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Jazz Hot n°674


Une année difficile




L’année 2015 s’est malheureusement terminée comme elle avait commencé, dans la tragédie d’un assassinat de masse.


Nous aurions préféré, en cette fin d’année, vous parler de chocolats, vous souhaiter tout simplement les bonnes fêtes et les bons vœux que cette période appelle, et ergoter sur le discours de Jorge Pardo, et sa difficulté à dire qu’il appartient à la famille librement choisie des musiciens de jazz, bien qu’il ait une origine extra-américaine, et qu’il aime et pratique parfois d’autres musiques ou encore que des musiques de son enfance influencent son jazz.


Jorge Pardo partage les errements d’une époque qui n’a pas les idées claires et la fierté bien placée. Django Reinhardt, qui a vécu cette réalité d’être né hors de l’Amérique, ne s’est posé aucun problème pour appartenir à cette musique généreuse qui a fait de lui un génie, du jazz et de la musique en général.


Jorge Pardo qui a joué sur un nombre incalculable de scènes de jazz, avec beaucoup de musiciens de jazz sur un répertoire lié au jazz, semble avoir honte de sa famille ou d’une partie de sa famille si elle est recomposée… C’est, selon moi, un manque de maturité et une ingratitude envers l’ouverture au monde d’une musique, bien plus avenante que l’autre partie de sa famille, un réflexe identitaire jamais très intéressant… La sagesse viendra peut-être!


On l’espère, et c’est pourquoi, en plus de ses qualités musicales, il est en couverture de Jazz Hot, comme le symbole d’une génération intéressante de musiciens trans-pyrénéens qui ont tenté, avec plus ou moins de réussite, comme d’autres en Europe, une synthèse entre leurs origines et le jazz, cette musique généreuse, humaine, d’une modernité éternelle parce qu’elle reste, entre autres qualités, une expression de la liberté individuelle.

Yves Sportis

© Jazz Hot n°674, hiver 2015-2016