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Toucy (Yonne)

1 sep. 2013
Toucy Jazz Festival, 19 et 20 juillet 2013
© Jazz Hot n°664, été 2013
La Velle © Mathieu Perez

Voilà cinq ans que Ricky Ford a créé le festival de jazz de Toucy, dans l’Yonne. Durant deux jours, le village accueille deux grands concerts au Parc de la Glaudonnerie, les vendredi et samedi soirs ; l’atelier 14, le lieu de création du saxophoniste, présente une expo photo de Philippe Lévy-Stab et deux sets de Bobby Few, sans oublier du jazz tout un après-midi au bar de l’Hôtel de Ville. Rhoda Scott, la marraine de la première édition, avait promis de revenir. La revoici donc pour fêter ce 5e anniversaire. Après Benny Golson (2010), Archie Shepp et Ravi Coltrane (2011), Ran Blake et Bobby Few (2012), Toucy Jazz Festival met les femmes à l’honneur avec La Velle et Rhoda Scott. Ricky Ford fête ce 5e anniversaire en famille.

Moins pénible que l’édition précédente, la météo reste capricieuse, ce qui n’a pas empêché La Velle d’enchanter Toucy. D’un naturel déconcertant, la chanteuse interprète avec sa voix profonde, des titres jazz (« Up Jumped Spring ») comme pop (« Both Sides, Now », « New York State of Mind »). La diva crève l’écran ! La pluie battante, le concert en plein air s’arrête, Emil Spanyi et son piano prenant l’eau. La première partie s’achève malgré tout par un set très imposant. Malgré le mauvais temps, le public reste, loin d’être découragé. A la reprise, certains s’abritent sous la tente du bar, d’autres restent devant la scène sous leur parapluie. Faisant comme si de rien n’était, La Velle reprend et brave la pluie. Elle donne tout, son énergie, sa puissance, sa voix. Comme Sangoma Everett (dm), l’autre star de ce set,  par sa finesse de jeu, la subtilité, l’intensité, le concert se clôt avec « Sunny ».

Bobby Few et Jack Gregg © Mathieu Perez

Le lendemain à la galerie 14, en fin de matinée, Bobby Few ouvre les festivités avec Jack Gregg pour un premier set, puis poursuit en solo pour un second. Au milieu des photos de musiciens accrochés sur les murs, un piano et une contrebasse. La salle est pleine. Les deux complices entament alors un set de toute beauté, passant en revue les standards, « Single Petal of a Rose », « I Want to Talk About You », « Summertime » ou encore « The In Between » de Booker Ervin. Le dialogue entre les deux musiciens est immédiat et spontané. Comme une conversation qui reprend. A la fin du premier set, les visiteurs flânent dans l’exposition de Philippe Lévy-Stab. Ses photos noir et blanc, de format carré, sont autant de visages de New York, de ses clubs, de ses musiciens. Les plus chanceux ont Ricky Ford pour guide qui s’amuse à raconter des anecdotes sur ces musiciens qu’il connaît depuis des années. Bobby Few reprend en solo. Aux standards (« Well, You Needn’t », « Tenderly »), il ajoute ses compositions (« Saudi », « If You Were My House »). Réduit à son essence, le jeu du pianiste se déroule avec délicatesse et magie. Dédiant un dernier « You Are So Beautiful » à sa femme, Simone, il conclut un set profond et élégant. Les amateurs sont conquis. « Single Petal of a Rose » scande le leitmotiv de ces deux sets, évocateur de toute la fragilité de la musique, et du jazz en particulier.

Jazz Cookers Workshop © Mathieu Perez

Dans le courant de l’après-midi, les groupes se succèdent en off au bar de l’Hôtel de Ville. Nous retenons surtout la prestation des excellents Jazz Cookers Workshop. Fondé par Mathieu « Matchito » Caldara (dm), le groupe se compose de Pierre « Pierro » Carvalho (ts), Maxime Jaslier (as, ss), Clément Prioul (p) et Arthur Hennebique (b). Au répertoire de Charles Mingus qui fonde son identité, le Workshop compte aussi parmi ses titres de prédilection « Flowers For a Lady » de George Adams ou encore « Wee » de Denzil Best sans oublier un beau clin d’œil à Bobby Few, assis dans la public, avec « Tyra », extrait de l’excellent album The In Between de Booker Ervin. Solide et sérieux, le Jazz Cookers Workshop assure un set efficace, avec la complicité de Fred Burgazzi (tb), leader de Ze Big Band, pour quelques titres.

Ricky Ford et Rhoda Scott © Mathieu Perez

Il revient à la marraine du festival, Rhoda Scott, de conclure l’édition 2013 avec le grand concert du dimanche soir. Accueillie avec enthousiasme par les Toucycois, elle débute le set avec Lucien Dobat (dm) par un clin d’œil à Duke Ellington, dont « on ne joue plus assez les mélodies », puis un blues. Pieds nus comme à l’accoutumée, elle enflamme son orgue Hammond et le public avec, qui en cette belle soirée d’été, affiche complet. Rhoda Scott et Lucien Dobat ont le sourire, celui du plaisir de jouer, d’être là, de communiquer leur passion à un public inspiré. L’organiste poursuit avec deux belles compositions, « La valse à Charlotte » et « Same Train », entrecoupées de « Les copains d’abord ». Difficile de tenir en place à la fin de ce premier set chargé de tant d’énergie. De retour sur scène, le duo ultra swing joue « Birth of the Blues » et « In a Mellow Tone ». Quelques notes de Gershwin avant le moment attendu de tous, l’entrée en scène de Ricky Ford. Bien trop discret, le saxophoniste n’a pas encore joué depuis le début du festival. Rhoda Scott et Ricky Ford se connaissent bien. Et l’organiste de rire en l’introduisant sur le titre un brin niais de leur album Very Saxy. Quelques titres, notamment un excellent « Caravan », traduisent immédiatement la profonde amitié et réelle complicité qui lient Ricky Ford et Rhoda Scott. Echange de regards et de sourires, le plaisir de jouer est à son comble. A la fin du concert, le joyeux trio souffle les bougies du gâteau d’anniversaire qui célèbre les cinq ans du Toucy Jazz Festival. Michel Kotovochikhine, le maire de la ville, profite de ces instants festifs pour remettre à Rhoda Scott la Médaille de la Ville. Remerciant chaleureusement les Toucycois et Ricky Ford, elle promet de revenir. « Jamais deux sans trois » !

2013 fut un excellent cru. Quel plus beau cadeau pour le Toucy Jazz Festival que d’avoir battu cette année son record d’affluence. On souhaite à Ricky Ford d’organiser de nombreuses autres éditions d’aussi grande qualité.
Mathieu Perez