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Vente par correspondance

Art TATUM / The man !
Alors que je me promenais en compagnie de Dan Serro, l’un des grands collectionneurs de disques de jazz des Etats-Unis, le long de la plage, downtown à Miami, nous arrivâmes près de l'endroit où Art Tatum joua au milieu des années 50. Dan, tout en me montrant le terrain vague où jadis se situait précisément le club, me relata l'impression énorme dégagée par le pianiste lors de la première soirée. Marchant sur le trottoir qui rejoint la main courante en bois qui longe la plage, j'imaginais Art Tatum après quelques sets mémorables empruntant le même chemin afin de prendre un peu l'air. Je fis part de mes pensées à Dan Serro qui éclata aussitôt de rire : « Pascal ! Enfin ! Je te rappelle que nous sommes au début des années 50, en Floride, et que les musiciens noirs à cette époque avaient l'obligation de rentrer par la porte de service pour accéder au club où ils se produisaient. Il était formellement interdit de rentrer par la grande porte de devant réservée aux clients. De plus, lors des pauses entre les sets, ils ne pouvaient pas non plus se désaltérer au bar et devaient se contenter de l'arrière-salle pour boire et fumer. Même si un client voulait payer un coup à son artiste préféré, il n'aurait jamais eu l'autorisation de pouvoir le côtoyer en l'invitant au bar ou à sa table. La boisson était alors apportée en coulisse à l'artiste. Même le grand Art Tatum était assujetti à ce régime. Arrivant en taxi au club, passant par la sortie de secours, il se mettait alors à jouer. Une fois la soirée terminée, il ressortait par la porte de derrière et s'engouffrait à nouveau dans un taxi. » Dan, la voix chargée d'émotion, continua : « Aucun Noir n'était autorisé à marcher la nuit sur ce trottoir qui rejoint la plage. Cette dernière n'était pas non plus autorisée aux gens de couleur. Par conséquent, Art Tatum n'a jamais eu l'occasion de marcher là où nous nous trouvons à présent. Je m'excuse de casser ton rêve, mais c'était la triste réalité... »


Stanley COWELL / Too marvelous for words
De Toledo, nous revient l'écho des cascades de notes du grand Art Tatum, aujourd'hui exécutées par un autre virtuose du piano, Stanley Cowell, qui fait pour le numéro de décembre-janvier la couverture de Jazz Hot. Voici l'histoire d'une relation qui tient à un fil plus solide qu'il n'y paraît, puisque le petit Stanley vit un jour le grand Art pénétrer dans sa maison et jouer sur le piano familial. Sans parodier la célèbre phrase (God is in the house), il y a dans cette histoire extaordinaire plus qu'une simple rencontre. C‘est peut-être une sorte de voie tracée pour la vie entière de celui qui continue d'honorer la mémoire de son grand devancier (il a composé un concerto dédié à Art Tatum), sans renoncer à donner à sa virtuosité les traits originaux de l'homme savant d’aujourd'hui. Et c'est en cette qualité qu'il nous parle d'Art Tatum ; un savant quand même marqué définitivement par une vision peu ordinaire...


Phineas NEWBORN / A world of piano
Phineas Newborn est né à Whiteville, Tennessee, le 14 décembre 1931, et nous a quittés le 26 mai 1989. D'une famille de musiciens - son père est batteur, sa mère pianiste et chanteuse, son frère Calvin, guitariste, tous d'excellent niveau -, Phineas baigne non seulement dans la vie musicale d'une cité particulièrement vivante, Memphis, mais réussit une synthèse de son patrimoine culturel assez étonnante. Il maîtrise à la perfection le piano bien sûr, mais aussi le saxophone, la trompette, le baryton, le cor, le vibraphone, la batterie… Et ceux qui l'ont entendu jouer de tous ces instruments confirment que ce n'était pas de sa part une simple curiosité ludique. Son apprentissage de la musique classique (qui ne le quittera jamais), mais aussi sa possession profonde de la musique d'église et du blues en font un musicien de la famille d'Art Tatum, Bud Powell et Erroll Garner. Phineas jouissait par ailleurs de facultés intellectuelles hors norme, ce qui explique d'ailleurs en partie son jeu aussi éblouissant que déroutant. Malheureusement, sa multiplicité de talents et son immersion dans la musique se sont accompagnés d'une fragilité psychologique qui a débouché sur une biographie chaotique. Dire que Phineas a côtoyé B. B. King, Lionel Hampton, Charles Mingus, Booker Little… donne une idée de l’ampleur d'un musicien dont l'essentiel de l'œuvre se déroule en solo ou en trio. Si sa notoriété est restée somme toute limitée, il exerce aujourd’hui une influence réelle sur toute une génération de musiciens dont les James Williams et les Stanley Cowell sont parmi les plus beaux fleurons.


James WILLIAMS / Putting jazz back in jazz
Le pianiste James Willams, né à Memphis en 1951, est tout naturellement bien placé pour nous parles de Phineas Newborn. Nous l’avons déjà rencontré lors d’une précedente interview (Jazz Hot n°528). C’est un grand musicien, discret et pondéré quand il est loin du piano, puissant et présent dès que ses mains touchent le clavier. Son implication dans le jazz en fait un modèle d’enracinement, de passion et de lucidité. On connaît son parcours auprès d’Art Blakey (1977-81) et son Magical Trio avec Ray Brown et Elvin Jones. Si l’on a souvent qualifié son jeu de churchy - il vient de Memphis - il présente une amplitude stylistique qui va du stride au free, du rhythm and blues au hard bop, sa musique étant toujours fortement colorée de blues. Rien d’étonnant à ce que ce grand moderne soit aussi un grand classique et qu’il connaisse si bien les racines de sa musique et possède un sens de l’histoire aussi poussé.


Louis SMITH / Memphis, Tennessee, one more time
Nous avions rencontré Louis Smith, ce distingué trompettiste qui aime tant Paris (Jazz Hot n°563). Venu de Memphis, il fit partie de la grande époque de Blue Note, et il joua avec Horace Silver. Il s’est longtemps consacré à l’enseignement avant de retrouver le chemin des studios, notamment sur le label SteepleChase. Mais c'est pour parler de Phineas Newborn, du Memphis de cette époque que nous l'avons rencontré.

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