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1935-2005 : 70e anniversaire

70 ans consacrés au jazz, une musique guère plus âgée, c’est d’abord 70 ans dévolus à son identification et à sa promotion en tant qu’art, mois après mois. Jazz Hot est ainsi un vrai journal de bord d’une aventure née à l'aube du XXe siècle d’une expression, communautaire puis universelle, sans équivalent, tirant sa source de |a déportation et de l’esclavage sur plusieurs siècles.
Tout le monde ne perçoit pas le jazz ainsi, ne partage pas nos abords nécessairement variés, mais les débats sont salutaires, et Jazz Hot, dès l’origine, s’est honoré d’être un forum, celui qu’il est encore aujourd’hui, en référence à cet ancien essentiel qu’est Charles Delaunay.
L’histoire indépendante de Jazz Hot ne ressemble pas au cours normalisé des canaux, mais à celui d’une rivière, avec ses crues et ses étiages, ses sorties du lit principal (du jazz), ses contre-courants, ses méandres et ses bras morts. Cette analogie est là pour dire que tout n’est pas univoque, parfait, intéressant. Mais, grâce à l’indépendance qui a prévalu dans notre cheminement, grâce à Charles Delaunay d’abord, puis à l’état d'esprit de notre équipe d’aujourd’hui, cette aventure est restée humaine, risquée parfois, à l’aune des enjeux du temps et à l’image des personnes qui l’ont voulue, conforme à l’esprit du jazz. C’est cette qualité qui distingue aujourd’hui Jazz Hot, lui donne sa personnalité. La seule condition de son existence est le soutien de ses lecteurs et la volonté de son équipe. C'est bien ainsi.
La référence à Charles Delaunay et notre participation à cette histoire disent clairement ce qui a été fait depuis 15 ans, 150 numéros et plus de 10 000 pages, pas dans la facilité et l'opulence, avec une équipe dont les opinions sur le jazz et la vie sont diverses, une équipe avec des qualités de toutes sortes, dont la première est l’honnêteté. Chaque mois, les débats internes ressemblent aux débats externes. Contrairement à ce qu’il pourrait paraître à de très mauvais lecteurs, Jazz Hot est tout sauf monolithique, bien moins en tout cas que l'ensemble de ses confrères, car le consensus ne se fait justement que sur la nécessité du débat sans langue de bois, en référence aussi à Boris Vian. Jazz Hot est un forum et un centre de formation sur le jazz, pour les lecteurs, pour l’équipe qui doit nécessairement se renouveler, et donc s’initier. Quelques lecteurs, des anciens, corrigent parfois les erreurs de nos rédacteurs. C'est donc un bel échange.
Des annonceurs (labels, festivals, clubs…) apportent dans Jazz Hot chaque mois l’information attendue par les lecteurs. Ils méritent d’être salués car ils participent à l’aventure moderne de Jazz Hot, comme l’historique Caveau de La Huchette, l'indispensable Paris Jazz Corner, la grande maison Universal, et bien d’autres que nous n’oublions pas… Et comment ne pas être sensible au message de bon anniversaire venu du Japon ?
L’existence de Jazz Hot est une belle épreuve de démocratie, comme l’est celle du jazz. Votre soutien et vos compliments nous y encouragent.
Cela nous permet aujourd’hui de recevoir dignement Mr. McCoy Tyner pour ce 70 e anniversaire et d’établir sa belle discographie, un clin d’œil à Charles Delaunay, bien sûr.
Jazz Hot a tant fait pour le jazz qu’il devrait être aujourd’hui considéré d’intérêt public par le monde du jazz en France. Le fait que cela ne soit pas toujours le cas est simplement révélateur que notre pays vit mal sa mémoire, et pas que dans le jazz. On n’en finit plus de régler les comptes avec l’histoire, et comme on n’y met pas tout le courage nécessaire pour voir la vérité en face, on l’adapte, on la réécrit. Le jazz n’y échappe pas. En refusant le passé, on se prive de l’essentiel : la vérité. Le jazz fait partie de notre histoire. 70 ans de Jazz Hot en attestent. Nous le devons à Django Reinhardt, le fils d’une autre marge qui, comme ses frères américains en jazz, a voulu en sortir pour parler au monde, à vous, à moi. Il a pu le faire - et de nombreux autres à sa suite - grâce à son talent et, ne l’oublions pas, grâce à Charles Delaunay et Jazz Hot.

< Yves Sportis >