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Ellis Marsalis, Jr., San Sebastian, 2016 © Jose Horna

Ellis Marsalis, Jr., San Sebastian, 2016 © Jose Horna

Ellis MARSALIS, Jr.

Heart of Gold *

La disparition d'Ellis Marsalis, Jr., a ému le monde du jazz et en particulier, une galaxie de musiciens dont beaucoup doivent une partie de leur héritage à ce pédagogue hors du commun. Sa modestie naturelle ne va pas en souffrir, il nous semble nécessaire de leur laisser le soin de préciser les traits et l'importance qu'il a dans le panorama du jazz d'aujourd'hui et dans leurs parcours. La simple juxtaposition de ces noms, même si nous sommes loin de pouvoir réunir ici tous ses disciples et admirateurs, est déjà un constat de cette place essentielle d'Ellis, comparable à bien des égards à celle des Art Blakey, Jimmy Heath, Horace Silver , mais avec une approche plus structurée, car le pianiste néo-orléanais à cumulé le rôle de passeur de la tradition sur scène, d'enseignant de haut niveau avec celui de réactivateur de la tradition musicale d'une ville,
Certains témoignages parlent aussi du pianiste Ellis Marsalis, Jr., et ce sera une autre manière de rappeler qu'au-delà du pédagogue et du fédérateur d'énergies, il était un grand artiste. Comme d'ordinaire, les témoignages sont classés par ordre alphabétique du nom de leur auteur, avec en tête les réactions des enfants d'Ellis. Comme pour Randy Weston et McCoy Tyner, les réactions nous parvenant dans la durée, il conviendra de suivre régulièrement celles qui s'ajoutent. Yves Sportis

* Heart fo Gold est le titre d'un disque d’Ellis Marsalis, Jr. En cliquant sur le titre vous pouvez l’écouter en solo jouer «The Mighty Mississippi», le 10 décembre 2015, live at Baur’s, Denver, CO 

Propos recueillis par l'équipe de Jazz Hot
Traduction par Mathieu Perez et Hélène Sportis
Photos par Jose Horna, Pascal Kober

© Jazz Hot 2020



Voir aussi «Un prophète en son pays», l'hommage de Jazz Hot dans la rubrique Tears-Larmes



Branford MARSALIS (ts, ss, cofondateur du Ellis Marsalis Center for Music, NO) 
(communiqué, 2 avril 2020)
It is with great sadness that I announce the passing of my father, Ellis Marsalis Jr., as a result of complications from the Coronavirus. He was admitted to the hospital on Saturday and died peacefully on the evening of April 1. My dad was a giant of a musician and teacher, but an even greater father. He poured everything he had into making us the best of what we could be.

C'est avec une grande tristesse que j'annonce le décès de mon père, Ellis Marsalis, Jr., à la suite de complications du Coronavirus. Il a été admis à l'hôpital samedi et est décédé paisiblement le soir du 1er avril. Mon père était un musicien et un enseignant formidables, mais un père plus encore. Il a tout mis en œuvre pour nous aider à tirer le meilleur de nous-mêmes.

Ellis et Branford Marsalis, Jazz à Vienne 1990 © Pascal Kober
Ellis et Branford Marsalis, Jazz à Vienne 1990 © Pascal Kober


Wynton MARSALIS (tp, directeur artistique de Jazz at Lincoln Center) 
(communiqué, 2 avril 2020)
My daddy passed away last night. We now join the worldwide family who are mourning grandfathers and grandmothers, mothers and fathers, sisters and brothers— kinfolk, friends, neighbors, colleagues, acquaintances and others.
What can one possibly say about loss in a time when there are many people losing folks that mean so much to them? One of my friends lost both her mother AND father just last week. We all grieve and experience things differently, and I’m sure each of my five brothers are feeling and dealing in their own way.
My daddy was a humble man with a lyrical sound that captured the spirit of place--New Orleans, the Crescent City, The Big Easy, the Curve. He was a stone-cold believer without extravagant tastes.
Like many parents, he sacrificed for us and made so much possible. Not only material things, but things of substance and beauty like the ability to hear complicated music and to read books; to see and to contemplate art; to be philosophical and kind, but to also understand that a time and place may require a pugilistic-minded expression of ignorance.
His example for all of us who were his students (a big extended family from everywhere), showed us to be patient and to want to learn and to respect teaching and thinking and to embrace the joy of seriousness. He taught us that you could be conscious and stand your ground with an opinion rooted ‘in something’ even if it was overwhelmingly unfashionable. And that if it mattered to someone, it mattered.
I haven’t cried because the pain is so deep....it doesn’t even hurt. He was absolutely my man. He knew how much I loved him, and I knew he loved me (though he was not given to any type of demonstrative expression of it). As a boy, I followed him on so many underpopulated gigs in unglamorous places, and there, in the passing years, learned what it meant to believe in the substance of a fundamental idea whose only verification was your belief.
I only ever wanted to do better things to impress HIM. He was my North Star and the only opinion that really deep down mattered to me was his because I grew up seeing how much he struggled and sacrificed to represent and teach vital human values that floated far above the stifling segregation and prejudice that defined his youth but, strangely enough, also imbued his art with an even more pungent and biting accuracy.
But for all of that, I guess he was like all of us; he did the best he could, did great things, had blind spots and made mistakes, fought with his spouse, had problems paying bills, worried about his kids and other people’s, rooted for losing teams, loved gumbo and red beans, and my momma’s pecan pie. But unlike a healthy portion of us, he really didn’t complain about stuff. No matter how bad it was.
A most fair-minded, large-spirited, generous, philanthropic (with whatever he had), open-minded person is gone. Ironically, when we spoke just 5 or 6 days ago about this precarious moment in the world and the many warnings he received ‘to be careful, because it wasn’t his time to pass from COVID’, he told me,» Man, I don’t determine the time. A lot of people are losing loved ones. Yours will be no more painful or significant than anybody else’s. »
That was him, «in a nutshell”, (as he would say before talking for another 15 minutes without pause).
In that conversation, we didn’t know that we were prophesying. But he went out soon after as he lived—-without complaint or complication. The nurse asked him, «Are you breathing ok?» as the oxygen was being steadily increased from 3 to 8, to too late, he replied, «Yeah. I’m fine;»
For me, there is no sorrow only joy. He went on down the Good Kings Highway as was his way, a jazz man, «with grace and gratitude;»
And I am grateful to have known him.
Wynton

Mon père est décédé hier soir. Nous rejoignons maintenant la famille mondiale qui pleurent les grands-pères et grands-mères, mères et pères, sœurs et frères, parents, amis, voisins, collègues, connaissances et autres.
Que peut-on dire de la perte en un temps où beaucoup de gens perdent des gens qui signifient tant pour eux? Un de mes amis a perdu sa mère et son père la semaine dernière. Nous sommes tous en deuil et vivons les choses différemment, et je suis sûr que chacun de mes cinq frères le ressentent et le vivent chacun à leur façon.
Mon père était un homme humble avec une expression lyrique imprégnée de l'esprit du lieu –New Orleans, Crescent City, The Big Easy, The Curve. C’était un croyant impassible sans goûts extravagants.
Comme beaucoup de parents, il s'est sacrifié pour nous et a rendu tellement de choses possibles. Non seulement sur le plan matériel, mais aussi en substance et en beauté, comme la capacité d'entendre de la musique compliquée et de lire des livres; de voir et de contempler l'art; d'être philosophe et aimable, mais aussi de comprendre qu’un moment et un lieu peuvent nécessiter un esprit combattif spontané.
Son exemple pour nous tous qui étions ses élèves (une grande famille élargie de partout), nous a appris à être patients et à vouloir apprendre et respecter l'enseignement et la pensée et embrasser la joie du sérieux. Il nous a appris que vous pouvez être conscient et rester sur vos positions avec une opinion enracinée «dans quelque chose» même si ce n’est pas du tout dans l’air du temps. Et que si cette chose importe à quelqu'un, elle compte.
Je n'ai pas pleuré parce que la peine est si profonde.... Ça ne fait même pas mal. Nous étions totalement en phase. Il savait à quel point je l'aimais, et je savais qu'il m'aimait (même s’il n’en donnait aucun signe  démonstratif). Enfant, je l'ai suivi sur tant de concerts avec un public clairsemé dans des endroits peu glamours, et dans ces années passées, j'ai appris ce que signifie de croire en la substance d'une idée fondamentale dont la seule vérification est votre conviction.
J'ai toujours voulu faire mieux pour l'impressionner. Il était mon étoile du Nord, et la seule opinion qui comptait vraiment pour moi était la sienne parce que j'ai grandi en voyant combien il luttait et se sacrifiait pour incarner et enseigner des valeurs humaines vitales qui flottaient bien au-dessus de la ségrégation étouffante et des préjugés qui ont entouré sa jeunesse, assez curieusement, qui ont aussi nappé son art d'une précision encore plus acérée et mordante.
Mais pour tout ça, je suppose qu'il était comme nous tous; il a fait du mieux qu'il pouvait, il a fait de grandes choses, il avait des angles morts et il a fait des erreurs, il s'est disputé avec sa femme, il avait des problèmes pour payer les factures, il s'inquiétait pour ses gosses ou autres proches, s’enferrait dans des causes perdues, aimait le gumbo et les haricots rouges, et la tarte aux noix de pécan de maman. Mais contrairement à ceux d'entre nous qui sommes en bonne santé, il ne s'est vraiment plaint de rien. S’il se sentait mal, il n’en parlait pas.
La personne la plus juste, large d’esprit, généreuse, philanthrope (avec tout ce qu'il possédait), ouverte d'esprit est partie. Ironiquement, quand nous parlions, il y a seulement 5 ou 6 jours, de notre époque précaire dans le monde et des nombreux avertissements qu'il a reçus de faire attention, parce que ce n'était pas le moment  d’attraper le COVID, il m’a dit : «Je ne fixe pas l'heure, mon gars. Beaucoup de gens perdent des êtres chers. Votre peine ne sera pas plus douloureuse ni significative que celle de n'importe qui d'autre.»
C’était tout lui, «en bref» (comme il aurait dit avant de parler 15 minutes de plus sans respirer).
Dans cette conversation, nous ne savions pas qu'on prophétisait. Mais il est parti peu après comme il avait vécu – sans plainte ni complication. L’infirmière lui a demandé: «Est-ce que vous respirez bien?», alors que l'oxygène était constamment augmentée de 3 à 8, quand il était déjà trop tard, il répondait : «Ouais. Je vais bien.»
 Pour moi, il n'y a pas de chagrin, que de la joie. Il a descendu l’Avenue des Bons Rois comme il a fait son chemin, en homme de jazz, «avec grâce et gratitude.» 
Et je suis reconnaissant de l'avoir connu. Wynton



Wessell ANDERSON (as, ss)
I met Ellis through my teacher Alvin Batiste, great clarinetist and teacher/composer, in 1982. Ellis was about to do a gig at Snug Harbor jazz club in New Orleans. I came down from Brooklyn, NY, to study with Professor Batiste. First thing Alvin said was Ellis and he used to play in the 1960's in a band called the Jazztronauts. I was hooked to the way Ellis talked and played with Alvin Batiste. It was like brothers enjoying playing for young musicians like myself! And after working with Wynton Marsalis for 20 years, I would come to Snug Harbor on Fridays to learn from Ellis –I was very proud to have Ellis to play on my second record for Atlantic called The Ways of Warmdaddy– in order to learn the history of jazz piano from Ellis Marsalis!!

J’ai rencontré Ellis en 1982 par mon professeur Alvin Batiste, grand clarinettiste, professeur et compositeur. Ellis était sur le point de faire un concert au club de jazz Snug Harbor, à New-Orleans. Je suis venu de Brooklyn, NY, pour étudier avec le professeur Batiste. La première chose qu’Alvin m’a dite était qu’Ellis et lui avaient joué ensemble dans les années 1960 dans un groupe appelé les Jazztronauts. J’étais accro’ à la façon dont Ellis parlait et jouait avec Alvin Batiste. C’était comme voir des frères prendre plaisir à jouer devant de jeunes musiciens comme moi! Et après avoir travaillé avec Wynton Marsalis pendant vingt ans, j’allais au Snug Harbor tous les vendredis pour apprendre d’Ellis –je suis très fier d’avoir eu Ellis sur mon deuxième album pour Atlantic intitulé The Ways of Warmdaddy– pour apprendre d’Ellis Marsalis l’histoire du piano jazz!!


Michele BRIERRE (directrice générale du Ellis Marsalis Center for Music, New Orleans)
(communiqué, 2 avril 2020)
A true legend has passed but not without enriching the lives of so many of us whom he touched. Ellis Marsalis was a master educator with a unique ability to share his gifts and wisdom. As important, Ellis defined character. In how he lived his life, he set a worthy example for us all. It has been my life's great fortune and pleasure to work under Ellis's guidance for the past decade as the Executive Director of the Ellis Marsalis Center for Music. The Center lives on to fulfill the passion and to uphold the legacy of this great American treasure.

Une vraie légende a disparu, mais non sans enrichir la vie de tant d'entre nous qu'il a su inspirer. Ellis Marsalis était un grand éducateur, avec une faculté unique pour partager ses dons et sa sagesse. Tout aussi important, Ellis est un personnage. Dans la façon dont il a vécu sa vie, il nous a montré un exemple digne d’être suivi. J’ai eu la grande chance et le plaisir de travailler sous la direction d'Ellis au cours de la dernière décennie en tant que directrice générale du Ellis Marsalis Center for Music. Le Centre continue d’assouvir sa passion et de préserver l'héritage de ce véritable trésor américain.


Harry CONNICK, Jr. (voc, cofondateur du Ellis Marsalis Center for Music, New Orleans) 
(communiqué, 2 avril 2020)
My heart is heavy today. Among the countless lessons Ellis Marsalis taught me, the most important was the process of discovery. He already knew everything I was trying to learn; but he always made me figure things out for myself. He was a grand master educator, an inimitable pianist, a caring mentor and a dear friend. I wouldn't be who I am without him. I'll miss him with all my heart. My prayers are with the Marsalis family today. I love you so much, Mr. Marsalis.

Mon cœur est lourd aujourd'hui. Parmi les innombrables leçons qu'Ellis Marsalis m'a transmises, la plus importante était le processus de la découverte. Il savait déjà tout ce que j'essayais d'apprendre, mais il m'a toujours fait penser les choses par moi-même. Il était un grand maître éducateur, un pianiste inimitable, un mentor attentionné et un ami cher. Je ne serais pas qui je suis sans lui. Il me manque de tout mon cœur. Mes prières accompagnent la famille Marsalis aujourd'hui. Je vous aime tant, M. Marsalis.


Ellis Marsalis, San Sebastian 2016 © Jose Horna
Ellis Marsalis, San Sebastian 2016 © Jose Horna


Evan CHRISTOPHER (cl)
Since 1994, when I arrived in New Orleans, one could hear Ellis Marsalis perform at Snug Harbor, the city's best listening room. I never shared the bandstand with him in a small group setting, but I have lost count of how many times I heard him there. Sometimes a whole set, sometimes just a few songs, with many of my friends in his band over many years. 
Everyone talks about his greatness as an educator, but they rarely can say how he was so great. You want to know why he was a great teacher? His pragmatism. He was great precisely because he was *not* a visionary. The powerful impression that I always had listening to him and watching the band was that his bandstand was not structured as a place for him to teach. The younger musicians were not there to «learn» from him. No, they were there to develop, to grow into themselves. And he created that space effortlessly.

Depuis 1994, l’année de mon arrivée à New-Orleans, on pouvait écouter Ellis Marsalis jouer au Snug Harbor, la meilleure salle de la ville. Je n'ai jamais partagé la scène avec lui dans une petite formation, mais je sais combien de fois je l'ai entendu là-bas. Parfois un set entier, parfois quelques thèmes avec, dans son groupe, beaucoup d’amis de longue date. 
Tout le monde parle de son excellence en tant que pédagogue, mais on explique rarement la raison de son excellence. Vous voulez savoir pourquoi il était un grand professeur? Son pragmatisme. Il était grand précisément parce qu'il n'était *pas* un visionnaire. La forte impression qu’il m’a toujours laissée à l'écoute et en regardant son groupe était que la scène n'était pas structurée comme un lieu pour enseigner. Les plus jeunes musiciens n'étaient pas là pour «apprendre» de lui. Non. Ils étaient là pour s’améliorer, devenir eux-mêmes. Et il créait cet environnement sans effort.

Joe DYSON (dm)
«Mista E,» as I affectionally called him, was a brilliant artist, and educator. As much as I loved to listen and play with him, I enjoyed hearing him speak. One night, after rendering his warm harmonious touch, he elegantly explained how certain songs, like «Dr. Jazz,» or «Limehouse Blues» showed American historical ties. In this, a glimpse into early life of commerce and music was revealed. My love and reverence, on and off stage for him, are memories forever treasured.

«M’sieur E», comme je l'appelais affectueusement, était un artiste et pédagogue génial. J’adorais autant l'écouter et jouer avec lui que je prenais plaisir à l'entendre parler. Un soir, après une interprétation chaleureuse et harmonieuse, il a expliqué avec élégance comment certains thèmes, comme «Dr. Jazz» ou «Limehouse Blues», sont liés à l’histoire des Etats-Unis, révélant ainsi un aperçu des débuts du commerce et de la musique. Mon amour et mon respect pour lui, tant sur la scène que dans la vie, sont des souvenirs pour toujours précieux.


Victor GOINES (ts, ss, cl, bcl)
When I think of Ellis Marsalis, so many things come to mind. He was a world-class pianist and master educator. He was a leader in his community and a student of the world. He was a loyal husband and a dedicated father. He was a role model and the epitome of what it meant to be a jazz musician. Most of all, to me, he was a phenomenal friend.
My relationship with Mr. Marsalis was beyond exceptional. It was extraordinary. He was there for me every moment I reached out to him, day or night. Whether it was as a teenager trying to learn how to play in our hometown of New Orleans or as a graduate student at Virginia Commonwealth University, he was always there to inspire thought to the challenges I encountered. He was committed to making me and my colleagues explore our minds to find answers to our questions. And for every «They said…», he would always respond with: «Who are they?»
There is no one memory I have of Mr. Marsalis that would do justice to expressing what he meant to me because all of the memories were continuous. Each moment created a new memory and, like a great solo, a continuation of the previous memory. In my eyes, he was always the same. He was himself!

Quand je pense à Ellis Marsalis, tant de choses me viennent à l'esprit. Il était un pianiste de classe mondiale et un grand pédagogue. Il était un leader dans sa communauté et un étudiant du monde. C'était un mari fidèle et un père dévoué, un modèle à suivre et la quintessence de ce que cela signifie d'être un musicien de jazz. Plus que tout pour moi, il était surtout un ami phénoménal.
Ma relation avec M. Marsalis était plus qu’exceptionnelle. Elle était extraordinaire! Il était là pour moi à chaque fois que j’avais besoin de lui, de jour comme de nuit. Que ce soit en tant qu'adolescent essayant d'apprendre à jouer dans notre ville natale de New Orleans ou en tant qu'étudiant diplômé de l’Université Virginia Commonwealth, il était toujours là pour me pousser à relever les défis que je rencontrais. Il était déterminé à faire en sorte que mes collègues et moi, nous explorions nos cerveaux pour trouver des réponses à nos questions. Et pour chaque: «Ils ont dit…», il répondait toujours par: «Qui, ils?»
Je n'ai aucun souvenir isolé de M. Marsalis qui rendrait justice pour ce qu'il représentait pour moi, parce que tous les souvenirs s’enchaînent sans interruption. Chaque moment créait un nouveau souvenir et, comme un beau solo, prolongeait le souvenir précédent. A mes yeux, il était toujours le même. Lui-même!


Wycliffe GORDON (tb)
Ellis Marsalis was a stalwart of a man and he led the best way that one could, by example. He taught me long ago in a music rehearsal to always be mindful, considerate, and respectful for others, their space, privacy, and belongings.
I was drinking a soft drink and during a break in the rehearsal leaned against an upright piano he was playing and sat my drink on top of the lid. Mr. Marsalis asked: «Why did you put that there? How would you feel if someone sat a beverage on an instrument of yours?» All in the calm and gentle voice he is known for speaking in, he said this away from others and just to me. Of course, I removed the drink immediately and apologized for not thinking about what I had done. All was good after that. It is a very simple lesson that took place in the course of less than five minutes, but I have carried the thought of it ever since. I am always mindful and considerate of people in every way from that little exchange with Ellis Marsalis, and even though mindfulness was a part of my upbringing as a child, Mr. Marsalis reconfirmed it in my existence as a young adult. Always caring, but willing to gently straighten you out if needed, and all with love. If I see a student place anything on a piano other than music paper or writing utensils to take notes, I laugh on the inside while thinking on the exchange with Mr. Marsalis, and ask them, very nicely, to remove the item(s) and put in its proper place.
Ellis Marsalis, a great man and a great soul!! I’m so glad I got to meet him, play music, and learn one of life’s most important lessons.

Ellis Marsalis était un homme solide, et il a montré le meilleur chemin possible, par l’exemple. Il m'a appris il y a longtemps lors d'une répétition à toujours être attentif, prévenant et respectueux envers les autres, leur espace, leur intimité et leurs biens.
Je buvais une boisson gazeuse et pendant une pause durant la répétition, je me suis appuyé contre le piano droit sur lequel il jouait, et j'ai posé ma boisson dessus. M. Marsalis a demandé: «Pourquoi as-tu mis ça là? Comment réagirais-tu si quelqu'un posait une boisson sur un de tes instruments?» Tout cela, il l’a dit de la voix calme et douce qu’on lui connaît, et loin des autres, juste pour moi. Bien sûr, j'ai immédiatement enlevé la boisson, et je me suis excusé de ne pas avoir réfléchi à ce que j'avais fait. Tout s’est bien passé après ça. C'est une leçon très simple qui s'est déroulée en moins de cinq minutes, mais je ne l’ai pas oubliée. Je suis toujours attentif et prévenant avec les autres depuis ce petit échange avec Ellis Marsalis, et même si être conscient faisait partie de mon éducation pendant l’enfance, M. Marsalis l'a renforcé dans mon existence de jeune adulte. Toujours attentionné, mais prêt à vous remettre gentiment dans le droit chemin si nécessaire, et tout cela avec amour. Si je vois un étudiant placer quelque chose sur un piano autre que des pages de musique ou de quoi écrire, je ris de l'intérieur en repensant à cet échange avec M. Marsalis et je leur demande, très gentiment, de retirer l'objet et de le remettre à sa place.
Ellis Marsalis, un grand homme et une grande âme!! Je suis tellement content d'avoir pu le rencontrer, jouer de la musique avec lui et apprendre l'une des leçons les plus importantes de la vie.


Donald HARRISON (as, ss)
Ellis Marsalis was the patriarch of their family who helped shape their musical directive and a host of other New Orleans musicians. His legacy will live in a part of all their visions. Here's to celebrating the incredible life of Ellis Marsalis. He lived a life that was dedicated to family, community, and modern jazz.

Ellis Marsalis était le patriarche de sa famille, dont il a contribué à façonner l’avenir musical, et celui d’une foule d'autres musiciens néo-orléanais. Son héritage vivra en partie dans toutes leurs visions. A Ellis Marsalis et à sa vie incroyable! Il a consacré sa vie à sa famille, à sa communauté et au jazz moderne.


Leroy JONES (tp)
It is a sad day for the jazz community of New Orleans and around the world, as well as musicians and students of the art, at the loss of Ellis Marsalis. Also, it goes without saying, the grief his passing has brought upon his sons and immediate family members.
I have known Mr. Marsalis since my teenage years during the 1970s. Ellis was amongst the most unassuming, brilliant and gifted individuals I’ve ever met. He possessed a wealth of knowledge musically and otherwise. In 1983-84, when the World Expo was held in New Orleans, my quartet was the band in residence at a newly opened InterContinental Hotel on St. Charles Avenue. A contemporary of Ellis’s, Edward Frank, was my regular pianist on the gig. Whenever Ed had another obligation I’d call Ellis, who always agreed to fill in and was delighted to play with me and the group! You can probably imagine how much of an honor that was for me and the other band members. Not to mention the musical lessons. Memorable moments indeed!
Finally, I can say that the last time I shared the stage with him was in 2010. He accompanied me on the tune «Stardust» in the Blue Room at the Fairmont-Roosevelt Hotel New Orleans. We were amongst the musical lineup hosted by Allen Toussaint, honoring trumpeter/composer Dave Bartholomew on his 90th birthday.

C'est un jour de tristesse pour la communauté jazz de New Orleans et du monde entier, ainsi que pour les musiciens et les étudiants de cet art, que la mort d'Ellis Marsalis. Et, il va sans dire, de chagrin pour ses fils et les membres de sa famille.
Je connais M. Marsalis depuis mon adolescence dans les années 1970. Ellis était parmi les personnes les plus modestes, brillantes et douées que j'ai jamais rencontrées. Il possédait de vastes connaissances musicales et autres. En 1983-1984, lors de l'Exposition internationale de New Orleans, mon quartet était en résidence à l'hôtel InterContinental récemment ouvert sur l'avenue Saint-Charles. Un contemporain d'Ellis, Edward Frank, était mon pianiste habituel. Chaque fois qu'Ed avait un autre engagement, j'appelais Ellis, qui acceptait toujours de le remplacer et était ravi de jouer avec moi et le groupe! Vous pouvez sans doute imaginer à quel point c'était un honneur pour moi et les autres membres du groupe. Sans parler des leçons de musique. Des moments réellement mémorables!
Enfin, je peux dire que la dernière fois que j'ai partagé la scène avec lui, c'était en 2010. Il m'a accompagné sur le thème «Stardust» au Blue Room de l’hôtel Fairmont-Roosevelt à New Orleans. Nous faisions partie de la programmation musicale animée par Allen Toussaint en l'honneur du trompettiste et compositeur Dave Bartholomew pour son 90e anniversaire.


Ellis Marsalis, 2016 © Jose Horna
Ellis Marsalis, 2016 © Jose Horna



Kent JORDAN (fl)
Ellis Marsalis had a great influence on me when I was young. I studied with him at the New Orleans Center for the Creative Arts. That's where Wynton, Branford, Terence Blanchard and a lot of musicians in New Orleans went. In fact, my very first gig was with Ellis at Lu & Charlie’s on the weekends. I really appreciated that he was always trying to help young musicians learn. He had an open mind and was interested in a lot of different types of music. In New Orleans, a lot of musicians interacted not only with their peers but also with the next generation: Ellis Marsalis, my dad Kidd Jordan, Alvin Batiste, Harold Battiste, etc. That’s very important when you’re a young musician because it helps you find your own way. The tradition that Ellis learned, and of which he was part, was passed on to us. Now, we pass that information on to the next generation. Ellis was part of a tradition of great pianists like Barry Harris and Jaki Byard who were also there for young musicians. Many great piano players have passed away recently. But what makes this music special is that we musicians keep building and innovating on what’s been passed down to us and we move it forward. We keep going. It’s imbedded in us. 

Ellis Marsalis a eu une grande influence sur moi quand j'étais jeune. J'ai étudié avec lui au New Orleans Center for the Creative Arts. C'est là que Wynton, Branford, Terence Blanchard et beaucoup de musiciens de New Orleans sont allés. En fait, mon tout premier gig était avec Ellis au club Lu & Charlie’s le week-end. J'ai vraiment apprécié qu'il essayait toujours d'aider les jeunes musiciens à apprendre. Il avait l'esprit ouvert et s'intéressait à beaucoup de différents types de musique. A New Orleans, beaucoup de musiciens étaient en relation non seulement avec les musiciens de leur génération mais aussi avec leurs aînés: Ellis Marsalis, mon père Kidd Jordan, Alvin Batiste, Harold Battiste, etc. C'est très important lorsque vous êtes un jeune musicien, car cela vous aide à trouver votre propre voie. La tradition qu'Ellis a apprise, et dont il a fait partie, nous a été transmise. Maintenant, nous transmettons ce savoir à la génération suivante. Ellis faisait partie d'une tradition de grands pianistes, comme Barry Harris et Jaki Byard, qui étaient là pour les jeunes. Beaucoup de grands pianistes sont décédés récemment. Mais ce qui rend cette musique exceptionnelle, c'est que nous, les musiciens, continuons à construire et à innover sur ce qui nous a été transmis, et nous allons de l’avant. Nous gardons le cap. C’est ancré en nous.


Kidd JORDAN (ts)
Ellis was a wonderful musician. He was very kind and helped a lot of young upcoming musicians.

Ellis était un merveilleux musicien. Il était très gentil et a aidé beaucoup de jeunes à devenir  musiciens.


Marlon JORDAN (tp)
Ellis Marsalis was like an uncle. Ellis, my father Kidd Jordan, Alvin Batiste all went to school together at Southern University. My dad called him «Mos». That was his nickname. Then I got into music. Wynton was a big influence on my life. I took lessons with him. Then, I got a chance to go to the New Orleans Center for the Creative Arts. Ellis took a special care in me. He was like a dad. 
We did a lot of concerts together. As a school band, we were a quintet. Playing with him in that context was like a class but on a gig. Just that experience playing with Mr. M. was incredible! When you played something he didn’t like, he didn’t say anything. He would just look at you until you played something well. He had big hands and he would come up behind you and grab you around your neck and say: «What you doin’?» Ellis was like a family member. He looked out for you. He exposed me to a lot of different music, always told me who to check out. He gave you a reference point but never told you what to play. He also taught me to learn music by ear. 
Ellis and I worked a lot together. He was all about music. He was always pleased to see how his students developed, because we’re always growing. He was always encouraging with your music. If you look at the people, and not just from New Orleans, that come out of him, Ellis’ contribution to this music is priceless. If there was no Ellis Marsalis, what would the state of jazz be?

Ellis Marsalis était comme un oncle. Ellis, mon père Kidd Jordan, Alvin Batiste ont tous étudié à la Southern University. Mon père l'appelait «Mos». C'était son surnom. Ensuite, je me suis intéressé à la musique. Wynton a eu une grande influence sur ma vie. J'ai pris des leçons avec lui. Puis, j'ai eu la chance d'aller au New Orleans Center for the Creative Arts. Ellis a été très attentif avec moi. Il était comme un père.
Nous avons fait beaucoup de concerts ensemble. En ce qui concerne l’orchestre de l’école, c’était un quintet. Jouer avec lui dans ce contexte était comme une classe, mais en concert. Cette expérience de jouer avec Monsieur «M» était incroyable! Quand vous jouiez quelque chose qu'il n'aimait pas, il ne disait rien. Il vous regardait jusqu'à ce que vous jouiez bien. Il avait de grandes mains, et il arrivait derrière vous et vous attrapait autour du cou, et il disait: «Qu'est-ce tu fais?» Ellis était comme un membre de la famille. Il veillait sur vous. Il m'a fait découvrir beaucoup de musiques différentes et me donnait des conseils sur des musiciens à écouter. Il vous donnait un point de référence mais ne disait jamais quoi jouer. Il m'a aussi appris à jouer d'oreille.
Ellis et moi, nous avons beaucoup travaillé ensemble. Avec lui, tout tournait autour de la musique. Il était toujours heureux de voir comment ses élèves évoluaient, car nous progressions toujours. Il était toujours encourageant. Si vous regardez tous ceux, et pas seulement de New-Orleans, qu’il a formés, la contribution d’Ellis à cette musique est inestimable. S'il n'y avait pas eu Ellis Marsalis, quel serait l'état du jazz?


Rachel JORDAN (vln)
Our families in New Orleans were the basic foundation of the music department at NOCCA where Mr Marsalis taught me sight singing. (I didn’t do do both classical and jazz music like my brothers Marlon and Kent. I was studying classical music but had to take his class.) I remember seeing him everyday at NOCCA. No-nonsense and a smile. He always had something to add in a conversation. The last time I saw him he greeted me as always with a smile and asked about «Kidd» my dad. He was more than a towering figure of Jazz music, he was family.

Nos familles à New Orleans ont fondé le département de musique du New Orleans Center for Creative Arts où Mr. Marsalis m'a appris la lecture à vue –Je n'ai pas étudié la musique classique et le jazz comme mes frères, Marlon et Kent; uniquement la musique classique, mais j'ai dû suivre ses cours. Je me souviens l'avoir vu tous les jours à NOCCA. Un pragmatique, avec le sourire. Il avait toujours quelque chose à apporter à la conversation. La dernière fois que je l'ai vu, il m'a accueilli comme toujours avec un sourire et m’a demandé des nouvelles de «Kidd», mon père. Il était plus qu'une figure tutélaire du jazz. Il faisait partie de la famille.


Jesse McBRIDE (p)
Prof was very special to me just as his close friends and cohorts Harold Battiste and Alvin Batiste. Ellis always kept everything honest with me. He was a guiding hand as a man, musician and teacher. If I had been blessed to only be exposed to one of those sides of him I would have been greatly appreciative. Because he shared so much with me I have been continuously inspired to share with the community of New Orleans. Prof was tough. Lol! But I needed some tough love and I’m a stronger person because of it. I’ll always cherish being able to call the house and get advice from him and his amazing wife Dolores. Ase.

Prof a été très important pour moi tout comme ses amis proches et compères Harold Battiste et Alvin Batiste. Ellis a toujours été honnête avec moi. Il était un modèle d’inspiration en tant qu'homme, musicien et enseignant. Si j'avais eu la chance de n'être exposé qu'à l'une de ses facettes, j'aurais déjà été très reconnaissant. Il a tellement partagé avec moi que j'ai été continuellement incité à partager avec la communauté de New Orleans. Prof était dur. Lol! Mais j'avais besoin de cet amour exigeant qui m'a rendu plus fort. Je chérirai toujours d’avoir pu l’appeler chez lui et prendre conseil de lui et de son incroyable épouse Dolores. Ase.


Ashlin PARKER (tp)
The first time I met «E» was 2007 when he came to UNO to do a masterclass. The student band played their best number and quietly waited for his assessment in which he gave none, he then slowly paced around while individually asking each member: «What did you hear?» The first few students couldn’t give an answer, the next few nervously pointed out what they thought was obvious, «Song was too fast, the horns weren’t balanced etc.…» in which he replied «that’s subjective.» He immediately changed the criteria in how I would go about grounding my own assessments. If I couldn’t point at it, how would I ever grasp it, let alone own that thing?
As lucky as I’ve been to play in what turned out to be his final quintet, and as an amazing pianist he was, his music was only 30% of his legacy. He taught so many musicians that many would use quantity to gauge his prolificness as a teacher but however, it was what he taught that impacted so many of these now-successful musicians. His pedagogy is tried and true. I challenge anyone who is concerned with his legacy to discover who he was as a humanitarian, father, pianist, student, teacher, and what it was that he actually taught. He put it all out there for us to discover.
Yes, it’s hard to not send him off properly and our grieving and celebrating have become all tangled up at the moment, but he wouldn’t have asked for fanfares and fireworks anyway. E would have just recommended you a great book to get you started on your road to discovery. What a Man!

La première fois que j'ai rencontré «E», c'était en 2007 quand il est venu à l’Université de New Orleans pour faire une masterclass. L’orchestre d'étudiants a donné sa meilleure performance et attendu silencieusement une évaluation qui n’est jamais venue, il passa lentement autour de nous en demandant à chacun: «Qu'as-tu entendu?» Les premiers étudiants étaient incapables de répondre. Les suivants soulignaient timidement ce qu'ils pensaient être une évidence: «Le thème a été joué trop vite. Les cuivres n’étaient pas équilibrés, etc.» Ce à quoi il a répondu: «C’est subjectif.» Il a immédiatement changé les critères dans la façon dont j'allais fonder mes propres évaluations. Si je ne pouvais pas mettre le doigt dessus, comment pourrais-je même comprendre et maîtrise pour ne pas avoir peur de l’affirmer?
Aussi chanceux que j’aie pu être de jouer dans ce qui s'est avéré être son dernier quintet et aussi formidable pianiste qu’il ait été, sa musique ne représente que 30% de son héritage. Il a enseigné à tant de musiciens que beaucoup utiliseraient le critère de quantité pour évaluer sa prolificité en tant que professeur, mais, cependant, c'est ce qu'il a enseigné qui a touché tant de ces musiciens aujourd'hui accomplis. Sa pédagogie a fait ses preuves. Je mets au défi tous ceux qui puisent dans son héritage de découvrir qui il était en tant qu'humaniste, père, pianiste, étudiant, enseignant et ce qu'il a réellement enseigné. Il ne cachait rien afin que nous puissions le découvrir.
Oui, il est difficile de ne pas lui dire adieu comme il conviendrait, nos pleurs et nos célébrations sont très mêlés pour le moment mais il n’aurait demandé ni fanfares ni de feux d’artifice de toutes façons. «E» vous aurait juste recommandé un excellent livre pour partir sur la route de la découverte. Quel homme!


Wynton et Ellis Marsalis, Festival de Jazz de Vitoria, 2001 © Jose Horna
Wynton et Ellis Marsalis, Festival de Jazz de Vitoria, 2001 © Jose Horna

Herlin RILEY (dm)
Ellis Marsalis was a giant of a man, husband, father, musician, educator and mentor. My name is Herlin Riley. I’ve been a professional musician for 45 years. Many of those years we spent on the bandstand or on the road, where we had intimate conversation or I just observing him from afar. He was a wise man who always gave good advice about music, life or business.
Beginning in the late 70’s, I played with him at the Hyatt Regency Hotel for Sunday brunch. The band’s name was Heritage Hall Jazz Band which was led by the late Teddy Riley. Later on, I played with Mr. Marsalis in many musical configurations, including his trio gigs. On one of those trio gigs in 1986 we played at the Jazz & Heritage Festival here in New Orleans. Reginald Veal was the bassist and I was the drummer. At the end of the gig Wynton (Ellis’ son) sat in with us. He was pleasantly surprised with the sound, feeling and spirit that we played with. He later inquired to his father about our availability to join his band. Once his dad gave him the ok to call us, he did.
Reginald got the call in November of 1987 and I got the call in February of 1988. That encounter on the Jazz Fest bandstand in 1986 led to a 17-year run with Wynton and later the Lincoln Center Jazz Orchestra. When I left the road after my tenure with Wynton’s band I returned to New Orleans and resumed working with Mr. Marsalis. We shared many Friday nights on the bandstand at The Snug Harbor Bistro.
Mr. Marsalis’ last performance was on March 3rd when he sat in with us. This gig was at The Ellis Marsalis Center. The group was The New Orleans Groove Masters, which feature Shannon Powell, Jason Marsalis and myself (Roderick Paulin, ts, ss, Kyle Roussel, p, and Grayson Brockamp, b). Mr. Marsalis sat in and played one of his original tunes called «Tell Me» and then he played a duet with the great New Orleans «First Lady of Jazz» Germaine Bazzle. The tune was «Miss Otis Regrets». Mr. Marsalis’ presence that night was such a fitting closure to our show and to his life as a New Orleans musician. He performed with his longtime friend Mrs. Bazzle, he performed with his youngest son Jason, and he performed in a venue that was built in his honor. Ellis Marsalis was a great representative of our New Orleans culture and modern jazz music. He was a great educator (in and out of the classroom) and a great mentor to so many, including me!!
May God Bless Ellis Marsalis in the Spirit World.

Ellis Marsalis était un géant, de mari, de père, de musicien, d'éducateur et un mentor. Je m'appelle Herlin Riley. Je suis musicien professionnel depuis quarante-cinq ans. Beaucoup de ces années, nous les avons passées sur la scène ou sur la route où nous avions eu des conversations intimes ou je l'observais de loin. C'était un sage qui donnait toujours de bons conseils sur la musique, la vie ou les affaires.
J’ai joué avec lui à partir de la fin des années 1970 à l'hôtel Hyatt Regency pour le brunch du dimanche. Le nom du groupe était Heritage Hall Jazz Band, dirigé par le regretté Teddy Riley. Plus tard, j'ai joué avec M. Marsalis dans de nombreuses formations musicales, y compris ses trios. Lors d'un de ces concerts en trio, en 1986, nous avons joué au Jazz & Heritage Festival ici à la Nouvelle-Orléans. Reginald Veal était le contrebassiste et moi le batteur. A la fin du concert, Wynton (le fils d'Ellis) a fait le bœuf avec nous. Il a été agréablement surpris par le son, le feeling et l'esprit avec lesquels nous jouions. Il a ensuite demandé à son père si nous étions disponibles pour rejoindre son groupe. Une fois que son père lui a donné l'autorisation de nous appeler, il l'a fait.
Reginald a reçu l'appel en novembre 1987 et moi en février 1988. Cette rencontre sur la scène du Jazz Fest en 1986 a débuté une collaboration de dix-sept ans avec Wynton et, plus tard, avec le Lincoln Center Jazz Orchestra. Quand je suis parti, après mon engagement avec le groupe de Wynton, je suis retourné à la Nouvelle-Orléans et je me suis remis à travailler avec M. Marsalis. Nous avons partagé de nombreux vendredis soir sur la scène du Snug Harbor Bistro.
La dernière performance de M. Marsalis a eu lieu le 3 mars lorsqu'il a fait le bœuf avec nous. Ce gig était au Ellis Marsalis Center. Le groupe était les New Orleans Groove Masters, avec Shannon Powell, Jason Marsalis et moi-même (Roderick Paulin, ts, ss, Kyle Roussel, p, et Grayson Brockamp, b). M. Marsalis a fait le bœuf et a interprété l'un de ses thèmes appelé «Tell Me», puis il a joué en duo avec la «First Lady of Jazz» de la Nouvelle-Orléans, la grande Germaine Bazzle. Le morceau était «Miss Otis Regrets». La présence de M. Marsalis ce soir-là était une façon si appropriée de conclure le concert et sa vie de musicien de la Nouvelle-Orléans. Il a joué avec son amie de longue date, Mme Bazzle, avec son plus jeune fils, Jason, et dans un lieu construit en son honneur. Ellis Marsalis était un porte-parole éminent de notre culture de New Orleans et de la musique de jazz moderne. Il était un excellent éducateur (à l'intérieur et en dehors du cadre scolaire) et un vrai mentor pour tant de gens, dont moi !!
Que Dieu bénisse Ellis Marsalis dans le royaume des esprits.



Marcus ROBERTS (p)
Ellis Marsalis was a great pianist and teacher as well as a real mentor and a dear friend. He was an honest and straightforward person. What you saw was what you got. I remember he used to say: «If you only play for applause, applause is all you'll get
I have two stories about Ellis that I’d like to share. Once we were at a jazz festival waiting to play together and he said: «I sure hope this piano is not sticky.» I said: «Sticky?» Ellis said: «Yeah, not too long ago I had to go on after a cat who must have played the piano with really greasy hands. When I started playing my set, my hands were slipping all over the keys! That was a rough one!» I said: «You're kidding, right?» He said: «No, I'm serious! That really happened.» So now I tell that story at least five or six times a year.
Ellis and I toured together playing duets with two pianos all over the United States. I had heard Jason (his youngest son) play a bit one time while I was in New Orleans recording As Serenity Approaches. Jason and I had a great musical connection right away, even though he was only 14 at the time. I told Ellis that I wanted to hire Jason and mentor him. «You'll have to wait for him to graduate from high school first,» he said. «I want him to have a well-rounded musical and academic education.»
True to his word, Ellis let me to hire Jason - actually during his senior year in high school. Jason has played with me now for over 25 years! Jason and Ellis were always very close and remained that way till the day he died.
Ellis had a really profound influence on all of us. His easy-going style was balanced with a maturity that helped us all grow as people and as musicians. He was someone you could truly look up to, not just as a great artist, but also as an older man who never compromised his ethics or beliefs, but at the same time, he never pushed you or preached to you either. I'll always value having known him, and his soulful straightforward manner will be with me always, along with his wonderfully melodic and swinging piano style.
Rest in peace, Ellis. We all love you and miss you.

Ellis Marsalis était un grand pianiste et pédagogue ainsi qu'un véritable mentor et un ami cher. C'était une personne honnête, directe et sans le moindre faux semblant. Je me souviens qu'il avait l'habitude de dire: «Si vous jouez uniquement pour des applaudissements, les applaudissements sont tout ce que vous obtiendrez.»
J'ai deux histoires à propos d'Ellis que je voudrais partager. Une fois, nous étions à un festival de jazz en attendant de jouer ensemble et il a dit: «J'espère bien que ce piano n'est pas pégueux.» J'ai dit: «Pégueux?» Ellis a dit: «Ouais, il n'y a pas si longtemps, j'ai dû jouer après un pianiste qui devait avoir des mains vraiment graisseuses. Quand j'ai commencé mon set, mes mains glissaient partout sur le clavier! Ça a été difficile!» J'ai dit: «Tu plaisantes?» Il a dit: «Non, je suis sérieux! C'est vraiment arrivé. » Maintenant, je raconte cette histoire au moins cinq ou six fois par an.
Ellis Marsalis Trio, Introducing Jason MarsalisEllis et moi avons tourné ensemble en jouant en duo avec deux pianos aux États-Unis. J'avais entendu Jason (son plus jeune fils) jouer un peu une fois alors que j'étais à New Orleans pour enregistrer As Serenity Approaches. Jason et moi avons eu immédiatement une belle relation musicale, même s'il n'avait que 14 ans à l'époque. J'ai dit à Ellis que je voulais engager Jason et l’encadrer. «Tu dois d'abord attendre qu'il obtienne son diplôme d'études secondaires», m’a-t-il dit. «Je veux qu'il reçoive une éducation musicale et académique complète.»
Fidèle à sa parole, Ellis m'a laissé engager Jason –en fait pendant sa dernière année au lycée. Jason joue avec moi depuis plus de vingt-cinq ans! Jason et Ellis étaient toujours très proches et le sont restés jusqu'au jour de sa mort.
Ellis a eu une influence vraiment profonde sur nous tous. Son style décontracté était équilibré avec une maturité qui nous a aidés à grandir en tant que personnes et en tant que musiciens. C'était quelqu'un que vous pouviez vraiment admirer, non seulement comme un grand artiste, mais aussi comme un aîné qui n'a jamais compromis son éthique ou ses convictions. En même temps, il n’était jamais insistant ni ne prêchait. J'apprécierai toujours de l'avoir connu, et sa manière directe et expressive sera toujours avec moi, avec son style de piano merveilleusement mélodique et swing.
Repose en paix, Ellis. Nous t’aimons tous et tu nous manques!



Jason STEWART (b)
I first met Ellis Marsalis in 1991 or so when I was in high school and a beginner on the double bass. He started hiring me for gigs in the early 1990s and we played together until the present day. I’ll be forever grateful to him for his mentorship and also his friendship. I learned so much on his bandstand. I think in 25 years we rehearsed maybe once for a record date. Otherwise, it all happened on the the bandstand. He would start playing a tune and if you didn’t know it, you better learn it quick! I appreciate this approach because it forced me to think about and learn music in a certain way, having to operate in the moment the same way one would learn and interact in a verbal language. I will miss the great Ellis Marsalis deeply.

J'ai rencontré Ellis Marsalis pour la première fois en 1991, alors que j'étais au lycée et débutant à la contrebasse. Il a commencé à m'engager pour des concerts au début des années 1990, et nous avons joué ensemble jusqu'à ce jour. Je lui serai éternellement reconnaissant pour son mentorat et aussi son amitié. J'ai tellement appris sur scène à ses côtés… Je pense qu'en 25 ans, nous avons dû répéter une seule fois peut-être pour une date d’enregistrement. Sinon, tout se passait sur scène. Il commençait à jouer un thème, et si vous ne le connaissiez pas, il valait mieux l'apprendre rapidement! J'apprécie cette approche parce qu’elle m'a forcé à penser et à apprendre la musique d'une certaine manière, j’ai dû réagir dans l'instant comme lorsque l’on apprend et interagit dans le langage parlé. Le grand Ellis Marsalis me manquera profondément.


Don VAPPIE (bjo, g, b, mand, crt, voc)
Ellis Marsalis played every note with deliberate intent. I’ve heard no one else get more from just one note on a piano. He was always kind and always true, as is his music. I’ve always wished I’d had more opportunity to spend time and play with him.
About 10 years ago he volunteered to play a duo with me at a fundraiser for the Boys and Girls Club. He told me that he’d known I’d be a musician from the first time he saw me play with my high school jazz band. He kept his eye on me. I will forever cherish that moment. I loved Ellis and though his influence will live on, I will miss his presence in this world.

Ellis Marsalis jouait chaque note délibérément. Je n'ai entendu personne d'autre tirer plus d'une seule note au piano. Il était toujours gentil et toujours authentique, comme sa musique. J'ai toujours souhaité avoir plus d'occasions de passer du temps et de jouer avec lui.
Il y a environ dix ans, il s'est porté volontaire pour jouer en duo avec moi lors d'une collecte de fonds pour le Boys & Girls Club. Il m'a dit qu'il savait que je serais musicien dès la première fois qu'il m'avait vu jouer avec mon groupe de jazz au lycée. Il avait gardé un œil sur moi. Je chérirai pour toujours ce moment. J'adorais Ellis et même si son influence se perpétuera, sa présence dans ce monde va me manquer.



Gerald WATKINS, Jr. (dm)
The most important lesson from Ellis Marsalis that I’ve learned is to be confident in yourself. I started playing with Ellis in the summer of 2018 and the fact that he even asked me to play was terrifying to me... The first few gigs didn’t go well because I was trying to sound like my idols who played the gig before me.
In talking with him, he told me something valuable: «If I wanted you to sound like those other guys, I would’ve called them to play! Trust yourself.» That conversation was one of the first and most important lessons I’ve learned from Ellis.

La leçon la plus importante d'Ellis Marsalis que j'ai appris est d'avoir confiance en soi. J'ai commencé à jouer avec Ellis à l'été 2018 et le fait qu'il m'ait même demandé de jouer avec lui était terrifiant pour moi... Les premiers concerts ne se sont pas bien passés parce que j'essayais de sonner comme mes idoles qui jouaient le gig avant moi.
En discutant avec lui, il m'a dit quelque chose de précieux: «Si je voulais que tu joues comme ces autres gars, je les aurais appelés eux! Aie confiance en toi!» Cette conversation a été l'une des premières et des plus importantes leçons que j'ai apprises d'Ellis.


Dr. Michael WHITE (cl)
I was fortunate to have known and had contact with Ellis Marsalis for many years in several capacities. His education, wisdom, intellectual integrity and total devotion to the cause of jazz always shone through. He was notorious for making short, direct, and to the point statements which struck at the very essence of truth and understanding. Of course, I heard Ellis play many times and was always marveled by his high level of musical development and creativity - a bar raising challenge to musicians of all levels to get their act together. 
I was also fortunate enough to have played with Ellis numerous times over the years: with Teddy Riley's band, on a recording session, and in specially formed groups. He also played several times with my Original Liberty Jazz Band, which was always an honor.
While there are enough memories to fill a book chapter about the times I spent hearing him play, being in board meetings with him, being on the bandstand with him, or listening in awe at him passing on his profound wisdom and insight in casual conversations at his home, what impacted me the most was the first time we actually met and played together in the musical One Mo' Time at the Toulouse Theater in New Orleans in the early 1980s. I arrived at the job early and was surprised to see Ellis casually walking toward the bandstand, confirming both his reputation as a super intellectual and my profound fear of his superior musical abilities. Without looking where he was going, he steadily walked up the aisle while reading a book and listening to music in headphones, all at the same time. We played the first half of the 1920s style musical and during the break I noticed him just staring at me shaking his head up and down. I just knew that he was about to attack and insult my «embryonic» traditional jazz clarinet style, as did some of the modern jazz minded musicians of his generation. After what seemed like an eternity and a showdown in an old western movie, he finally said: «You amaze me. You could not have existed twenty years ago. No young black person would or could have played authentically in that style. That's amazing to me. Keep on doing what you are doing. That is needed out here.» Those words of encouragement came at a very important time for me and set the foundation for Ellis being a mentor, teacher, and musical confidante for many years. 
THANK YOU ELLIS MARSALIS! While you and your piano will be missed, your influence and the impact you have had on the jazz world will resonate forever through all those you have taught and touched. 

J'ai eu la chance d'avoir connu et d'avoir été en contact avec Ellis Marsalis pendant plusieurs années à plusieurs titres. Il a toujours brillé par son éducation, sa sagesse, son intégrité intellectuelle et son dévouement total à la cause du jazz. Il était connu pour ses déclarations brèves, directes et précises qui saisissaient l'essence même de la vérité et de la compréhension. Bien sûr, j'ai entendu Ellis jouer plusieurs fois, et j'ai toujours été émerveillé par son haut niveau de développement musical et de créativité –un défi de taille pour les musiciens de tous niveaux pour jouer ensemble.
J'ai également eu la chance d'avoir joué avec Ellis à plusieurs reprises au fil des ans: avec le groupe de Teddy Riley, lors d'une session d'enregistrement et dans des groupes formés ponctuellement. Il a aussi joué plusieurs fois avec mon Original Liberty Jazz Band, ce qui a toujours été un honneur.
Bien qu'il y ait suffisamment de souvenirs pour remplir un chapitre de livre sur les moments que j'ai passés à l'entendre jouer, à assister à des réunions de conseils d'administrations avec lui, à être sur scène avec lui ou à l'écouter avec admiration transmettre sa profonde sagesse et sa perspicacité lors de conversations informelles chez lui, ce qui m'a le plus marqué, c'est la première fois que nous nous sommes rencontrés et avons joué ensemble dans la comédie musicale One Mo’ Time au Toulouse Theater à New-Orleans, au début des années 1980. Je suis arrivé tôt sur place, et j'ai été surpris de voir Ellis marcher nonchalamment vers la scène, confirmant à la fois sa réputation de grand intellectuel et ma profonde peur de ses capacités musicales supérieures. Sans regarder où il allait, il remonta progressivement l'allée en lisant un livre et en écoutant de la musique avec des écouteurs, tout cela en même temps. Nous avons joué la première partie de la comédie musicale dans le style années 1920 et, pendant la pause, j'ai remarqué qu’il me fixait, juste en secouant la tête de haut en bas. Je savais qu'il était sur le point d’attaquer et d’injurier mon style «embryonnaire» de clarinette de jazz traditionnel, tout comme certains des musiciens de jazz moderne de sa génération. Après ce qui m’a semblé être une éternité et une confrontation comme on en voit dans les vieux westerns, il a enfin déclaré: «Tu m'épates. Tu n'aurais pas pu voir le jour il y a vingt ans. Aucun jeune Noir ne savait ou n'aurait pu jouer authentiquement dans ce style. C'est impressionnant. Continue à faire ce que tu fais. Nous en avons besoin ici.» Ces paroles d'encouragement sont venues à un moment crucial pour moi et ont jeté les bases permettant à Ellis de devenir mon mentor, mon professeur et mon confident musical pendant de nombreuses années.
MERCI ELLIS MARSALIS! Bien que toi et ton jeu au piano nous manquiez, ton influence et l'impact que tu as eu sur le monde du jazz résonneront pour toujours à travers tous ceux à qui tu as enseigné, et que tu as touchés.

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