Trio, Guillaume Souriau (b), Vincent Frade (dm), «Pich’nette», «Lina’s Blues»
https://www.youtube.com/watch?v=BkBfhydcnqE

2008. Marc Fosset, Philippe Petit (org), Eric Dervieu (dm), «Black Coffee», Duc des Lombards, Paris, 21 août, ©Serge Bravard
https://www.youtube.com/watch?v=O4gEIiHsRhA

2008. Marc Fosset, Vittorio Silvestri (g), Pascal Sale (b), Gérald Moniez (dm) «Miss Who», Avignon
https://www.youtube.com/watch?v=Lo3v8k6CL50

2009. Marc Fosset, Dany Doriz, Patrice Gallas (p), Patricia Lebeugle (b), Michel Denis (dm), Duc des Lombards, Paris, 10 mars
https://www.youtube.com/watch?v=rrwA8TIY4As

2010. Marc Fosset chante «Le Blues du dentiste» (Boris Vian/Henri Salvador) (
minute 4’02’’ de la partie 1 et présent aussi sur la partie 2), 75 ans de Jazz Hot, Caveau de La Huchette, et bœuf (nom des musiciens sur les vidéos)
https://jazzhot.oxatis.com/PBCPPlayer.asp?ADContext=1&ID=1604501
https://www.youtube.com/watch?v=LQVo11m0rC4

2011. Marc Fosset interviewé par Gilles Réa (g), La Maison Verte, Paris, 2 avril
https://www.youtube.com/watch?v=5xYSUipOIDA

2011. Marc Fosset, Jean-Philippe Viret (b), Ronan Pinc (vln), «Blue Moon», Festival des Ouïes à Ruca (22), 12 juin
https://www.youtube.com/watch?v=9ku-rLqDXz8

2011. Marc Fosset, paroles et musique, Jazz Jamboree Barcelona, 29 juillet
https://www.youtube.com/watch?v=AUyDz4cF7T4


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Stéphane Grappelli et Marc Fosset aux Palais des Beaux-Arts, Bruxelles, 27 novembre 1986 © Jacky Lepage





Stéphane Grappelli et Marc Fosset,
Palais des Beaux-Arts, Bruxelles,
27 novembre 1986 © Jacky Lepage



























Troubadour, secret, subtil, mystère, discret, solitaire, doux, libre, gentleman, indépendant… Telles sont les qualités qui ressortent des impressions laissées par Marc Fosset à ceux qui l'ont côtoyé. La disparition de Marc Fosset –sa modestie en aurait été tout étonnée– a soulevé chez de nombreux amis, musiciens mais pas seulement, une émotion sincère et spontanée non dénuée d'admiration… Comme pour d'autres artistes, en cette année 2020, voici les témoignages que nous avons recueillis et qui accompagnent avec beaucoup d'émotion la disparition de l’ami au-delà de l'artiste qu'il était… Ces témoignages sont aussi d'indispensables compléments au rappel biographique ci-dessus, et enrichissent, humanisent, donnent de la chair à cet hommage. Marc Fosset redevient dans cette lecture le charmant personnage, le poète, l'artiste, un oiseau de la nuit parisienne des plus lumineux…
Propos recueillis par l'équipe de JAZZ HOT
Nous remercions les participants à cet hommage
pour les émouvantes photos mises à notre disposition



Jean-Claude BÉNÉTEAU (b)

Marc était un être adorable… En 1972, je revenais d’Abidjan pour m’installer à Paris, et un soir, en faisant le tour des boîtes, je fais un bœuf à La Cigale, où je rencontre le batteur Jean-Claude Jouy qui me propose d’aller jouer en juillet-août sur la Presqu’île de Giens, au club de vacances «Air-Sport-Soleil», avec trois autres musiciens, un pianiste Michel Precastelli, Régis Dupré, un animateur, et un guitariste, Marc Fosset. Je partageais la chambre avec un Marc Fosset d’une parfaite discrétion, même quand il grattait sa guitare la nuit! Le club n’était pas trop jazz, et Marc, guitariste gaucher comme Patrick Saussois (mais les cordes graves en haut, alors que Patrick les avait en bas), savait s’adapter à tous les publics: il imitait Claude François, ce qui nous faisait hurler de rire. Mais dès qu’il attaquait sur le jazz, on sentait bien qu’il était déjà un grand guitariste.

De retour à Paris, on a fait quelques dates ensemble, puis on est partis chacun de son côté, lui avec Stéphane Grappelli, moi avec Serge Lama… On se voyait de temps en temps, et en 1990, on s’est retrouvés pour des concerts avec Patrick Saussois, Georges Arvanitas ou Patrice Galas, surtout en France et en club, La Huchette souvent, et on a enregistré ensemble sur les labels créés par Patrick Saussois, Djaz Records, (Marc Fosset: First Set, Isa Records 902 et 2 titres sur le disque Les Enfants de Django, Djaz Records 517).
Toute sa vie, Marc n’a été que discrétion et modestie: un guitariste hypersensible, à tel point que la mort de Stéphane Grappelli –qu’il imitait également à la perfection– a été pour lui un des moments le plus douloureux de son existence. Il est vrai que ses plus belles années musicales, il les a vécues avec Stéphane, sans jamais rechercher le vedettariat, ce qui ne l’a pas privé de la reconnaissance unanime de tous les musiciens.
Marc a été un ami fidèle, même si on ne se téléphonait que rarement, car il n’aimait pas le téléphone. Quand on l’appelait, il ne répondait jamais directement, il laissait sonner pour rappeler 10 minutes après…


Jacques BOLOGNESI (acc, tb)

La mort de Marc m’affecte beaucoup. Il a été une rencontre primordiale dans ma vie de musicien. Dans ma vie, tout court. Le jour de ses obsèques, Bernard Fosset, le frère de Marc, nous avait demandé, à Patrice Caratini et à moi, de tenir ensemble l’étui dans lequel était la guitare de Marc et de la déposer contre le cercueil. C’était très dur de retenir ses larmes. J’ai connu Marc dans les années 1980 quand Caratini a monté le Onztet. J’étais alors tromboniste. On est devenus rapidement des amis. On ne s’est plus quittés jusqu’à ce que cette saloperie de maladie de Parkinson l’emporte. Marc avait un humour fabuleux, très pince-sans-rire. C’est ça qui me reste le plus, en dehors de sa qualité de musicien. C’était un homme foncièrement gentil, très sensible. Et il avait un son reconnaissable entre mille guitaristes.

C’est Marc qui m’a incité à ressortir mon accordéon. Moi, n’étant pas un grand technicien de l’accordéon, c’était rassurant de jouer avec Marc. Je me sentais libre et soutenu. «Mais si, c’est bon, mon Bolo», me disait-il. Avant de le connaître vraiment, on avait monté un duo avec Francis Varis. On avait joué à Paris Musette. Chaque groupe jouait un quart d’heure-vingt minutes. Pendant deux heures, ça faisait un plateau de concert. C’est là que j’ai vu Marc jouer en trio avec Marcel Azzola et Caratini. Des années plus tard, au début des années 2000, on a monté un trio avec Marc et Jean-Luc Ponthieux. Puis, un autre avec Pierre-Yves Sorin qui admirait beaucoup Marc.
En 2009 ou 2010, avec Marc et Ponthieux, on a fait une tournée en Afrique, en Côte d’Ivoire, au Burkina-Faso, au Cap-Vert. Il y avait aussi Francis Varis, Pierre «Tiboum» Guignon. En 2011, on est parti avec Marc et Sorin au Carrefour mondial de l’accordéon au Québec. Un souvenir mémorable! On a joué dans une salle bourrée de monde. J’avais l’habitude de commencer à jouer seul pour voir comment était le son, car on ne faisait pas vraiment de balance. Normalement, on se faisait un signe avec Marc puis on jouait en duo. Mais, au moment où il a commencé, on n’entendait pas sa guitare! Ça a cassé l’ambiance. Sorin a posé sa contrebasse et est allé derrière l’ampli. Marc avait oublié de brancher sa guitare! Fou rire général! Après ça, on a fait un concert formidable. Ce petit incident du début a créé une osmose avec le public, et ça nous détendus. C’est l’un des plus beaux concerts qu’on ait faits.
Musicalement, Marc était un peintre. D’ailleurs, il avait fait les Beaux-Arts. Il avait besoin de sentir qu’il y avait une amitié forte. Ça le mettait plus à l’aise pour jouer du mieux qu’il pouvait. On était si proches. On se connaissait si bien. Quand on jouait, c’était tout dans le regard, dans le sourire. On n’avait pas besoin de parler pour se comprendre. C’était magique. Mais il ne fallait rien lui imposer. Pour un disque que j’ai fait avec Pierre Louki, j’avais écrit une partition, et je l’avais donnée à Marc. Erreur! Marc n’était pas un requin de studio. Il fallait le laisser faire. Je lui ai donc dit de jouer ce qu’il sentait. Le résultat a été magnifique!
Marc était si créatif! Sa composition «La valse des soupirs», que nous avons enregistrée sur le seul disque du Bolo-Fosset Trio, Hermetotico, est un monument. Son humour est très présent. Si vous écoutez bien, le morceau part en vrille. Ce n’était pas prévu! Une fois en concert, on l’a rejoué, mais on n’est pas arrivés au même niveau que ce qui s’était passé dans le studio d’enregistrement. Le morceau n’a rien de technique, mais Marc arrivait à créer une telle ambiance! Il élevait la créativité commune des musiciens, juste avec sa sympathie, son sourire, son cœur et sa technique, car il en avait. C’était ça, Fosset dans toute sa splendeur!
Combien de fois, on s’est retrouvés au Petit Opportun avec Marc. J’ai été, pendant dix-huit ans, tromboniste tous les soirs, sauf les dimanches, trois ans au Moulin Rouge, trois ans dans la dernière revue de Zizi Jeanmaire, et onze ans aux Folies Bergère. Combien de fois il m’est arrivé, après le travail, d’aller le retrouver dans un club de jazz. Avec Marc, on aimait bien le whisky. Depuis sa mort, j’en bois un tous les soirs à sa santé…


Philippe BRIAND (vib, dm)

Après des études à Caen et à Rennes, en 1969, je suis revenu dans ma ville natale, Quimper, où j’ai exercé le métier de prof’ d’anglais. A cette époque, pour le jazz, la Bretagne était un véritable désert; j’ai organisé tout seul des concerts. En amateur de jazz, je connaissais des musiciens professionnels de Paris. C’est ainsi que j’ai rencontré Marc. Quelqu’un m’avait parlé de lui, il revenait tout juste du service militaire. Je l’ai appelé au téléphone, et il est venu en Bretagne en 1972. Et il est revenu régulièrement pendant 37 ans! On jouait en quartet avec Pierre Cammas au piano, Gilles Gourmelon, le contrebassiste attitré de la scène bretonne, et moi à la batterie, dans un bar sombre qui s’appelait «Chez Michou». Rien à voir avec le club parisien du même nom!
Puis, j’ai monté un quartet avec Claude Guilhot au vibraphone. A la contrebasse, il y a eu Gilles Gourmelon, puis Henri Texier, Riccardo Del Fra, etc. Le groupe s’appelait JazzKool, parce qu’on jouait beaucoup dans les lycées et les collèges. On tournait surtout dans le Finistère; les concerts étant organisés par l’ADDM 29 (Association départementale pour la danse et la musique du Finistère). C’était l’heureuse époque des boîtes de nuit et des bars à musique. Dans les années 1970, il y en avait une tous les dix kilomètres. C’était le renouveau de la musique bretonne mais les boîtes prenaient aussi des groupes de jazz; on en a fait des tonnes; Marc était très souvent dans le coup. Pendant un moment, il venait même tous les mois. Mais, comme j’étais prof’, on travaillait surtout pendant les vacances scolaires. On a beaucoup joué au Shogoun, une célèbre discothèque près de Concarneau, à La Potinière, à Morgat. Les Bretons appréciaient de plus en plus le jazz. Dizzy Gillespie, Chet Baker, Georges Arvanitas, Peter King, Pepper Adams ou encore Johnny Griffin sont venus jouer en Bretagne, et j’ai eu la chance de les accompagner.

Riccardo Del Fra (b), Marc Fosset, Philippe Briand (dm), Claude Guilhot (vib), Bretagne, 1983 © Photo X, Collection Philippe Briand by courtesy
Riccardo Del Fra (b), Marc Fosset, Philippe Briand (dm), Claude Guilhot (vib), Bretagne, 1983 
© Photo X, Collection Philippe Briand by courtesy


Ce n’est pas moi qui ai présenté Marc à Stéphane Grappelli, mais je suis le premier à lui en avoir parlé. Je connaissais Grappelli depuis 1970, Grappelli jouait alors à l’hôtel Hilton. Il avait un jour de congé par semaine et faisait le voyage en Bretagne ce jour-là. La première fois qu’il est venu, en descendant du train, il a dit: «Mais Quimper, c’est le bout du monde! C’est plus loin que d’aller à Prague!» Eh oui, il fallait 8h pour faire Paris-Quimper. Le pianiste Marc Hemmeler l’accompagnait. Hélas, pris par les finances, je ne pouvais pas toujours faire venir deux musiciens de Paris… Dans les années 80, René Goaër, un pianiste du cru, est apparu, et a pris la relève d’Hemmeler.
Un jour, en voiture, on allait jouer quelque part avec Grappelli, peut-être à Saint-Brieuc. Grappelli me dit qu’il était plus à l’aise avec les guitaristes qu’avec les pianistes et les batteurs. Je lui parle tout naturellement de Marc Fosset, dont il n’avait jamais entendu parler. Il a répondu: «Tu sais, mon p’tit, je ne joue qu’avec des gens que je connais.» Une semaine plus tard, j’ouvre la télévision, et je le vois aux côtés de Patrice Caratini et de Marc Fosset!
Marc était un chaleureux ami, quoique très secret. En 1986, à 45 ans, je suis passé de la batterie au vibraphone. Un jour, il m’a proposé de monter un duo. Je pensais qu’il plaisantait! Je n’étais pas assez fort pour jouer en duo avec lui. Mais il a insisté et m’a encouragé. On a joué ainsi pendant plusieurs années. Son accompagnement était d’une richesse! Et il était drôle quand il chantait. Son grand succès était «That’s All», avec les paroles en français. Marc était un véritable artisan de la guitare. Un «troubadour de la guitare», comme l’avait si justement surnommé un journal local.


Yves BROUQUI (g)

Je ne connaissais pas très bien Marc Fosset. J'ai eu la chance de faire le bœuf une ou deux fois avec lui, notamment au Petit Opportun avec Hugo Lippi, et je l'avais rencontré une fois à la gare de Rennes. Nous avions pris par hasard le même train, et discuté «médiators». Je me rappelle qu'il coupait les siens d'une certaine manière, et cela m'avait beaucoup intéressé…
Pour moi, Marc Fosset était juste un des grands guitaristes de jazz de ce pays. Son duo avec Patrice Caratini était incontournable lors de mes débuts. Et sa collaboration avec Stéphane Grappelli, remarquable.

Marc Fosset, Hugo Lippi, Yves Brouqui, Le Petit Opportun, Paris, 2002 © Photo X, Collection Hugo Lippi by courtesy
Marc Fosset, Hugo Lippi, Yves Brouqui, Le Petit Opportun, Paris, 2002 © Photo X, Collection Hugo Lippi by courtesy


Patrice CARATINI (b)

Marc Fosset, c’est un bout de mon existence. On se connaissait depuis la fin des années 1960. On est de la même génération, on fréquentait les mêmes clubs. La première fois que je l’ai croisé, c’était en 1968 ou 1969 au Gill’s Club de Gérard Terronès. Moi, j’ai démarré là avec Mal Waldron; lui, avec Michel Edelin. Puis, on s’est retrouvés dans d’autres clubs. Marc accompagnait Michel de Villers aux Trois Mailletz; moi, Michel Roques. Le hasard a fait qu’on a monté un duo. Quand on joue avec quelqu’un, il y a des choses qui parlent tout de suite. C’est ce qui s’est passé. Mais il a fallu des heures de travail pour mettre au point notre duo. On jouait au Caveau de la Montagne tous les soirs pendant trois heures. Il a fallu imaginer des tas de choses. Ce duo nous a construits musicalement. Et il a déclenché plein de choses.
Vers 1976-1977, j’enseignais au CIM que venait de créer Alain Guerrini. La jeune génération venait nous écouter. Puis, il y a eu l’époque du Petit Opportun. Quand Le Chauve et le Gaucher est sorti, nous-mêmes avons été surpris de son retentissement dans le monde du jazz. Ça nous a donné une petite notoriété. Du coup, on a été très sollicités. C’est comme ça qu’on a rencontré Stéphane Grappelli. Plus tard, Marc a commencé à travailler avec lui.


1978. Marc Fosset et Patrice Caratini, Le Chauve et le Gaucher, Open 12

Comme j’écrivais aussi des arrangements pour des chanteurs et que je rencontrais pas mal de musiciens dans les studios, beaucoup me suggéraient de monter un orchestre. Le Onztet est né comme ça. Avec Marc, on s’est associés à des musiciens de très haut niveau. Bien plus tard, il m’a confié que ça avait été une expérience difficile pour lui. Il était quelqu’un de très indépendant. Ce qu’il ne voulait pas faire, il ne le faisait pas. C’est une grande qualité.
Le jazz, c’est une histoire d’affinités. De très bons contrebassistes et de très bons batteurs ont parfois du mal à jouer ensemble. Marc et moi, on s’est trouvés. On a poussé très loin l’exigence musicale. Après le duo, on a joué avec Maurice Vander, Martial Solal, Marcel Azzola. Marcel venait nous écouter jouer très souvent. A force de le voir, on lui a proposé de se joindre à nous ! Les années ont passé. Marc et moi, on ne s’est jamais perdus de vue. Il est ma famille musicale.


Philip CATHERINE (g)
Marc est un ami de très longue date.
Nous n’avons joué qu’une fois ensemble. C’était avec Stéphane Grappelli, NHØP, c’était un vrai plaisir.
On aimait lui et moi nous raconter des anecdotes de musiciens chaque fois qu’on se rencontrait au hasard de nos tournées. On a bien rigolé nous deux.
Marc a une belle approche harmonique et très correcte de la guitare, aussi des standards et des belles chansons. Et je crois que Stéphane était très heureux d’avoir Marc à ses côtés pour ces raisons là notamment.
La dernière fois que j’ai eu Marc au tél’, c’était après sa mauvaise chute dans la rue.
Marc laisse un vide qui peine tous ceux qui l’ont connu.
Mais: «Hello Marc!!, on se retrouva au ciel un jour! Bien que je ne sois pas si pressé que cela (tu me comprends?), l’idée de nous raconter encore des histoires et de jouer de belles mélodies ensemble me réconforte.»
Bruxelles, 14 décembre 2020

Jean-Michel CAZORLA (g)

J’ai eu le plaisir de rencontrer Marc dans les années 2005 grâce à Philippe Briand avec qui je jouais à l’époque en trio (vib, g, b). Nous avons fait quelques concerts en duo avec Marc, en Bretagne sur la région de Quimper à cette époque. Nous avons aussi partagé un enregistrement auquel Marc nous a fait l’honneur de participer (Le Silversound Trio rencontre Marc Fosset, Ebony Jane). Marc était un grand guitariste qui avait un sens de la mélodie et une exigence pour l’accompagnement. Cette rencontre m’a apporté beaucoup sur le plan guitariste, par son expérience, ses conseils, son sens et sa perception du jazz. Je garde un très bon souvenir de cette rencontre, et de cet enregistrement. Marc restera pour moi l’image d’une personne simple, humble très sympathique; mais aussi celle d’un très grand guitariste, d’une grande classe, d’une grande connaissance et culture du jazz et de la guitare jazz.


Jacques CHARTIER (agent)

J’ai longtemps travaillé pour Stéphane Grappelli jusqu'à ses derniers jours. J'ai vu arriver Marc auprès de Stéphane. Il y a trois personnes à qui nous devons la longévité de la carrière de Stéphane. Stéphane, tant il avait une rage de connaissances et de vivre. Joseph Oldenhove, compagnon du quotidien. Et Marc, agitateur artistique qui a maintenu une fraîcheur dans les thèmes et répertoires.


Dominique CRAVIC (g)

Un truc nous liait, Marc et moi. En 1983, quand le premier disque de Cordes et Lames est sorti, au même moment, il y a eu un disque de Richard Galliano en trio, avec Jean-Charles Capon et Gilles Perrin, et un avec Marcel Azzola, Patrice Caratini et Marc Fosset. Nous avions chacun notre trio autour de l’accordéon et de la guitare, ça a créé une complicité entre nous. J’ai découvert Marc et son duo avec Caratini. Ils étaient la coqueluche du jazz. On les voyait partout. Et ils le méritaient. Leur duo était magnifique. C’était du beau travail.
En tant que gentleman du jazz et de la guitare, Marc connaissait tous les standards et les thèmes bebop. Il les jouait avec beaucoup de virtuosité, avec un langage d’improvisateur très abouti. En même temps, comme c’était une personnalité originale, et plutôt libre, il a fait ça à sa manière. Il avait une couleur différente. Il a réussi à rester dans son fantasme de guitare américaine jazz des années 1950 en gardant un esprit très français. Et cet humour qu’il avait, on le retrouvait dans sa musique.

Marc Fosset, Stéphane Grappelli, Maurice Cullaz, Dominique Cravic, Jean-Philippe Viret, Square d’Anvers, mardi 3 septembre 1991, 18h30 © Bernard Savoïa Ailloud, by courtesy of Dominique Cravic
Marc Fosset, Stéphane Grappelli, Maurice Cullaz, Dominique Cravic, Jean-Philippe Viret,
Square d’Anvers, mardi 3 septembre 1991, 18h30 © Bernard Savoïa Ailloud, by courtesy of Dominique Cravic


Un jour, le photographe Bernard «Savoïa» Ailloud voulait réunir sur une même photo Stéphane Grappelli et Maurice Cullaz. J’avais rencontré Stéphane quelques fois. J’aimais bien sa façon de parler. Je m’étais donc retrouvé avec Grappelli, Cullaz, Marc et Jean-Philippe Viret au square d’Anvers, à deux pas de chez Stéphane. C’est une photo assez magique. Il y a assis sur un même banc deux grandes personnes du jazz. Bernard nous avait demandé, à Marc et moi, de nous asseoir de chaque côté avec une guitare. Le gaucher est à jardin, moi côté cour. Viret était absorbé dans sa lecture. Et il y a des enfants qui jouent. C’était un moment très amical. La vie de musicien, c’est ça aussi.



Riccardo DEL FRA (b)

Marc Fosset, le gaucher adroit. Une tête faite pour le cinéma! Je me souviens très bien de son visage particulier, le plus souvent souriant mais aussi, parfois soudainement, interrogatif ou perplexe. Au détour d’une conversation, son visage pouvait se fermer, devenir inquiet et inquiétant, pendant quelques secondes, intentionnellement, avant de s’éclairer à nouveau d’un grand sourire rassurant. Je me souviens de son jeu, fluide et swinguant, très adroit, montrant une connaissance érudite du vocabulaire du jazz. Il savait improviser et traverser les harmonies des morceaux avec une belle aisance en doublant parfois de sa voix ses solos de guitare.
Je l’avais découvert au Petit Opportun où il jouait souvent en duo avec Patrice Caratini. C’était au début de ma vie parisienne, la vie de nuit, les tournées des grands-ducs.

A cette époque, les concerts de jazz dans les clubs commençaient à 23h et les nuits se terminaient souvent au petit matin dans des jam-sessions avec des musiciens de renom de passage à Paris.
Marc aimait les jazz-clubs, il allait souvent écouter les autres musiciens et découvrir les plus jeunes. Je crois qu’il y avait une plaque avec son nom sur le comptoir du P'tit Op’. A chaque fois que nous avons eu l’occasion de jouer ensemble, ce furent des moments agréables, de bonne musique et d’amitié.
Marc Fosset représente toute une époque où plusieurs générations de musiciens pouvaient se rencontrer, s’écouter et jouer ensemble, plus facilement qu’aujourd’hui.

Une personne réservée mais attachante, un guitariste discret mais admirable.
Salut l’artiste! 


Dany DORIZ (vib)

J’ai rencontré Marc, ainsi que Marcel Azzola, entre le milieu et la fin des années 1990, quand ils ont décidé de faire appel à moi pour compléter leur formation. Ils avaient le même type de personnalité et il existait une formidable osmose musicale et humaine entre eux. C’était un grand plaisir de jouer avec eux et ça a d’ailleurs duré plus de vingt ans, dont un enregistrement en 1999 (Jazzola, Black & Blue). Mais Marc et moi avons eu aussi d’autres aventures musicales, comme avec les Sweet System ou un quintet sans piano avec Christian Morin, ce que son talent harmonique extraordinaire rendait possible. C’était un surdoué de l’harmonie. Et un showman également. Marc a aussi fait partie de l’hommage à Bechet avec Manu Dibango, et il a été pendant plusieurs années membre de mon big band. Il se produisait également en leader au Caveau de La Huchette; il y a eu des duos mémorables avec Patrick Saussois. Que de grands moments et un mauvais souvenir: au début de sa maladie, nous étions au Festival de Foix avec Scott Hamilton, et Marc s’est trouvé incapable de jouer «Nuages». Ça nous a saisis d’horreur…

Dany Doriz (vib), Laurent Epstein (p), Sarah Morrow (tb), Marc Fosset, soirée des 75 ans de Jazz Hot, Caveau de La Huchette, Paris, 23 mars 2010 © Jose Horna
Dany Doriz (vib), Laurent Epstein (p), Sarah Morrow (tb), Marc Fosset,
soirée des 75 ans de Jazz Hot, Caveau de La Huchette, Paris, 23 mars 2010 © Jose Horna


Philippe DUCHEMIN (p)

J’ai connu Marc quand j’avais une vingtaine d’années. Je programmais un jazz-club au Mans, le Stan. C’était pour moi l’occasion de me frotter à la crème parisienne. Je n’ai pas manqué d’inviter Marc Fosset pour jouer avec moi. Il était charmant, ce qui a eu pour effet de faire tomber le stress qui était en moi de jouer avec un des meilleurs guitaristes français. Plus tard, Il a fait partie des rares qui m’ont présenté à «l’intelligentsia» jazzistique parisienne quand je suis monté à la Capitale, et je lui en suis toujours reconnaissant.
J’ai ensuite joué très souvent avec lui dans l’orchestre de Dany Doriz. Son jeu de guitare était très original; il savait se comporter comme un accompagnateur discret et soudain soutenir le soliste avec une deuxième voix qui tombait à pic. Très éclectique, il jouait dans tous les styles avec sa forte personnalité.
Avec lui, nous avons monté le premier trio «Peterson» avec Patricia Lebeugle à la contrebasse et Marc avait choisi les titres du répertoire. A l’époque, il jouait avec Stéphane Grappelli à qui il vouait une admiration sans borne. C’était aussi un inconvénient pour les autres formations auxquelles il appartenait car il était à la disposition de Stéphane Grappelli qui le sollicitait régulièrement pour répéter et bien sûr pour les concerts. Il ne pouvait pas s’engager ailleurs.
La vie privée de Marc était un mystère. C’était un solitaire, mais un joyeux compagnon pour les musiciens qui le côtoyaient. Il imitait les chanteurs de variétés comme personne, avec un humour qui déclenchait toujours un rire communicatif. Tous les musiciens aimaient et respectaient Marc Fosset.


Michel EDELIN (fl)

Triode, étude par Marc Fosset © by courtesy of Bernard Fosset

Triode, étude par Marc Fosset © by courtesy of Bernard Fosset

Le souvenir de Marc Fosset ramène aux temps où les clubs de jazz parisiens étaient des lieux de rencontres, d’échanges et de création comme le Caveau de la Montagne (sous le «règne» d’Alain Guerrini) ou le Gill’s Club ainsi que, par la suite, tous les autres clubs gérés par Gérard Terronès. C’est là que, dans un premier temps, j’ai rencontré Marc.
Ces clubs accueillaient des rencontres musicales éphémères ou étaient le creuset de groupes à l’avenir plus pérenne. C’est dans ces conditions que j’ai joué avec Marc grâce à cette tradition du «bœuf» qui, pour ce qui me concerne, a tenu lieu de conservatoire ou d’école de jazz.
Je l’ai retrouvé plus régulièrement lorsque Pierre-Yves Sorin (b) l’a intégré au groupe TRIODE avec Michel Précastelli (fender). C’était la seconde «version» du TRIODE d’origine (On n’a pas fini d’avoir tout vu, LP Futura, avec Pierre Chérèze et Didier Hauck). Elle s’orientait davantage vers la musique du Miles Davis de l’époque. Quoique… Max Roach dont l’orchestre jouait le même soir que nous au Festival Indépendant de Massy nous avait pris pour un groupe anglais!
Comment oublier le regard de Marc Fosset, profond, scrutateur et rieur à la fois? Comment oublier son humour –la goutte d’eau qui tombe sur le lac tranquille et ne le trouble que légèrement– et les grandes séquences de rire qu’il provoquait? Son jeu de guitare, racé et swinguant était à son image.
Après la dissolution de TRIODE, Marc suivra sa propre route (le duo avec Patrice Caratini, le trio avec Stéphane Grappelli et Jean-Philippe Viret, de nombreuses collaborations donnant lieu à une discographie très enviable…) et moi la mienne. Les occasions de rencontres se sont raréfiées sans pour autant atténuer ce souvenir d’une période riche en expériences humaines et musicales au sein desquelles il garde toute sa place. 


Christian ESCOUDÉ (g)

Il fut un temps où, dans le «milieu» des musiciens, il arrivait souvent d’être le remplaçant d’un collègue ou de se faire remplacer soi-même pour un concert en club, etc. Remplacement dont la durée était un jour, peut-être deux. Marc Fosset me demanda donc de le remplacer aux Trois Mailletz, car il partait pour ses obligations militaires. La durée du service était de douze mois. J’ai donc fait un remplacement... d’un an!

soirée des 75 ans de Jazz Hot, Caveau de La Huchette,
Marc Fosset, soirée des 75 ans de Jazz Hot, Caveau de La Huchette, 23 mars 2010 © Jose Horna

Patrice GALAS (p)

J’ai connu Marc en 1970, aux Trois Mailletz où nous avons fait nos débuts. Je me souviens de lui avec son pull blanc et sa cigarette au bec dont la cendre ne demandait qu’à tomber. Puis, nous avons monté un trio avec orgue en compagnie du batteur Franco Manzecchi (1931-1979). Nous avons beaucoup tourné notamment au Caveau de la Montagne –où Marc se produisait également en duo avec Patrice Caratini– et au Club St-Germain. En 1978, nous avons enregistré au C.I.M., toujours en trio, l’album Organ produit par le label Open d’Alain Guerrini. Après le décès brutal de Franco, nous avons poursuivi avec un nouveau batteur, Umberto Pagnini, en compagnie duquel nous avons enregistré notre deuxième disque au Petit Opportun, en live, en 1980. Dans les années 1990, on jouait régulièrement en duo, et on a effectué un enregistrement, en Bretagne, une nuit à 4h du matin. On l’a fait écouter à Toots Thielemans qui nous a écrit des notes de pochette, mais malheureusement, il n’est jamais sorti. Je vais essayer de le faire publier avec l’aide du frère de Marc. Plus tard, au début des années 2000, nous nous sommes retrouvés dans le big band de Dany Doriz jusqu’à ce que sa maladie le contraigne à cesser de jouer. Marc a écrit des paroles sur quelques standards comme «That’s All», qu’il a intitulé «Monsieur l’agent». Il était aussi dessinateur et peintre. Il avait même réalisé un autoportrait au fusain pour une de ses affiches.
A l’époque où il travaillait avec Grappelli, il dînait tous les dimanches soirs chez ses parents, à Sèvres, et passait ensuite chez moi. J’habitais près de la Maison de la Radio. Là on refaisait le monde, et Marc me racontait des histoires sur les musiciens avec le don des imitations qu’on lui connaissait. Un jour, il m’a dit: «Je vais faire ma plus belle tournée depuis que je suis avec Grappelli. — Tu vas dans quel pays? —Justement non, on fait les banlieues de Paris, pour une fois, je vais pouvoir coucher chez moi!». En revanche, il était extrêmement discret sur sa vie, sa jeunesse et ses parents. Et il ne recevait presque jamais chez lui. Je n’y suis allé qu’une fois, et il m’avait montré sa superbe collection de guitares. Et durant sa maladie, quand il était en maison médicalisée, il ne voulait pas qu’on le voit. Je me souviens que lorsqu’il avait environ 22 ans, il m’avait dit qu’il ne vivrait pas au-delà de 70 ans; ça m’avait marqué. Et il est mort à 71 ans.


Daniel GIVONE (g)

Et voilà, Marc Fosset nous a quittés. Il a été pour nous, les guitaristes, un véritable pilier, un guide. Le jazz français est en deuil. Marc restera à jamais dans nos cœurs.


Sean GOURLEY (g)

Dans les années 1990, j’ai accompagné la chanteuse Manda Djinn pendant quelques années. En 1997, elle m’annonce qu’elle veut enregistrer un album avec des reprises de Billie Holiday et quelques compositions originales. Elle me demande de lui trouver un guitariste avec un «nom» pour remplir le rôle de soliste. Mais, comme nous étions en pleine époque «jazz moderne», je lui ai dit que les seuls qui me viennent à l’esprit pour jouer Billie sont mon père ou alors Marc Fosset. Elle me répond que mon père a la réputation d’être cher, alors elle décide d’appeler Marc. Ce dernier lui répond très gentiment qu’il est débordé avec Stéphane Grappelli, et il lui conseille de prendre… Jimmy Gourley! Manda m’a alors appelé en me demandant si Marc et moi n’avions pas monté un stratagème pour faire engager papa! Bref, nous avons fait l’enregistrement avec le paternel, Gildas Scouarnec à la basse, Manda et moi, et tout s’est bien passé.
Un soir au P’tit Op’, j’écoutais Turk Mauro (je crois) et son groupe, avec Simon Goubert à la batterie. Marc Fosset est passé et a tapé le bœuf avec eux. Ils ont démarré un anatole en Bb de George Benson avec plein de notes dedans à un tempo assez soutenu. Mais, durant le morceau, Simon a accéléré le tempo de façon plus que significative, et j’ai vu Marc se tourner vers moi un peu avant la reprise de la mélodie en me faisant la tête du gars qui se demande s’il va s’en sortir, mais en souriant quand même. Le suspense était palpable. J’ai vu Marc se concentrer, entrer dans un calme olympien, et il nous a sorti le thème sans accroches. Tendu, mais impeccable. J’étais aux anges d’être témoin d’un métier pareil. La joie, la bonne humeur du bonhomme était rafraîchissante, sans parler du bon goût de son interprétation et improvisation. Tout à fait dans l’esprit des musiciens que j’avais connus dans l’entourage de papa.


Stan LAFERRIÈRE (g, p, dm)
Un petit hommage ému à Marc Fosset, un grand guitariste qui vient de nous quitter. Que de soirées passées à discuter musique à écouter des disques, à jouer... Ça va swinguer là haut Marc! Tu retrouveras ton compagnon Stéphane Grappelli et tous les autres! https://youtu.be/wHydqmO20ng


Hugo LIPPI (g)

Mon premier souvenir avec Marc date de mes débuts au Havre, lorsqu’il était venu donner une master-classe à l'école de jazz JUPO (Jazz Union Porte Océane), où j'étudiais. J’étais encore adolescent, mais il décela chez moi une détermination, et il en toucha deux mots à mon professeur de guitare, Patrick Gaillard. Je dois à Marc la décision de venir tenter une carrière à Paris. Au fil des années, nous nous sommes retrouvés sur scène à de multiples occasions, en duo notamment. Et aussi avec Marcel Azzola, une rencontre déterminante pour moi.
Je garderai de Marc une passion inaltérable pour le jazz et tant d'autres musiques. Nous passions des heures à discuter des grands maîtres de la six-cordes. Il me racontait des anecdotes incroyables glanées lors de ses tournées, avec évidemment Stéphane Grappelli et beaucoup d'autres. Il me parlait de son duo avec Patrice Caratini, de ses débuts avec Magma, des concerts avec McCoy Tyner, NHØP… Tout ça servi par un humour ravageur et un sens de l'imitation inégalable.
Une capacité à remettre les choses de la vie dans un contexte musical. S’il n’était pas content d’un serveur, il pouvait clamer: «Celui-là ne swingue pas!» J'adorais.
Marc était curieux des guitaristes moins exposés. Jim Mullen, Louis Stewart ou encore René Thomas à qui il vouait une grande admiration. Il m'avait dit détenir des bandes sur lesquelles ce dernier jouait de manière vertigineuse. Musicalement, il fut sans aucun doute le plus grand accompagnateur avec lequel j'ai joué. Son sens du swing et du tempo étaient absolument magiques. Marc était également un improvisateur au jeu très personnel, influencé par Django Reinhardt, Barney Kessel et Tal Farlow.
Marc laisse un grand vide. Musicalement bien sûr, mais également par toute la philosophie qui émanait de sa personne. Un mélange de légèreté, de dérision, mais aussi de mélancolie et de fatalisme. Marc, je ne t'oublierai jamais. Merci et bon voyage!

Hugo Lippi et Marc Fosset, La Maison Verte, Paris, 2 avril 2011 © Myriam Garnier, Collection Hugo Lippi by courtesy
Hugo Lippi et Marc Fosset, La Maison Verte, Paris, 2 avril 2011
© Myriam Garnier, Collection Hugo Lippi by courtesy


Christian MORIN (cl)

J’ai travaillé avec Marc une bonne dizaine d’années. Nous avons joué en quintet avec Dany Doriz, Patricia Lebeugle (b) et Michel Denis (dm). En sextet, avec Patrick Bacqueville (tb), Patrice Authier (p), Patricia Lebeugle (b) et Michel Denis (dm). Nous avons même osé monter un trio sans contrebasse, avec batterie, guitare et clarinette. Ça a très bien marché, parce que c’était Marc à la guitare. Comme beaucoup, la première fois où j’ai entendu parler de Marc, c’était lorsqu’il jouait en duo avec Patrice Caratini. Un beau tandem! Puis, je l’ai vu avec le clarinettiste Stéphane Guérault avec qui il jouait en duo. J’ai rencontré Marc beaucoup plus tard, en 1998. Il était venu un soir au Petit Journal Saint-Michel. Nous avons fait le bœuf. A la fin, je lui ai proposé de nous revoir et, peu après, nous faisions un duo au Casino de Biarritz. Il a dit oui tout de suite. «J’adore jouer en duo!», m’a-t-il lancé. Nous sommes devenus très proches. Nous avons joué partout en France, dans des clubs de jazz, bien sûr, mais aussi dans une grotte à 75 mètres sous terre dans la Drôme ou encore dans une église datant de l’an mille, près de Vichy.
Nous avions un petit rituel: avant chaque concert en trio, avec Michel Denis, on buvait un Americano à l’apéritif et on mangeait un morceau. Musicalement, Marc pouvait être d’une grande puissance et d’une infinie délicatesse. Il ne jouait comme personne d’autre, ni comme Django ni comme Joe Pass. Et quel mélodiste! Cela avait dû se développer au travers de cette qualité romantique dans le style qu’avait Stéphane Grappelli.
Quand Marc vous accompagnait, les notes fleurissaient. Il était très sensible au feeling de l’autre. Quand je jouais avec lui, j’étais en confiance totale. J’ai retrouvé avec lui l’état d’esprit de partage qui régnait lorsque j’étudiais aux Beaux-arts. C’est pour cette raison que nous avons monté le Art Trio avec Michel Denis et Marc. Michel avait fait les Arts Déco’, Marc les Arts Appliqués et, moi, les Beaux-Arts.
Marc était immensément gentil, mais beaucoup trop modeste! Sur scène, j’aimais le mettre en avant, raconter un peu son parcours. Quand je l’écoutais prendre ses chorus, à chaque fois, c’était fabuleux! J’ai beaucoup appris de lui. Il était si solide que cela vous libérait. Une fois le concert terminé, Marc disait: «Eh ben, voilà !» C’était l’heure de passer à table, car, avec lui, la musique était toujours doublée de bons moments de vie. Une fois, au Petit Journal, Cabu était venu nous voir jouer en sextet, et avait passé la soirée avec nous. Quand Cabu éclatait de rire, tout le monde riait. Marc aussi avait un rire très drôle. 


Jacques MOURY-BEAUCHAMP (photographe, écrivain, g)

J’ai rencontré Marc Fosset à l’automne 1965, quand nous avons été admis en première année à l’École Nationale des Arts Appliqués à l’Industrie, rue du Dupetit-Thouars à Paris. Dans notre promotion d’artistes visuels en devenir, une bonne moitié d’entre nous faisait de la musique (Klaus Blasquiz, future voix de Magma était du nombre). La plupart jouaient ou gratouillaient un peu de la guitare. Nous nous retrouvions après déjeuner au foyer de l’école. Nos prédilections vagabondaient de Georges Brassens à Bob Dylan. Il y avait quelques joueurs de flamenco, un de bossa nova. Marc se passionnait pour Django Reinhardt, mais il pouvait déjà tout jouer, souvent avec un sourire amusé. Il était de loin le plus expérimenté de nous tous, et j’ai souvent, comme d’autres sans doute, bénéficié de ses conseils amicaux. Nous étions tous droitiers sauf lui, alors il jouait à l’envers sur la guitare de l’aumônier, une guitare classique à cordes nylon qui passait de main en main.
En mai 68, nous avons occupé l’école et, entre l’impression de tracts et d’affiches dans l’atelier improvisé de sérigraphie, nous avons passé beaucoup de temps au foyer. René Oghia (le musicien de bossa nova) jouait de la basse électrique. Jouy, un élève de l’année supérieure dont j’ai oublié le prénom, jouait de la batterie, et Marc Fosset jouait… du piano. La plupart du temps j’étais le seul public. Calé contre le piano, du côté des basses, je découvrais les grands standards du jazz et de la bossa. Marc et ses complices improvisaient pendant des heures sur les grands classiques. Pour moi, toute une éducation et de vrais et précieux moments de bonheur. Marc se passionnait pour l’harmonie et avait trouvé dans le piano un autre «outil d’exploration».
A l’automne suivant, je lui proposais de se joindre au groupe qu’un ami auteur compositeur essayait de monter. Il accueillit l’invitation avec son petit air amusé et vint tout de même nous retrouver au fin fond d’une lointaine banlieue, dans le local de répétition d’un groupe amateur bien équipé. Après quelques chansons, nous comprîmes qu’il ne rejoindrait pas le groupe. Il nous expliqua qu’il passait ses vacances d’été à jouer dans un orchestre de bal reprenant toutes les chansons à la mode du hit parade. Il y jouait de la guitare, du piano et chantait. Assis au piano électrique, il nous gratifia alors d’un «récital de tubes» dans lequel il imita les chanteurs qui faisaient les belles heures des émissions de variétés à la télévision. Nous avons beaucoup ri. Il imitait particulièrement bien Claude François!
Au printemps 69, l’aumônier de l’école demanda à Marc d’accompagner à l’orgue les cantiques de la messe de communion de l’église du quartier. J’avais été recruté pour faire le reportage photographique de la cérémonie. Lors des répétitions (pour lui) et repérages (pour moi), il nous joua les chants religieux avec des accords complexes du meilleur effet. Marc travaillait alors l’harmonie avec un organiste de jazz. J’essayais de le convaincre de faire la même chose pour la cérémonie, mais, respectueux de son engagement envers le prêtre il ne s’aventura pas au delà de la septième.
Quelques jours avant le passage du diplôme de fin d’études, Marc m’expliqua qu’il envisageait de faire de la musique jusqu’au service militaire, puis de rechercher un métier plus sérieux dans le dessin. Dieu merci pour nous tous, il en décida autrement. Armé des connaissances de jazz que j’avais acquises grâce à lui, je suis parti en 1975 vivre à New York pour photographier les Maîtres. L’an passé, j’ai dédié mon livre de photo de cette époque à Marc Fosset. Il ne l’aura pas su. Adieu l’ami et merci…

Marc Fosset à l’orgue de chœur de l’église Saint-Jean-Sainte-Croix (aujourd’hui cathédrale Sainte-Croix des Arméniens), rue du Perche, Paris, 1969 © Jacques Moury-Beauchamp by courtesy
Marc Fosset à l’orgue de chœur de l’église Saint-Jean-Sainte-Croix (aujourd’hui cathédrale Sainte-Croix des Arméniens),
rue du Perche, Paris, 1969 © Jacques Moury-Beauchamp by courtesy


Gilles NATUREL (b)

Un des grands musiciens de jazz français. J’ai très peu joué avec lui, mais je l’ai souvent écouté. Au début des années 1980, nous avions un duo guitare/contrebasse avec un copain de lycée. Nous allions souvent écouter le duo Caratini/Fosset, avec lequel nous avions pas mal de répertoire en commun, au Caveau de la Montagne, au Petit Opportun, etc. Marc était discret, ne se mettait jamais en avant, ne faisait aucun «cinéma» quand il jouait. C’était Patrice qui présentait la plupart des morceaux, Marc ajoutait parfois quelques précisions ou remarques humoristiques. Son accompagnement était magistral, il alliait souplesse et précision rythmique, sa grande connaissance des standards, sa rigueur harmonique, sa position de gaucher, on reconnaissait immédiatement sa sonorité. Ses solos n’étaient pas démonstratifs, il ne jouait que les notes nécessaires, qui chantent, et qui montrent la direction de la mélodie. Son ampli était toujours au bon volume, jamais trop fort, comme la plupart des grands maîtres de la guitare bebop. Les rares fois où nous avons joué ensemble, j’ai été frappé par son humilité, sa grande sensibilité, son originalité qui laissaient deviner un être attachant et secret. Son humour, jamais vulgaire, sa voix douce faisaient qu’on ne pouvait pas l’imaginer se mettre en colère. 
Un modèle, un Maître, qui montrait le chemin, l’air de rien, aux jeunes musiciens impatients que nous étions.


Pierre-Yves SORIN (b)

Nos premières rencontres avec Marc datent de 1970-71. Nous avons souvent joué ensemble au fil des années et des engagements, et plus régulièrement à partir de 2006 dans le trio que nous formions avec Jacques Bolognesi à l’accordéon. J’ai eu l’opportunité, pour un concert de notre trio dans le joli théâtre d’Eu, en Normandie, d’inviter Philip Catherine. Marc et Philip n’avaient jamais joué ensemble et participer à la rencontre de ces deux très grands guitaristes a été un bonheur. Retardant le moment de se quitter, ils ont joué dans le train tout le voyage du retour jusqu’à la gare Saint-Lazare…
Marc portait toujours la musique plus haut, avec gentillesse, générosité et élégance. C’était un très grand musicien, tout le monde en convient, mais il a aussi été le créateur d’un jeu de guitare à la fluidité unique. Marc était un partenaire fidèle et un ami délicieux. Il est dans mon cœur pour toujours.



Martin TAYLOR (g)

I first met Marc in 1980. I had been working with Stéphane Grappelli for one year by then and Stéphane told me about Marc and how he would like Marc to join us in the group. Marc brought a very special energy to the group. There was a great chemistry between Marc and Stéphane, and along with Jack Sewing on bass we had a truly fantastic quartet! Stéphane liked to play the same repertoire and when Marc joined us, Marc began to come up with some very simple yet effective arrangements of these old songs. Marc brought a new life to the music and energised Stéphane with a new boost of enthusiasm. We had a fantastic quartet at that time that I’m still very proud to have been part of.
We toured a lot in America with Stéphane. In the mid 1980’s, Stéphane was offered a month-long tour of Brazil following on directly from a one-month tour of the USA.
Neither Marc or myself wanted to be on the road for two months, so we decided, with Stéphane’s blessing, that I would do the USA tour and Marc would go to Brazil. From that moment Marc and I shared the job and the group went from a quartet to a trio. We were all happy with the arrangement, but I missed Marc being there and bringing his unique style to the group. Marc had a totally individual way of playing the guitar, and when his guitar combined with his harmonised scat singing he gave the group another dimension that was both highly entertaining and brilliantly musical. 
Marc was a very private man who would always manage to find a good French restaurant on our nights off in even the smallest little town in rural parts of America. Apart from sharing music together, I also have fond memories of us laughing a lot on the road with Stéphane. Marc had a wonderful sense of humour that was always very gentle and subtle. We will all miss Marc, but feel grateful we knew him and got to share music and a few glasses of wine together. 


J'ai rencontré Marc pour la première fois en 1980. Je travaillais avec Stéphane Grappelli depuis un an. Stéphane m'a parlé de Marc, et comment il aimerait que Marc nous rejoigne dans le groupe.
Marc a apporté une énergie toute particulière. Il y avait une vraie alchimie entre Marc et Stéphane, et avec Jack Sewing à la contrebasse, nous avions un quartet vraiment fantastique! Stéphane aimait jouer le même répertoire et quand Marc nous a rejoints, il a commencé à proposer des arrangements très simples mais efficaces de ces vieux thèmes. Marc a donné une nouvelle vie à la musique et a dynamisé Stéphane avec un nouvel élan d'enthousiasme. Nous avions un quartet fantastique à cette époque dont je suis toujours très fier d’avoir fait partie.
Nous avons beaucoup tourné en Amérique avec Stéphane. Au milieu des années 1980, Stéphane se vit offrir une tournée d’un mois au Brésil, juste après une tournée d’un mois aux Etats-Unis.
Ni Marc ni moi ne voulions être sur la route pendant deux mois, alors nous avons décidé, avec la bénédiction de Stéphane, que je ferais la tournée américaine et que Marc irait au Brésil. A partir de ce moment, Marc et moi avons partagé le travail, et le groupe est passé d'un quartet à un trio. Nous étions tous satisfaits de cet arrangement, mais la présence de Marc me manquait ainsi que le style unique qu’il apportait au groupe.

Marc avait une manière totalement personnelle de jouer de la guitare, et quand sa guitare se combinait à son chant en scat harmonisé, il donnait au groupe une autre dimension, à la fois très divertissante et brillamment musicale.
Marc était un homme très discret qui réussissait toujours à trouver un bon restaurant français lors de nos soirées de congé, même dans la plus petite ville des régions rurales d'Amérique.

En plus de partager de la musique ensemble, je me souviens avoir beaucoup ri sur la route avec lui et Stéphane. Marc avait un merveilleux sens de l'humour, toujours très doux et subtil.
Marc nous manquera à tous, mais nous sommes reconnaissants de l'avoir connu et d'avoir pu partager de la musique et quelques verres de vin ensemble.


René URTREGER (p)

Quand j’ai recommencé à jouer du jazz dans les années 1970, j’ai eu l’occasion de faire le disque Récidive en quartet, avec Alby Cullaz, Jean-Louis Viale, et Marc Fosset.
Marc a apporté beaucoup de fraîcheur à ce disque. Il était plus jeune. Il jouait, si j’ose dire, plus moderne que moi. Je pense qu’il avait été ravi de retrouver avec moi un peu les sources du bebop. Il était d’une courtoisie et d’une gentillesse rares. Il jouait superbement bien.
J’ai aussi le souvenir de Marc jouant avec Patrice Caratini en duo au Petit Opportun. C’était fantastique! Les entendre jouer «Armando’s Rhumba» de Chick Corea était un régal. J’ai toujours eu beaucoup de plaisir à jouer et à écouter Marc Fosset.


Jean-Philippe VIRET (b)

Pendant l’enregistrement de la musique du film Milou en mai, Stéphane Grappelli a eu une petite tension de studio avec le contrebassiste Jack Sewing alors que cela faisait plus de vingt ans qu’ils jouaient ensemble. Stéphane a alors demandé à Marc de lui trouver un jeune contrebassiste good-looking et célibataire. Good-looking, pour la scène. Célibataire, pour ne pas se plaindre sur les longues tournées. Suite à cela, Marc m’appelle en fin de semaine. Il me demande si je serais libre le vendredi et samedi de la semaine suivante. Je regarde sur mon calepin, malheureusement je n’étais pas disponible; je devais jouer au Bistrot d’Eustache. On fait causette, même si à cette époque, Marc et moi, on se connaissait peu. Il m’avait entendu jouer au Petit Opportun avec le quartet de Charles Bellonzi. Un peu avant cela, j’avais même joué une fois avec lui. Juste avant de raccrocher, j’ai la présence d’esprit de lui demander pour quel gig c’était. Il me répond que c’était pour deux concerts avec Grappelli! Evidemment, je me suis fait remplacer immédiatement. Je n’allais pas louper cette occasion de jouer avec une légende du jazz! Marc m’a appris toute la musique qu’il fallait jouer par cœur. Plus tard, je me suis rendu compte qu’il connaissait énormément de morceaux. C’était une bibliothèque vivante. Le concert a très bien fonctionné. Stéphane m’a proposé d’autres concerts puis des tournées…

Jean-Philippe Viret et Marc Fosset, Madrid, 1994, image extraite de la vidéo YouTube (cf. Videos)
Jean-Philippe Viret et Marc Fosset, Madrid, 1994,
image extraite de la vidéo YouTube (cf. Videos)

Marc était un vrai compagnon de route. Il avait une rigueur musicale professionnelle très appréciable. Il n’y a jamais eu l’ombre d’une tension entre nous. Et on en a passé du temps ensemble! Les tournées avec Stéphane étaient longues, et on ne faisait pas des concerts tous les jours. Il y avait pas mal de jours off. Marc et moi, on passait beaucoup de temps, on mangeait ensemble le soir, on allait dans des clubs écouter de la musique. On refaisait le monde, tranquillement. On parlait de musique, beaucoup. Stéphane avait énormément d’estime et de reconnaissance pour lui. Marc lui écrivait les arrangements; il faisait du cousu main. Stéphane le traitait comme un égal. Avec moi, il était comme un grand-père plein de petites attentions. On prenait beaucoup de plaisir à jouer ensemble. Marc était à la fois un personnage très solitaire et qui prenait plaisir à aller écouter de la musique et à passer du temps avec la «corporation». Il allait souvent au Petit Opportun. Il avait un truc rigolo. Quand il aimait la musique, il parlait comme quelqu’un de très gourmand. Il disait: «Hum, c’est bon, ça!»


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