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Vente par correspondance

Ray CHARLES / After Hours
Consacrer un numéro de Jazz Hot à Ray Charles est un plaisir exceptionnel parce qu’il personnifie dans sa plus grande dimension le génie de la musique dont nous parlons, le jazz, ou si vous préférez la grande musique populaire américaine née dans une minorité ségréguée dans ce XXe siècle, et qui a fait don de sa beauté à l’ensemble du monde. Il l’incarne dans son expression artistique, mais plus largement en tant qu’homme.
Ray Charles est né au bas de l’échelle sociale et a atteint l’excellence, la sophistication et l’exigence en art, sans jamais faire abstraction de ses racines, d’où il venait, de ce qu’il était.
Ray Charles a subi le racisme, la ségrégation et il a dans son art donné tout de lui, au monde entier, sans distinction d’origine ou de classe sociale, sans mesure.
Ray Charles a perdu la vue, la clarté, et il a donné au monde la lumière éclatante de sa voix, de sa musique, de la joie et du bonheur sans limite.
Ray Charles, comme le jazz, comme l’art quand il est digne de porter ce nom, est une leçon de vie, d’humanité, le plus beau témoin de cette capacité qu’a l’Homme, quand il en a la volonté, de dépasser le fatum de la condition humaine pour parvenir à l’éternité et à l’universel. C’est pour ça que nous aimons le jazz, que nous oeuvrons pour sa vie, sa préservation.
Ray Charles pourrait se contenter d’être cet artiste gigantesque, mais de plus il possède le talent et la sagesse pour nous l’expliquer after hours avec des mots d’une précision et d’une profondeur qui n’ont rien à envier à ceux des philosophes.
Que Mr. Ray Charles, après tant de générosité, nous fasse l’honneur d’une longue et belle interview, pleine d’humour et de répartie, est pour nous, pour Jazz Hot, pour tous les lecteurs et amateurs de jazz, un bonheur rare. Alors avant tout, merci ! Ne laissons pas passer cet instant, il est précieux, en étant conscients que si notre travail dans cette revue ne sera jamais à la hauteur du Genius, de ce génie de la grande musique populaire américaine en général, de ces personnes qui motivent notre passion et notre amour comme Earl Hines, Frankie Manning, David Newman, Gregory Hines, Sonny Criss, nous aurons fait le maximum pour nous en approcher, en sachant aussi que ce sont des femmes et des hommes comme Ray Charles qui ont rendu cette approche possible.
Yves Sportis


Ray CHARLES / Genius Story
Ray Carles est un personnage central de la musique populaire afro-américaine. Sans prétendre retracer ses bientôt 60 ans de carrière, cette « Genius Story » a pour seule ambition d’accompagner, parfois d'éclairer le long entretien que vous venez de lire et la discographie qui suit. Ray Charles Robinson est né le 23 septembre 1930 à Albany (Georgie), mais il a grandi à Jellyroll, le ghetto noir de Greenville (Floride), plus misérable encore que l’autre ghetto de la ville, Blackbottom. Anciennement nommé Station Five, le village de moins de 1000 habitants, à forte population de couleur, a dû son nouveau nom à des habitants originaires de Greenville (Caroline du Sud). Situé à cinquante kilomètres de Tallahassee au nord de la Floride, il s’était développé autour d’une gare de chemin de fer d’où étaient expédiés le coton, le bois, le tabac et les porcs produits dans la région.


Sarah MORROW / With the Genius
Partagée entre Columbus (Ohio) et Paris, où elle réside la plupart du temps, Sarah Morrow a joué avec la fine fleur du jazz et du funk (Bootsy Collins, Ricky Ford, David Murray, cf. Jazz Hot n° 578?). Elle mène aussi d’une main ferme des quintets originaux faisant appel à des musiciens contemporains d'excellent niveau (Jesse Davis, Antoine Roney, James Hurt, Donald Edwards, Clarence Seay, Jaz Sawyer, Bobby Floyd...) et ne néglige jamais une rencontre avec un aîné. Elle s’exprime avec invention dans une musique swinguante aux arrangements ambitieux. Son style de trombone est énergique et empreint de blues, deux éléments auxquels n’a sans doute pas été insensible Ray Charles quand il fit le choix d'une dame for the first time in his orchestra.


Jean-Pierre GROSZ / Pour l'amour du Ray
Né le 29 janvier 1947 à Alger, Jean-Pierre Grosz, qui tire ses origines de Hongrie et d'Afrique du Nord, est ce qu'il est convenu d'appeler un personnage atypique. Depuis la fin des années soixante-dix, il a entretenu une relation amicale avec Ray Charles dont la source se trouve au c?ur de l'enfance. Cette amitié s’est renforcée au cours des ans, et le chanteur américain a demandé à ce serrurier professionnel, grand amateur de musique, de devenir son producteur. Leur collaboration, qui commence le 2 janvier 1979, devient quotidienne au point que Ray Charles lui demande de devenir un second Joe Adams.


David Fathead NEWMAN / Song for the New Man
Lors du Festival de Jazz de Berlin cette année, le programme était éclectique, voire expérimental si l’on s’en rapporte à la gymnastique théâtrale du groupe français de l’Arfi et à la musique des artistes ECM des diverses contrées européennes. La tâche de recentrage du festival 2003 sur le jazz revenait au vétéran américain, le saxophoniste David Fathead Newman. Très en forme à 70 ans, et poursuivant une impressionnante série d’albums sans compromis pour le label HighNote, il s’en est parfaitement acquitté. Un concert classique de David Newman, comme lors de cette apparition exclusive à Berlin, inclut nécessairement une référence au hard bop, au gospel, à la soul et à une bonne dose de blues.
Le musicien, né et élevé au Texas, vit maintenant dans un paysage bucolique sur les hauteurs au nord de New York. Il s’est formé dans sa jeunesse avec Ray Charles, a travaillé avec Herbie Mann et nombre de légendes du jazz et du blues, est devenu un sideman et un musicien de studio recherché par des stars comme Aretha Franklin et Dr. John, pour finalement et récemment entreprendre une vraie carrière de leader.


Earl HINES / Au nom du père
Comme pour beaucoup de pionniers du jazz, l’état civil d’Earl Hines reste incertain. Certains affirment qu’il est né le 28 décembre 1903 ; d’autres établissent sa naissance à l’année 1905, car c’est à Duquesne, sa ville natale, qu’il fête son 70e anniversaire en 1975. Notre homme est coquet et peut avoir choisi son âge, mais beaucoup de musiciens ont aussi eu besoin de se vieillir pour exercer leur métier de manière précoce. Quoi qu’il en soit, c’est pour nous un plaisir de célébrer le centenaire de la naissance (peut-être avec deux ans d’avance) - à défaut, de commémorer la disparition, il y a vingt ans - d’un musicien d’exception, dont les jeunes amateurs de jazz ignorent en général l’importance pour l’histoire du jazz, du piano et de la musique en général. Car Earl Hines a influencé tous les pianistes de jazz, de Nat King Cole (un «Vice-Earl » à la fin des années trente) à Ray Charles, et jusqu’à McCoy Tyner, l’un de ses descendants les plus remarquables ; ce qui témoigne de l’éternelle modernité de ce grand créateur qu’est Earl Hines.
Earl Hines appartient enfin à cette grande lignée des poètes du jazz, ces conteurs d’histoires et de sentiments, et s’embarquer avec lui est une merveilleuse aventure, d’une rare intensité, qu’il faut absolument avoir vécue. Sa discographie est à cet égard une source inépuisable d’émerveillements...


Sonny CRISS / L.A. Blues
Le jazz vit de ses légendes, de celles qui sont éblouissantes de lumière comme de celles qui puisent leur intensité dans des abysses de souffrance. Et il arrive parfois que la légende alterne ombre et lumière comme pour BillieHoliday.
Après trente ans d'une carrière consacrée au jazz depuis 1945, on ne trouve pas beaucoup de documents sur Sonny Criss, et peu de photos. Il a vécu en France, et certains amateurs, certains musiciens s'en souviennent sans vraiment s'en souvenir. Son destin interrompu à moins de 50 ans est celui d'un musicien doué de tous les talents qui n'aura jamais pu s'imposer. Il reste une interview, une oeuvre enregistrée d’une quinzaine d'albums personnels qui font sentir toute l'intensité et la vérité de son expression.
Pascal et Jean sont donc partis à la recherche de ces fragments d’un puzzle qui ne sera jamais reconstitué, jamais satisfaisant, car les notes qui survivent au saxophoniste laissent aux amateurs le goût amer d'un grand destin non accompli. C'est peut-être ce qui fait d'une certaine façon la beauté du jazz. Il conserve son mystère et sa vérité et, en fin de compte, son humanité. YS


Le Jazz et la Danse / Frankie MANNING : Lindy Hoppers Story
Frank Manning est né le 26 mai 1914 à Jacksonville (Floride). En 1917, ses parents s’installent à New York et il grandit à Harlem. La première fois qu’il entre au Savoy Ballroom au début des années trente, il voit danser Shorty George Snowden et Leroy Stretch Jones ; il est fasciné par ces deux habitués qui remportent régulièrement les compétitions de danse. En 1935, Frankie Manning gagne son premier concours de danse, ravissant à Shorty la place de meilleur danseur non professionnel du Savoy. Il développe son propre style, genoux fléchis, bassin cambré, torse incliné en avant, donnant ainsi aux mouvements encore plus de souplesse, de réactivité sur le swing et d’aérodynamique. Jusqu’à aujourd’hui, Frankie Manning revendique, pratique et enseigne le lindy hop d’abord et avant tout en tant que danse sociale, même si son immense talent l’a toujours imposé comme un professionnel. Avec Judy Pritchett, sa partenaire, l’histoire du lindy hop reprend vie : à la fin des années vingt, au Savoy Ballroom, le breakaway mêle ses pas au charleston. A Shorty George Snowden qui remporte la plupart des marathons de danse, un journaliste demande comment s’appelle ce qu’il danse. Comme les journaux de l’époque titrent : « Lindy (Charles Lindbergh) hops the Atlantic», le danseur lui répond : «It’s the hop? the lindy hop?»


Le Jazz et la Danse /Gregory HINES : FLOWERS
Jeudi 23 août 2003, Harlem : le tap dancer David Gilmore monte sur la petite estrade en bois du Showman’s Room Club, voisin de l’Apollo Theater, comme tous les jeudis depuis des années, telle est la tradition du Showman’s, ancien quartier général du célèbre tap dancer Honi Coles. Mais ce soir, ce n’est pas la mémoire de Honi Coles seulement qui est célébrée. Les larmes aux yeux, David Gilmore prend le micro et dédie la soirée à Gregory Hines dont la mort soudaine, des suites d’un cancer à l’âge de 57 ans, a choqué la communauté du tap-dance et bouleversé le pays entier. Car aux Etats-Unis, Gregory Hines était bien un héros national, un visionnaire dont les multiples talents de chanteur, acteur, batteur et bien sûr tap dancer, ont laissé une marque indélébile dans le jazz, la danse, le show-biz et inspiré plusieurs générations d’artistes.


Le Jazz et la Danse / Shall We Dance ? (Documentation)
Voici un an, numéro après numéro, que nous avons entrepris un tour d'horizon de la place particulière de la danse dans le jazz, et réciproquement pourrions-nous dire car ces expressions ont tellement été imbriquées qu'elles ont parfois été confondues, été une seule et unique expression. L'expression corporelle (la voix, le corps) constitue en effet la manifestation « organique » la plus directe d'une culture. Beaucoup d'acteurs de l'histoire et de l'actualité de la jazz dance nous ont raconté leur histoire, d'autres continueront.
Après l'Abécédaire (a,b,c, danse, cf. Jazz Hot n° Spécial 2003) qui situait lieux, personnages, vocabulaire courant, auquel nous vous recommandons de vous reporter pour la lecture de ce numéro en particulier, voici venu le temps de faire un point sur la documentation. Sans prétention à l'exhaustivité, il vous apportera des pistes de réflexions voire aiguisera votre curiosité. Livres, revues, films, soundies, disques, sites internet sont autant de médias, de moyens mis à notre service pour la mémoire de la danse qui n'a rien d'une création spontanée et tout d'un art populaire, donc d'une tradition.

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