pubentetesite
Actualités
Rechercher   << Retour

Franco D’Andrea

2 jan. 2014
Today
© Jazz Hot n°666, hiver 2013-2014

Nouveauté-Indispensable
Mixed N.1, Savoy blues/Undecided, Today, Giant Steps, Rituals N.2, Abstraction N.3, Traditions N.1, Rituals N.1, Traditions and Rituals, Mustcrat Ramble/Scrapple From the Apple, Clusters N.4
Franco D’Andrea (p)
Enregistré le 13 octobre 2012, Santhià (Italie)
Durée : 54'
El Gallo Rojo 314-57 (www.elgallorojorecords.com)


Dès les premières notes on songe à son disque Franco D’Andrea Plays Monk. Live at Metastasio Jazz (Philology W 409) ; on retrouve le même fonctionnement, les mêmes qualités, l’impressionnante culture pianistique de ce géant contemporain du piano, sa fécondité dans l’art de créer des harmonies, sans parler du doigté, de la touche de la note, de la sensibilité, de la richesse de la main gauche, et du phrasé one-note : bref, qui fait mieux aujourd’hui ?
Franco D’Andrea aime à mélanger les thèmes, c’est à dire qu’il les associe dans la même interprétation, pour les réinterpréter et en faire une œuvre nouvelle, n’hésitant pas à mêler un thème des débuts du jazz à un thème du bebop, comme « Savoy Blues et Undecided » ou encore « Muskrat Ramble à Scrapple from the Apple » ; il parvient même à faire du neuf avec des morceaux dont on a pourtant les versions historiques bien ancrées dans l'oreille ! Il crée un jeu où se mélangent le ragtime, le blues, le stride, le mainstream, le bop, le contemporain, c’est dire qu’on entend toute l’histoire du piano jazz de James P. Johnson par exemple à Cecil Taylor, et dans l’harmonie jusqu’aux expressions de compositeurs récents. Les morceaux intitulés « Abstractions » flirtent plus avec la musique contemporaine, ceux intitulés « Rituals » pourraient faire penser à un Cecil Taylor dompté par Monk.
Franco D’Andrea démontre une fois de plus – mais sa musique n’est pas une démonstration mais une expression– qu’on peut encore s’inspirer des origines, de l’acquis de l’évolution du jazz et autres musiques, et produire un jazz pur et dur, sans avoir besoin de recourir à des chanteurs extra-terrestres ou autres artifices plus ou moins world, pop ou variétés diverses, qui ne font qu’édulcorer la musique. Au lieu de chercher des palliatifs il plonge dans l’histoire et en retire la substantifique moelle pour ajouter sa pierre à la marche du jazz.

Serge Baudot