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Vente par correspondance

Billie HOLIDAY / Body and Soul
Billie Holiday, dédicataire du « Lover Man » du parolier Jimmy Davis (musique de Ram Ramirez) appartient à la légende du jazz, mais pas exclusivement pour son art. Aborder l'existence de Billie Holiday n'est pas sans poser un problème ; celui d'une vie troublante. Le genre même de considération dont on fait trop cas dans les historiques «bas de gamme » du jazz. Avec Billie Holiday, il y a ce type « d'à-côté » qui a aussi rendu romanesque au premier degré les finalement tristes existences des Charlie Parker, Fats Navarro, Wardell Gray, Bud Powell, Dexter Gordon? au point peut-être qu'on oublie d'écouter leur musique ou tout au moins objectivement. « Elle porte en elle l'innocence et la culpabilité d'être née femme, pauvre, noire dans un monde où le pouvoir appartient aux riches hommes blancs.» (Danièle Robert)...
La vie de Billie Holiday, ses échecs, alimentent l'imaginaire ! Il est certes difficile de séparer les douleurs vécues dans l'acquisition de la personnalité et l'intensité dramatique qu'elle sût placer dans ses interprétations. Le sentiment de terrible solitude chez Billie Holiday, Gwendolin Persiani, épouse d'André, l'a profondément ressenti lorsqu'elle l'observa au fumoir de l'Olympia avant son concert parisien de 1958.
Pour Billie Holiday, une forme de prostitution ne semble guère plus niable que la bisexualité de Bessie Smith. On ne peut ignorer aussi un nombre conséquent d'amants, ses rencontres successives avec diverses drogues qui sont peu de chose à côté de sa consommation d'alcool. Le dernier point explique bien des prestations publiques, disons délicates, en fin de carrière. C'est dit une fois pour toutes ! Cette grande styliste des songs (chansons populaires) est aussi, en partie, l'objet d'une méprise d'ailleurs entretenue ne serait-ce que dans le titre de son autobiographie, Lady Sings the Blues. Mais là encore, les choses sont simples. Lady Day, comme l'a appelé Lester Young, le musicien de sa vie, est d'ailleurs, de « Billie's Blues » à « Fine & Mellow », une délicieuse chanteuse de blues. Et à l'image de son initiatrice musicale (par l'écoute), Bessie Smith : « Quoi qu'elle chante, tout devenait blues pour moi, par sa façon de chanter. » (Barney Josephson).
Et il y a ce phrasé : « Vous n'avez jamais entendu chant aussi lent, aussi paresseux, une telle manière de traîner... ce n'est pas du blues, je ne sais pas ce que c'est. » (Ralph Cooper). Billie Holiday fait culminer toute une tradition du chant qui s'esquisse en 1909 et explose en 1920.
En 1959, avec Billie Holiday, une partie de cet univers s'éteint. Ella Fitzgerald a ouvert une autre voie qui reste fréquentée aujourd'hui encore jusqu'à l'embouteillage. Ici, scat fans passez votre chemin ! Billie Holiday est une tragédienne qui se décline selon des critères principalement expressifs, même si le swing fait partie de son bagage.


Boris VIAN
On ne présente plus Boris Vian, et surtout en si peu de mots. Nous tournons la page de ce XXe siècle, et il nous plaisait de saluer l'un des talents de notre Jazz Hot. Boris Vian a disparu, comme Billie Holiday et Lester Young, en cette année 1959, et c'était une évidence pour nous de les réunir dans ce numéro spécial, pour Jazz Hot et pour l'esprit du jazz. Boris Vian incarne, par l'écriture surtout, l'antidote tellement nécessaire au conformisme, une attitude que les pouvoirs de toutes natures supportent mal. Il l'a fait sans discours, en étant simplement lui-même. L'attrait qu'il exerce, encore aujourd'hui, ne doit rien à la mode, à l'esprit de parti, aux campagnes de presse, aux éditeurs. Il est connu parce qu'il est aimé. Comme le jazz. Librement. Sa biographie bouscule à ce sujet bien des idées reçues qui n'ont cessé de masquer sa personnalité. On aurait pu, dû le savoir en lisant ses ouvrages. Voilà donc, à la veille d'un nouveau siècle ou Boris Vian aura toujours à apporter, un salut modeste à celui que nous aimons appeler un aîné. Et pour l'évoquer sans le travestir, nous avons fait appel à Nicole Bertolt, conservatrice de la Fondation Boris Vian, et à Charles Delaunay. Leur sensibilité nous restitue un Brisavion tellement vrai…


Jacques PELZER / La pharmacopée du jazz
L'un des premiers altistes européens à sauter à pieds joints dans la nouvelle esthétique définie par Charlie Parker, Dizzy Gillespie et autres Mintoniens, Jacques Pelzer rassemble sur sa vie et sur sa carrière l'essentiel du jazz moderne ; avec toutes ses tendances et ses tentations, avec ses composantes esthétiques, mais avec aussi ses contraintes et ses contradictions, ses hésitations entre vie bourgeoise et vie de bohème. L'un des trois mousquetaires liégeois (avec Bobby Jaspar et René Thomas) aura passé la plupart de son temps en valses-hésitations entre partitions et ordonnances médicales.
Ses amis retracent ici le film d'une carrière peu commune qui aurait sans doute pu inspirer Clint Eastwood ou Bertrand Tavernier, tant la réalité dépasse parfois la fiction.


Sal SALVADOR / Invention pour guitare sans trompette
Sal Salvador vient de nous quitter, le 22 septembre dernier (cf. Jazz Hot n° 565). Nous avions prévu de publier en cette fin d'année cette longue et vivante interview réalisée à Stamford, il y a près de 20 ans, le 29 novembre 1981, un hommage et un clin d'œil que Louis-Victor Mialy espérait partager avec son ami de longue date. Le destin l'en a empêché. Il reste le plaisir de se remémorer la carrière de ce grand technicien de la guitare, qui fut un homme et un musicien doué d'un excellent esprit, tant sur le plan professionnel que sur le plan humain.


KANSAS CITY SHOUT
« Certains soirs, l'ambiance chauffait tellement dans les clubs que les musiciens qui se trouvaient à l'hôpital tout proche, sortaient leurs instruments et participaient à la jam session ! » (Count Basie, Good Morning Blues)l
Par son implantation fluviale, sa fonction portuaire, son fonctionnement et ses lieux de plaisir, Kansas City n'est pas sans rappeler La Nouvelle-Orléans. Elle est visitée par les troupes itinérantes de minstrels, les pianistes de ragtime et de boogie, les brass bands précurseurs des territory bands venant de Saint Louis, du Texas, de La Nouvelle-Orléans et même de la Côte Est. Cette activité florissante a contribué à l'émergence d'une musique locale, le style Kansas City.


Ben WEBSTER / Soulville
« If you wanna hear somebody who's really great on the tenor, go hear Ben ! ». C'est en ces termes qu'Eddie Lockjaw Davis clamait sa préférence. L'exil en Europe de Ben Webster lui a coûté la place qu'il mérite, au nombre des cinq plus grands saxophonistes du jazz, avec Sidney Bechet, Coleman Hawkins, Johnny Hodges et Lester Young, étant entendu que le statut de pionnier dans l'épanouissement d'un genre prime sur la participation à d'ultérieurs développements que d'autres peuvent faire valoir (Charlie Parker, etc.). Ben Webster est l'un des artisans de la rupture avec l'esthétique blanche Wiedoeft-Trumbauer. Il se trouve en outre à la croisée de deux tendances : celle de Coleman Hawkins et celle de Sidney Bechet-Johnny Hodges.
Enfin, il est issu d'un environnement favorable à l'expressivité hot et au swing : Kansas City ! Lester Young et lui sont à l'origine des deux courants de ténor que l'on pouvait entendre à Kansas City et dans le Southwest : les légers (Paul Quinichette) et les musclés (Dick Wilson, Henry Bridges, Herschel Evans).


Lester YOUNG / Blue and Sentimental
« As far as I'm concerned, I think Coleman Hawkins was the President first, right?» (Lester Young).
« Tous ceux qui ne jouent pas comme Lester sont dans l'erreur ! ». Ces propos d'un disciple, Brew Moore (1924-1973), sont représentatifs d'une époque où Lester Young faisait l'objet d'une adoration fanatique que le propos de Lester Young tempère. On peut constater qu'une des influences les plus marquantes du saxophoniste, le guitariste Charlie Christian (1916-1942) a fait l'objet du même engouement chez des stylistes (Jimmy Raney, Barney Kessel, Tal Farlow) et des mêmes malentendus. On n'est pas responsable de ses disciples !


Album photos 99 : 14 photos de David Sinclair.


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