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Marc Cary

1 nov. 2013
For the Love of Abbey
Marc Cary © Jazz Hot n°665, automne 2013

Nouveauté-Indispensable
Music Is the Magic, Down Here Below, Melancholia, For Moseka, Who Used to Dance, Should’ve Been, My Love is You, Love Evolves, Throw It Away, Another World, When I’m Called Home, Conversation With a Baby, Transmutate, Down Here Below the Horizon
Marc Cary (p)
Enregistré le 21 mars 2012, New York
Durée : 1h 05' 21''
Motéma Music 29284 (www.motema.com)

Marc Cary fait partie depuis longtemps des pianistes les plus originaux du jazz contemporain, sans forfanterie, sans sensationnalisme et avec le respect spontané de son histoire. Il rend ici hommage à celle qu’il a accompagnée pendant des années et nous fait prendre conscience du temps qui passe. Le temps d’une grande créativité qui fut celle d’Abbey avec des projets radicalement personnels chez Universal (1990-2007). Le temps qui a vu disparaître de nombreux artistes des années soixante auxquels nous avions pu parfois nous attacher : Abbey (2010), Max Roach (2007), Ronnie Matthews (2008), Joe Lee Wilson (2011), Sam Rivers (2011), Von Freeman (2012), Ted Curson (2012), Pete LaRoca (2012), Donald Byrd (2013). Le temps aussi d’une génération qui est née à la notoriété pendant cette période et dont les membres sont passés du statut de « jeunes lions » à celui de professionnel mûrs. C’est celle de Marc Cary qui a eu le temps, simultanément à son apprentissage d’accompagnateur, de construire une œuvre personnelle. La sensibilité avec laquelle il aborde la musique de la vocaliste travaille le tumulte et le dépouillement, se montre dans sa nudité mélodique et explose comme un volcan percussif. On songe à Mal Waldron, Monk, Kirk Lightsey, Randy Weston, pianistes aux aspérités crues et poignantes. Marc Cary est ici fidèle à cette esthétique qu’il investit de sa propre sincérité. Cette introspection lyrique et sombre transcende les questions dogmatiques et idéologiques qui ont cours dans le jazz. Avouons que certains morceaux – « Should’ve Been », « Throw It Away », « Down Here Below », « My Love is You » – ne peuvent que tirer des larmes méditatives. A l’instar de la photographie de couverture où les pupilles du pianiste sont incrustées de l’image de la chanteuse, on y entend l’absence d’Abbey Lincoln. Et dans ce parcours à la fois tendre et rugueux danse sobrement la voix d’Abbey, comme un écho, la lueur ténue et persistante du souvenir.
Jean Szlamowicz