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Justin Robinson at Ronnie Scott, 9 juillet 2007 © David Sinclair


Justin ROBINSON


Justin Time

Justin Robinson est né le 14 août 1968 dans le quartier du Queens, à New York. Marqué dès son plus jeune âge par le jeu de Charlie Parker, c’est donc très logiquement qu’il adopte le saxophone alto et se retrouve scolarisé à la High School of Music and Arts de New York. Il s’inscrit ainsi dans une belle lignée d’altistes, de Jackie McLean à Gary Bartz.

Il fait ses débuts sur scène au Village Gate, dans Greenwich Village, à tout juste 16 ans. Sa première collaboration marquante s’effectue en compagnie de musiciens de son âge, dans la formation menée par Winard et Philip Harper: The Harper Brothers qui a symbolisé une génération de «Young Lions» (Jazz Hot n°466, 1989, et n°505, 1993), ce retour à un jazz ancré dans ses racines mais s’inscrivant dans la modernité.
On retrouve ensuite Justin Robinson aux côtés de Betty Carter, Cecil Brooks III, Abbey Lincoln, Diana Ross, Little Jimmy Scott, Kate Higgins, Sam Newsome ou au sein du Carnegie Hall Jazz Band et du Dizzy Gillespie All Star Band. Mais il est surtout, depuis près de quinze ans, le fidèle partenaire de Roy Hargrove, dont il est aussi l’alter ego. Il a, par ailleurs, animé, de 1987 à 1990, la jam-session du Blue Note.

Pour autant, Justin Robinson s’est peu fait remarqué comme leader. Son dernier disque, enregistré en 2013, Alana’s Fantasy, n’en est pas moins magnifique (voir notre chronique). Un artiste d’une grande modestie et sur lequel il convient pourtant de s’attarder.

Fidèle à Philadelphie et en amitié, il rend hommage à Bobby Watson dans Faith in Action (2010), dont la rencontre fut décisive, et dédie son album The Liberation of the Blues (2014) à Dwayne Burno, décédé en 2013.

Propos recueillis par Jérôme Partage
Discographie Guy Reynard

Photos Umberto Germinale et David Sinclair


© Jazz Hot n°674, hiver 2015-2016



Jazz Hot: Venez-vous d’une famille de musiciens?

Justin Robinson: Pas vraiment. Ma mère jouait de la clarinette et chantait, mon père jouait du saxophone alto, mais en amateur. Mon père écoutait Gene Ammons, ma mère aimait Sonny Stitt et John Coltrane. C’était un chouette cocktail à la maison! Je ne me souviens pas de la première fois où j’ai entendu du jazz, mais ce que je peux vous dire c’est que j’étais un fan de jazz, et surtout un fan de Charlie Parker, avant de commencer à étudier le saxophone. Bird est ma première influence. Son impact sur la musique est essentiel, il nous a donné le phrasé. Thelonious Monk est également une de mes principales inspirations. Mais si je commence à vous donner des noms, je serai trop long.

Justin Robinson at Ronnie Scotts, 7 novembre 2011


Le saxophone est-il votre premier instrument?

Oui. J’ai débuté au saxophone à 13 ans. Je ne sais pas pourquoi, mais c’est arrivé! J’ai pris quelques leçons particulières mais surtout j’ai bénéficié d’une bourse grâce à laquelle j’ai pu étudier avec Frank Wess, à l’âge de 14 ans. J’ai également eu l’opportunité d’étudier avec Barry Harris, qui est mon mentor, et George Coleman. Vers l’âge de 16 ans, mon pote Eric Lemons – qui lui était à fond dans les grands maîtres comme Lester Young et Johnny Hodges – m’a appelé pour des gigs. Parallèlement, de 1984 à 1986, j’ai joué régulièrement au sein du McDonald's High School Jazz Band, en même temps que Philip Harper, que j’avais rencontré au Blue Note. Plus tard, j’ai fait la connaissance de Gil Collins qui avait joué avec Miles Davis dans les années cinquante. Il m’a invité à venir faire de la musique avec lui. Il avait un engagement dans un club du Queens, The Village Door. J’ai appris beaucoup de morceaux avec lui.

Comment avez-vous rejoint The Harper Brothers?

Quand j’ai rencontré Philip Harper, il m’emmenait avec lui à droite et à gauche. Il m’a présenté son frère, Winard, Mike Bowie et Benny Green. Ils composaient la section rythmique de Betty Carter. J’ai ainsi intégré le groupe. Leur idée était de mettre en avant le jazz straight ahead et d’attirer un public plus jeune. Plus tard, Stephen Scott – avec qui j’ai grandi dans le Queens – a remplacé Benny.

Vous appartenez à la génération des «jeunes lions» des années quatre-vingt-dix – celle d'après Wynton Marsalis, Roy Hargrove, Winard et Philip Harper qui est apparue à l’issue des expérimentations autour du free et de la fusion. C’était un retour à la tradition…


Oui, mais je pense que la tradition n’avait pas disparue pour autant. Parce que durant ces années, Art Blakey, Max Roach, Tony Williams et tous les grands batteurs étaient encore en vie et avaient leurs propres formations. J’aimerais d’ailleurs ajouter Wallace Roney aux noms que vous avez cités. Parce qu’il jouait déjà merveilleusement bien à cette époque.

Justin Robinson © Umberto Germinale


Vous avez donc rencontré Betty Carter par l’entremise des frères Harper?

Par Winard. Mais je n’ai jamais été un membre régulier de son orchestre. En revanche, elle est venue à l’une de mes jam-sessions où elle a recruté des musiciens comme Marc Cary ou Tarus Mateen. Etre à ses côtés est l’une de mes plus grandes expériences musicales. Elle m’a appris l’importance de restituer une mélodie et façonner un solo.

Après The Harper Brothers, avec qui avez-vous joué?

J’ai travaillé régulièrement avec Little Jimmy Scott entre 1996 et 2001. C’est Philip Harper qui me l’avait présenté. Il possédait une grande valeur par son savoir. Il avait connu Charlie Parker, Lester Young, et donc, quand il vous donnait un avis, il avait ces références-là en tête: «Tu sais, Charlie Parker faisait comme ça…», etc. Ses leçons de musique et de vie étaient inestimables. Un maître absolu. Vous ne cessez jamais d’apprendre avec des gens comme ça. Et en 2001, j’ai intégré le groupe de Roy Hargrove.

Justin Robinson et Roy Hargrove, Ystad Jazz Fest 2014 © Jérôme Partage


Aujourd’hui, on vous connait effectivement d’abord comme le saxophoniste de Roy Hargrove. Quelle est la nature de votre relation?

Roy est un frère en musique. On s’est rencontré quand il est venu pour la première fois à New York, dans les années quatre-vingt-dix et on n’a jamais cessé d’être amis.

Que pensez-vous de la scène jazz d’aujourd’hui?

Je n’ai pas vraiment d’opinion… Il y a de grands musiciens et il y en a qui ne le sont pas! (rires)

Comment définiriez-vous votre musique?

Je n’ai pas de définition. J’essaie juste de jouer et de continuer à apprendre. Je suis toujours un élève. Pour moi, le jazz ce sont des gars comme Gary Bartz, Charles McPherson, Barry Harris, George Coleman, Hank Jones… Le jazz, ce sont les maîtres et ce qu’il nous ont transmis. Le jazz, c’est la vie.


Parlez-moi de votre dernier album en leader, Alana’s Fantasy

Je suis vraiment content de l’avoir fait parce que mon très cher ami Dwayne Burno est décédé moins de deux mois après la séance.

Quels sont vos projets?

J’ai un nouvel enregistrement de prévu début 2016 pour le label Criss Cross.


Discographie

Leader
CD 1991. Justin Time, Verve 513 254-2
CD 1997. The Challenge, Arabesque 137
CD 2010. In The Spur of the Moment, Wj3 1011
CD 2013. Alana's Fantasy: A Tribute to Dwayne Burno, Criss Cross 1371

Sideman
CD 1988. The Harper Brothers, The Harper Brothers, Verve 837 033-2
CD 1989. The Harper Brothers, Remembrance: Live at the Village Vanguard, Verve 841 723-2
CD 1990. Cecil Brooks III, Hangin' With Smooth, Muse 5377
CD 1991. Stephen Scott, Something to Consider, Verve 849 557-2
CD 1991. Philip Harper, You Can Hide Inside the Music, Verve 511 820-2
CD 1992. Diana Ross, The Lady Sings Jazz & Blues: Stolen Moments, Motown 374636340-2
CD 1993. Cecil Brooks III, Neck Peckin' Jammie, Muse 5504
CD 1993. Stephen Scott, Aminah's Dream, Verve 517 996-2
CD 1995. Rodney Kendrick, Last Chance for Common Sense, Verve 531 536-2
CD 1996. Abbey Lincoln, Who Used to Dance, Verve 533 559-2
CD 1996. Essence All Stars, Jackie's Blues Bag, Hip Bop Essence 8015
CD 1996. Jeffery Smith, A Little Sweeter, Verve 537 790-2
CD 1997. Jeffery Smith, Down Here Below, Verve 547 273-2
CD 1998. Plusieurs saxophonistes, Haunted Melodies, Metropolitan 1114
CD 2000. Little Jimmy Scott, Over the Rainbow, Milestone 9314
CD 2006. Roy Hargrove, Nothing Serious, Verve 988850-2
CD 2007. Roy Hargrove, Earfood, Universal 1764181
CD 2009. Roy Hargrove / Roy Hargrove Big Band, Emergence, Emarcy / Universal 2707924
CD 2011. Various Artists, Disney Jazz, Vol. 1: Everybody Wants to Be a Cat, Walt Disney 13404


Vidéos

2010 The Roy Hargrove Quintet - Live at the New Morning, Paris, France, 2010
https://www.youtube.com/watch?v=uIi0xm_tlCU&index=5&list=PLtR3HG1vaOFEeyxsz1caI5yXJl5rvKyT_

2012 Claudio Giambruno & Vito Giodano with Roberta Gambarini Jazz Quintet
https://www.youtube.com/watch?v=Mu7Yg_Ozj6o


2013 Justin Robinson Alto Sax Solo on Strasbourg St Denis: Roy hargrove Quintet
https://www.youtube.com/watch?v=_Ur6VTZfM5c


2014 Roy Hargrove Quintet in Pilsen 2014
https://www.youtube.com/watch?v=oloyDIihst0

2014 Willie Jones III Quintet Amsterdam
https://www.youtube.com/watch?v=3ol5R9a4Pec


2015 My One And Only Love" (Jam with Justin Robinson)
https://www.youtube.com/watch?v=am0kQln-pgc




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