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Léo Petit

10 fév. 2017
22 septembre 1923, Haubourdin -10 février 2017, Levallois
© Jazz Hot n°678, hiver 2016-2017



Leo Petit © photo X, Collection Michel Laplace by courtesy




Originaire du Nord de la France, le guitariste Léo Petit n’est pas un inconnu de ceux qui lisent les pochettes de disques.

Il perce dans le métier à partir de 1943, d’abord dans le jazz avant de se consacrer aux variétés dites françaises (très souvent américanisées depuis Trenet). Ses compétences sont vites absorbées par le milieu fermé des équipes des studios d’enregistrement. Il a pour «rivaux» les Jean-Pierre Sasson, Jean Bonal, puis René Duchaussoir, Jean-Jacques Tilché, Pierre Cavalli, Pierre Cullaz, Paul Piguilem (jamais correctement orthographié). Certains de ces noms évoqueront quelque choses aux jazz fans chevronnés.


C’est à 14 ans que Léo Petit commence à jouer de la batterie dans le café-dancing de ses parents. Lorsque son père est affecté dans la brigade des sapeurs pompiers de Paris, le famille s’installe dans la Capitale. Léo Petit découvre alors Django Reinhardt, et il opte dès lors pour la guitare. Il parvient même à collecter les sous pour acheter une guitare Selmer, le fameux modèle de son idole! Léo Petit suit des cours de guitare et joue dans divers orchestres qui se produisent dans les cafés.

En 1943, c’est le vrai départ de sa carrière car il succède à Lucien Gallopain dans l’Orchestre d’Aimé Barelli qui passe notamment au Bœuf sur le Toit. C’est aussi ses débuts de «requin de studio» car il participe aux disques de variétés de la chanteuse Lucienne Delyle, épouse de Barelli, et à de très nombreuses faces de 78 tours Pathé gravées par le remarquable Aimé Barelli de 1943 à 1945, période où ce fameux trompettiste se consacre surtout au jazz («Blues in the Night», etc.).

Le 22 novembre 1946, Léo Petit participe au 78 tours Swing 233 titré Jam Session 5 («Blues»/«Swing Mamy») avec Barelli (tp), Jean Aldegon (ts), Hubert Rostaing (cl, as), Pierre Foucault (p), Daniel Giaccardo (b) et André Jourdan (dm). Lorsque l’effectif de l’orchestre d’Aimé Barelli devient celui d’un big band (Benny Vasseur, Nat Peck, tb), Léo Petit est toujours là. Ainsi, il participe de novembre 1952 à février 1953 aux émissions radiophoniques de Charles Delaunay, Jazz Variétés, pour lesquelles l’Orchestre Barelli accompagne Django Reinhardt (plus une jam avec Michel Attenoux, Hubert Fol), Sidney Bechet, Lil Hardin-Armstrong!
Dans les années 1950, Léo Petit joue dans l’orchestre de Jacques Denjean et, au début des années 1960, il accompagne Stéphane Grappelli (Jazz au Studio 4, ORTF, 12 septembre 1961, avec Pierre Cullaz, g, Guy Pedersen, b, Daniel Humair, dm).

S’il fait des tournées et s’il joue dans les cabarets, Léo Petit est essentiellement un musicien de studio pour les labels de l’époque: Pathé Marconi, Philips (1956, direction artistique Boris Vian: avec Henri Salvador alias Henry Cording), Vogue (direction artistique Jacques Wolfsohn), Trianon, Odéon, etc. C’est ainsi qu’on a pu l’entendre dans les années 1950-60 comme guitariste, guitare-basse, parfois arrangeur et/ou chef d’orchestre derrière les noms, entre autres, de Fred Gérard (période 1957-61, labels Président, Festival), Aimé Barelli (1965), Jacques Brel, Serge Gainsbourg, Juliette Gréco, Edith Piaf, Yves Montand et à son compte (Léo Petit, sa guitare et ses rythmes).

Son groupe, Les Guitares du Diable, pour le label Philips comprenait des pointures: Pierre Gossez (saxes), Jacques Bartel (p), Victor Apicella (g) et Guy Pedersen (b). Développons plus spécialement ce qui justifie l’intérêt qu’un jazz fan lui porte, en principe. En 1955-56, Léo Petit enregistre pour le clarinettiste belge David Bee en compagnie de Philippe Brun (tp), Benny Vasseur (tb), Michel Ramos (p), Lucien Simoens (b) et Jerry Mengo (dm), un LP de standards dixieland (Columbia 1023) et un 45 tours («Y’a du jazz partout»). Puis, on le retrouve chez Claude Luter en avril 1958 avec notamment Guy Longnon (tp), Raymond Fonsèque (tu) et Jean-Claude Pelletier (Le Charleston, Vogue LP 259) et, en 1959, en compagnie d’Eddie Bernard (p) et Teddy Martin (dm), dans deux 45 tours Vogue (EPL 7727 – «Saint-Germain Dance» -; EPL 7757).

Notons au passage que Léo Petit s’implique, comme d’autres jazzmen, dans les premières séances de rock & roll. Ainsi lorsque Vogue lance Johnny Hallyday, en 1960, Léo Petit est l’arrangeur du succès «Souvenir, Souvenir» dans lequel le jeune chanteur est accompagné par Jean-Pierre Sasson (g solo), Jean Bonal (g rythmique), Armand Molinetti (dm). Soulignons au passage que Petit est surtout guitare rythmique. Après une séance du saxophoniste Pierre Gossez sous le pseudonyme d’Alan Gate, avec Vincent Casino (tp), Benny Vasseur (tb), Roger Simon (bs), Alphonse Masselier (b) et Arthur Motta (dm) ("You talk too much”, 45 tours Festival 2223), Léo Petit retrouve Stéphane Grappelli en studio.

En mars 1962, il participe à l’album Django du violoniste (Barclay 84089) en compagnie de Pierre Cavalli (g), Guy Pedersen (b), Daniel Humair (dm). On peut retrouver Stéphane et Léo sur CD (Feeling+Finesse=Jazz, Collectables 6533). C’est l’époque où l’excellent guitariste de blues Mickey Baker réalise ses disques à Paris. En juin-juillet 1962, c’est l’album King 839 avec en plus de Léo Petit, à la guitare basse, Roger Guérin (tp), Georges Arvanitas (p, org), Michel Gaudry (b), Armand Molinetti ou Daniel Humair (dm) et divers trombonistes selon les séances: Claude Gousset, Vinko Globokar ou Nat Peck. En juillet, Léo Petit œuvre dans le 45 tours Versailles 90M376 de Mickey Baker avec Raymond Guiot (fl), Arvanitas, Pierre Michelot et Arthur Motta (dm). Un autre disque de Mickey Baker avec Léo Petit, Arvanitas et Christian Garros est mis boîte en septembre. Mais auparavent, en février 1962, Mickey Baker a été ajouté en re-recording à un disque de Sonny Scott (alias Hubert Rostaing) avec William Boucaya (bs), Arvanitas, Léo Petit, Michelot et divers percussionistes selon les séances, Garros, Humair ou Gus Wallez (Odéon XOC 1011, «Twist Parade», «Peppermint Twist», «Let’s Twist Again», «Hit the Road, Jack»).

Dansez avec… Léo PetitLa France traversait un âge d’or non seulement pour le jazz, mais aussi pour le blues. En 1964, Léo Petit se met donc au service du remarquable pianiste-chanteur Memphis Slim avec Jean-Claude Naude (tp), Raymond Katarzynski (tb), Georges Grenu (ts), Jacques Denjean (org), Pierre Sim (b) et Philippe Combelle (dm) (Fontana 680253). Le 19 mai 1969, Léo Petit participe à un disque de l’accordéoniste Gus Viseur avec Roger Guérin (tp), René Duchaussoir (g), Armand Cavallero (dm) (Vogue 9744, «Obladi, Oblada»). Plus tard, Léo Petit enregistrera en duo avec Jacques Bolognesi (acc) «Jeannette», une valse de Gus Viseur. Peu de critiques ont remarqué l’évolution insidieuse des années 1970 qui constitue une rupture dans le concept rythmique bien plus vraie que l’épisode jazz hot/bop.

C’est celle de la mode pour la mise en place binaire sous l’influence du rock. Il y eut un véritable changement de nature rythmique du rock & roll (ternaire) au (hard-) rock (binaire), de Little Richard à Jimi Hendrix (qui a certes débuté chez Little Richard). Bref une nouvelle vague d’instrumentistes spécialisés dans le binaire écarte progressivement, mais assez vite, les précédents requins tant dans les variétés qu’en «jazz» qui, binarisé, cesse d’en être. Les musiciens de la génération de Léo Petit, les Fred Gérard, Pierre Gossez, Georges Grenu et autres indiqués ci-dessus, étaient tout simplement de vrais jazzmen pour qui la mise en place ternaire, autrement dit swinguée, était une «respiration» naturelle.

Plus rien n’est pareil, et ces «jazzmen des variétés» sont progressivement remerciés et entrent en clandestinité musicale (c’est à dire hors des radars médiatiques spécialisés ou non). Léo Petit fut de ceux-là. Léo Petit fut par ailleurs, le premier en France à acquérir une guitare Fender à la mode durant les périodes rock & roll et yé-yé (twist, madison). Il a pratiqué le banjo derrière Claude Luter (Du Lorientais à Saint-Germain-des-Près, CD Vogue 660533). Il a aussi utilisé pendant plus de quarante ans une guitare 12 cordes du luthier français Jacobacci. Enfin, Léo Petit a utilisé le pseudonyme de William Stanray (années 1960).

Michel Laplace



VIDEOS

Stéphane Grappelli (vln), Pierre Cavalli, Léo Petit (g), Guy Pedersen (b), Daniel Humair (dm), Pent Up House (full album)
https://www.youtube.com/watch?v=TYY9fV5OhuY


Stéphane Grappelli (vln), Pierre Cullaz, Léo Petit (g), Guy Pedersen (b), Daniel Humair (dm), 1961, «Makin’ Whoopee»
https://www.youtube.com/watch?v=qHm8B7ibeUY


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