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Esther Cidoncha

13 mai 2016
1961, Oran, Algérie - 13 mai 2016, Valencia, Espagne
© Jazz Hot n°675, printemps 2016
Esther Cidoncha © Photo Jesús Blázquez by courtesy








Jazz Hot avait chroniqué son très beau livre de photographies When Lights Are Low: Portraits in Jazz dans le numéro 670 de février 2015. Ce 13 mai 2016, Esther Cidoncha a quitté brutalement le monde du jazz et de la photographie qui la nourrissait intellectuellement, vitalement. 



Danseuse de formation, elle mitraillait à tout va lors des tournées de la troupe avec laquelle elle travaillait. Autodidacte de la photographie, elle était tout aussi autodidacte d’un jazz qu’elle a découvert à la fin des années 1980 et elle a commencé à faire le portrait de ses acteurs en 1989 quand, dans sa ville de Valencia, quelques amateurs et quelques jeunes musiciens y ont ensemencé et y ont fait germer le genre. C’est la grande époque du jazz à Valence dont jaillit l’historique Club Perdido.


Jeff Jerolamon, Chiva, Tete Montoliu © Esther Cidoncha by courtesy



Esther et son appareil photo témoignent de tout ce qui se passe au club et autour. L’exposition sur le Perdido Jazz Club qui vient de se terminer à Valence, et qu’elle a pu visiter, est riche en clichés qu’elle a réalisés à cette époque-là. Elle photographie les jazzmen espagnols (Tete Montoliu, Pedro Iturralde, Jorge Pardo…), valenciens (Perico Sambeat, Ximo Tébar …) mais aussi les musiciens étrangers (George Adams, Valence 1991…) qui viennent jouer au club et dans les festivals. Dès ses premières tentatives on voit qu’Esther comprend le jazz, ce qu’il dégage et ce qui habite les jazzmen.





Ses œuvres ne montrent pas seulement le musicien en scène (Ben Harper 2014 ; Cedar Walton Quartet, New York 2012…); mais aussi en dehors de la scène (Walter Perkins, 1991 ; Lionel Hampton, Bayonne 1994 ; Lester Bowie, San Sebastián 1992…); en phase de réflexion (Archie Shepp/Steve McCraven, 2015); dans les loges où elle se sent chez elle.


Ray Brown © Esther Cidoncha by courtesy

Cette compréhension la pousse à la découverte. Valence, c’est insuffisant pour étancher sa soif jazzistique et photographique. Elle est bientôt dans les clubs de Madrid, le Johnny (San Juan Evangelista), plus tard le Cafe Central, le Populart, le Bogui… et plus récemment le Plaza. Elle se lie au monde du jazz de la capitale, fait la connaissance de tous ceux qui défendent le genre par leur musique, par leurs écrits comme son ami, le regretté Cifuentes (Jazz Hot n°671) qui l’a précédée de peu dans le chœur céleste des jazzmen et collabore avec la revue Cuadernos de Jazz.


Dans la capitale espagnole, elle capture avec classe les grandes figures de passage. Esther est envoûtée et parcourt alors les scènes internationales, celles des festivals, mais aussi des clubs aux Etats-Unis (beau cliché de l’Orchestre du Preservation Hall. New Orleans 2012), en Allemagne, en Italie, au Danemark, en France, en Angleterre, en Hollande… Elle avait déjà ses billets pour Chicago, Rotterdam et projetait un voyage à La Havane.


Dans ces antres du jazz, le Nikon d’Esther les a tous saisis: Art Farmer, Brad Mehldau, David Murray, Hank Jones, Modern Jazz Quartet, Kenny Barron, Yusef Lateef, Anthony Braxton, Dave Holland, Kenny Burrell, Nicholas Payton, Sonny Rollins, Chick Corea et beaucoup d’autres moins connus mais de grand talent (Jorge et Maikel Vistel, Mimi Jones, E. Pi…) et des musiciens de sa terre (Javier Colina, Alberto Sanz, Javier Vercher, Marc Miralta, Kiko Berenguer…).


Benny Carter © Esther Cidoncha by courtesy

Elle avait exposé certains de ses travaux en février à Madrid et, poussée par ses amis et ses proches, elle préparait un autre livre de photographies. Moins de deux mois avant sa disparition, lors d’un dernier séjour dans le village méditerranéen où il nous arrivait de la rencontrer, Esther écrivait à Jazz Hot: «…c’est tout récent. Je ne sais pas ce qui va en être de ma vie...».

Esther Cidoncha a définitivement cessé de shooter, mais nombre de ses photographies marqueront l’histoire du jazz et celle de ses innombrables amis jazzmen. Nous espérons que ses proches œuvreront pour que ce deuxième livre auquel elle pensait voit le jour, et pour la conservation de ses archives qui contribuent à la mémoire du jazz.  Adiós Esther, siempre estarás entre nosotros!



Patrick Dalmace
Photos d'Esther Cidoncha
by courtesy (remerciements à ses proches)


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