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Getxo (Espagne)

1 oct. 2012
Getxo Jazz, 4-8 juillet
Getxo (Espagne) Malgré la crise et certains découpages budgétaires – pas de marchin’ band cette année – l’été du jazz au Pays Basque a proposé la 36e édition du Getxo Jazz.
La journée inaugurale sur la scène principale de la Place Bihotz Alai, a présenté le concert du vétéran Larry Carlton, l’un des grands guitaristes du jazz, avec une longue trajectoire de musicien récompensée par quatre grammy awards. Carlton a commencé par deux morceaux en solo, un autre en duo avec Travis Carlton (b), un en trio avec Gene Coye (dm), pour finir en quartet avec Denis Hamm (clav). Son répertoire a parcouru le blues, la fusion, le funk, le rock, rappelant les concerts des dernières années du groupe Spyro Gyra ou de Lee Ritenour, une esthétique qui semble plaire au public de Getxo.
Le 5 juillet se produisait la chanteuse China Moses, une jeune artiste qui dans ces dernières années s’est révélée comme l’une des voix les plus prometteuses. Influencée par sa mère, la grande chanteuse Dee Dee Bridgewater, Moses est capable d’adapter sa voix à un large éventail de styles. On attendait à Getxo la présentation de son dernier opus This One Is for Dinah, en hommage à Dinah Washington. En fait, elle a seulement chanté un thème de Dinah Washington (« You’re Crying »), en dédiant le reste du concert aux chansons de Bessie Smith, Peggy Lee, Esther Phillips, Mamie Smith, Nina Simone, Aretha Franklin, Billie Holiday et, au bis, Janis Joplin. Sympathique, avec le sens de la communaication, et beaucoup d’élégance, d’authenticité, d’humour, de sensualité et de style, China s’est mis le public dans la poche. Sa voix et sa présence, soutenues par l’accompagnement magnifique de Raphaël Lemonnier (p), Fabien Marcoz (b) et Jean-Pierre Derouard (dm) ont brillé à Getxo !

Le festival a traversé son équateur le 6 juillet avec le quartet de Wayne Shorter. Accompagné par les habituels Danilo Pérez (p) et John Patitucci (b), la grande nouveauté était la substitution de Brian Blade par Jorge Rossy (dm). Pour son premier concert, Rossy n’a mis que quelques minutes pour se plier au rythme et aux exigences de Shorter. Dans les moments de tension comme dans ceux plus relâchés, la musique de Shorter a pris la route du free le plus imaginatif, où chaque note et même chaque décision sur l’usage du tenor sax ou du soprano proposaient un casse-tête complexe génial avec prises de risques. Personne n’est resté indifférent, ni les indignés qui attendaient swing et beauté, ni ceux qui n’en revenaient pas de la chance d’avoir été là cette nuit, dans la galaxie créée par Wayne Shorter et ses interminables recherches.
Le 7 juillet, les rythmes de jazz-fusion et de world music sont arrivés avec le virtuose Mike Stern (g) et Richard Bona (b, voc) exposant une musique universelle, généreuse et accessible à tous les publics. Le concert a été à ce qu’on en attendait : des longs solos de Stern mêlant blues et jazz fusion, et des interventions de Bona basées sur la musique folkorique. Il n’y a pas eu d’autres surprises sauf le bon travail de Dave Weckl (dm).
Le bouquet finale du Getxo Jazz devait revenir à la pianiste, chanteuse et compositrice Eliane Elias, qui s’est produit en trio avec Marc Johnson (b) et Raphaël Barata (dm). Eliane, capable d’aborder de la même façon le jazz, la musique classique ou la musique populaire sud-américaine, a fait un concert mesuré, du goût du public, à l’image de son nouveau disque… en vente à la fin du concert. Elle a refusé d’être photographiée, elle a joué le piano avec conviction, chanté avec charme (sauf, peut-être, à la chanson « Contigo aprendí » de Armando Manzanero), même dansé dans l’un des morceaux proposés, mais en aucun moment elle n’est parvenue à établir une communication comparable à China Moses. Tout semblait un peu artificiel, comme son sourire si permanent qu’il en paraissait forcé. Mais la Bossa et le jazz latin plaisent au public : succès assuré !
Sur la Place Bihotz Alai, on a aussi pu écouter les propositions des quatre jeunes orchestres qui avaient accédé à la phase finale du Concours de groupes. Le Tobias Meinhart Quintet a fort justement gagné, et c’est son leader qui a obtenu aussi le prix du meilleur soliste. La qualité de leurs deux concerts (au concours et pour l’enregistrement du disque comme gagnant) a fait que ce quintet occupe un place imaginaire sur le podium du Festival après Wayne Shorter et China Moses.
Signalons pour finir, les concerts du Tercer Milenio proposés par de jeunes groupes de tendances diverses. Le Carlos Velasco Trio (qui présentait son disque « Muy personal ») et le quartet « Trakas » de Juan De Diego ont attiré l’attention du public.
Lauri Fernández et Jose Horna
Photo : Wayne Shorter et Danilo Pérez ©Jose Horna