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André Clergeat

23 juillet 2016
4 janvier 1927, Fix-St Geney - 23 juillet 2016, Suresnes
© Jazz Hot n°676, été 2016

Jean-Pierre Battestini, Michel Laplace, Leroy Jones, André Clergeat, Henri Marchal, Marciac 2001 © Yvette Chamberlin by courtesy


Licencié d'anglais, c'est la chanson rythmée (Charles Trenet) puis la musique de Django Reinhardt qui l'ont conduit au jazz (Paris, début des années 1940). En 1948-49, André Clergeat est responsable et cofondateur du Hot-Club de l'Université de Paris : «Lors du Festival de Jazz de Paris de 1949, Charles Delaunay, notre père spirituel à tous, nous a dit que tous les artistes invités du festival étaient disponibles pour une éventuelle représentation. C'est comme ça que Charlie Parker s'est produit à la cité universitaire.»

André Clergeat fit carrière dans l'industrie du disque comme directeur artistique. En 1955, le label Pacific lui confie son secteur France; il passe ensuite chez Vogue. Sous le pseudonyme de Frank Terran, André Clergeat fut parolier d'une édition chant et piano du «1919 Rag»: «Frank Terran était mon pseudonyme, découlant du nom de jeune fille de ma femme: Francesca Terranova (origine sicilienne)» (couriel,10 octobre 2014).

André Clergeat, pour nous, fut rédacteur en chef de Jazz Hot de 1953 à 1957. Il fut cofondateur de l'Académie du Jazz (1954) et, surtout, un producteur d'émissions de jazz à la RTF/ORTF/Radio France (1955-95). Très méthodique, il tenait des «fiches» biographiques sur les artistes. Son Dictionnaire du Jazz (Seghers, 1966) fut une de mes premières influences. Déjà chez Vogue, André Clergeat a collaboré avec le dessinateur Siné (1928-2016). Signalons la Sinéclopédie du Jazz (éd. J. Losfeld, 2004). On lui doit aussi à titres divers: Jazz, les incontournables (éd. Filipacchi, 1990) et Le Jazz (éd. Fuzeau, 2005, avec Jacques Aboucaya). Il a également collaboré à la Grande Enciclopedia del Jazz (éd. Curcio, Rome, 1982) et, bien sûr, il fut co-responsable avec Philippe Carles et Jean-Louis Comolli du Dictionnaire du Jazz (éd. R. Laffont, première édition 1988) qui n'a pas la cohérence de son premier travail puisqu'il dut composer avec d'autres pour les choix, et les textes des divers collaborateurs n'ont pas d'unité rédactionnelle.

Cette maîtrise rédactionnelle, on la retrouve en revanche dans le New Grove Dictionary of Jazz (Macmillan, 1988, 2001) auquel nous avons, tous deux, contribué. En tant que photographe, André Clergeat a travaillé pour la revue Soul Bag. Une exposition de ses photos eut lieu à Villeneuve-sur-Lot (1997).

Je tiens à signaler son travail de réédition, notamment Les 100 plus grands succès du Jazz New Orleans (4 CD, 2002), 4 Concerts de Jazz de Légende (Ellington-Carnegie Hall 1943, Esquire All American Jazz Concert 1944, Armstrong-Pasadena 1951, Bechet-Pleyel 1952 (4 CD, EMI).

André Clergeat a produit des rééditions pour le label Music Memoria, notamment The Complete King Oliver's Creole Jazz Band 1923, A Trumpet Stylist. Tommy Ladnier 1923-1939 (1996), A Trumpet Styliste. Bunk Johnson (1997).

En 2000-2001, Clergeat a fait d'excellentes compilations pour Jazz Magazine. Mais aussi, il y eut ces incroyables séries de coffrets de 20 CDs vendus en grande surface, Les Triomphes, certes du jazz (2 volumes), mais encore du blues, du rhythm'n blues, de la country music, de la chanson française (2 volumes) qui constituaient à peu de frais une façon de se documenter sur ce qui n'est pas strictement du jazz, et de constater par l'écoute les liens objectifs entre le blues et la country (c'est la ségrégation qui a séparé l'évolution d'un tronc commun initial des exportés –volontaires ou non– sur le territoire américain).

Rencontré en 1992 à Blois alors qu'il était au jury d'un concours de jazz, nous nous sommes fréquentés à Jazz in Marciac à partir du début des années 1990 et à Villeneuve-sur-Lot (1994, 1995). Nous sommes allés ensemble à la Jazz Fest à New Orleans (1996). Je l'ai revu pour la dernière fois aux 80 ans de Jazz Hot, chez Boris Vian.

Sans être superposables, nos points de vue convergeaient sur les abus dont souffre l'étiquette jazz. Ces dernières années, André Clergeat était plus que désolé, j'en témoigne, de ce que l'on présente aujourd'hui comme du jazz (ce n'est pas une question «d'évolution» mais bien de compétence). Le jazz en France perd donc, une de ses figures historiques. Ses obsèques ont eu lieu le vendredi 29 juillet 2016 au Crématorium de Clamart. Puis, c'est auprès de son ami Siné, que l'urne contenant ses cendres fut inhumée, au cimetière du Nord Montmartre.

Michel Laplace
photo ©Yvette Chamberlin by courtesy
(de gauche à droite: Jean-Pierre Battestini, Michel Laplace, Leroy Jones, André Clergeat, Henri Marchal)


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