George GERSHWIN
Le nom de George Gershwin est universellement connu, mais pour beaucoup il est « insituable ». Chacun a son idée de Gershwin qui pourra être « The Man I Love » de Billie Holiday (1939) ou « Oh, Lady Be Good » d'Ella Fitzgerald (1953), la «Rhapsody in Blue » de Paul Whiteman (1927) ou celle de Michael Ray avec Sun Ra (1980), ou tout simplement la musique du film Manhattan de Woody Allen (1978). Bref, cette musique où la tendresse est le sentiment dominant, faussement simple, dont la mélodie suggère les accords (et non l'inverse) est toujours là !
Le grand problème de George Gershwin fut que d'emblée le public l'a aimé (et continue), donc que les critiques (de classique, de jazz) se crurent obligés d'être « réservés ». George Gershwin fut de son temps, diront ceux qui l'aiment, ou à la mode diront les autres.
Mais, pour le comprendre, il faut replacer sa vie dans le contexte de la musique plurielle (désolé pour l'expression) typiquement new-yorkaise (manhattano-harlémienne) du début du XXe siècle qui plonge ses racines dans l'histoire de la musique populaire.
Car voyez-vous, si du temps de Dvorák, Gershwin, Ravel, on construisait une musique « savante » pour communiquer avec les gens - le meilleur moyen étant de puiser dans le patrimoine populaire -, depuis 1947, à cause d'une idéologie pseudo-révolutionnaire de la culture - les sériels français, dont les critères ont été repris par André Hodeir -, l'élitisme artistique doit rompre avec les racines.
A l'aube du XXIe siècle, on retrouve une mouvance « actuelle » prétendue « musique » et même parfois « jazz », indiscutablement « plurielle » comme la musique de cette Amérique du début du siècle. On aurait pu rêver d'y trouver un Gershwin et un Ellington
mais à la différence de cette mouvance « actuelle », eux n'étaient ni sectaires, ni racistes, ni subventionnés, et ils aimaient le public.
Marcus ROBERTS / Blues for the new millennium
Marthaniel Marcus Roberts est né le 7 août 1963 à Jacksonville, dans une famille dont la culture musicale est fortement marquée par le gospel. En 1987, il a remporté le premier concours du Thelonious Monk Institute, tout un symbole pour ce pianiste pour qui Thelonious Monk constitue l'absolu sur le plan de l'art.
Marcus Roberts est rare sur les scènes, en Europe particulièrement. Nous sommes donc allés le déranger dans sa ville natale, au milieu de sa famille, de son travail de répétitions, de composition, d'orchestration... Jacksonville ne porte pas vraiment l'image traditionnelle de la Floride, bien qu'elle se situe au bord de l'océan Atlantique. L'agglomération grosse de trois cent mille habitants environ, est plutôt quelconque, hors des circuits habituels de la vie du jazz et du tourisme. Marcus Roberts a donc choisi de rester à l'écart de New York, des grosses machines médiatiques et mesure la valeur de son travail au temps qu'il y passe - il s'est aussi mis à l'ordinateur - plutôt qu'au nombre de fois où son nom peut apparaître dans les journaux. Il mène, comme Wynton Marsalis qui a contribué à l'orientation de sa carrière, une double vie musicale, et bien qu'il se définisse comme un musicien de jazz, il n'hésite pas à rencontrer des musiciens classiques sur des territoires communs (George Gershwin par exemple).
Visiblement un peu surpris qu'un magazine français fasse un détour pour lui poser des questions sur le jazz, il a gentiment accepté de nous recevoir dans la demeure de son frère, S. Eugene Roberts, qui l'aide dans ses affaires. Assis sur le canapé d'un salon aux allures modestes, où trônent quelques photos des grands moments de la famille, nous avons abordé ce qui guide l'itinéraire de Marcus Roberts aujourd'hui, et si le pianiste est très réservé sur son environnement personnel, familial - très présent -, il s'enflamme très vite dès qu'il parle de musique, et le moins qu'on puisse dire est qu'il a des idées claires et précises sur ce qu'est le jazz et sur ce qu'il souhaite lui apporter à long terme en la matière.
Erroll GARNER / Plays Misty
« Hooch, man, You're a genius ». Jimmie Smith (dm)
« Erroll Garner tenait de Dieu le don précieux de jouer du piano et de composer comme personne. Il a répandu sur notre monde des millions de belles notes, apaisant et réconfortant tant d'âmes bouleversées pour longtemps. Jeunes ou vieux, tous le respectaient. » Randy Weston
Comme Louis Armstrong et Thelonious Monk, Erroll Garner est l'un des très rares musiciens que l'auditeur le moins averti identifie à la première mesure. Son langage musical a trouvé dans une expression pianistique totalement originale un aboutissement naturel.
Comme tous les créateurs, « Hoochie-coochie-coo » est né classique. Erroll Garner a la magie des poètes, l'art de l'illusion dans l'essentiel : faire le nouveau familier, accommoder l'ancien et le moderne, donner au changement sa permanence, rendre à l'éphémère sa puissance d'éternité, conjuguer la tradition sur le mode de la révolution. Le temps n'a pas eu de prise sur sa musique d'un équilibre parfait : une sensibilité épanouie à fleur de note dans une verve, une générosité, un lyrisme chatoyant. Sa puissance le dispute au sens de la nuance dans des structures rythmiques et harmoniques d'une hardiesse et d'une complexité étonnantes, toujours résolues dans ce qui paraît être la simplicité et l'évidence, accessibles à tous. Milt Jackson parle en orfèvre qui le surnomme « fun master ».
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