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Paddy Sherlock

Cool and In


Paddy Sherlock au Coolin © Christophe Brachet, by courtesy


En septembre dernier, le tromboniste, guitariste, trompettiste et chanteur irlandais Paddy Sherlock entamait sa 19e saison au Coolin Irish Pub (voir notre compte rendu dans Jazz Hot n°669). Durant près de vingt ans, il y a fait swinguer les dimanches soirs (les « Coolin Live Nights »), en a fait un lieu de fête, bon enfant, où se retrouvait un public de tous âges, des danseurs comme des buveurs de bière.

Beaucoup de jeunes musiciens y ont trouvé leur première scène, et plus encore y ont accompagné Paddy : Siegfried Mandacé (g), Brisa Roché (voc), Aurore Voilqué (vln, voc), Michael O'Dougherty (ts), Philippe Radin (dm), Sébastien Girardot (b), Thomas Ohresser (g), Julie Saury (dm), Malo Mazurié (tp), Guillaume Nouaux (dm), Adélaïde Songeons (tb), Chris Cody (p), Austin O’Brien (voc), Jérôme Etcheberry (tp), Brahim Haiouani (b), Drew Davis (ts), Julien Bruneteaud (g !), Nicolle Rochelle (voc), l’indispensable complice Jean-Philippe Naeder (perc) et bien d’autres.

Paddy Sherlock et "Roro" des Haricots Rouges au Coolin © Danielle Voirin, by courtesy

Un endroit finalement rare, sorte de cousin irlandais du Caveau de la Huchette. Mais cet îlot de convivialité, cultivant ses airs rustiques bien éloignés des accents bling-bling du Marché Saint-Germain où il est installé, va bientôt laisser place à une boutique high-tech à la mode. Issue tristement logique. On a pourtant deux motifs de se réjouir : primo, le 21 mars, de 14h à 4h du matin, se tiendra une « Coolin Giant Farewell Party », qui mettra fin (en beauté) à l’histoire du pub parisien ; secundo, dès le 29 mars, Paddy investira un nouveau pub, O’Sullivans (63, av. F. Roosevelt, Paris 8
e) un dimanche soir sur deux, toujours en alternance avec la jeune et talentueuse Ellen Birath (voc) qui tient l’affiche avec lui depuis trois ans.

C’était donc l’occasion d’évoquer avec cet infatigable showman quelques souvenirs, plus de dix ans après notre dernière rencontre (dans Jazz Hot n°614).



Propos recuei
llis par Jérôme Partage
Photos Christophe Brachet, Frank Geymonat,
Linda McCluskey, Patrick Martineau, Thomas Ohresser, Danielle Voirin



© Jazz Hot n°671, printemps 2015


Ziggy Mandacé et Paddy Sherlock au Coolin (2015) © Patrick Martineau, by courtesy

Jazz Hot :
Tu animais déjà les dimanches soirs parisiens avant de jouer au Coolin…

Paddy Sherlock : Je suis arrivé en France en septembre 1986. J’ai d’abord passé trois mois à Lyon, puis je suis venu à Paris. J’ai commencé à y jouer le dimanche soir (ce que je faisais depuis l’âge de 17 ans en Irlande) en 1987 au Kitty O’Sheas avec Tina Provenzano, une chanteuse de Chicago. Quant au Coolin, il a ouvert le 8 mars 1996 et j’ai commencé à y jouer en septembre.

Quel bilan tires-tu de ces deux décennies au Coolin ?

Quand on a commencé, on ne savait même pas si ça allait durer trois mois. Dans le groupe, il y avait Siegfried Mandacé, Marten Ingle (b) et Jean-François Cournet (cl). Au début, on jouait le jeudi, car le dimanche on était déjà au Dicey Riley, rue Montorgueil (un lieu qui n’existe plus). La première année a marché, puis la deuxième, etc. Avec vingt ans de recul, je me rends compte que c’était un extraordinaire bouillon de culture ! J’ai changé de style de musique, puis je suis revenu à d’anciens styles : ça m’a permis de développer ma musique, du new orleans au rock, mes chansons, mon son, tout en m’entourant de formidables musiciens, qui sont régulièrement cités dans Jazz Hot, d’ailleurs. Tout a été spontané.

Brisa Roché et Paddy Sherlock au Coolin © Linda McCluskey, by courtesy


Tu as la particularité d’avoir fait émerger plusieurs talents féminins (
il rit). Je pense en particulier à Aurore Voilqué, Brisa Roché et plus récemment Ellen Birath…

Ce sont mes trois préférées… Aurore était amie avec la jeune fille au pair, Mindy, qui gardait mes enfants et qui était également violoniste. Elle m’a parlé d’Aurore, qui avait 17 ans, et je lui ai dit de venir au Coolin. Pour moi, la transmission c’est très important. Quand j’avais 17 ans, il y a des mecs qui m’ont fait jouer dans leur groupe, même si je ne jouais pas bien. C’est un cadeau que tu offres aux jeunes, mais ils te donnent en retour : ça apporte de la vie à ton concert. Quand Aurore est venue on ne pouvait pas savoir qu’elle deviendrait « Aurore Voilqué ». Mais, dès le début, elle était géniale. Ce que j’ai fait, c’est juste de lui donner confiance1.

Les débuts d'Aurore Voilqué au Coolin © Frank Geymonat, by courtesy     La première scène d'Ellen Birath au Coolin (13 décembre 2009) © Frank Geymonat, by courtesy

Brisa, c’est une autre histoire. Elle avait plus de maîtrise. Elle venait d’arriver à Paris, et n’avait pas de boulot. C’est Danny Montgomery, un batteur américain, qui me l’a présentée. J’ai été époustouflé par sa façon de chanter. C’est moi qui lui ai donné son premier cachet, alors qu’elle était prête à abandonner, à rentrer en Californie. C’était une soirée privée à l’hôtel Le Méridien. Puis, j’ai convaincu le Coolin de l’embaucher pour les jeudis soir. Et deux ans après, elle avait plus de succès que moi2 ! Et ma petite Ellen… Sa sœur travaillait au bar du Coolin et m’a dit qu’elle chantait. Mais je ne peux toujours dire oui, alors j’ai esquivé pendant plusieurs semaines. Et puis un jour, Ellen est venue aussi travailler au Coolin, alors il fallait que je la laisse monter sur scène. Le son de sa voix m’a totalement emballé, comme Brisa. Et puis j’ai eu l’idée de la faire alterner avec moi le dimanche soir. Je pensais à ça depuis un long moment, mais je n’avais pas trouvé le bon artiste. N’importe qui ne peut pas jouer le dimanche soir au Coolin ! Aurore, Brisa et Ellen sont trois personnalités qui ont enrichi ma vie et la scène jazz parisienne.

Paddy Sherlock à l'enterrement de Charb © Thomas Ohresser, by courtesy

Une des caractéristiques de ta musique, c’est le mariage (réussi) entre le swing, le new orleans… et le folk irlandais. On l’a d’ailleurs entendu quand tu as joué pour l’enterrement de Charb…

Patrick Pelloux m’a appelé la veille, en larmes. Il m’a dit : « J’ai besoin de toi. » J’avais vingt-quatre heures pour monter l’orchestre. J’ai eu seize musiciens, mais si j’avais eu plus de temps j’aurais pu en avoir cent ! Tous les gens disponibles ont dit oui. Des jeunes aussi, comme Adélaïde Songeons (tb) qui joue avec moi dans le groupe FFF et que j’ai aussi rencontrée encore étudiante. La demande, c’était de venir avec une fanfare et de jouer « Dirty Old Town » car c’était la chanson préférée de Charb. Quand il venait au Coolin, Pelloux me faisait : « Il y a Charb, il faut que tu joues "Dirty Old Town" ! » C’est une chanson sur quatre accords, les mêmes que le blues. Pour moi le jazz est une musique du monde, une musique folk. Je ne parle pas du jazz intellectuel, je parle de celui qui te prend au ventre et te donne envie de danser, de rire ou de pleurer. Et d’ailleurs qu’est-ce qu’on a pleuré ce jour-là ! Plein de gens en larmes sont venus me voir en me disant que la musique les avait aidés à supporter le chagrin. Je suis fier de l’avoir fait, même si c’était dur.

J’ai connu Patrick Pelloux il y a plus de vingt-cinq ans, par des amis musiciens ; il était encore étudiant à l’époque. On faisait la fête ensemble, on jouait aussi parfois car il est musicien, joueur de clavier et chanteur. C’est un médecin qui comprend très bien les musiciens (rires). Après avoir rencontré toute l’équipe de Charlie Hebdo3, je suis devenu aussi ami avec Charb. A real gentleman… Sa disparition laisse un trou horrible.

Le 21 mars, ce sera donc la grande fête de fermeture du Coolin…

Toutes les musiques jouées au Coolin seront représentées. Ça va commencer dès l’après-midi, avec de jeunes musiciens, et la soirée se poursuivra avec le groupe d’Ellen Birath puis le mien.


Et la bonne nouvelle, c’est que l’esprit du Coolin va se transposer ailleurs…

Le Coolin s’arrête, mais ça fait trente ans que je fais les dimanches soirs. J’ai donc constitué une liste des bars où je pouvais aller. Et j’ai fait affaire avec celui qui était en haut de la liste ! On démarre le 29 mars, au O’Sullivans, avec le même principe. Cette année, j’ai fait beaucoup d’expérimentation en changeant souvent de musiciens. J’ai essayé de faire revenir pratiquement tous ceux qui avaient fait partie de mon orchestre, sur les vingt ans. Je suis notamment très heureux du concert avec Guillaume Nouaux et Malo Mazurié, qui est une véritable révélation, et de celui avec Aurore4. Je vais continuer comme ça, car la dynamique fonctionne bien. J’ai quelques nouvelles chansons, même si j’écris moins qu’avant. C’est le plus important : les standards servent à mettre un cadre pour mes propres chansons. Bien sûr, j’adore ces standards, en particulier les morceaux des comédies musicales américaines et le vrai new orleans, le style stip-it. Mes chansons sont des mélanges de tout cela. J’ai écrit « Swing Your Blues Away » il y a dix ans et ça fonctionne toujours. Et quelques-unes de mes chansons ont été reprises par d’autres, ce qui est le plus beau compliment.

Paddy Sherlock et Ellen Birath au Coolin (2015) © Patrick Martineau, by courtesy    Paddy Sherlock et Aurore Voilqué au Coolin © Danielle Voirin, by courtesy


1. Voir l’interview d’Aurore Voilqué dans Jazz Hot n°661 (2012)
2. Voir l’interview de Brisa Roché dans Jazz Hot n°590 (2002)
3. Paddy Sherlock a participé à l’enregistrement du disque Charlie Hebdo saute sur Noël et bouffe le nouvel an en 2008.
4. Voir nos compte rendus dans Jazz Hot670 et n°671.



Contact

www.paddysherlock.com



Sélection discographique

Leader/coleader

CD. 1999. Paddy Sherlock and the Jump Jive Five, The Louis Jordan Show, Autoproduit
CD. 2003. Paddy Sherlock / The Swingin’ Lovers, Autoproduit

CD. 2004. An Eclectic Affair, Autoproduit

CD. 2011. Eclectic Chop Shop
, Autoproduit
CD. 2014. Swing Your Blues Away, A Tout de Suite Production


Vidéos
Paddy Sherlock & The Swingin' Lovers, « Swing Your Blues Away », O'Sulivan's, Paris (2006)
Paddy Sherlock (tb, voc), Jérôme Etcheberry (tp), Philippe Dorneau (ts), Billy Colins (g), Sébastien Girardot (b), Guillaume Nouaux (dm)

Ellen Birath (première apparition sur scène)
avec Paddy Sherlock, Coolin Irish Pub, Paris (13 décembre 2009)
Ellen Birath (voc), Paddy Sherlock (tb, voc), Michael O'Dougherty (ts), Billy Colins (g), Marten Ingle (b), Philippe Radin (dm)

Paddy Sherlock & The Swingin' Lovers, Coolin Irish Pub, Paris (2010)
Paddy Sherlock (tp, tb, voc), Jeff Hoffman (g), Marten Ingle (b), Philippe Radin (dm), Jean-Philippe Naeder (perc)

Ellen Birath Band avac Paddy Sherlock, Coolin Irish Pub, Paris (2013)
Ellen Birath (voc), Paddy Sherlock (tb, voc), Matthieu Bost (as, cl), Thomas Ohresser (g), Marten Ingle (b), Danny Montgomery (dm)

Ellen Birath Band avec Paddy Sherlock, Coolin Irish Pub, Paris (2013)
Ellen Birath (voc), Paddy Sherlock (tb, voc), Matthieu Bost (as, cl), Thomas Ohresser (g), Marten Ingle (b), Thomas Join Lambert (dm)

Paddy Sherlock et Brisa Roché « Ooh la la Paddy ! »


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