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Depuis que nous nous sommes quittés en novembre passé, la vie a continué avec son cortège dévénements surréalistes, dont beaucoup porteraient à rire, en dépit de la gravité des situations, si je mappelais Groucho Marx ou Charlie Chaplin, mais pas de chance pour vous
A défaut, contentons-nous de relater quelques faits qui ont retenu notre attention dans ce best of de labsurde, histoire dentamer sans retard une année 2007 qui promet dêtre riche en langues de bois.
Au chapitre de la marche du monde, un animateur de télévision, Pascal Sevran, sest fait excommunier, tous bords confondus, pour avoir relevé, dans un langage familier, les mêmes handicaps des pays pauvres que René Dumont relevait il y a 50 ans, à savoir que labsence de contrôle des naissances des continents pauvres était la source majeure de leur asservissement et de leur sous-développement. Il aurait pu ajouter, comme René Dumont, la corruption, et employer son vocabulaire, mais il ne prétend pas être un universitaire. Son propos, tout aussi rapide et fleuri quil soit, présentait, par rapport aux réactions quil a suscitées, un respect original des personnes en ce sens quil rendait chaque individu de ces pays, pauvres y compris, responsable de la situation au travers dune sexualité débouchant sur une natalité non contrôlée et la contamination denfants par le sida. Les Tartuffes de tous les horizons se sont indignés des propos de lanimateur, allant jusquà des procédures judiciaires et des pressions sur son éditeur pour une censure, mise en uvre dailleurs.
On peut se demander ce qui doit être condamné : les propos réalistes dun animateur ou les dirigeants qui, pour leur pouvoir, leur guerre, leur religion, leurs retraites, leurs profits, encouragent cette surpopulation qui pollue la planète, asservit les hommes en tant quespèce, les femmes en tant que sexe, et met en danger la vie denfants quon ne peut ni nourrir, ni socialiser, ni faire rêver, auxquels nest promis quun embarquement de fortune sur locéan pour penser un jour pouvoir survivre dans une banlieue sinistre ? 50 ans après René Dumont et les indépendances, doit-on avec ces Tartuffes, bercer ces populations dans une irresponsabilité mortifère ad æternam ? Quelle différence alors entre notre époque et la période coloniale si ces hommes et femmes ne sont pas tenus dassumer leur avenir ? En notre époque dinflation du discours écologique bien-pensant, il ny a aucun parti, même écologiste, qui mette la planification démographique au centre de sa problématique, malgré 1 milliard denfants et 2 milliards dindividus mal nourris, sans parler des milliards dautres qui survivent. Ce pauvre animateur na sans doute pas pris la mesure que son propos est antinataliste, quil touche à tous les dogmes, les tabous, à tous les pouvoirs, religieux, politiques, de droite et de gauche, financiers, corporatistes, à celui des hommes (en tant que sexe), et sa parole a réveillé quelques démons
Autre événement symbolique pour ce quest la bien-pensance, la pendaison de Saddam Hussein a déclenché une montagne de condamnations, y compris dans des pays où lon encourage le suicide de ses enfants pour assassiner des civils. Ainsi est avalisé le fait que la vie dun dictateur vaut plus que celle des millions de morts quil a sur la conscience. On a pris lhabitude avec Robert Hossein et Alain Decaux de réviser lhistoire, de remettre en cause lexécution de Louis XVI, jugé et condamné à une courte majorité (rappelons-le), en oubliant les siècles dasservissement, de pouvoir absolu donc abusif quil incarnait (et quelques autres faits historiques aujourdhui " effacés "), comme on a remis en doute le bien-fondé des condamnations et exécutions de Nuremberg ou de Jerusalem touchant aux crimes nazis. La violence, si on comprend ces bien-pensants, nest admissible que contre les populations, comme au Darfour ou dans le sud Soudan, au Rwanda, et avec des millions de morts. Il faut être bourgeoisement bien-pensant (et dans une logique raciste) pour sindigner de la pendaison dun tel personnage.
Les bien-pensants se sont encore réjouis quun élu " démocrate " du Congrès, ex-compagnon de route du sinistre raciste Farrakhan, ait tenu à prêter serment sur le Coran sans y être obligé. Rappelons pour les mémoires mortes que la traditionnelle Bible aurait suffi (cest un livre sacré pour les trois religions monothéistes, qui plus est la source du plagiat militarisé de Mahomet). Rappelons aussi que rien nobligeait un élu du peuple américain, hors la provocation, à prêter serment sur un texte religieux particulier, encore moins lorsque ce texte implique la soumission du politique au religieux. Cet événement, symbolique (la soumission du peuple américain au Coran), némeut pas les bien-pensants.
Côté religion encore (sujet central du XXIe siècle), la guerre de la soupe au cochon, un débat à la française, a eu - mais oui - ses rebondissements judiciaires. Il sagit de soupe distribuée par solidarité, et il y a des fous dans la France laïque et républicaine (de 2006, il est vrai) pour soccuper de la présence de lard dans la soupe de pauvres gens qui nont rien demandé, pour plaider en justice les interdits alimentaires. Et il se trouve des juges pour leur donner raison. Malgré la couleur brune des seuls défenseurs de la soupe au cochon, nous répéterons que nous sommes contre toute exclusion, y compris celle du cochon, si généreux pour lhumanité en richesse gustative. Nous ne cracherons donc pas dans la soupe au cochon.
A propos de générosité, quittons ce chapitre religieux pour en revenir au jazz et nous étonner de laccueil chaleureux fait outre-Atlantique au " jazz français " qui a choisi pour sexposer en janvier à New York des musiciens déjà archi-reconnus sur place (Michel Legrand, Didier Lockwood, Richard Galliano
). Les relations internationales ont leurs mystères et limites
Quittons enfin labsurde. Cette saison a été marquée par la disparition de vraie générosité, celle dun grand humaniste, Jay McShann, et de nombreux personnages comme Ahmet Ertegun, Anita ODay, Walter Booker, Robert Altman, Robert Lockwood, Jr. Leurs belles histoires, qui ont tant apporté aux individus du monde entier sont retracées dans le supplément de ce numéro. Ils méritent les regrets de lHumanité.
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