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Cyrille Aimée, Jazz à Vienne 2015 ©Pascal Kober


Cyrille AIMÉE


La rage de vivre

Cyrille-Aimée Daudel, Cyrille Aimée pour le jazz, est née le 10 août 1984 à Fontainebleau (77). Elle grandit à Samois-sur-Seine ce qui lui donne très jeune une ouverture sur la musique de Django Reinhardt. Elle apprend la guitare, notamment auprès de Romane, qui, découvrant son talent vocal, l’invite, à l’âge de 16 ans, sur la scène du Festival de Samois.
Cyrille suit par la suite ses parents partis s’installer à Singapour, mais rentre en France pour participer à l’émission Star Academy dont elle claque finalement la porte. Après un passage par Saint-Domingue, elle débute une nouvelle vie à New York, étudie la musique et commence à se produire dans les clubs de jazz. Elle enchaîne alors les prix: Montreux Jazz Festival Competition (2007), Thelonious Monk International Jazz Competition (finaliste en 2010, la gagnante étant Cécile McLorin-Salvant), Sarah Vaughan International Jazz Competition (2012).
En 2009, elle publie un premier disque autoproduit, Cyrille Aimée and the Surreal Band. Suivront deux enregistrements en live, au Smalls (avec Roy Hargrove et Spike Wilner) et au Birdland. En 2014, elle publie chez Mack Avenue, It’s a Good Day, ce qui lui permet d’amorcer une carrière parallèle en France (on a pu l'entendre à Samois en 2014 et à Vienne l’été dernier). Elle sort aujourd’hui un second opus chez Mack Avenue, Let’s Get Lost. Elle se produit au New Morning le 8 avril 2016.

Propos recueillis par Jérôme Partage
Photos Pascal Kober


© Jazz Hot n°675, printemps 2016

Cyrille Aimée, Jazz à Vienne 2015 ©Pascal Kober



Jazz Hot: Vous êtes originaire de Samois. Ça a déterminé votre parcours?

Cyrille Aimée: Oui. Avec mes parents j’ai écouté tous les styles de musique. Ma mère est originaire de la République Dominicaine, et elle adore danser. Mais ils ne sont pas musiciens, tout vient de ma rencontre avec les Manouches et la famille de Django. Les Manouches viennent chaque année à Samois, par centaines en caravanes un mois avant le festival et jusqu’à un mois après la fin. Quand j’étais petite, je n’osais pas leur parler car ils avaient mauvaise réputation. Mais vers 13-14 ans, je suis devenue amie avec des filles de la communauté. J’étais avec elles dans les caravanes, on se promenait ensemble, j’aidais leurs parents à remplir leurs papiers de sécurité sociale. La musique ne m’attirait pas au début et je restais avec les femmes. Puis, je me suis liée avec le frère d’une de mes copines, Lumpy, qui m’a offert une belle grosse guitare rouge. Il m’apprenait à en jouer, à faire la pompe, et moi je lui apprenais à lire. Un jour, son grand frère m’a demandé d’apprendre une chanson parce qu’il savait que j’avais des cours d’anglais à l’école. La chanson s’appelait «Sweet Sue». Je l’ai chantée devant toute la famille. C’était la première fois que je chantais devant des gens. Quand j’ai vu l’effet que ça produisait sur eux, sur moi, je me suis dit que j’en ferai mon métier. Et le surnom de «Sweet Sue» m’est resté…

Après ce premier apprentissage, avez-vous suivi des cours?

J’ai étudié la guitare avec Romane. Un jour, pendant un cours, il m’a demandé de chanter. Ça lui a plu, et il m’a proposé de faire ma première grande scène avec lui durant le festival de Samois, avec l’orchestre de Frédéric Manoukian. J’avais 16 ans. J’ai chanté deux morceaux. J’ai pris ensuite quelques cours de chant, puis je suis allée vraiment étudier aux Etats-Unis pour apprendre le straight-ahead jazz américain. J’ai étudié l’harmonie, l’écoute du piano, l’improvisation, le jazz quoi! Mais j’étais la seule chanteuse, ce n’était pas des cours de chant.

Quelles sont vos influences?

Elle Fitzgerald est la première qui m’a frappée et pas seulement musicalement ou techniquement, mais aussi sa façon de vivre, son naturel, son honnêteté. A l’école, comme j’étais la seule chanteuse, j’ai surtout écouté des instrumentistes, comme Oscar Peterson, Ahmad Jamal, Horace Silver, Miles, Coltrane. Après, je me suis replongée dans les chanteurs: Chet Baker, Nancy Wilson et plein d’autres. Et puis, il y a les influences latines du côté de ma mère et même la pop.

Cyrille Aimée Quintet, Jazz à Vienne 2015 ©Pascal Kober

Et vous n’êtes donc jamais repartie de New York?

Non, ça fait dix ans que j’y suis. J’ai eu beaucoup de chance car mes études ont duré quatre ans, mais, au bout de la deuxième année, j’ai trouvé un engagement dans un restaurant de Soho, tous les samedis. Je jouais avec un autre élève de l’école, contrebassiste, avec lequel il y avait une vraie connexion, et un batteur. J’ai fait ça pendant sept ans. C’était vraiment génial pour démarrer. Les gens venaient me voir, et ça m’a amené d’autres gigs. Du fait de jouer à Manhattan toutes les semaines, je traînais beaucoup au Smalls jusqu’à plus d’heure, je participais à la jam. C’est comme ça que tu commences à rentrer dans la communauté des musiciens. Puis, j’ai commencé à être programmée au Smalls. Ce qui m’a amené à jouer au Lincoln Center puis au Birdland. Et mon disque est passé sur la radio publique, NPR, ce qui a permis à beaucoup de gens de me découvrir. Aux Etats-Unis, il n’y a pas d’intermittence: si tu ne joues pas, tu ne manges pas! Donc il faut sortir tout le temps. C’est une vie à cent à l’heure…

Sur votre Live at Smalls il y a des invités de premier ordre, comme Roy Hargrove…

Pour moi, la rencontre la plus forte c’est avec Joel Frahm, qui est également sur mon Live at Birdland. Il a une énergie incroyable et tout ce qu’il joue est parfait. Ce n’est pas donné à tous les saxophonistes de savoir accompagner. Mais lui joue ce qu’il faut. Il est vraiment génial.

En novembre 2013, vous avez joué dans la comédie musicale A Bed and a Chair: A New York Love Affair

C’était un projet autour des chansons de Stephen Sondheim, un compositeur de Broadway. C’est lui qui a écrit toutes les paroles de West Side Story. La musique était arrangée par Wynton Marsalis et jouée par le Lincoln Center Jazz Orchestra. Pour ce spectacle, les producteurs cherchaient un chanteur et une chanteuse de Broadway plus un chanteur et une chanteuse de jazz. Finalement, je me suis retrouvée être la seule chanteuse de jazz avec trois chanteurs de Broadway! C’était une expérience vraiment particulière. Il y a eu sept représentations. C’était de la comédie musicale, mais avec le big band de Wynton derrière, ça swinguait! J’aurais aimé jouer davantage avec l’orchestre, mais il n’y avait pas beaucoup de place pour l’improvisation, il fallait que la musique suive les lumières. On s’est quand même bien marré avec Wynton: sur une chanson, on a réussi à glisser un peu d’impro. On échangeait des 4/4 dans une scène où j’étais en colère. C’était comme si je l’engueulais.

2009

Vous avez également enregistré deux disques avec le guitariste brésilien Diego Figueiredo…

J’ai rencontré Diego en 2007 à Montreux, quand j’ai gagné la compétition vocale du festival. Diego était finaliste dans la catégorie guitare. On n’a pas joué ensemble d’emblée, mais un ou deux ans plus tard il m’a proposé de faire deux concerts avec lui au Brésil. On s’entend vraiment parfaitement. Et comme, sur place, il nous restait un jour de libre, il m’a proposé qu’on enregistre un CD. On a mis ainsi Smile en boîte en quelques heures. Et c’est ce disque qu’a pris au Smalls une dame de Jazz at Lincoln Center et grâce auquel je me suis retrouvée programmée au Dizzy’s Club du Lincoln Center avec Diego.

Votre nouveau disque, Let’s Get Lost, s’inscrit dans la continuité du précédent…

Oui, il s’agit du même groupe: guitare acoustique, guitare électrique, basse et batterie. A Good Day, c'était le soleil; Let's Get Lost, c'est la lune. C'est une autre face de moi, plus romantique, plus mélancolique. Tout est dans le titre: c'est l'idée d'évasion. Parfois, j'ai envie de me déconnecter du téléphone, de New York, de retrouver la nature... Le disque est plus mature d'autant que j'avais réuni les musiciens pour la première fois lors de l'enregistrement de A Good Day. Alors que pour Let's Get Lost, le groupe existait déjà depuis trois ans.

Quels sont vos projets?

J’aimerais pouvoir revenir en France plus souvent. Je commence donc à monter une petite équipe ici. Mais je compte rester aux Etats-Unis. Je vais peut-être déménager à La Nouvelle-Orléans. J'y suis allée quatre jours, et j'en suis tombée amoureuse. A New York, tout va tout le temps très vite, ça finit par être usant. A La Nouvelle-Orléans, les gens sont cool, prennent leur temps. Sinon, j’ai très envie de refaire un disque avec Diego, mais uniquement des compositions.

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2015


CONTACT:
www.cyrillemusic.com

DISCOGRAPHIE

Leader / Coleader
CD 2009. Cyrille Aimée and the Surreal Band, Autoproduit
CD 2009. Smile, Autoproduit (avec Diego Figueiredo)
CD 2010. Just the Two of Us, Autoproduit (avec Diego Figueiredo)
CD 2010. Live at Smalls, Smalls Live 0018
CD 2012. Live at Birdland, Autoproduit
CD 2013. It's a Good Day, Mack Avenue 1087
CD 2015. Let's Get Lost, Mack Avenue 1097


Sidewoman
CD 2013. Chicago Jazz Orchestra, Bustin' Out!, Origin Records 82648



2010 2010 2012 2013






VIDEOS

2010. Rosenberg Trio / Denis Chang / Cyrille Aimée, «All of Me», Gesu, Montréal
Stochelo Rosenberg (g), Nous'che Rosenberg (g), Nonnie Rosenberg (b), Denis Chang (g), Cyrille Aimée (voc)

2010. Cyrille Aimée Quintet, «Love for Sale», Smalls, New York
Roy Hargrove (tp), Joel Frahm (ts), Spike Wilner (p), Philip Kuehn (b), Joey Saylor (dm)

2011. Cyrille Aimée & Diego Figueiredo, «Just the Two of Us», Dizzy's Club (Jazz at Lincoln Center), New York
Cyrille Aimée (voc), Diego Figueiredo (g)

2013. Cyrille Aimée Quintet, «It's a Good Day», Smalls, New York
Cyrille Aimée (voc), Adrien Moignard (g), Michael Valeanu (g), Sam Anning (b), Rajiv Jayaweera (dm)

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