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Sergio Pamies

6 jan. 2013
Borrachito
Nouveauté-Découverte
Borrachito (intro), Borrachito, Ask Me Now, 1312 Kendolph Drive, Alegrías de la paquita, Te Espero en la Eshavira, Cuando dos personas bailan, Isfahan (intro), Isfahan, En estado de ruina, Fandango in Boskovice + Por si te entra la mania
S. Pamies (p), S. Gómez , J. Cortés voc.), B. Santiago (cajón), M. Fernández (tabla), M. Lohikari (b), G. del Val (dm), Julián Sánchez (tp), V. de Diego (ts, fl), C. Scott (tp), A. Serrano (hca), D. Amador (p), R. Dantas (perc), P.L. Carmona (voc)
Durée : 71' 03''
Enregistré les 16 et 17 juillet 2010, Grenade (Espagne)
Bebyne Records 004 (http://www.bebyne.com)

Sergio Pamies, jeune pianiste andalou, fait avec ce disque une belle entrée dans la discographie espagnole. Disque de jazz ? Pas seulement. De flamenco ? Pas seulement. On parle peut-être de flamenco-jazz ? Pas exactement. Ce Borrachito va plus loin que la simple juxtaposition de deux genres comme on le voit encore trop souvent. Ce disque marque l’inquiétude d’un musicien qui a baigné dans la musique flamenca et ne peut/ne veut s’en défaire ainsi que son attrait pour la grande musique du XXe siècle, le jazz. Les compositions de Pamies sont construites selon les bases flamencas mais son interprétation comme pianiste est clairement celle d’un jazzman. De ces bases s’emparent avec force ses partenaires gitanos : les chanteurs « El Pirata », « El Colorado », les percussionnistes « Cheyenne », « El Moreno », « El Indio », le bassiste « El Platanito » (vous retrouvez leurs identités véritables en haut de la notice). Ce sont des experts et leur travail est superbe. Le jazz ne se fond pas dans le flamenco, il vole au dessus sans jamais devenir un collage, une pièce rapportée. Et c’est un travail bien plus intéressant que la plupart des tentatives de fusionner les deux langages si l’on excepte (à notre avis) Jorge Pardo et Chano Domínguez. Plusieurs thèmes font intervenir sur cet ensemble flamenco la trompette et le ténor de Sánchez et de Diego, deux bons jazzmen espagnols, dont « 1312 Kendolph Drive » et « Te espero en el Eshavira ». Comme leur leader, ils ne cherchent pas à jouer flamenco mais jazz et s’appuient sur le travail des andalous pour planer sur celui-ci et c’est excellent ; notamment sur la soleá. Pour « En estado de ruina » - construit davantage selon les canons du jazz - Sánchez réalise une belle prestation.
« Fandango in Boskovice » fait appel à un autre trompettiste, Christian Scott qui, slowly, lance l’armada pour ensuite, lui- aussi, voler tout en nuances au dessus de l’ensemble ou se faire discret derrière les voix. Très beau.
Deux thèmes ne sont pas de Pamies, « Ask Me Now » de Monk et « Isfahan » de Strayhorn. L’arrangement des deux compositions par Sergio Pamies fait intervenir le spécialiste du cajón Rubem Dantas. C’est le seul apport du terroir au jazz et ces deux morceaux débordent de swing (le « Fandango » aussi d’ailleurs) mettant en évidence les aptitudes du pianiste, de ses deux partenaires et de quelques invités (as, tb fl) pour le jazz. Dantas y est comme un poisson dans l’eau !
Le bonus-track est issu d’une autre séance d’enregistrement et si, pour la plupart d’entre eux, les andalous sont là, Pamies a renforcé leur présence avec d’autres voix en back-ground, et a également fait appel à un back-ground vocal de jazz ; à un duo de cordes (vln, cello) et des cuivres (tp, fl, tb) ; au pianiste Diego Amador. L’ensemble annoncé met l’eau à la bouche mais l’écoute laisse une certaine déception. Est-ce en raison de l’ajout hors contexte de tous ces renforts ? L’impression d’authenticité, de vie, que dégagent les autres thèmes a disparu.
Il n’empêche… Sergio Pamies est à suivre !
Patrick Dalmace