Bud Powell / The amazing Bud Powell
Pour prolonger quelques instants encore notre numéro Spécial 2002, il faut remarquer encore quelle fut l’énorme importance d’Art Tatum, géniteur spirituel direct de Bud Powell, Charlie Parker et Dizzy Gillespie, mais aussi, en creux en quelque sorte - ce que peu ont perçu - de Thelonious Monk, et par conséquent d’une esthétique qui marqua le jazz de manière définitive : sur le seul plan pianistique, il suffirait d’égrener les noms d’Oscar Peterson, Phineas Newborn, Hank Jones, Lennie Tristano, et jusqu’à McCoy Tyner et Stanley Cowell aujourd’hui, pour constater la place d’Art Tatum dans l’histoire de la musique, non plus comme phénomène de foire ou pianiste de bar, mais comme père fondateur.
Parmi tous ses héritiers, l’un des plus originaux et des plus proches pourtant, est sans conteste Bud Powell qui va avoir, à l’instar du maître et l’amplifiant d’une certaine manière, une influence déterminante sur l’évolution de l’esthétique du jazz, sans que finalement ne soit tout à fait reconnue cette réalité, pourtant évidente à l’écoute des pianistes et du jazz moderne. De Hank Jones à Al Haig, George Wallington, Horace Silver, Wynton Kelly, Red Garland, Barry Harris, Duke Jordan, Kenny Drew, Walter Bishop, Elmo Hope, Tommy Flanagan, Cedar Walton, Bobby Timmons, Bill Evans, McCoy Tyner, Chick Corea, Kenny Barron, sans oublier sa descendance de par le monde, en France en particulier, ils sont légion ceux qui viennent de ce creuset.
René Urtreger / I remember Clifford
René Urtreger est né à Paris le 16 juillet 1934. C’est un homme discret, élégant, doué d’un humour caustique, d’un sens certain de l’(auto)dérision et d’une modestie désarmante quand on connaît son parcours. René Urtreger place le swing au-dessus de tout, disant que c’est une grâce divine. Ce qui n’étonnera pas ceux qui l’écoutent. Voilà un musicien qui a joué avec les plus grands : Don Byas, Buck Clayton, Lester Young, Lee Konitz, Sonny Rollins, Chet Baker, Dexter Gordon, Philly Joe Jones, Johnny Griffin, Stéphane Grappelli, Dizzy Gillespie, Miles Davis, Bobby Jaspar, René Thomas, et on en oublie beaucoup
Avec lui, ce sera, en 2003, 50 ans de jazz (Happy Birthday !), une bibliothèque du jazz comme on dit outre-Atlantique. Nous avons de la chance, en France, d’avoir de tels musiciens, qui sont, sans le dire, les passeurs d’une grande tradition.
Garnet Clarke / Un poco loco
Dans l’histoire du jazz, Garnet Clarke est une étoile filante. Il n'a laissé que sept enregistrements, qui révèlent un talent original. Entretenu par une disparition silencieuse et tragique, son mystère se conforte dans une trop courte vie. Les titres des rares articles qui lui sont consacrés sont révélateurs de cette légende : « Le Feu-Follet » ou « A Genius in Distress ? ». Pour ajouter à son mythe, son nom - souvent orthographié Garnet(t) Clark(e) - laisse planer des incertitudes que nous avons résolues avec quelque hésitation en choisissant l'orthographe qu'il s'était lui même donnée. Charles Delaunay avait pour cet artiste atypique une tendresse particulière. Il n’était pas le seul : John Hammond, Benny Carter, Trummy Young, Stanley Dance l’ont évoqué avec chaleur. Une raison de plus pour s'attarder sur un musicien qui rassemble dans son destin tous les ingrédients de la légende du jazz : le talent précoce, la modernité, l'exubérance incontrôlable, la vie intense, la folie, le silence et une mort, trop jeune, celle du poète.
Count Basie / Discographie (3e et dernière partie 1962-1983)
Suite de nos numéros Spéciaux 2001 et 2002, et fin de cette longue discographie de Count Basie. Nous vous engageons à revisiter les précédents épisodes (encore disponible chez Jazz Hot et en bibliothèque), car certains articles illustrent certains aspects de cette partie. Nous avions terminé le premier épisode (« l’Ancien Testament ») avec la dissolution du Count Basie Orchestra en 1949, puis le second à la fin de l'année 1962 sur la période Roulette, en pleine gloire. Nous reprenons le cours de la vie d'un orchestre devenu une institution, avec une particularité dans cette dernière partie, la multiplication des rencontres, pas toujours en big band, car Count Basie est devenu un monstre sacré du jazz, et que le label Pablo (repris sur Original Jazz Classics) lui offre la possibilité de projets originaux avec Oscar Peterson, Louie Bellson, Zoot Sims. C'est aussi et toujours la rencontre de voix : Ella Fitzgerald, Sarah Vaughan, Frank Sinatra
C'est enfin l'éternel retour à Kansas City et au blues. Cette magnifique dernière décennie du Count est aussi une manière de découvrir un talent longtemps résumé, à tort à celui de leader. C'est un pianiste original, doué d'une respiration rythmique à nulle autre pareille, d'une couleur expressive sans équivalant, un boss du swing et du blues.
Le Jazz et la Danse / 1ère partie : Bojangles of Harlem
Le jazz n’est pas seulement une musique, mais aussi l’expression de la culture et des valeurs portées par l’histoire des Afro-Américains. Le spectacle qui en sort restitue des dimensions de cette culture, par les références choisies, par les thèmes, les émotions, les décors, les costumes, la mise en scène
La danse dans le jazz a une réalité sociale et historique particulière, porte des valeurs différentes de celles du tango à Buenos Aires, de la java à Paris, la valse à Vienne ou la bourrée en Auvergne. Le choix même de danser cette musique plutôt qu’une autre traduit l'intégration, plus ou moins profonde, de références culturelles.
Dans l’espace et le temps, les vies humaines en communauté se traduisent en musiques dansées, et le jazz n’a pas dérogé. Il apparaît dès lors incongru à propos du jazz, un art populaire, de dissocier la musique de la danse qui, l’une avec l’autre, l’une pour l’autre, sont intimement liées, comme le sont le blues, le swing et le jazz.
Dans l’histoire des hommes, en particulier celles des sociétés monothéistes, la plupart des pratiques religieuses ont tout fait pour séparer les hommes des femmes, l’esprit du corps et la musique de la danse ou pour tout au moins régenter et maîtriser cette relation. Répéter des schémas de danses codifiées et amidonnées est accepté, même encouragé en tant qu’acte de normalisation, et si les philosophes ont parfois permis de braver les interdits de Dieu, le corps et son expression demeurent tabous.
Mais l'humanité est pleine de ressources, et la danse, cantonnée dans des cadres (le bal populaire et folklorique ou à l’autre extrême social la danse classique), a connu une nouvelle vie au XXe siècle et un développement artistique particulier dans le jazz, comme l'autre dimension d’une même montagne. L’histoire de sa communauté d’origine y est pour beaucoup, qu’on se réfère à ses origines africaines (d’autres traditions religieuses, un autre rapport au corps) ou à sa transformation sur le sol américain au contact des réalités de la ségrégation, des croyances chrétiennes, mais aussi d’un pays offrant un espoir, une effervescence artistique et une liberté de création sans précédent en ce début de XXe siècle.
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