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Claude Cagnasso

25 juillet 2015
24 octobre 1939, Maisoncelles-Tuileries (Oise) - 25 Juillet 2015, Montpellier
© Jazz Hot n°672, été 2015


photo X by courtesy of Mme Cagnasso


Le 25 juillet 2015, Claude Dino Cagnasso, pianiste, percussionniste, chef d’orchestre, compositeur et arrangeur, est mort à Montpellier des suites d’une maladie après plusieurs années de lutte. De père italien d’origine, qui avait choisi la France à l’arrivée de Mussolini, et de mère bretonne, Claude Cagnasso était né par hasard en Picardie au tout début de la seconde guerre mondiale, le 24 octobre 1939 ; dans la petite commune de Maisoncelles Tuilerie (Oise), où la famille de condition modeste, qui comptait deux enfants, s’était réfugiée. Son père, vernisseur au tampon dans une fabrique de meubles du Faubourg Saint-Antoine, n’eut pas à lui transmettre les secrets de son métier.

De santé fragile, Claude ne connut que l’enseignement primaire. Ne pouvant prétendre, pour la même raison, exercer dans l’aviation son autre centre d’intérêt, il reporta sa ferveur sur la musique, sa passion première. Il doit un peu de sa carrière au fait que sa sœur lui avait enseigné les rudiments du piano dès son plus jeune âge. Bien que pianiste, l’instrument n’était cependant pas sa préoccupation essentielle; c’est «l’orchestre de 18 musiciens, la masse sonore des cuivres associée à la pulsation rythmique, qui l’intéressait et lui plaisait plus que tout», précise le saxophoniste ténor Alain Hatot, qui le connut dans les années 1960 et joua longtemps dans sa formation.

C’est donc à l’adolescence qu’il s’engagea, à force de persévérance et d’enthousiasme, dans une formation autodidacte d’orchestrateur qu’il ne cessa de parfaire tout au long de sa carrière en rencontrant les différents musiciens avec lesquels il eut l’occasion de travailler. Résidant à Arpajon, il fréquentait les dancings où se produisaient les formations de musique afro-cubaines, notamment celle de Benny Bennett. Il devint ainsi un éminent spécialiste de ce qu’on désignait sous l’expression «musique typique. »
Parallèlement, il exerça le métier de requin de studio, assurant les arrangements de plusieurs vedettes de la chanson aux styles très différents : Joe Dassin, Claude Nougaro,  Jean-Roger Caussimon, Catherine Ribeiro notamment qui lui en furent très reconnaissants ; c’est d’ailleurs à l’un d’eux, Leny Escudéro qui le lui suggéra, qu’il doit son surnom «Dino Seraz», qui raccourcira quelques années plus tard en «Dino» lorsqu’il «entrera en jazz» définitivement.
     
Dans l’excellent article de présentation des grands orchestres de jazz nés en France à l’articulation des années 1950-1960 puis de celle des années 1960-1970, Michel Laplace remet en perspective ce mouvement général dans notre pays. Il écrit : «Il y a enfin un regain d’intérêt  pour les big bands. En 1962, celui de Jacques Denjean se fait remarquer au Festival d’Antibes et réalise un 33 tours 25cm chez Polydor avec des arrangements d’Ivan Jullien sur des classiques du bop «Walkin’», «The Champ». En septembre 1963, le Big Band Thad Jones Mel Lewis donne son premier concerta Paris devant tout le métier… En marge de l’Euro-américain Clarke-Boland Big Band, plusieurs grandes formations françaises vont voir le jour tel, en 1965-66, le Paris Jazz All Stars dirigé par Luis Fuentes et Roger Guérin, Raymond Fol, Christian Chevalier puis Ivan Jullien… En 1969-81, le Big Band de Claude Cagnasso poursuit un peu le chemin tracé par Stan Kenton » ; car «Cagnasso était autant concerné par Perez Prado que par Stan Kenton». Et d’expliquer « Le big band remplace le métier acquis jusque-là dans les grands orchestres de variétés qui sont en crise à partir de 1972, et c’est là que s’initient à une autre façon de phraser la musique, les jeunes artistes classiques… le big band conventionnel est le lieu d'initiation des futurs modernistes »1.

En effet, il écrivit ses premiers arrangements en 1959 pour le «chanteur brésilien» Roberto Seto, qui, en créant en 1960 la fameuse chanson «Brigitte Bardot», fit la fortune de Vogue2. Dans la seconde moitié des années 1960, il eut l’occasion de rencontrer Sony Grey qui se produisait au Roméo à Paris. «Il lui a proposé deux arrangements que celui-ci accepta et il lui commanda même des compositions originales» (Cécile Ricard).

En 1969, il franchit le pas, il monta son propre grand orchestre qui vécut jusqu’en 1981. En 1971, il épousa la comédienne Cécile Ricard, qu’il avait connue en 1967 au moment où il commença à travailler pour Sonny Grey. Le Big band de Claude Cagnasso, qui grava son premier album, Head Under Legs (Vega LP 19129), en décembre 1969 à Paris, vit se succéder des musiciens de talent : des déjà confirmés comme Roger Guérin (tp), Georges Arvanitas (p), Teddy Hamelin (as) ou Raymond Katarzynski (tb) mais également de jeunes artistes promis à un bel avenir : les trompettistes Michel Bos, Tony Russo, Bernard Marchais, Guy Bodet, François Chassagnite ; les trombonistes Jacques Bolognesi, Luis Fuentes, Jean-Louis Damant ; les saxophonistes Patrick Bourgoin, Dominique Soulat (as), Alain Hatot, Jean-Pierre Debarbat (ts), Francis Cournet (bs) ; les pianistes Maurice Vander et Michel Graillier, les contrebassistes Didier Levallet et Pierre-Yves Sorin,  le tubiste Marc Steckar, les batteurs percussionnistes Christian Lété, Guy Hayat et Tiboum Guignon (dm, perc). Il enregistra, toujours à Paris entre le 9 juin 1976 et le 5 janvier 1977, un second album, Plein Jazz (Disques Vendémiaire VD093) qui remporta un vif succès auprès des amateurs.

Claude Cagnasso poursuivit sa carrière trente cinq ans durant sans encombre. En 2007, il connut les premiers ennuis du mal qui l’emporta. En 2009, son épouse et lui-même décidèrent de s’installer à Montpellier ; l’aménagement hospitalier extrêmement bien organisé dans la ville lui « permit de terminer son existence dans des conditions particulièrement favorables ».

«Musicien enthousiaste, généreux, donnant de sa personne sans rien attendre en retour, amoureux fou de musique» (Alain Hatot), Claude Dino Cagnasso a été enterré à Montpellier, après une cérémonie religieuse en la cathédrale Saint-Pierre, accompagné par la musique de Duke Ellington et de tous ses amis.
Jazz Hot et son équipe partagent le chagrin de ses proches et présentent leurs condoléances à son épouse Cécile ainsi qu’à tous ceux qui l’aimaient.
Félix W. Sportis

1. Michel LAPLACE, Frénésie des rythmes en France au XXe siècle, Michel Laplace Edition numérique, Marciac 2015
2. http://www.ina.fr/video/I04118075" http://www.ina.fr/video/I04118075, Vogue EPL 7876