SPECIAL 2006

Spécial 99
2000
2001
2002
2003
2004
2005
2007

Vente par correspondance

Clifford BROWN / Study in Brown
L’histoire de nos six trompettistes justifie, par ses similitudes, que nous parlions de constellation. Ils sont en effet les étoiles d’un de ces ensembles homogènes qui font la beauté du jazz. Bien que nés sur une période de 20 ans, entre 1918 et 1938, ils ont en commun de se consacrer à leur instrument, la trompette, vers 13-14 ans, à un âge relativement avancé où la personnalité est déjà forgée, l’enracinement culturel déjà fort. Ils entrent en musique avec une détermination qui permet un apprentissage rapide, et se retrouvent au centre d’une histoire musicale puissante qui explique en grande partie la rapidité de leur ascension. Ils deviennent ainsi des créateurs précoces après avoir été des apprentis tardifs…
La vitalité du jazz, de la société de ce temps et des Etats-Unis expliquent ce paradoxe. La solidarité de leur communauté, des musiciens du jazz (la transmission informelle), autant que l’obligation d’affronter une vie sans concession et un art d’une extraordinaire exigence, leur ont donné en peu de temps une maturité d’artistes accomplis à un âge inhabituellement bas. Howard fut ainsi le grand frère de Fats qui fut celui de Clifford qui fut celui de Lee et, au moins, l’inspirateur de Booker. Manquent à cette constellation Donald Byrd (1924, Freddie Hubbard, contemporain exact de Booker et de Lee? Comme Louis Smith, ils poursuivent leur oeuvre.

Voici, grâce à Paolo Piangiarelli (label Philology), que nous remercions, les enregistrements non officiels (27 CDs à ce jour), non disponibles à la vente, qu'il s'agisse de concerts inédits, de répétitions, de pratique instrumentale, de dialogues, etc.


Howard McGHEE / L’éternel retour
Si l’on reconnaît facilement Howard McGhee (1918-1987) à ses lunettes noires qui dissimulaient un visage déformé par un accident d’enfance, son jeu a beaucoup évolué dans le temps. Il fut un trop jeune trompettiste de swing pour s’y ancrer définitivement et devint l’un des musiciens à définir les
canons du bebop sur son instrument. Petit maître, comme cette musique en produisit à l’ombre des géants, il ne se contenta pas pour autant de suivre aveuglément la voie de Dizzy Gillespie et apporta sa contribution à l’élaboration de l’esthétique. Il possédait de nombreuses ressources et sut repenser entièrement son jeu à son retour après des années obscurcies par la dépendance à l’héroïne. Le parcours de Maggie, comme on le surnommait, dans ses hauts et malheureusement surtout dans ses bas, est aussi emblématique de celui des musiciens de sa génération.


Fats NAVARRO / Opus de bop
Theodore Fats Navarro, Jr., aussi surnommé Fat Girl, est né à Key West, en Floride, le 24 septembre 1923. Ses ascendants lui offrent un mélange de racines afro-américaines - cubaines en partie - et chinoises. Son père, Theodore Navarro Sr. (1901-1957), barbier de métier mais aussi pianiste à ses heures (toujours ces barber shops), est le fils de Agustin Navarro et Catherine Shavers, ce qui l’apparente au trompettiste Charlie Shavers, son cousin, exceptionnel trompettiste lui-même (1917-1971) et fils de trompettiste. Une première influence se trouve donc ici dans le fait familial, par le père et par Charlie Shavers notamment sur l’aspect de la virtuosité instrumentale.
Sa famille est restée en Floride, mais le jeune Theodore Navarro n’aime pas Key West. Il quitte la Floride son diplôme en poche, et ne remettra jamais les pieds à Key West. Fats commence à étudier le piano à 6 ans, mais il avoue ne s’être sérieusement intéressé à la musique que vers 13 ans lorsqu’il adopte la trompette. Il étudie également le saxophone et reçoit un enseignement musical de base au lycée et débute dans l’orchestre de Walter Johnson à Miami.
Malgré la brièveté relative de sa carrière (une dizaine d’années), il peut être reconnu, avec Dizzy Gillespie, comme l’initiateur d’une des plus belles descendances de Louis Armstrong et Roy Eldridge. Fats Navarro est déterminant parce qu’il apporte à la trompette le lyrisme de Charlie Parker, une qualité d’expression (sonorité, technique et idées) que Clifford Brown - son fils spirituel - reprendra et qu’on retrouve aujourd’hui encore dans l’art exceptionnel de Wynton Marsalis et en général de la grande tradition des trompettistes américains.


Booker LITTLE / Lament for Booker
Parmi les grands disciples de Clifford Brown, il en est un qui occupe une place à part, notamment par la similarité de leurs destins, engloutis dans une mort trop précoce : Booker Little, the young man from Memphis. Pour comprendre qui il était, il nous faut faire un long détour par Memphis et le Tennessee.


Louis SMITH / Cousin Booker
Le trompettiste Edward Lewis Louis Smith est un cousin de Booker Little. Il a déjà retracé son propre itinéraire pour nous il y a quelque temps (Jazz Hot n° 562), mais il se penche ici de plus près sur son passé lointain, évoquant en creux sa carrière qui l’a vu enregistrer deux albums pour Blue Note avec Cannonball Adderley, Paul Chambers, Charlie Rouse, Sonny Clark, Tommy Flanagan, Art Taylor… et tourner quelques mois avec Horace Silver. Il avait l’admiration de Lee Morgan (« Louis joue de la trompette comme j’aime, en se servant de tout le registre de l’instrument », Jazz Hot n°139) mais il s’est par la suite consacré à l’enseignement et s’il est resté très discret, ses rares sorties chez SteepleChase permettent de constater qu’il reste un styliste élégant. Il est vrai que ce trompettiste exigeant s’entretient avec trois heures d’exercices quotidiens comme il nous l’a prouvé lors d’un récent séjour parisien en compagnie de son épouse, Lulu…


Lee MORGAN / The Sidewinder
Le destin musical de Lee Morgan est étroitement lié à celui de Clifford Brown car ils viennent de la même ville et ont bénéficié du même environnement. Si Lee Morgan est un disciple de Clifford Brown (il a pris des cours avec lui), il le suit de très près et ne tarde pas lui-même dès son irruption sur la scène new-yorkaise à marquer l’histoire de la trompette et du jazz de manière définitive.
Il a participé à de nombreuses séances devenues légendaires dans l’histoire du jazz : Blue Train avec John Coltrane, Moanin’ et Night in Tunisia avec Art Blakey et bien sûr, son propre The Sidewinder. Personnalité volontaire, abrupte, sans hésitation, sûre de son talent, il dégage une autorité naturelle que l’on retrouve dans son jeu. Comme Booker Little ou Clifford Brown, il possède une rare maturité. Il est notamment conscient dès son plus jeune âge de l’importance de l’écoute, de la formation auprès des anciens. De plus il possède un regard critique sur son propre travail. Cette exigence venant d’un jeune homme de 20 ans est le fruit d’un environnement des plus stimulants : le guidage par les aînés, parfois seulement de quelques années, est une donnée structurante pour ces jeunes musiciens qui développent leur art au coeur du chaudron.

Retour