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Dinant (Belgique)

1 oct. 2012
Leffe Jazz Nights, 19-22 juillet

Dinant 2012

Pour la 15e édition, Jean-Claude Laloux, Patrick Bivort et leurs amis avaient choisi de nous offrir quatre journées avec en invités presque tous les « parrains » des éditions passées : d’Eric Legnini à Joe Lovano, en passant par Kalman Olah, Steve Houben, Paolo Fresu, Philip Catherine, Manu Katché, David Linx, Stéphane Belmondo. Manquait Toots Thielemans, remplacé par un admirateur respectueux : Grégoire Maret (hca).
Rhoda Scott avait l’honneur d’être la marraine de la présente édition, présente dès le premier jour dans l’église de Bouvignes pour un concert sur les grandes orgues avec, en invités Steve Houben, Stéphane Belmondo et David Linx.
Le premier jour, sous chapiteau, malgré un peu de pluie et dans la froidure, nous avons retrouvé dès 16 heures les vainqueurs du tournoi des Jeunes de la session 2011. Les musiciens de L-Town Connection, emmenés par Raf Hendrickx (g), ont beaucoup gagné en cohésion et en créativité. Outre quelques compositions du leader, ils jouèrent Monk (« Let’s Call This ») et Wayne Shorter (« 62 ») prouvant aux jurés et au public qu’ils avaient largement mérité la confiance qui leur fut donnée.
Le deuxième concert voyait réunis Stéphane Belmondo (tp, flh, shells), Kirk Lightsey (p, fl), Sylvain Romano (b) et Billy Hart (dm). Dès les premières notes, le groupe s’est envolé vers des sommets, tirés par un pianiste au jeu percussif et torride avec ces petits comas qui amènent une tension communicative et bénéfique pour l’ensemble du groupe. « Willow Weep For Me », « What’s New », « Habiba » de Kirk Lightsey, « Light For Rita » de Stéphane Belmondo puis, comme il se doit, la finale avec la Marraine sur un « Blues March » sanctifiant !
Pour suivre, Rhoda Scott (org) et David Linx (voc), proposèrent l’éventail de leur album « Rock My Boat » accompagnés par André Ceccarelli (dm) et Manu Codja (g). Nous venions d’écouter David avec Maria João et le BJO au Brosella 2012. Pour ce projet-ci, le répertoire est plus en retenues, doux, charmant. Steve Houben (fl, as) apparaissait en invité, à la flûte, sur « Moonriver » et « Where River Join » ; à l’alto sur « Rock My Boat » et sur sa très belle composition : « Enfance ». Nous avons particulièrement apprécié les scats de David Linx et, par-dessus tout un solo magistral de Manu Codja (g) sur « Enfance » qui valut aux artistes un rappel long et bien appuyé avant « There Is a Quiet Place For… », joué en quartet et en bis.
Pour terminer la première soirée, Eric Legnini (p, kb) présentait un trio composé de Manu Katché (dm) et Kyle Eastwood (b, eb, eb5). Le doigté de l’Américain est remarquable sur les trois instruments. Nous sommes, par contre, assez déçus du répertoire fait de structures simples jouées en boucles (funky-rock). Et puis, fallait-il vraiment mettre six perches dans l’ouïe du piano d’Eric et pousser autant l’amplification pour que les nombreuses notes de Kyle nous parviennent vibrées, à la limite du décrochage ? Les techniciens de festivals jouent trop souvent un rôle diamétralement à l’inverse du but essentiel : égaliser le son des groupes pour qu’ils apparaissent proches, naturels.
Le 21, jour de la fête nationale belge, on attendait la drache. Enfin et fort heureusement le ciel s’est éclairci sur le « Bop and Soul Sextet » de Maxime Blésin (g). Le guitariste a réussi la gageure d’écrire et harmoniser un groupe hard bop dans lequel la troisième voix – celle du trombone – est remplacée par la guitare (CD Hydrogen Bond chez Orfena Music 003), avec Hans Van Oosterhout (dm), Sal La Rocca (b), Pascal Mohy (p). Outre Maxime Blésin à la guitare, les deux autres voix sont joliment servies par Grégory Houben (tp, flh), et François Théberge (ts), venu en remplacement d’Eric Prost, qui, lui, est présent sur l’album. Après « Goût Continu », Pascal Mohy fut éblouissant sur « HBS Song ». Suivra : « To Art », en hommage à Blakey avec un Grégory Houben vraiment très à l’aise au bugle et sur des échanges cuivre-guitare en forme d’appel-réponse. La prestation s’achèvera sur « Galactic Blues ». Tous les thèmes sont des compositions du leader, excellemment harmonisées. Une manière ancienne mais qui, avec guitare, reste, je pense : inédite !
Avec le quartet de Grégoire Maret (hca) il y eut, bien évidemment, l’hommage au Dieu-le-Père de la musique à bouche (« Smile » de Chaplin) et un coup de chapeau à Stevie Wonder (« The Secret Life of Plants »). Grégoire Maret ne cherche pas à cloner qui que ce soit ; son quartet soudé est résolument tourné vers l’authenticité, la modernité (« Lucilla’s Dream »). Clarence Penn (dm) entretient une flamme souple et bleue ; de celles qui font bouillir les marmites. Plus que pour la tonalité, on s’attardera à épingler la musique créative et collective voulue par Grégoire Maret.
« Diavolo », le quartet pianoless de Paolo Fresu (flh, tp) surprend moins. On connaît son habilité à créer des climats, à jouer sur l’amplitude du son, les échos, les chambres, sourdines et résonnances. Bebo Ferra (g) étonne par un jeu qui passe des conversations denses avec Fresu à des séquences volontairement plus hachées, plus rock alors que batterie et contrebasse doublent le tempo. « Giovedi », « Mimi », « Game Seven », « Elogio del Discount », « Another Road To Timbuktu », puis : « Monte Perpetuo » : la musique d’un film qui réunit israéliens et palestiniens (dialogue guitare/trompette). Le concert se terminera par quelques compositions en guise de salut à ses accompagnateurs : Bebo (g) et Paolino (dm) : « Nina Ma Per Andrea », « Hymn a la Vita ». La musique est tendre comme une caresse. C’est beau comme la lumière à la fin du jour. J’ai toutefois deux remarques à formuler ; une première : pour les longues introductions et une deuxième pour cette note jouée en respiration continue. Ceci n’ajoute rien à la qualité du discours. Mais cela plaît tellement au public !
Vint Rhoda Scott et son « Ladies Band » : démenti criant de l’assertion : « le jazz est une musique de mecs ». Musiciennes accomplies, strictes ou mutines, les dames étonnent avec des solos courts. Le témoin passe de l’une à l’autre en soutenant l’attention. La musique est assez jazz-rock, supprimer : fort proche ajouter : parfois de ce que fit Herbie Hancock à l’époque de la pastèque (« Watermelon Man »). Quelques originaux viennent des solistes : « Lise Queen » de la blonde altiste Lisa Cat-Berro ou de l’autre altiste, la brune : Géraldine Laurent. Arielle Besson (tp, flh) nous enchante par une ballade de son cru : « L’Eternité » ; Sophie Alour (ts), avec sa sonorité bien ronde, à la Ben Webster, s’illustre avec un « Joke » qui n’a rien d’une farce ; Alexandra Grimal (ts), la petite timide, prouve qu’elle n’est pas du tout mal embouchée avec des moods proches de Joe Henderson ; Aurore Volqué (vln) arrache et swingue comme une diablesse, nous révélant une évidente filiation Ponty-Lockwood. Le drumming de Julie Saury (dm) est vigoureux, sans une seule faille, tonifiant pour toutes (« Bernie’s Tune »). Lavelle – « ma soul sister » dira Rhoda – interviendra en invitée pour « What Do You Hear From Me » (solo de Sophie Allour). Suivront : « Bad » de Michael Jackson, puis « Millionaire Even Square » (solos d’Aurore et de Géraldine). On s’achemine au final avec « Hal Moon Bay » : une composition de Rhoda, un passage rapide sur « La Brabançonne » (hommage aux Belges pour leur Fête Nationale) et un sublime « Hymne à l’Amour ».
Pour ouvrir le troisième après-midi, Nathalie Loriers (p) était venue avec Phillipe Aerts (b) et Rick Hollander (dm) recueillir l’ovation due pour leur dernier opus Les 3 Petits Singes (Jazz Hot n° 660). « Moon’s Mood », « Canzoncina », « God in the House », « Les 3 petits singes », « Jazz at the Olympics ». Les spectateurs sont aux anges et les applaudissements : nourris. En bis, Rhoda Scott (org) rejoindra le trio pour un rafraichissant « Autumn Leaves ».
Jean-Claude Laloux a découvert le pianiste Kalman Olah en Hongrie voici plus de quinze ans. Ce fut pour le Dinantais l’occasion de lancer son premier festival en 1998. Depuis lors, le pianiste et son Trio Midnight se sentent chez eux en Condroz. Un peu trop chez eux, pourrait-on dire, puisqu’avant d’accompagner Philip Catherine (g) et Joe Lovano (ts), ils firent étalage de leurs talents exubérants sur une très longue composition : « Allways ». Invité, Philip Catherine essaya de placer l’intégralité de son Art sur deux compositions de Cole Porter : « You’de Be So Nice to Come Home to » et « So in Love », mais les Hongrois entendaient monopoliser le temps imparti remplissant les espaces et couvrant le soliste d’un flot de notes superflues. Pour contrer cette omniprésence, Joe Lovano imposa le silence au pianiste pour continuer en duo avec le batteur sur « There’ll Never Be Another You ». Cette prestation où le Belge et l’Américain furent outrageusement marginalisés s’est conclue sur « Body and Soul » et « Rhythm-A-Ning »
En début de la dernière soirée, Joey DeFrancesco (org) avait fait équipe avec l’incroyable Jimmy Cobb (dm, 84 ans) et le guitariste Larry Corryel. Je n’ai pas entendu beaucoup de choses de ce concert, étant occupé par les jurés du concours des Jeunes Talents des DJN 2012. Néanmoins, DeFrancesco me surprit avec un solo de trompette que l’on n’attendait pas, un solo qui ressuscitait avec brio le son et la manière de Miles Davis. Pour ne pas être en reste d’ovations, Larry Corryell s’échappa en solitaire avec une diarrhée de notes dans la montée du beau vélo de Ravel – pardon : du Boléro de Ravel (le jeu de mots vient de Philip Catherine) ! Pour l’apothéose finale, deux Hammonds sur scène avec le retour de Lady Scott ; un témoignage de respect, de l’un pour l’autre et l’expression d’une évidente admiration de l’une pour l’autre. Rien que du bonheur pour conclure trois jours denses. Ah, J’oubliais… La chanteuse Olivia Ruiz était venue avec un big band imposant pour essayer de convaincre qu’elle pouvait interpréter « Strange Fruits ». Bof !
Coda : Le concours des Jeunes Talents des Dinant Jazz Nights 2012 (moins de 30 ans) se déroulait au club « Jazz L’F » en alternance des concerts sous le chapiteau. Le jury composé de six journalistes spécialisés couronna le septet liégeois, LG Jazz Collectif, qui présenta des arrangements signés Guillaume Vierset (g) sur des thèmes de Pirly Zurstrassen, Alain Pierre et Bobby Jaspar.
Jean-Marie Hacquier
Photo : Kirk Lightsey et Stéphane Belmondo
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