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Bobby Medina au Thelonious Monk Jazz Club, Buenos-Aires © Photo X by courtesy of Bobby Medina

Bobby MEDINA


Between Worlds

Nous avons rencontré le trompettiste Bobby Medina à Ystad, en Suède, dont son épouse est originaire. Il était en effet l’un des invités du festival qui s’y tient chaque mois d’août (cf. nos comptes rendus des festivals). L’occasion nous a été ainsi donnée de découvrir un musicien à la personnalité originale, appartenant à la scène de la Côte Ouest des Etats-Unis, dans le jazz mais pas seulement; un musicien qui fait le métier. Il vit à Seattle, dans l'Etat de Washington.

Né à Los Angeles, de parents d’origine mexicaine, Bobby Medina est avant tout un entertainer. Il joue une musique colorée, festive, qui emprunte à plusieurs registres, avec un socle jazz, et qui opère une synthèse entre les différentes influences hispaniques: mexicaine, cubaine, brésilienne et argentine, en s’entourant de musiciens appartenant à ces traditions musicales, dont certains de grand talent comme le pianiste mexicain Irving Flores.

Ancien membre des orchestres de Mel Tormé et de Ray Charles, Bobby Medina a le souci de plaire au public –à tous les publics– et y parvient autant par son humour et sa bonne humeur naturelle que par sa grande versatilité stylistique, qui le mène du jazz à la soul, de la musique latine à la variété, de la scène jazz aux animations les plus diverses, une variété d'activités qui répond à une nécessité économique qu’il ne faut pas ignorer.

Propos recueillis par Jérôme Partage
Photos X by courtesy of Bobby Medina


© Jazz Hot n°676, été 2016


Jazz Hot: D’où venez-vous?

Bobby Medina :  Je suis né le 3 octobre 1962 à Los Angeles. Ma mère est originaire de Vera Cruz, au Mexique. Mon père est également d’origine mexicaine, mais il est né dans le Colorado. Ma grand-mère maternelle était chanteuse d’opéra, dans sa jeunesse. Mais, quand elle venait nous rendre visite, elle chantait et nous faisait écouter des chanteurs. Ma mère écoutait du Mariachi, de la salsa, des musiques latines, tandis que mon père écoutait Count Basie, Duke Ellington, Harry James et beaucoup d’autres big bands, de même que la pop music de l’époque: Ray Charles, les groupes de la Motown, etc.

Comment avez-vous commencé votre apprentissage?

Un gars qui faisait du porte à porte a sonné chez nous et a dit à ma mère qu’il travaillait à l’école d’accordéon, en bas de la rue, et que ça pourrait intéresser ses enfants. J’y suis allé, et on m’a mis un accordéon dans les mains. J’avais seulement 5 ans. Mes parents m’ont demandé si voulais qu’ils me paient des leçons pour mon anniversaire et j’ai accepté. Dans les familles mexicaines, l’accordéon est un instrument très populaire. C’est différent dans les familles américaines typiques. C’est pourquoi, j’ai appelé mon dernier album, Between Worlds, parce que je suis entre deux mondes : sur scène, entre celui du jazz latin et de la pop music, dans ma culture, entre le monde hispanique et le monde américain. 

Quand êtes-vous passé à la trompette?

A 11 ans, j’ai intégré l’orchestre de l’école. Mon père m’avait dit qu’il avait joué de la trompette étant jeune et ça m’a donné envie d’essayer. Tout au long de ma scolarité, j’ai été dans des orchestres de jazz et autres. Et à l’université j’ai obtenu un diplôme de trompette classique. Mais même à cette époque je continuais à être très investi dans le jazz : je jouais et je prenais des leçons avec les musiciens de studio à Los Angeles. J’ai trouvé mes premiers modèles en écoutant les disques de mon père : Miles Davis, Count Basie, Harry James… Et puis il y avait aussi ce trompettiste fantastique, entre swing et bebop, dont mon père avait également les disques: Jonah Jones. C’est une de mes principales influences. Mais puisque l’on parle de sonorité, je dois dire également que j’ai beaucoup entendu la musique des Mariachis avec des solos de trompette très particuliers que j’ai également dans l’oreille.

Il était donc naturel que vous deveniez musicien professionnel?

Quand je suis entré au lycée, il y avait un gars qui jouait admirablement bien de la trompette. Il était un peu plus âgé que moi, et nous sommes devenus amis. Je lui demandais comment il faisait pour jouer aussi bien; je pensais qu’il pratiquait six heures par jour. Il m’a expliqué qu’il appartenait à un drums and bugle choir, qui est une sorte de marching band, et je l’ai rejoint. J’avais environ 14 ans. C’est là que j’ai su que je voulais être musicien. Plus tard, j’ai commencé à jouer dans des groupes locaux, church orchestras, polka bands, salsa bands, à animer des mariages, des fêtes. A l’université, j’ai remporté une compétition qui m’a donné l’opportunité d’accompagner Mel Tormé. J’ai donc fait plusieurs concerts avec lui en Californie, ce qui a été une expérience très formatrice, d’autant que ce n’était pas le type avec lequel il était le plus facile de travailler! Ce devait être en 1979. Puis, j’ai recommencé à faire des petits gigs; j’ai participé à quelques sessions d’enregistrement, je traînais à Hollywood où il y avait un syndicat de musiciens et, en permanence, des orchestres qui répétaient, comme ceux de Stan Kenton ou Count Basie.

Ray Charles et Bobby Medina © photo X by courtesy of Bobby Medina


Entre 1988 et 1989, vous avez appartenu à l’orchestre de Ray Charles…

Après avoir obtenu mon diplôme universitaire, j’ai joué dans des bateaux de croisière, dans des comédies musicales et c’est à cette époque là que j’ai rencontré ma future épouse qui est suédoise. Mais elle est retournée chez elle, et j’avais très envie de la retrouver. J’ai alors eu l’opportunité de passer une audition, que j’ai réussie, pour entrer dans l’orchestre de Ray Charles. Cela m’a permis de voyager à travers l’Europe, et, ainsi, ma petite amie pouvait venir me voir de temps en temps. Travailler avec Ray Charles m’a fait approfondir mon écoute de la musique, ma façon de jouer, de ressentir le feeling de la musique, ce qui ne signifie pas forcément de suivre systématiquement les notes. Cela m’a également appris une certaine discipline professionnelle, car dans ce type d’organisation, il y a beaucoup de règles à suivre, notamment sur la présentation. J’ai essentiellement été second trompette dans l’orchestre, avec la chance de pouvoir prendre régulièrement des solos, de les répéter avec Ray Charles et d’avoir son avis qui, le plus souvent, était de ne pas trop jouer, de faire simple. Il voulait que chaque note compte. Après cette expérience, j’ai emménagé avec ma petite amie en Suède pour quelques temps, puis nous nous sommes installés en Californie. Aujourd’hui, nous vivons à Seattle. Du fait de mon passage chez Ray Charles, on m’a appelé pour jouer dans des groupes de la Motown, avec lesquels je travaille encore aujourd’hui: The Four Tops et The Temptations. J’ai également été le directeur musical du batteur Mel Brown. J’ai écrit des arrangements pour lui. Il avait monté un groupe à la Art Blakey.

Vous avez des activités multiples…

L’important, c’est de pouvoir vivre de son activité de musicien. J’ai donc plusieurs groupes, dans des styles différents: le Latin American Jazz Experience, spécialisé dans le jazz latin; un quartet de jazz straight-ahead; un autre groupe composé d’une dizaine de  cuivres; et j’ai aussi une formation plus orientée vers la pop music pour les événements privés. Il m’arrive également d’être invité dans des big bands ou de donner des master-classes. J’ai par ailleurs monté ma propre agence de booking pour pouvoir proposer d’autres formations que les miennes et faire travailler mes amis. Cela me permet de gagner ma vie sans avoir à être tout le temps sur les routes, loin de ma famille. Je continue évidemment à voyager, mais j’essaie de ne pas partir trop longtemps. Enfin, j’ai créé un petit label pour sortir mon dernier enregistrement. A l’origine, je pensais le développer davantage et produire également d’autres musiciens, mais je n’ai pas assez de temps.

Parlez-nous justement de votre dernier disque, Between Worlds

C’était mon rêve d’enregistrer avec des musiciens venus de différentes parties du monde et que j’avais rencontrés dans différentes tournées. C’est un projet d’ampleur avec beaucoup de musiciens et d’invités. C’est la rencontre entre la formation latin jazz et l’orchestre symphonique et entre des styles différents : brésiliens, cubains, mexicains, etc.

Comment se porte la scène jazz à Seattle ?

Seattle est une vraie ville de jazz. Nous avons beaucoup de lieux où l’on joue du jazz, comme le Dimitriou’s Jazz Alley, et beaucoup de bons musiciens, dans tous les styles. Personne ne devient riche avec cette musique, mais chacun peut travailler.

Comment voyez-vous évoluer le public du jazz?

Plusieurs données interviennent. D’un côté, vous avez des programmes pédagogiques dans les écoles, les lycées et les universités avec beaucoup d’élèves qui sont sensibilisés au jazz. Ainsi, on maintient cette culture vivante en formant des gens qui ont une compréhension de cette musique. Malheureusement, de façon générale, les jeunes s’intéressent à d’autres musiques: la world music, la pop, etc. Et ainsi, je vois des musiciens qui cherchent à lier le jazz avec le world music ou avec la pop. Mais c’est difficile d’inventer quelque chose de nouveau et d’unique. Il est vrai qu’on entend beaucoup dire que le jazz se meurt, que le public se réduit, que les ventes de disques diminuent. Pourtant, je ne crois pas que le jazz va mourir, parce que, pour nous, aux Etats-Unis, c’est notre musique classique, et elle est enseignée. En tous les cas, j’aime beaucoup rencontrer des étudiants et transmettre mon savoir.


CONTACT: www.bobbymedina.com


DISCOGRAPHIE
Leader
CD 2004. Holiday Magic, Sound Facet Records 78502
CD 2007. My Kind of Jazz, Sound Facet Records
CD 2014. Between Worlds, Autoproduit

Sideman
CD 1995. Tony Guerrero, Now & Then, Fahrenheit 9506
CD 2001. Rich Wetzel, Live at Jazzbones!, Groovin High 001


VIDEOS

2011. Liberty Hight School Band + guest Bobby Medina, «Power Serge»
https://www.youtube.com/watch?v=Z3jnSWK1lUw


2013. Film promotionnel «This Is Bobby Medina»
https://www.youtube.com/user/TheBobbyMedina

2015. Bobby Medina & Speakeasy Jazz Band, Extraits
https://www.youtube.com/watch?v=XtpyHbP8TFs


2015. Bobby Medina’s Latin America Jazz Experience, «Song for My Father», Ystad (Suède)
Bobby Medina (tp, flh), Guto Lucena (ts, fl), Irving Flores (p), Pablo Elorza (elb), Santiago Hernandez (dm) et Francisco Medina (perc)
https://www.youtube.com/watch?v=miMDzLYLJr0

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