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Roberto Magris Quintet + Roberto Magris & The Europlane Orchestra

30 oct. 2011
Mating Call + Current Views
Nouveauté-Indispensable
Optional Man, Hill of Illusions, Lament, Theme for Ernie, Mating Call, Europlane Blues, Lonely Town
Roberto Magris (p), Paul Carr (ss &ts), Michael O’Neil (ts), Elisa Pruett (b), Idris Muhammad (d)
Enregistré at Mad Dog Studios, Burbank, CA (date non communiquée)
Durée : 1h 04’ 51"
J-Mood 001 (www.jmoodrecords.com)

Nouveauté
7 titres
Enregistré en studio et live entre le 23 novembre 2001 et le 21 juillet 2003 à Palmanova et Trieste
Durée : 1h 03’ 28"
Soul Note 121425-00 (www.blacksaint.com)

Le pianiste triestin Roberto Magris est un infatigable soutier du jazz. Evidemment, à ce régime, on peut comprendre que le meilleur de son parcours discographique côtoie souvent, non pas le pire — avec lui, les risques n’existent pas — mais le plus… anecdotique. Impression personnelle bien sûr ! Ainsi, ces deux albums gravés au tournant du XXIème siècle, à quelques années d’intervalle, peuvent en témoigner.
Après une carrière commencée dans les années 80 en trio puis en quartet, le pianiste/compositeur/chef d’orchestre né en 1959 fonde en 98 the « Europlane Orchestra » chargé d’établir des passerelles entre musiciens de l’Ouest et ceux, moins veinards, de l’est. Officiellement et hautement sponsorisé par les instances européennes, les concerts et enregistrements vont ainsi baliser quatre années d’existence. Ce troisième et dernier volume pour Soul Note en compagnie du guitariste Philip Catherine et du vibraphoniste Bill Molenhof marque le chant du cygne de cette aventure musicale. Disons-le tout net, la galette, esprit ECM des mauvais jours, ne nous touche absolument pas. Elle dispense, à quelques exceptions près, une musique qui n’en finit pas de se traîner oubliant le swing au vestiaire comme si les atmosphères — monolithiques ici — ne pouvaient faire bon ménage avec une pulse plus…virile. Pardon pour ce machisme d’occasion mes chéries ! Mais à force d’écouter une musique aussi soporifique que frigorifique, on finit par piquer du nez et s’enrhumer sérieusement des oreilles.
Rien de tout çà avec l'autre album. Avec quelques années de plus et quelques expériences supplémentaires — dont une fameuse rencontre avec le saxophoniste Herb Geller — la musique de Magris a retrouvé ses bonnes couleurs. Fini le sana, exit l’anémie. Les séjours prolongés et studieux aux Etats-Unis lui ont visiblement fait le plus grand bien. Il est vrai qu’avec le légendaire Idris Muhammad aux peaux d’âne et Elisa Pruett, sidewoman un temps chez Kenny Baron, très vigilante avec sa grand-mère, il était impossible qu’il en soit autrement. Enregistré en 2008 pour Paul Collins, fondateur de JMood Records, l’album met en scène un quintet de très bonne facture et révèle une esthétique fortement inspirée par celle d’Horace Silver. Le plaisir évident de jouer ensemble se ressent d’autant plus que les compositions toujours chantantes du leader comme les quelques standards dont le magnifique "Theme For Ernie" immortalisé par John Coltrane mettent les solistes à l’aise, leur donnent des ailes. Sans autre prétention que de servir la musique, loin de toute démonstration, ils revisitent impérialement ce "Mating Call " de Tadd Dameron, pièce maîtresse de l’album, superbement arrangée avec un ostinato de basse/batterie dans le style afro latin.
Et dire que le reste — hors peut-être la sixième plage, le blues de service — est sensiblement de la même veine. Très belle conclusion du leader en piano solo. A écouter en boucle !
Jean-Jacques Taïb