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Vente par correspondance

Art BLAKEY / Orgy in Rhythm
Activer les mécanismes de la mémoire devient une nécessité générale aujourd’hui et, dans le jazz, une urgence car les fondateurs directs (Jay McShann, B. B. King…), ou tout au moins ceux qui les ont côtoyés (les Jazz Messengers), sont parfois encore parmi nous, parfois jeunes. Des musiciens comme Art Blakey se sont éteints il y a peu et cultivaient dans leur pratique musicale quotidienne cette volonté de transmission de la grande musique du siècle dernier. Ils étaient eux-mêmes les témoins du premier jazz, cet art d’essence et de pratique populaires, un fait artistique sans précédent à cette échelle dans l’histoire de l’humanité. La volonté d’Art Blakey s’est traduite par le recrutement permanent de jeunes musiciens qui venaient à lui comme on vient au messie, au messenger, en recherche d’origine, de racines.
Notre époque est paradoxale. Les outils de la mémoire n’ont jamais été aussi puissants, puisque les morts continuent d’être parmi nous par l’image et le son, mais la mémoire des hommes semble abandonner à la machine et à quelques-uns - les spécialistes, les professionnels - ce travail d’accumulation nécessaire à l’élaboration artistique. Or, et Art Blakey l’a compris plus qu’un autre, la mémoire est aussi celle des sentiments, de l’émotion, de l’énergie, du corps et de l’esprit comme un tout formant l’humanité de chacun et ce feeling ne peut être transmis que d’un être humain à un autre.


Cedar WALTON / Casting Big Shadow
Le pianiste Cedar Walton est un de ces hommes tranquilles et solides du jazz, profondément enracinés, qui fait partie des meubles des quatre dernières décennies. Homme libre, aux manières douces, comme leader et sideman, il a eu tendance à rester à l’arrière-plan de l’histoire musicale, mais ne nous y trompons pas, son ombre est maintenant gigantesque.
Depuis que le pianiste, élevé au Texas - il est né à Dallas en 1934 -, a atterri à New York au milieu des années cinquante, il a bâti une discographie monumentale, écrit de nombreuses pièces qui sont devenues des standards, et le rôle important qu’il joua dans l’une des plus marquantes moutures des Jazz Messengers d’Art Blakey ne doit rien au hasard. Avec Wayne Shorter et Freddie Hubbard, il a posé les fondations d’une manière de jouer qui ont influencé les musiciens de jazz jusqu’à aujourd’hui.
Walton est un sideman accompli qui sait parfaitement s’avancer ou rester en retrait dans une section rythmique. Leader de son beau trio Eastern Rebellion, avec Billy Higgins à la batterie, il peut démontrer un délicat équilibre entre énergie et subtilité.
Il faut reconnaître que Cedar Walton - c'est un trait de personnalité - n'a rien fait pour attirer l’attention, mais il sait aussi se montrer brillant et extraverti parfois, comme dans le riche album en solo Live at Maybeck (Concord, 1992). Le gentil « rebelle de l’Est » a passé de nombreuses années basé à Los Angeles avant de revenir à New York au milieu des années 90. C’est en effet la place de quelqu’un d'aussi impliqué dans le tissu du jazz d'aujourd'hui.


Bobby WATSON / Homecoming King
Cet automne à New York, l’Iridium a célébré un double anniversaire : les 85 ans d’Art Blakey et les 10 ans du club installé récemment à une nouvelle adresse. Le casting des Jazz Messengers n’a présenté aucune difficulté tant sont encore nombreux les jeunes musiciens à avoir été introduits par Art Blakey sur la scène du jazz. La place du saxophoniste alto Bobby Watson, qui a passé plus de quatre ans avec les Jazz Messengers avant de se lancer dans sa longue carrière de leader, était naturellement réservée.
Ce concert constituait certes un retour aux sources, mais un parmi d’autres. La vie d’un professionnel du jazz est rarement linéaire, et l’histoire de Bobby Watson est particulièrement tourmentée, compliquée par différents projets en tous genres, qui peuvent rendre ce retour riche ou délicat. En 2004, il a reformé le temps d'une tournée en Europe son vieux groupe, le 29 th Street Saxophone Quartet, une déclinaison straight ahead de l'esthétique out du World Saxophone Quartet. Toujours au chapitre de la nostalgie, son deuxième album chez Palmetto, Horizon Reassembled, a retrouvé ses acteurs originels Victor Lewis (dm), Terrel Stafford (tp), Edward Simon (p) et Essiet Essiet (b).
Mais son retour aux sources le plus marquant date de 2001 quand il est retourné à Kansas City - il est né le 23 août 1953 près de Lawrence, Kansas, une ville universitaire où est né également William Burroughs.
Aujourd’hui, quand il n’est pas sur la route, Bobby Watson est professeur de jazz à la fondation William and Mary Grant/Missouri et il est directeur des Etudes de jazz à l’Université du Missouri/Conservatoire de musique de Kansas City.
Dans son emploi du temps chargé, Bobby Watson travaille également pour le programme Jazz in America du Thelonious Monk Institute et dans l’orchestre Jazz Across Americas, un all stars formé de musiciens de différentes villes, parmi lesquels Nicholas Payton de New Orleans. Chez lui à Kansas City, il contribue à revitaliser un des berceaux du jazz, dirigant le 18th and Vine Big Band qui a rendu hommage à Count Basie avec en invités Clark Terry et James Carter.
La piste du jazz passe par le retour aux sources...


Coleman HAWKINS / Body and Soul
La vie de Coleman Hawkins, au look d’homme à femmes comme Cary Grant de sa génération, n’a pas fait l’objet du film romancé de sa vie comme un Glenn Miller, né, lui aussi, en 1904, car l’ethniquement correct n’y était pas favorable à l’époque. Tous les ouvrages, y compris le respectable New Grove Dictionary of Jazz, s’accordent à faire naître Coleman (Randolph) Hawkins, dit « Hawk » et « Bean », le 21 novembre 1904 à St. Joseph, Missouri. Encore y a-t-il ici une incertitude*. Certains éléments ont laissé penser qu’il était né en 1901 comme Louis Armstrong, le roi des rois, l’inventeur du solo jazz, et comme Marcel Mule, l’artisan d’une voix classique pour le saxophone. Ce serait presque «normal» puisque, sans contestation, Coleman Hawkins est la parfaite synthèse qui a adapté le solo jazz au saxophone, lui donnant une autre voie(x).
Avec Louis Armstrong, la trompette s’impose comme l’instrument roi. Mais, si aujourd’hui le saxophone ténor se place en rival de principe, Coleman Hawkins y est pour beaucoup. Il aura la bonne idée de se consacrer au ténor, car dans cette génération, en dehors du discret Greely Walton, les destinées se font plutôt « dans » la clarinette (Volly DeFaut, Jimmy Lytell, Don Murray, Bob McCracken) et surtout l’alto (Lester Boone, Otto Hardwicke, Arville Harris, Jack Holt, Gene Prendergast) ; et ils « doublent » souvent (saxophone et clarinette). Et là, alto s’entend, il n’y a pas moins de trois pointures : Stump Evans (l’oublié : il en faut un), Buster Smith (swing et hot) et Jimmy Dorsey (technique), les deux derniers cités sont, avec Lester Young, à l’origine de Charlie Parker…


Bill COLEMAN / Le gentleman de la trompette
La promotion 1904 a été favorable au monde des cuivres puisqu’elle nous a donné les trompettistes de jazz Herman Autrey, Louis Bacon, Al King, Big Jim Lawson, Louis Panico, Eddie Ritten, Leon Scott, les trombonistes Billy Burns, Floyd O’Brien, Sonny Lee, Tricky Sam Nanton, Bill Rank, Nat Story, Leo Vauchant, sans parler du facteur de trompettes Eldon Benge ou des pédagogues James Stamp et Carmine Caruso (saxophoniste qui enseignait les cuivres). Indéniablement, d’entre eux tous, émerge un soliste d’exception, Bill Coleman, que l’on ne peut comparer, dans sa génération, qu’au violoniste Eddie South, pour la souplesse, l’élégance des phrases, l’évidence du discours et la qualité du timbre de la sonorité. D’ailleurs, le violon fut (avec la voix humaine) un modèle expressif pour tout trompettiste digne de ce nom.


Fats WALLER / How Jazz Was Born
Il y a cent ans, le 21 mai 1904, au 104 West 134th Street à New York, naissait Thomas Wright Waller.
Le 15 décembre 1943, dans un compartiment du Santa Fe Chief Express, par une nuit de blizzard glacial dans les plaines du Kansas, s’éteignait, à 39 ans, celui qui, pour le grand public et au même titre que Louis Armstrong, symbolisait le jazz : Fats Waller.
Homme encore jeune, Fats laissait une œuvre considérable : plus de 550 faces enregistrées, plus de 200 compositions (chansons, revues, musiques de films), des films et même une émission pour la télévision naissante. Pianiste de génie, organiste d’exception, chanteur par nature, Fats avait reçu tous les dons de la musique et hérité de ses parents des qualités humaines rares. Malicieux et tendre, espiègle et chaleureux, cet épicurien respirait le bonheur, la joie de vivre. Cependant, sous ses airs de joyeux drille, il masquait une rigueur exigeante dans son travail, dont a témoigné Gene Sedric (ts, cl) 1, qui l’a accompagné près de dix ans ; sa jovialité dissimulait des trésors de sensibilité. Il nous a laissé des enregistrements exceptionnels, qui témoignent d’une lecture plus que fine, profonde, de la musique. Sa retenue pudique dans la générosité rend certaines de ses interprétations graves.
Car Fats Waller était généreux avec les autres, comme on l’avait été avec lui. Avec James P. Johnson et Willie the Lion Smith, dont il avait été le disciple, il est l’un des maîtres de l’Ecole noire de Harlem qui inventa le stride piano. Earl Hines, Art Tatum, Teddy Wilson, Count Basie, Duke Ellington, Clyde Hart, Thelonious Monk, Hank Jones, qui consacra un album complet à son œuvre, ont emprunté à sa tradition. Et maintenant les nouveaux talents, Marcus Roberts, Eric Reed, Cyrus Chestnut, continuent ; ils poursuivent l’œuvre immense de ce maître du jazz aux allures peu conformistes.

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