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Pour Mila 

Ce que révèle Mila: de Charlie Hebdo
à la société macronienne


Voici quelques mots, pour répondre à un courier de lecteur qui s’étonne de notre absence de réaction à «l’affaire» de cette adolescente: ce lecteur nous fait parvenir un texte qu’il juge être une défense de Mila par Michel Onfray largement relayée dans les médias.

J’ai pensé écrire sur cet événement du quotidien ordinaire vécu par une adolescente mais je ne voulais pas ajouter une goutte d’eau à la pression médiatique sur une jeune femme courageuse, et je pensais que certains textes le feraient et représenteraient sensiblement ma pensée. De fait, ce n’est pas le cas. Celui de Michel Onfray et des quelques soutiens, pas si fréquents, à Mila que j’ai pu lire ou entendre (Zemmour, Marianne, etc.) sont finalement assez malsains. Pour écrire sur ce que vit cette personne (ce n'est pas qu’une «affaire»), il fallait donc avoir un peu de recul pour justement prendre connaissance des analyses, car ce que révèle de la société cette tranche de vécu d’une adolescente est symptomatique de la fin de la démocratie en France, en marche depuis le coup d’état de 1958 du Général de Gaulle, mais qui s’est accélérée lors des trois dernières présidences, le président actuel faisant définitivement sortir la France de ses hardes républicaines et démocratiques bien délabrées.

Pour re-situer le débat, pour ceux qui n’auraient pas suivi, voici ce qu'une adolescente a dit sur des réseaux sociaux pour répondre à des interlocuteurs, semble-t-il musulmans, qui, après lʼavoir draguée et essuyé un refus, lui reprochaient sa réalité de femme, son homosexualité affichée et même son existence (d’après les sources consultées).

"Je déteste la religion. Le Coran, il nʼy a que de la haine là-dedans, lʼislam, cʼest de la merde, cʼest ce que je pense. Je ne suis pas raciste, pas du tout. On ne peut pas être raciste envers une religion. Jʼai dit ce que jʼen pensais, vous nʼallez pas me le faire regretter. Il y a encore des gens qui vont sʼexciter, jʼen ai clairement rien à foutre, je dis ce que je veux, ce que je pense. Votre religion, cʼest de la merde, votre Dieu, je lui mets un doigt dans le trou du cul, merci, au revoir."

D'abord et contrairement à ce que tou(te)s ont dit, elle s'est parfaitement exprimée, avec les mots qu'il fallait. Ils sont ceux de son temps, du moment (car elle répond à une agression), et surtout ils sont précis et courageux, et répondent à la violence verbale par la violence verbale, en résistance. Car le mot incorrect aujourd'hui n'est pas ordurier, c'est un mot bien propre du vocabulaire, vieux comme le français et employé quotidiennement, c'est le mot «violence».

Une femme en l'occurrence (mais c'est pareil pour les gilets jaunes, les syndiqués et toute forme d'opposition actuelle à l'oppression et à la répression) peut se faire agresser et insulter, mais elle n'aurait pas le droit d'utiliser la violence pour répondre, même des mots, comme les pauvres encore appauvris ou les salariés privés de leurs emplois, de leurs droits, sont privés du droit d’utiliser leurs mots et leurs symboles, et dans les faits de manifester librement. Ils et elles reçoivent la double violence «légitime» du droit (les pseudo-lois et leur interprétation d'un système électoral truqué et de religions dont l'islam) et celle physique des CRS, police et gendarmerie, sans avoir le droit de se défendre par une violence, même des mots, de résistance pour faire reculer le fascisme, le vrai, celui de l'oligarchie financière qui gouverne le monde et la France, avec la bénédiction et la complicité des religions, l'islam en particulier dont le système global ressemble tant à celui de l'oligarchie (pillage par les élites, garde prétorienne pour le pouvoir, monopole de la violence et soumission absolue de la masse, même de la parole, avec des gradations selon l’histoire des pays).

Une femme, donc, n'a pas le droit d'utiliser même la force des mots (les mots d'Onfray, la concession qui est faite à une soi-disante vulgarité de Mila qui n'existe pas).

"Certes la jeune fille a été grossière et vulgaire, et lʼon peut déplorer, comme moi, quʼelle ait eu recours à ce registre-là." dit Michel Onfray

On a oublié les beaux textes (et les «gros mots») de Brassens et de Ferré sur ce que sont les mots, des bourgeois et du peuple, et toute la nécessité de la violence du vocabulaire du peuple pour s’opposer, faire valoir son existence. Les bourgeois/les oligarques interdisent même les mots des pauvres et de ceux qu'ils veulent soumettre. C'est une vision encore une fois bourgeoise, totalitaire et soumise du monde et donc du vocabulaire. C'est dans le cas des intellectuels de plateaux de télévision l'argument d'autorité, aussi paternaliste qu'universitaire, c'est, dans le cas d’atteinte aux libertés fondamentales que soulève Mila, la futilité des mandarins qu'évoquaient Simone de Beauvoir et plus tard Mai 68, il y a peu, il y a des siècles…

On a même réussi à arracher à Mila contre son gré un semblant d'excuse forcée sur son vocabulaire. C'est une jeune fille seule qui a été l'objet d'une agression personnelle, puis de l'establishment, de l'institution judiciaire en particulier, des médias, des politiques, et même de ceux qui la défendent (mal comme ici). Alors que son vocabulaire était salutaire, approprié et certainement pas issu d'une quelconque régression post-1968 (pour le cas de Mila) comme le prétend Michel Onfray.

Une façon supplémentaire de la forcer à se soumettre, cette fois par «ses amis». En ce sens, les seuls qui l'ont défendue jusque-là, Michel Onfray, Marianne et Eric Zemmour par exemple, l'ont non seulement mal défendue, mais enfoncée un peu plus. «Elle ne saurait pas parler, la pauvre petite!», alors qu'elle parle mieux qu'eux parce qu'elle n'est pas embourgeoisée, engoncée dans le conformisme social et la normalité-normalisation du vocabulaire.

Alors qu'elle sait exactement quoi dire, soit par intelligence, soit par instinct (ce qui est nécessaire à tout pensée sincère).

"On ne peut pas être raciste envers une religion.” dit-elle…

Elle a visiblement compris ce que les intellectuels ne comprennent plus (sans parler des autres, y compris les Cgtistes, gauchistes, communistes, insoumis, les gilets jaunes qui ne savent plus par ignorance). C'est donc une Einstein de la pensée comparée même à Zemmour et Onfray.

Elle est la première, de toute l'intelligentia française depuis l'époque où on savait encore penser (qui s'arrête à Sartre sur ce sujet), à savoir discerner le racisme (le rejet et la volonté de soumission d’êtres humains pour leur apparence, leur étrangeté ethnique, ce qui inclut l'antisémitisme dans ce champ et non dans celui des religions) du rejet d'une religion (ce rejet d’idées religieuses n'a pas prétention à exclure des êtres humains mais au contraire à lutter contre les exclusions qui sont la base même des religions: gott mit uns disent les Allemands, et c'est à peu près partout le cas). Les religions ne sont que des idéologies, des systèmes d'idées, ayant pour but de diviser les peuples, de les affaiblir, similaires donc à l’oligarchie. On ne peut être raciste quand on remet en cause (à tort ou à raison) un système d'idées comme le dit savamment Mila. On est simplement pas d’accord, et c’est un débat, démocratique si les conditions politiques le permettent, ce qui n’est clairement plus le cas en France.

Pour le savoir, il faut connaître le sens des mots et même les faux amis de Mila ne le savent plus car ils se vautrent dans les médias de l’oligarchie et y ont perdu, par convenance, confort et conformisme, en un mot par leur embourgeoisement –une forme de corruption– ce qui est essentiel à la pensée et à des citoyenn(e)s: l'indépendance qui fait la liberté.

Mila est doublement intelligente, car elle sait sans doute parler comme une personne éduquée (ça se perçoit ici), mais elle est victime d’une agression, et elle sait aussi que ses interlocuteurs du jour n'auraient rien compris et surtout rien ressenti des discours enrubannés de Michel Onfray et Eric Zemmour ou des journalistes de Marianne. Pour aller à l'école, dans la vie et le réel, elle sait comment parler à ce type de connards, ou elle essaie, et elle en a la liberté. Il faut leur faire sentir symboliquement et viscéralement le doigt dans le cul qu'eux-mêmes pratiquent au quotidien contre les filles et les garçons soumis. Le niveau d’expérience comme dit James Baldwin.

"Votre religion, cʼest de la merde, votre Dieu, je lui mets un doigt dans le trou du cul." La précision est clinique.

Cette phrase est lumineuse d'intelligence et d'à-propos. Sans doute l'instinct d'une victime, comme on pourrait le dire de toutes les expressions, artistiques, dont le jazz, qui répondent, y compris par une forme de violence artistique (que la société totalitaire de consommation gomme avec empressement), aux attaques du quotidien dont sont victimes les peuples asservis, les peuples ségrégués, les femmes aussi… Et dans l’islam, la place de la femme est une forme de ségrégation, comme le voile est une marque de soumission, n’en déplaise à tous. Or la ségrégation est dans les principes interdite en France et dans beaucoup de nations, même si la loi, celle que manipulent les corrompus de l’oligarchie, fait actuellement tout pour légitimer cette ségrégation de fait.

C'est une lutte, extrêmement violente au quotidien pour les jeunes filles, les femmes et les homosexuel(le)s, y compris pour les musulman(e)s, mais aussi pour les plus faibles, parce que leurs aînés, dont font partie Onfray, Zemmour, les journalistes de Marianne, ont abandonné ces principes, mais aussi tous les connards de tous les partis politiques et de tous les médias qui ont condamné Mila, en se taisant ou explicitement, sur le fond et/ou la forme. Ils n'ont rien fait pour protéger la société laïque née de la grande Révolution de 1789, et les enfants d’aujourd’hui contre le fléau des religions, de l'Islam en particulier (l'islam a corrompu le monde grâce au pétrole, et continue de le faire; ses premières victimes sont celles et ceux qui sont forcés de s'y soumettre depuis la naissance, ils sont 1,5 milliard environ). 


Pendant un siècle et demi, nos Anciens ont su faire avancer l’idée de laïcité pour défendre la société contre les religions, la cantonner à l’intime. Mais face à une hydre, une pieuvre de cette sorte –les religions– le combat n’est jamais gagné. Depuis le Général de Gaulle, le pouvoir n’a eu de cesse de faire reculer la laïcité, et nous en payons le prix aujourd’hui. Notons qu’Onfray comme Zemmour et beaucoup de politiques, sont des admirateurs à des degrés divers de de Gaulle. Cela en dit long sur leur cohérence intellectuelle.

Donc, non, cher lecteur, ce texte de Michel Onfray, pas plus que la «défense» de Mila par les textes ou interviews dont j’ai eu connaissance, ne me convient pas.

Ils leur manque le courage de celle qui lutte, et celle qui lutte s'appelle Mila. Elle doit se sentir très seule et très incomprise; je me demande si ce n'est pas le pire de ce qu'elle vit. Car la lutte, et le courage qu'elle génère –cette femme, même jeune, est courageuse– ont et auront des effets positifs sur sa personnalité et son futur.

En revanche, son isolement, sa mise à l'écart par tout le système, même de l'éducation nationale, le manque de soutien de ses condisciples apeurés (les lycéen(ne)s auraient pu et dû descendre dans la rue sur ce sujet essentiel pour eux), le manque de compréhension des intellectuels de tous les horizons et de tous les plateaux de télévision, risquent de l'enfermer dans un refoulement tragique, une sorte de folie ou d'hôpital psychiatrique «à ciel ouvert» où l'oligarchie et ses complices (les religions) enferment partout leurs opposants (Salman Rushdie, etc., pour l’islam, Roberto Saviano, etc., pour la mafia, Julian Assange, etc., pour l’oligarchie, les lanceurs d'alerte pour la corruption généralisée, qui sont de fait «enfermés pour leur protection» dans les pseudo-démocraties d'aujourd'hui).

Parler encore de démocratie dans ces conditions est aussi cette perversion des mots; c'est soumettre ce mot à une réalité qui lui est étrangère.

Là encore, soit par instinct soit par intelligence, c'est Mila qui a raison:

"Jʼai dit ce que jʼen pensais, vous nʼallez pas me le faire regretter. Il y a encore des gens qui vont sʼexciter, jʼen ai clairement rien à foutre, je dis ce que je veux, ce que je pense.”

Cette insistance est claire de ce qu'elle vit, de ce qu'elle sent et a pressenti, et de ce qu'elle cherche. Quoi qu'elle devienne, elle a le droit à mon entière solidarité et à mon admiration –et je ne suis pas seul– sur ses mots, bien choisis, sur son vocabulaire, approprié, et sur son courage, si rare et pourtant si essentiel.

La pression énorme qu'elle subit va peut-être la couper du monde et la réduire au silence. Ce n'est pas les trois connards qui ont écrit qui l’auront fait disparaître, mais la société complice dans son ensemble, les bourgeois de l'extrême-gauche à l'extrême-droite de ce pays, ceux qui l'instrumentalisent pour leurs fins politiques (les racistes justement, côté extrême-droite et aujourd'hui les pseudo «anti-racistes» de gauche également, ce qui en dit long sur la perversion du concept de gauche) et détournent son message, ceux qui condamnent son vocabulaire et qui l'excluent de leur lutte comme Onfray, parce qu'elle ne parlerait pas comme un(e) universitaire embourgeoisé(e) ou une dame patronnesse du féminisme «bobo» d'aujourd'hui.

Mila, en étant simplement sincère, libre et intelligente, de son âge et de son temps, révèle une société dans un état avancé de déliquescence morale, sociale et politique, par rapport à ce que la France a été et a généré d’espoir pour la liberté du monde, une société qui n’accepte même plus d’une adolescente un message discordant de la morale bourgeoise, conformiste, religieuse et soumise, imposée par l’oligarchie et la religion en expansion du XXIe siècle: l’islam.

Ces pouvoirs, sans partage, ont une prétention: le monopole totalitaire de la violence et de l'expression, et même une poussière, une Mila, comme dans Kafka et dans le Berlin de Hans Fallada, dérange leurs bouffées délirantes de toute puissance.

C’est ce que révèle Mila. En si peu de mots, il fallait le faire…

Yves Sportis

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