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9 avril 2018
France, 2018
La république à réaction (la république en marche-arrière)
Si l'on avait encore des doutes sur les dérives autoritaires dans l'Union européenne, la France, après l'Allemagne et l'Espagne, vient d'en donner une illustration armée en ce 9 avril 2018, avec la multiplication de ses interventions musclées aussi bien contre les Etudiants à Nanterre que dans la ZAD de Notre-Dame des Landes, renouant avec des pratiques qu'on pensait éteintes 50 ans après 1968 et la lutte du Larzac… C'est sans doute la manière de M. Macron «le moderne» de souhaiter un bon anniversaire aux CRS.
L'usage de la violence unilatérale par l'autorité élue, comme dans le cas récent de la Catalogne (voir ci-dessous), confirme la dérive antidémocratique, quoi qu'en disent les autorités, car l'exercice de la violence unilatérale contre une population pacifique est un pur abus de pouvoir, et donc antidémocratique. 
Le candidat Macron avait intitulé son ouvrage de campagne électorale «Révolution»; c'est en fait «Réaction» qu'il voulait dire, avec sa manie de dire tout et le contraire de tout «en même temps».  C'est en fait une vision réactionnaire de la pire espèce qu'il propose, des riches et des puissants contre les pauvres et les faibles, quand on déplace une telle troupe pour démolir des habitations de pauvres gens qui ne dérangent personne au fin fond d'une campagne abandonnée, et d'abord par l'Etat et ce gouvernement en particulier. L'autoritarisme d'un système et des hommes qui l'incarnent empêchent également l'exercice et l'apprentissage démocratique dans les Universités (la tenue d’une assemblée générale).
La méthode Erdogan à la française, c'est la modernité macronienne qui renoue avec les pratiques répressives du siècle passé, et toujours contre les plus faibles.

Yves Sportis

1. Sources:
https://www.huffingtonpost.fr/2018/04/09/a-notre-dame-des-landes-la-bergerie-des-100-noms-symbole-de-lincomprehension_a_23406727/
https://www.huffingtonpost.fr/2018/04/09/les-crs-interviennent-a-la-fac-de-nanterre-pour-deloger-des-etudiants_a_23406704/

© Jazz Hot n°683, printemps 2018

25 mars 2018
Catalogne, 2018
Les 
indépendantistes catalans, démocratiquement élus, chassés aux quatre coins de l'Europe par les polices espagnoles et allemandes, avec la bénédiction de la France. Jordi Turull arrêté en Espagne, Carles Puigdemont arrêté en Allemagne, Marta Rovira et Anna Gabriel se réfugient en Suisse.
Quand la Catalogne est le révélateur de l’émergence de la dictature dans l’Union européenne. La revanche des dictatures européennes fascistes, partiellement défaites en 1945, ne fait que commencer…

Après avoir bafoué le résultat du referendum d'indépendance d’octobre 2017 en Catalogne, puis le résultat du second referendum de décembre 2017 (l'élection imposée d'une nouvelle assemblée équivalait à un referendum) confirmant le résultat du premier, favorable pour une république catalane indépendante, malgré son organisation sous la menace de la police, de la justice de Madrid et des milices franquistes, l’Etat post-franquiste espagnol arrête les dirigeants nouvellement élus de la nouvelle assemblée pour bloquer le processus démocratique en Catalogne. 25 indépendantistes élus ont été inculpés, 5 ont été placés en détention provisoire par le Tribunal suprême de Madrid, dont Jordi Turull, le candidat principal et en cours d'élection des indépendantistes pour la présidence de l'Assemblée catalane –Carles Puigdemont, le candidat choisi, en exil à Bruxelles, étant empêché par le pouvoir de Madrid. La police espagnole a réprimé violemment dans la rue les manifestants catalans protestant contre ces arrestations sans fondement.

La secrétaire générale d’Esquerra (principal parti favorable à l'indépendance), Marta Rovira, a elle aussi choisi l'exil en Suisse afin d’éviter une interpellation. Egalement pressentie comme une des autres candidates possibles pour présider la Catalogne, la leader indépendantiste a été suivie par Anna Gabriel, de la CUP, autre formation favorable à l'indépendance, et dont les députés sont nécessaires à la coalition indépendantiste majoritaire en Catalogne.

Enfin, le pouvoir espagnol post-franquiste a obtenu de l'Etat allemand l’arrestation de Carles Puigdemont alors qu'il traversait le soi-disant «espace libre» de l'Union européenne, par l’émission d’un mandat d’arrêt contre le dirigeant de l’assemblée catalane légitimement élu et illégitimement déchu par la royauté espagnole (imposée par Franco à sa mort), puis empêché de se représenter au même poste de président de l'Assemblée catalane où il avait été confirmé par le suffrage populaire et démocratique.

Il a fallu que Carles Puigdemont traverse l’Allemagne, alors que ni la Belgique, ni la Finlande, ni le Danemark ne s'en étaient mêlés, pour que se reconstitue le pacte odieux des anciennes puissances fascistes. Carles Puigdemont aurait pu et dû s’y attendre, car l'histoire est têtue, mais il semble parfois naïf sur la réalité de l'Union européenne. Peut-être ce fait, plus que l'épisode grec où les dirigeants se sont soumis, ne sera pas inutile pour ouvrir les yeux des plus de 300 millions d’Européens, voire de quelques millions d'Allemands et d'Espagnols si tous ne sont pas des nostalgiques du IIIe Reich et de Franco, sur la vraie nature politique de leur Etat et de l'Union européenne.

Car l'Union européenne est, malgré tous les discours pervers, une entité oligarchique antidémocratique, fondée par des hommes qui ont trempé dans la collaboration avec le nazisme, et dont les «enfants» ont le souci de prendre leur revanche sur 1945. Actuellement aux mains d’une bande de post-fascistes qui ont instrumentalisé les faiblesses des démocraties occidentales pour installer une dictature supra-nationale du XXIe siècle, ces petits soldats sont aussi habiles que leurs ancêtres hitlériens pour la propagande, 
beaucoup plus doués pour la finance et la corruption, moyens par lesquels ils ont entrepris la conquête et la domination du monde, avec le concours de l'islamisme, autre réactivation des alliances qui ont fait l'histoire.

Ni la Belgique (la presse continue d'y faire un travail d'information honorable contrairement à la presse française 1), où Carlos Puigdemont s'est déjà présenté aux autorités et a été laissé libre de circuler, ni le Danemark, ni la Finlande n’ont accédé, par un reste de souci démocratique, aux desiderata de l’état post-franquiste espagnol. Il a donc fallu que se réactivent des sympathies millénaires (Charles Quint) et plus près de nous entre Hitler et Franco pour que, 73 ans après la défaite du nazisme, l'Europe renoue, sans aucun fard ni vergogne, avec son plus sombre passé. On n'attend plus que la France réactive ses mânes collaborationnistes (de Daladier à Pétain), ce qui est probable, M. Macron ayant déjà inféodé la position de la France à celle de l'Etat Espagnol et de l'Allemagne, pour que se reconstitue un tableau mis à jour de l'état de l'Europe entre 1935 et 1940, le Front Populaire en moins et le Brexit venant confirmer que la démocratie n'a plus qu'une île pour son éventuelle sauvegarde. En revanche, Churchill risque de se faire attendre outre-manche dans un monde politique aussi délabré que leurs chemins de fer privatisés, et il ne faudra pas compter sur Trump pour endosser le pardessus de Roosevelt, ce n'est pas son genre ni ses idées.

Yves Sportis


© Jazz Hot n°683, printemps 2018

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