Count BASIE / The Kid from Red Bank
Entreprendre une discographie de Count Basie ressemble au treizième travail d'Hercule, car le leader, avec ou sans son orchestre, a énormément enregistré au cours d'une vie musicale de près de 60 ans et d'une carrière discographique presque aussi longue puisqu'elle commence en 1929 pour se terminer avec la disparition du Count en 1984. Il existe déjà un beau travail, Count Basie A Bio-Discography, réalisé par Chris Sheridan, l'ouvrage de référence, qui compte 1350 pages écrites en petits caractères. Quand on se lance dans ce projet, il y a donc un peu de présomption à vouloir synthétiser dans une revue une telle aventure discographique. C'est pourtant indispensable à la compréhension de l'uvre : un pari donc intéressant et une méthode (celle de Jazz Hot) à mettre à l'épreuve d'un «gros morceau». C'est tout ce qu'il fallait pour nous motiver.
Basie's Basement / Milanta
Michel Pastre nous le disait, et les musiciens de jazz le savent, Philippe Milanta est l'un des grands connaisseurs de l'univers basien ; certains ajoutent qu'il est l'un des très rares à pouvoir le jouer. Il a participé à la collection Masters of Jazz consacré au Count, et a en chantier un ouvrage sur ce sujet, qu'il a momentanément laissé de côté pour se consacrer à son uvre musicale aujourd'hui à un tournant (cf. Jazz Hot n° 576). Mais c'est avec gentillesse et compétence qu'il s'est replongé dans l'univers de Count Basie à l'occasion de ce numéro.
Albert AYLER / My Name is Albert Ayler
Le 25 novembre 1970, un corps flotte dans l'East River, à New York, pas très loin du pont de Williamsburgh, là où, quelque dix années plus tôt, Sonny Rollins s'exerçait au ténor, en solitaire, revisitant ballades et standards, anciennes et nouvelles compositions. Ce corps porte le nom d'Albert Ayler, saxophoniste afro-américain, né trente-quatre ans auparavant, le 17 juillet 1936, à Cleveland, Ohio, dans une famille de la classe moyenne. Des berges embrumées et irréelles ; des flics, blasés, mécontents de s'être levés à l'aube d'une journée hivernale, glaciale et blafarde, ne rêvant que de leur premier café, entoure un cadavre tout juste repêché, auprès duquel un médecin légiste s'affaire. Mort par noyade, dira ce dernier après une première inspection du corps. Tous les éléments d'un début de polar à la Ed McBain sont réunis...
Uri CAINE / Philly Variations
Si le melting-pot américain est souvent une illusion, le jazz a pu parfois être le lieu d'une réelle originalité culturelle puisant à diverses racines pour produire des synthèses humaines généreuses.
La trajectoire d'Uri Caine en est le reflet. L'originalité de sa démarche, en même temps que son inscription dans la tradition, traduit le potentiel de renouvellement du jazz. Nous vous parlions d'Uri Caine dans l'éditorial du n°572 et dans le compte-rendu du festival de San Sebastián (n°575) où il a donné libre cours à son inspiration protéiforme mais toujours sincère et aventureuse. La fertilité de son invention et ses projets multiples inclinent à penser qu'on en entendra encore parler
John LEWIS / Le piano bien tempéré
John Lewis est un musicien de jazz emblématique de la seconde moitié du XXe siècle ; le Modern Jazz Quartet, prolongement de son art musical, a été le champ d'investigation et le laboratoire de ses expériences vécues et partagées avec Milt Jackson, Ray Brown et Percy Heath, Kenny Clarke et Connie Kay. C'est un personnage discret et mesuré. Sa lecture du jazz enracinée dans la tradition donne, avec le recul du temps, une appréciation moins ambiguë sur ses essais musicaux au sein du Third Stream 1, en définitive une attitude exigeante et ambitieuse de créateur au service de la seule musique dont il se réclame, le jazz. Les passions de la mode des années cinquante étant retombées, ses uvres reprennent la place qui est la leur dans l'histoire tumultueuse d'une musique en devenir dans une civilisation déchirée par la ségrégation, dans un monde troublé et divisé par des conflits politico-idéologiques majeurs et où la philosophie de l'art ne pouvait échapper au débat des idées.
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