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2020, UNE ANNÉE PARTICULIÈRE…

Depuis janvier 2020, la société française a basculé dans un autre monde, s’est soumise à un nouvel ordre. Le processus avait déjà commencé insidieusement depuis quelques décennies, sous les coups de boutoir des financiers, des religions et du terrorisme, s’accélérant dans les années 2000 et particulièrement depuis le hold-up électoral de l’actuel président, désormais un mode opératoire qui permet la captation du pouvoir sans adhésion. Le monde dans son ensemble vit une régression comparable des libertés, même si tous les peuples ne partent pas du même point, n’ont pas la même histoire, y compris dans ce moment spécial. 
Pour brutale qu’ait été cette évolution catastrophique engagée en un trimestre au moyen de la manipulation d’une grande peur épidémique et d’un manquement bien organisé en matière de soins, le résultat était prévisible, et la seule lecture de Jazz Hot aurait informé depuis des années sur la volonté d’abandon de la démocratie qui anime les gouvernants français et ceux du monde en général, tant ils sont inféodés à l’oligarchie qui dirige la planète. C’est une vieille histoire: Jack London, Franz Kafka, Aldous Huxley, George Orwell nous en préviennent depuis un siècle et demi avec des textes aussi précis que prémonitoires, et ça n’a pas empêché les peuples de renoncer à leur dignité, de choisir de ne pas être comme l’expliquait Shakespeare, toujours visionnaire.
L’isolement, au propre et au figuré, de ceux qui s’opposent à ce coup d’état planétaire (lanceurs d'alerte, journalistes indépendants, citoyens) est tel que l’atmosphère rappelle étrangement par son 
lourd silence cette journée et ce beau film d’Ettore Scola qui inspire ce titre où Rome acclame ses dictateurs européens, ceux de l’Axe. Si le totalitarisme a changé d’habit et refait la façade nationaliste du prototype fasciste-hitlérien d’alors en société de masse mondialisée d’aujourd’hui régissant la moindre de nos respirations (une «dictature bienveillante» est l’appellation contrôlée dans la «novlangue» oligarchique elle-même), il n’a guère varié dans ses objectifs de tout contrôler et sa philosophie de «gestion quantitative du troupeau humain». Les «premiers de cordées», les «élites» ne sont qu'une autre version du duce et du führer, re-conditionnée pour la société de masse actuelle, une vision hiérarchique simpliste du chef, la philosophie traditionnelle des prédateurs, avec toutes ses nuances nationales, une vision antinomique de la démocratie, faut-il le rappeler?
Pas plus que dans les années 1930, 
les peuples qui subissent l’actuelle crisepour leur plus grande part, ne veulent prendre conscience de l’escroquerie, du chantage à la peur, de la prise d’otages dont ils sont victimes, de ce basculement de société: la sensibilité à la liberté, ça s’apprend avec les anciens, à l'école républicaine et laïque qui travaille à l'émancipation des individus (pas celle d'aujourd'hui, normative et qui a pour finalité des robots humanoïdes obéissants pour la reproduction de l'oligarchie); ça se cultive par la pratique de la démocratie au quotidien –un exercice, complexe et sans fin, dialectique, fondé sur l’échange, la critique, la contradiction acceptée, un équilibre toujours fragile mais toujours protégé par des principes intangibles–; ça se conquiert ou se défend dans la rue quand c'est nécessaire; ça s’entretient par le débat, l'analyse, la curiosité, l'échange, le courage. 
Les peuples, endormis par la surconsommation nombriliste, par la propagande massive et univoque, permise par une technologie sans conscience au service des prédateurs, dans un simulacre d'abondance, un faux confort, virtuel, dans la peur, pendant que les conquêtes sociales et politiques s'étiolent comme une peau de chagrin, les peuples ont perdu le goût et l’odeur de la démocratie sans attendre le covid. Ils  choisissent massivement la consommation uniformisée, addictive, ludique, virtuelle contre la liberté de choix, l'exigence morale et artistique, la lutte, l'expression, la lucidité sur le réel qu'elles nécessitent. Ils acceptent la culpabilisation (écologique en particulier avec cette «novlangue» comme «économie et consommation responsables», mais pas pour tous), la punition et la spoliation banalisées et sans fondement plutôt que la résistance. Les peuples se soumettent à un enfermement et à la perspective d’un vaccin planétarisé, de la 5G, à Linky, eux aussi obligatoires, également gaspillages collectifs sans précédents, qui occasionnent des milliards de détournement d'argent public, contre l'intérêt collectif, pour des profits très privés, plutôt que d'exiger d’être soignés par une médecine indépendante librement choisie avec des remèdes banals, et de communiquer par des moyens démocratiques, comme l’exige la démocratie républicaine et le recommande une partie, pas suffisante, du monde médical, scientifique, philosophique. Devant leurs dirigeants corrompus, les peuples demeurent aussi peureux et soumis qu’un troupeau de millions de ruminants devant un prédateur. 
Aujourd’hui, les dictateurs, des technocrates encravatés avec toutes les variantes selon les nations, ne prennent plus la peine des grandes messes et le risque de la proximité du peuple. La propagande, les injonctions contradictoires entre culpabilisation-menace et flatterie-corruption se font par écrans, par algorithmes, c’est plus efficace et sans danger pour le pouvoir: la distanciation et le confinement ne sont pas des mots à vocation sanitaire, mais une stratégie qui consiste à protéger les chefs, à isoler les individus, pour évacuer la dernière crainte des prédateurs: celle du nombre, du rassemblement et du collectif. 
Des textes, des commentaires dans toutes les rubriques, ont jalonné dans Jazz Hot ce chemin de 2020 vers la dictature pour évoquer cette année particulière, pour ne pas céder à la peur, au silence généralisé derrière ces écrans, ces masques, ces voiles, ces interdictions, ces menaces, ces impostures de tous les bords politiques, autant de bâillons imposés à l’expression, à la conscience et d’injures à l’intelligence, au libre-arbitre et à la responsabilité de chacun. Nous le faisons sans illusion mais avec la conviction et l'expérience multi-séculaire que l’espèce humaine a eu le choix d’être culturelle dans sa grande histoire sociale et politique; avec la conscience qu’elle semble préférer la condition animale clairement acceptée avec ces guide-files d’attentes à l'instar des troupeaux, ces barrières omniprésentes, ces masques obligatoires, ces punitions infantilisantes, ces enfermements, ces injonctions comportementales permanentes et contradictoires, ces rappels à l'ordre par des gardes-chiourmes, sans autorité légale souvent et qui se révèlent, comme dans toutes les dictatures, avec la disparition de la politesse élémentaire dans les relations humaines et commerciales, qui rendent insupportables la prise d'un café dans un bar ou l'achat d'un yaourt dans un supermarché, avec cette hiérarchie simple et sans pitié des premiers de cordées, des fascistes élus dans des parodies de votes; le droit du plus fort ou du fasciste ordinaire qui se sent investi de l'autorité du pouvoir dictatorial dans l'espace public, jusqu’à l’absurdité: les masques interdits pendant l’épidémie, imposés après, l’interdiction du plein air et l’obligation du confinement des malades au lieu de l'isolement, les tests aux résultats périmés, etc., la liste est sans fin de ces absurdités qui polluent la capacité de raisonner de chacun, l’action sanitaire élémentaire, jusqu’à l’isolement-confinement des personnes âgées loin de ce(ux) qui les maintenai(en)t en vie –l’entourage, le jazz pour notre art–, responsable de cette accélération de la mort «naturelle» dont les anciens du jazz, parmi tous les anciens, ont tant souffert et souffrent encore et toujours.
Dans cette grande réinitialisation (reset) du monde, le gommage de la mémoire, tant voulu par les élites, a tué prématurément, certainement beaucoup plus que l’épidémie. C’est notre constat dans le jazz. Le compte ne sera jamais fait: qui pose seulement la question? 
L'absurdité, la perversité, la tartufferie jusqu'au retour de l'ordre moral sur les plateaux médiatiques ou par des gendarmes –50 ans après Louis De Funès, ce n'est plus drôle– qui interdisent les seins nus sur une plage ou par des gardes-chiourmes qui refoulent un décolleté dans le musée où La Naissance du monde de Courbet côtoie les nus de Renoir. L'absurdité d’une société fasciste et perverse à vomir qui propose «en même temps» de panthéoniser Verlaine et Rimbaud qui restent dans l'imaginaire collectif (de ceux qui en ont un) les symboles de la transgression de cette société bourgeoise-fasciste nauséabonde qui dirige encore et toujours la planète.
Il est peu probable que la grande ouverture culturelle qui s’est offerte à l’humanité jusqu’au XXe siècle se représente jamais. L’accident biologique d’une espèce intelligente et outillée pouvant rompre avec la raison du plus fort (La Fontaine), avec en point d’orgue, la grande Révolution de 1789, a été l’illusion éphémère, l’utopie de quelques-un(e)s, fertile pour l’art et la condition humaine sous toutes ses formes. L’âge d’or de l’humanité culturelle, une étincelle dans l’éternité du temps, restera un sujet de curiosité pour les éventuels archéologues d’une autre planète et d’une autre espèce, car l’espèce humaine en a perdu, pour sa plus grande part, la sensibilité, en a perdu le projet. Le petit résidu de ces êtres culturels attend maintenant, non sans résister, l’extinction; c’est l’affaire d’une génération, le temps que la culture mettra à se pétrifier à l’état de ruines, le temps d'effacer la mémoire humaine de cette alternative culturelle. Les faux-semblants de création (ordonnances, subventions pour l’art contemporain spéculatif sous l'emprise des mécènes incultes de l'oligarchie) ont déjà remplacé la culture (la création indépendante à partir de l’expérience populaire et du réel), même si le jazz apporte encore quelques réminiscences illusoires d’un paradis perdu. C’est une réalité qui existe déjà avec la société de consommation de masse, que ce soit celle des élites (art contemporain) ou celle des masses (Johnny), complices par intérêt autant que par corruption…
Il y aura peut-être encore quelques convulsions, mais la machine totalitaire avance si vite au XXIsiècle que cette société de domination éternelle, que les dictateurs old school rêvaient pour leur petit territoire, est maintenant une réalité planétaire aboutie. Sans être le début de cette histoire, cette année particulière aura été le moment d’une bascule, d'un séisme, le reset final, l’impulsion décisive de ce nouvel ordre mondial. 
James Baldwin, parmi beaucoup d'autres Lumières disparues, rappelait cette évidence que la liberté n’est pas un don mais une conquête, et Louis Aragon que rien n’est jamais acquis à l’Homme… 
Le plus désespérant pour la minorité qui résiste encore dans ce moment est que l’espèce humaine, qui a accepté aussi m(p)assivement sa soumission et sa peur, est dans l’incapacité de se libérer car notre planète est aujourd'hui un monde clos, fini, sans alternative. Le refuge politique, l’exil y sont impossibles, si ce n’est l’exil intérieur, le tonneau de Diogène qui pouvait encore dire face à Alexandre-le-Grand: «Ôte-toi de ma lumière!»…
Yves Sportis-Septembre 2020
© Jazz Hot 2020

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