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Joe Lee Wilson

17 juillet 2011
Bristow (OK) 22 décembre 1935, Brighton (GB) 17 juillet 2011
Joe Lee Wilson Nous avons la très grande peine de rapporter le décès du splendide vocaliste Joe Lee Wilson qui avait fait la couverture du Jazz Hot n°574 en 2000. Né à Bristow dans l’Oklahoma le 22 décembre 1935, il s’est éteint à Brighton en Angleterre le 17 juillet 2011.
D’origine Creek, il grandit dans un milieu rural, participant aux travaux de la ferme familiale, dans un cadre culturel original, l’Oklahoma comptant plusieurs villes où s’était construite une identité afro-américaine fondée sur la culture de la Prairie. Il apprend le piano et le chant à l’Eglise baptiste. Jeune adolescent, il rejoint ses frères à Los Angeles et entre au conservatoire classique (1954-56 où il étudie avec le ténor Mario Lanza) mais préfère se tourner vers le jazz auquel il se forme au Los Angeles City College. Il joue dans la région et rencontre Joanne Brackeen, Stuff Smith, Roscoe Weathers (fl, s, ex-Fletcher Henderson qui lui apprend l’art de la joaillerie) et surtout l’une de ses grandes inspirations, Eddie Jefferson.
Après un passage par San Francisco, où Sarah Vaughan l’invite à chanter à ses côtés, ainsi que de nombreux musiciens new-yorkais en tournée comme Wynton Kelly, Kenny Dorham, Miles Davis, Elvin Jones, Art Blakey, etc., il séjourne au Mexique où il rencontre un grand succès, jouant notamment avec Eddie Heywood (p).
Il s’installe à New York en 1962, en particulier avec l’aide de la chanteuse Ernestine Anderson. Il travaille avec Monty Waters (as), Billy Gault (p, auteur de « Nothing But a Man »), Sonny Rollins, Lee Morgan, Pharoah Sanders, Jackie McLean… Il enregistre pour Power Tree (1964, The Great City). En 1968, il est, avec Sly and the Family Stone, finaliste d’un concours organisé par NBC, à la suite duquel il sera engagé par Columbia. Il sortira pour eux deux 45 tours.
Il tourne ensuite avec Archie Shepp, enregistrant certaines de ses plus belles performances (1971, Things Have Got to Change ; 1972, Attica Blues ; 1977, A Touch of the Blues; 1979, Attica Blues Big Band Live at the Palais des Glaces). Il joue avec Sunny Murray, Mtume, Charles Earland, Freddie Hubbard, Clifford Jordan (1977, Inward Fire)… Il sera le propriétaire d’un loft légendaire de 1973 à 1978, The Ladies’ Fort, où se produiront Frank Foster, John Hicks, Rashied Ali, les membres de l'Art Ensemble of Chicago… Il continue d’enregistrer avec Billy Gault (1974, When Destiny Calls) ou le tromboniste de Shepp, Charles Greenlee (1975, I Know About the Life).
Après la rencontre avec Jill Christopher, qu’il épouse en 1977, il part vivre à Londres et s’installe ensuite en France. Il partage alors son temps entre Paris, Brighton et le Japon où il avait enregistré (1988, The Shadow avec Jimmy Ponder, Leroy Vinegar). En France, on le retrouve souvent associé aux pianistes Bobby Few (1977, Secrets From the Sun) ou Kirk Lightsey (un mémorable concert de gospel en duo à Banlieues Bleues). En 1992, il enregistre Acid Rain au Duc des Lombards (avec Lightsey, Jack Gregg, Sangoma Everett), lieu où il apporte son enthousiasme au Spirit of Life Ensemble de Daoud David-Williams, groupe qui ne cessera de l’accueillir avec une émotion toujours palpable. Il travaille parfois avec Michel Sardaby avec qui il avait signé une superbe composition, « Shadows of the Sunset », sur l’enregistrement de Michel Sardaby pour Sound Hills Karen, 2003). Il avait récemment enregistré deux albums marquants, Feelin’ Good (2000 chez Candid) avec Kirk Lightsey et un groupe britannique et Ballads for Trane (2003 chez Philology) avec Gianni Basso (ts). Son dernier album date de 2008, avec Renato Sellani (I Believe). Un documentaire de Yves Breux et Brad Scott (One, 2006) lui est consacré.

Son répertoire très original comprenait des joyaux comme « Jazz Ain't Nothing but Soul » (de Norman Mapp, chanté par Betty Carter), « Feelin’ Good », rareté composée par le trompettiste Santiago Gonzalez III, « Pink Champagne » de Joe Liggins ou « I Want to Talk About You » de Billy Eckstine. Avec une voix et un discours parfois comparables à Oscar Brown Jr. et Leon Thomas, Joe Lee Wilson se signalait par la richesse de sa voix de baryton, par son timbre puissant et sa présence inimitable.
Portant gilets colorés et bola, il avait un physique imposant, et une allure impressionnante avec ses cheveux longs tressés et son bandeau indien. Le blues était dans chacune de ses phrases, toujours vibrant quel que soit le style dans lequel il s’exprimait. Associé au monde du free jazz, enraciné dans le blues, il était réellement inclassable. C’était un styliste unique, fantasque et intense, qui possède une place bien particulière dans l’histoire du jazz. A Paris, nous l’avions récemment entendu rejoindre Ted Curson ou le Spirit of Life Ensemble et la fragilité physique qui était devenue la sienne n’empêchait pas la densité de sa présence. En jazzman profond, il possédait une expression qui transcendait tous les genres, de la ballade romantique au free jazz, du blues au standard, du gospel à l’incantation, il était avant tout lui-même et proclamait son credo avec fierté : « Jazz is my religion. When I sing, it is wonderful to see the audience so responsive and happy. This re-endorses my belief that it is a healing music. » Rarement l’adjectif soulful se sera appliqué avec autant de pertinence à une personnalité que nous regretterons tous.
Jazz Hot présente ses plus sincères condoléances à Jill et Naima.
Jean Szlamowicz
photo©David Sinclair