Do you know what it means ?
Cher(e)s ami(e)s,
Jazz Hot prépare une nouvelle étape de sa vie, et cela nécessite une suspension de parution pour penser un avenir durable de qualité. Il ne sagit pas dun fond de teint sur quelques rides, mais denrichir le contenu, de tenir compte du nouveau monde qui soffre à nous sur le plan médiatique, économique et technologique. Je madresse tout dabord à nos abonnés qui vont être rapidement remboursés des numéros non servis de leurs abonnements en cours * ; chacun sera ainsi libre de se réembarquer pour une prochaine aventure, avec la prime davoir reçu notre cadeau disque, pour un seul numéro parfois, un remerciement pour votre fidélité. Cette parenthèse dans la vie de Jazz Hot - ce nest pas la première - correspond à une réflexion en profondeur face un environnement qui a beaucoup et vite changé, sur les moyens de préserver cette dimension rare et indispensable de la presse, lindépendance, qui fut la volonté de Charles Delaunay et qui reste la nôtre.
Ces 17 années passées en votre compagnie ont été fertiles et heureuses. Nous avons su en particulier garder ce cap du grand large avec une revue internationale et indépendante, ancrée dans le jazz de culture. Une petite structure éditoriale a permis à Jazz Hot de devenir lune des belles et bonnes revues de jazz du monde : celles et ceux qui nous le disent ne sont pas suspects de flagornerie. Ils appartiennent à tous les pays, les milieux, les niveaux de lecture (des néophytes aux spécialistes) et pour certains à la concurrence. Ils sappellent aussi à létranger McCoy Tyner, Randy Weston, Wynton Marsalis, Mighty Mo Rogers, Kenny Barron, Ted Curson et bien dautres moins connu(e)s ; leurs paroles ont toujours été un précieux soutien.
Des lecteurs, professionnels, artistes, ont contribué à la vie de Jazz Hot depuis 1991, dans le contenu comme dans léconomie, en respectant notre indépendance. Nous avons apprécié. Après les difficiles années 80 en raison de la disparition de Charles Delaunay, Jazz Hot a reconstitué, au tournant du siècle, son capital de sympathie, de notoriété internationale, de fonctionnement professionnel, de richesse de contenu et, autour de la revue, a tissé un solide réseau de partenaires. Cela nous a permis de porter sur le jazz un regard singulier, culturel dabord, promotionnel par passion, sans servilité.
Jazz Hot sest ancrée sur les fondamentaux dun jazz puisant dans sa mémoire lesprit et la matière de sa créativité. La mise au premier plan de la parole des musicien(ne)s au cur du jazz, de leur vécu en particulier, a été le moyen de ramener le jazz et lhumain au centre dun débat culturel, de le sortir des chapelles, dun consumérisme plus ou moins intellectuel, de le distinguer de ses contrefaçons institutionnelles. Pour toutes ces dimensions, Jazz Hot est indispensable au jazz.
Léquipe de ces années, les rédacteurs, photographes mais aussi les administrateurs, gestionnaires, ont travaillé avec persévérance, bon esprit et solidarité. Nobodys perfect : il y a eu deux détestables exceptions, mais cela permet dapprécier le bon feeling des autres
Léquipe a été ouverte, grâce au caractère international des contributions, savante et artiste, avec en particulier une maquette originale et de splendides photographies du monde entier rendant compte de la densité de la vie du jazz sur la planète. Cette équipe est restée modeste, dans lesprit du jazz, à sa place de média, de témoin qui transmet. Elle a su ne pas oublier que le jazz est le cur de notre passion, pas le prétexte de notre ego, que les artistes en sont les acteurs essentiels, pas les rédacteurs, même si leur sensibilité est réelle et nécessaire. Faire exister une revue indépendante dans un pays où la concentration de la presse a atteint un tel degré, y compris dans le jazz, était et reste un challenge. Mais cest possible avec de la conviction et du courage, ces années le montrent. Jazz Hot est à cet égard une exception culturelle, et pour cette fois, la locution a un sens.
Il appartient à léquipe de continuer à innover et approfondir, tant sur le plan technique que du contenu, en préservant une histoire aussi atypique que celle de Jazz Hot dans un savant équilibre entre mémoire et modernité. Cest lessence même du jazz de se renouveler en puisant aux racines. Nous avons choisi ce moment parce que le climat est paisible, les bases solides, pour donner à Jazz Hot le temps dans la sérénité de construire ses nouvelles ailes, dorganiser ainsi son avenir. Voici en quelques mots les raisons de cette pause studieuse de Jazz Hot.
Dans cet entre-deux quon sait déjà riche didées et porteur dénergie, le site www.jazzhot.net vous tiendra compagnie avec également en archives près de 700 numéros pour ceux qui auraient des retards de lecture, dont 177 bons numéros que jai pris plaisir à réaliser avec le concours dune équipe, dartistes, de professionnels et de lecteurs que je remercie.
Ma conclusion concerne bien sûr le jazz, un art exceptionnel par ses enseignements musicaux, esthétiques, moraux, philosophiques. Cest la belle réponse, humaniste, collective et individuelle, dune population extra-européenne privée de visibilité par trois siècles desclavage ; cest plus largement celle dun pays, les Etats-Unis, où vit lidée de démocratie - le jazz en est une preuve parmi beaucoup dautres - qui na pas inventé cet esclavage contrairement à la croyance des ignorants de lhistoire, mais sest donné, dès lorigine, le projet de le faire disparaître ; un pays qui trouve, en particulier dans le jazz, lart américain par excellence, les chemins de la résolution de cet antagonisme encore actif, non sans souffrances et résistances. Le jazz nest pas né ailleurs, où existait cette même population dune même origine avec la même condition indigne. Sans cette alchimie particulière entre la population afro-américaine et ce pays dans son ensemble, avec ses autres populations immigrées dEurope ou autochtones, tout aussi en attente dun monde nouveau, libre, sans la philosophie populaire en action qui a déterminé lhistoire des Etats-Unis et qui ressort de la plupart des interviews, sans latmosphère débullition artistique et de liberté du début du XXe siècle aux Etats-Unis, pas de jazz ! Cette remarque, paradoxale seulement pour ceux, encore très nombreux, qui, tout en consommant la surface du jazz, vivent de slogans anti-américains, même quand ils ont tété culturellement, sécuritairement et alimentairement à lAmérique, est au centre de ma réflexion sur le jazz et de mon travail pour Jazz Hot. On approche un art par la compréhension en profondeur de la civilisation qui lengendre. La France partage beaucoup avec cette histoire - une révolution sociale et démocratique - lui doit autant quelle lui a apporté ; dans le jazz, la splendide excroissance de la musique de Django Reinhardt, toujours vivace, et de belles décennies de jazz depuis 1935, année de naissance de Jazz Hot.
Ces idées sont au cur de ce qui a permis au jazz de dialoguer avec la planète. Cest un beau réservoir démotions généreuses qualimentent toujours, avec naturel et modestie, les artistes de jazz ; cest lavenir du jazz, un art de proximité. Le chantier qui souvre pour Jazz Hot est donc plus passionnant que jamais
Keep swingin !
< Yves Sportis >
PS : Ce retour vers le futur de Jazz Hot en ce mois passe par New Orleans, là où nous avions justement repris lhistoire en 1991 avec Louis Armstrong dans le n° 481. Entre-temps, le jazz est lui aussi repassé par New Orleans, sans attendre Katrina, grâce essentiellement à laction et à la personnalité hors norme de Wynton Marsalis. Dans ce numéro, quelques musiciens marquants de ce que nous avions nommé « la génération Marsalis » racontent en quelque sorte ces 20 dernières années. Il y a le « fils adoptif » Wessell Anderson et le « folkloriste » Donald Harrison, auteurs dun retour au pays ; Terence Blanchard, qui réunit cinéma et New Orleans ; enfin l« universaliste » Delfeayo dont lintelligence artistique nous fait rêver de cette famille Marsalis qui a enrichi, renforcé le jazz de culture dans ces années. Jazz Hot a donné à cette belle démarche, profonde et dynamique, lécho quelle méritait
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