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www.jazzhot.net

Revenons à la vie de la revue en ce mois de novembre et à ce contenu qui semble échapper à la lecture de quelques lecteurs, parfois même à nos correspondants, c’est-à-dire à la dimension on line ou internet si vous préférez. Cela fait maintenant huit ans que nous avons ajouté cette dimension à Jazz Hot, et nous n’avons pas eu à regretter ce choix car le site www.jazzhot.net est aujourd’hui devenu un complément indispensable de la revue face à la multiplicité des sujets que nous souhaitons aborder, des informations que nous avons à traiter, à la nécessité de communiquer le plus largement dans le monde, de nous faire connaître de tous les lecteurs de la planète jazz - la fréquentation du site est internationale - car le jazz vit aujourd’hui de sa dimension planétaire. C’est aussi un atout indispensable pour une revue indépendante aux moyens économiques limités. L’impression sur papier d’une revue est en effet devenu avec le temps un « sport » de groupes de presse, et si nous pouvons continuer non seulement à rivaliser, voire à faire mieux en matière de jazz que ces groupes dans un certain nombre de domaines, c’est non seulement par la densité et la particularité de notre travail, voire de notre imagination (c’est à vous de le dire), mais aussi parce que le site internet nous a donné les pages qui auraient manqué à l’expression et à l’information que nous souhaitons apporter chaque mois.
Feuilleter la presse spécialisée dans le jazz de par le monde nous apprend que le seul pays - ce n’est pas une surprise - où le jazz a une vie artistique et économique possible, à peu près autonome, est sa terre de naissance d’outre-Atlantique, avec un circuit relativement solidaire, professionnel, et des revues possédant des moyens dignes du jazz. Ce qu’elles font de cette vitalité est sur le plan formel correct, même si on peut regretter la faiblesse relative des contenus, en regard justement de ces moyens, d’autant que le jazz prend peu à peu sa place dans la société américaine, se voit reconnu.
Il semble que les universités américaines en particulier produisent des auteurs de plus en plus nombreux en matière de jazz, même si cette accumulation de mémoire du jazz n’a pas (pas encore ?) de traduction dans la presse de jazz américaine. Les revues sont plus tournées vers l’événementiel, les mondanités et les phénomènes de mode que vers la mise en valeur de cet art, le jazz, un vrai produit pourtant du meilleur de la civilisation des Etats-Unis, une A.O.C. Heureusement, il y a Wynton Marsalis.
Du fait de l’histoire de Jazz Hot qui commence bien avant l’équipe actuelle, de son indépendance, nous sommes poussés vers une conception de la presse un peu hors du temps. Sans être la panacée, parce que les moyens ne nous l’autorisent pas, nous avons trouvé en internet un outil performant à même d’accumuler à moindre frais des informations, du savoir, et qui plus est consultable facilement et gratuitement. Une sorte de maison du jazz virtuelle, les locaux, les fonctionnaires et les subventions en moins, ce qui garantit l’indépendance. Pour la banque de musique, la musique live, il ne faut pas désespérer, l’avenir est devant nous, même si la législation actuelle ne le permet pas encore.
Ainsi aux 10 000 pages de la revue traditionnelle imprimées depuis 1990 et aux 30 000 depuis 1935 se sont ajoutées pendant ces huit années d’internet 1 500 à 2 000 pages de suppléments, chroniques de disques, actualités, plus des outils documentaires de recherche (index chronologique et alphabétique des articles, des chroniques, articles en version originale, etc.) représentant des centaines de pages que nous mettons périodiquement à jour, avec le sommaire mensuel de la revue traditionnelle.
Les articles ont pu aussi rester de vrais articles, d’une longueur acceptable et dans une présentation correcte, sans sombrer dans ce qu’on peut constater en général, le promotionnel court. On a pu enfin garder une hiérarchie de l’information entre ce qui est l’art, l’histoire, et ce qui est du domaine de la vie quotidienne d’un art, sans être essentiel, sans être non plus négligeable.
Peu à peu s’organise cette complémentarité entre la revue et le site : les chroniques de livres, les nécrologies, si importantes pour la mémoire de cette musique, s’installent sur internet, la publication mensuelle concentrant les interviews, les discographies. Cette alchimie entre le matériel et le virtuel est une construction pierre à pierre, sans prétention. Le travail s’accumule simplement sans même que l’équipe en ait une claire conscience.
Jazz Hot c’est donc tout ça, une revue, un site avec son supplément mensuel, un comp@ct on line biannuel, son numéro hors série, un classique. Ça peut être encore plus avec le temps, l’histoire et les lecteurs, les internautes, nous le diront.
A propos d’histoire, un page de l’histoire du jazz en France a symboliquement été tournée avec la disparition de Claude Luter en ce mois d’octobre. Michel Laplace et Félix W. Sportis vous apportent, justement dans le supplément internet, une information originale sur l’itinéraire hors du commun de ce grand musicien, compagnon de première ligne de Sidney Bechet, fort apprécié des amateurs de jazz, moins des plus jeunes - j’en ai eu un témoignage tout récent intra muros -, et ils ont tort, car comme le disait Duke Ellington à propos du jazz, la musique n’est pas une question de génération ; la modernité conçue comme le progrès inéluctable vers un avenir radieux n’est qu’une vision infantile de l’art et de la société : il y a la bonne et la mauvaise musique, quelles que soient les époques, les discours et les subventions. Apprécier, en profondeur et avec relativité, ce que des artistes ont donné avec générosité dans le jazz - Claude Luter parmi d’autres - dépend autant de notre intelligence et de notre sensibilité, que du talent des artistes eux-mêmes.

< Yves Sportis >