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Kenny Ball

7 mars 2013
22 mai 1930, Ilford (Grande-Bretagne) – 7 mars 2013, Basildon (Grande-Bretagne)
© Jazz Hot n°663, printemps 2013

Kenny Ball




Kenny Ball, trompettiste de jazz Dixieland et leader des Jazzmen, qui connurent un très grand populaire, s’est éteint. Il avait 82 ans.
Né en 1930, Ilford, au nord-est de Londres, il apprend l’harmonica à l’âge de 10 ans et joue les chansons populaires cockney, l’argot utilisé par la classe ouvrière de l’East End, à l’extrémité est de Londres. Chez les Sea Cadets, les Cadets de la Marine royale, une organisation pour les jeunes, il se met au bugle. Ball confiait aussi qu’il s’était mis à la trompette en 1943, l’année où Harry James avait épousé Betty Grable.
Kenny Ball arrêta l’école à 14 ans et vécut de mille petits métiers, coursier, réceptionniste, etc., et devint un habitué du Ilford Palais pour écouter de la musique tout en commençant à jouer dans des clubs locaux.
A son retour du service militaire, Kenny Ball vit d’expédients et joue tous les soirs dans des clubs. Son expérience de seconde trompette dans le groupe de Freddy Randall fut de courte durée comme il allait rejoindre le All Star Jazz Band de Charlie Galbraith en 1951.
Kenny Ball devint musicien professionnel en 1953 et intégra le groupe du clarinettiste Sid Phillips avec lequel il partit en tournée, enregistra ses premières émissions et participa à des réceptions prestigieuses comme les fêtes de Noël au Château de Windsor. Puis il devint membre de l’orchestre de Eric Delaney.
En 1958, il joua dans le New Orleans Jazzmen de Terry Lightfoot mais Ball, ainsi que Chris Barber (tb) et Acker Bilk (cl) se lassèrent de ne jouer que de la musique de la Nouvelle Orleans et formèrent les Jazzmen. En 1960, un jour que Lonnie Donegan, légende du skiffle, entendit répéter les « 3 B’s », Ball-Barber-Bilk, dans le studio d’à côté du sien pour préparer une audition pour une émission pour les enfants, il leur proposa de signer un contrat à Pye Records et de jouer dans sa propre émission Putting On The Donegan.
Les Jazzmen connurent surtout un très grand succès populaire avec « Midnight In Moscow » qui devint n°2 en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis et fut vendu à plus d’un million d’exemplaires. En 1961, Brian Matthew, l’animateur de Easy Beat sur la BBC, les engagea pour jouer dans son émission après avoir entendu leur version Dixieland de « Samantha » de Cole Porter sur leur premier album, Invitation to the Ball (1961). Le succès fut considérable et le morceau entra au top 50. Ces hits furent suivis de March of the Siamese Children, The Green Leaves of Summer (1962) et de Sukiyaki (1963). Leur version de « When I’m Sixty Four » (1967) des Beatles fut tout aussi appréciée du grand public.
Si Kenny Ball devait avoir un héros, ce fut en la personne de Louis Armstrong. Leur première rencontre date de 1962 quand Satchmo remit un disque d’or à Kenny Ball pour « Midnight in Moscow ». Six ans plus tard, Ball faisait sa première partie au New Victoria Theatre, à Londres. Le groupe accompagna aussi son idole pour une tournée européenne.
La « Trad Boom », cette vague de revival de jazz traditionnel qui submergea la Grande-Bretagne au début des années 1960, s’arrêta en 1963 avec l’arrivée des Beatles. Ce qui marqua la fin de nombreux groupes de jazz n’eut aucun impact sur les Jazzmen, bien installés.
En 1968, le groupe joua dans tous les épisodes de la saison du Morecambe and Wise Show, sur BBC One, l’émission télé animée par les deux comiques Eric Morecambe et Ernie Wise, l’une des plus populaires en Grande-Bretagne à ce jour. Et les 3 B’s devinrent le groupe du Saturday Night at the Mill, sur la même chaîne, de 1975 à 1983.
Les Jazzmen firent de très nombreuses tournées en Europe, aux Etats-Unis, au Canada, en Australie, jusqu’en Russie où ils finirent leur concert par « Midnight in Moscow » sur la place Rouge. C’était alors le premier groupe occidental à jouer au Kremlin. En 1981, il joua au mariage du Prince Charles et Lady Diana.
Durant six décennies, Kenny Ball défendit toujours la joie de vivre du jazz Dixieland et fut le meilleur porte-parole de cet état d’esprit. Si à bien des égards, ses Jazzmen furent ignorés du monde du jazz, Kenny Ball n’en resta pas moins un musicien et un chanteur accomplis ainsi qu’un leader méticuleux. En 2011, Kenny Ball et John Bennett publièrent un recueil de mémoires Musical Skylarks où ils retracèrent leur parcours, riche en anecdotes, à une période historique du jazz en Grande-Bretagne.
Un jour qu’on lui demandait le secret de sa longévité, Kenny Ball répondit : « l’enthousiasme ».

Mathieu Perez

Photo :
Kenny Ball at Barbican, 28 octobre 1993 © David Sinclair