pubentetesite
Actualités
Rechercher   << Retour

Marvin PARKS

15 mars 2018
Introducing

Marvin Parks, Cave du 38 Riv' (août 2017) © Jérôme Partage








En moins de cinq ans, le chanteur Marvin Parks (né à Baltimore, Maryland, le 18 décembre 1976), est devenu une figure originale du jazz à Paris. Armé d’un dynamisme très américain, il a décidé d’investir les quais du métro pour en faire son lieu d’expression et attirer dans ses concerts en club un public dépassant le cercle des amateurs. Les usagers de la station La Motte-Picquet–Grenelle ont ainsi chaque matin le plaisir de l’entendre interpréter les standards jadis popularisés par son idole, Nat King Cole. Mais la grande ambition de Marvin Parks est de faire vivre son spectacle, Marvin Parks: American Jazz Singer (cf. notre compte-rendu), où, à travers les chansons du répertoire, interprétées d’une voix chaude et profonde, et des anecdotes distillées avec beaucoup d’humour, il se raconte



Propos re
cueillis par Jérôme Partage
Photos Jérôme Partage


© Jazz Hot n°683, printemps 2018






Jazz Hot: Comment avez-vous rencontré le jazz?

Marvin Parks: Ma mère chantait à l’église où nous allions tous les dimanches. Elle a commencé à m’y emmener à l’âge de 4 ou 5 ans. Elle m’a appris les chansons, et, vers l’âge de 14 ou 15 ans, je me suis mis, moi aussi, à chanter à l’église, à prendre quelques solos. Mais ma grande révélation a été un documentaire sur Nat King Cole. J’ai alors su ce que je voulais faire pour le reste de ma vie. J’écoutais déjà beaucoup de choses: du R&B, de la country, Michael Jackson, Whitney Houston… Mais là, c’était différent. La connexion avec la musique de Nat King Cole a été immédiate. C’était magique! Je ne l’ai découvert qu’à l’adolescence, car il n’était plus là depuis des années. Alors que je voyais régulièrement à la télévision Sammy Davis Jr., Frank Sinatra, Liza Minnelli, Mel Tormé ou Lena Horne qui tournaient dans des publicités, de même qu’Ella Fitzgerald qui passait dans des réclames pour le poulet frit! (Rires) Tous ces gens m’étaient donc familiers. Ma relation avec Nat King Cole est donc passée exclusivement par les disques. Par ailleurs, quand Natalie Cole a sorti son Unforgettable (Elektra Records, 1991), on m’a offert le disque que j’écoutais tous les jours après l’école. J’ai appris toutes les chansons. Et, toujours à la même période, à 15 ans, j’ai participé aux olympiades de la NAACP1, qui rassemblaient les différentes disciplines artistiques, scientifiques et les humanités. Je me suis inscrit à la compétition de chant, et j’ai remporté la médaille d’or en interprétant «Nature Boy».

Aviez-vous en tête de devenir chanteur professionnel?

Oh, oui! D’autant que j’ai aussi été en contact avec l’histoire du jazz à Baltimore, qui est très riche. Avec de grandes figures comme Cab Calloway et sa sœur, Blanche Calloway, Billie Holiday, Eubie Blake ou encore Chick Webb qui a donné son nom au centre de loisirs près de chez moi. Et puis, il y avait Ruby Glover (voc, 1930-2007) qu’on surnommait «the godmother of jazz» à Baltimore. Elle a aidé nombre de jeunes musiciens, dont moi, mais aussi Cyrus Chestnut ou Winard Harper. A 17 ans, je fréquentais déjà les jam-sessions alors que je n’avais pas l’âge requis pour entrer dans les clubs. Mais en raison de ma taille, j’avais l’air plus âgé. Ma grand-mère n’avait aucune idée de ce que je faisais. Sinon, elle m’aurait tué! (Rires)

Comment expliquez-vous cette attirance pour le jazz plutôt que pour la musique qu’écoutaient les jeunes de votre génération?

C’est vrai, j’écoutais une musique qui était celle de la jeunesse de ma grand-mère! Je pense que c’est l’honnêteté du jazz qui m’a séduit. Mais je ne peux pas vraiment expliquer pourquoi. J’ignore pourquoi; par exemple, j’ai été saisi par le passage de Tony Bennett sur MTV. Cependant, aujourd’hui encore, je rencontre de très jeunes gens qui me disent: «J’adore le jazz!» De fait, il y a des titres qui traversent le temps, comme «Smile», qui est une chanson que tout le monde a besoin d’entendre. Pour moi, les standards sont liés à mon histoire personnelle; ils me rappellent des spectacles de Broadway où ma mère m’emmenait ou des films que j’allais voir au cinéma chaque semaine. Parallèlement, il y a une question que je me pose toujours: quand je vois tous ces adolescents qui apprennent le jazz dans les conservatoires, qui passent des diplômes, je me demande où sont ceux qui l’écoutent juste parce qu’ils l’aiment et non parce qu’ils comptent devenir musiciens professionnels?

Avez-vous suivi un enseignement jazz?

J’ai passé un an et demi à la Morgan State University mais sans achever mon cursus. Il n’y avait pas vraiment de classe de jazz, mais j’ai intégré la chorale de l’université qui était dirigée par le Dr. Nathan Carter (voc, 1936-2004), un musicien sans pareil, qui était capable de faire progresser n’importe quel chanteur. En fait, je me suis formé moi-même en fréquentant des ateliers jazz, en posant des questions aux musiciens lorsque je travaillais sur mes propres compositions, en étudiant l’harmonie et la théorie. J’ai commencé à obtenir des engagements de façon occasionnelle, tout en continuant à me rendre aux jam-sessions, toujours à Baltimore. Et à 25 ans, j’ai produit mon premier véritable concert. Mais pour vivre, j’ai dû effectuer un nombre incalculable de petits boulots. Pour autant, j’ai pu participer à une résidence artistique au Kennedy Center de Washington en 2002. Cela a été l’occasion de rencontrer d’immenses musiciens comme Carmen Lundy, Eric Reed… ou Curtis Fuller qui nous parlait de ses collaborations mythiques avec des personnes comme Billie Holiday. C’était incroyable d’avoir ces échanges très simples avec quelqu’un qui avait touché du doigt l’histoire! (Rires) Puis, en 2007, à 30 ans, j’ai décidé de m’installer à New York. Je travaillais alors comme déménageur et rénovateur de parquet. J’avais créé ma propre petite société.

Bien entendu, vous fréquentiez les clubs de New York?

Oui, je chantais dans des petits clubs comme le Fat Cat, je participais aux jam-sessions du Smalls. Sinon, je me produisais régulièrement à la «Cast Party» du Birdland, une sorte de cabaret «open mic», qui se tient tous les lundis. On peut parfois y apercevoir des légendes du jazz comme des stars d’Hollywood ou de Broadway qui viennent chanter un morceau sur scène, au débotté.

Pourquoi vous êtes-vous ensuite installé à Paris?

J’étais venu pour deux à trois semaines, à la fin de l’année 2013. C’était d’ailleurs mon premier voyage à l’étranger. Je devais rentrer deux jours avant Noël, car j’avais un engagement qui m’attendait à Greenwich Village. Et j’ai dû me trouver un remplaçant, car après deux semaines, il n’était plus question de rentrer! D’ailleurs, au bout de huit jours, je passais déjà pour deux soirs dans un piano-bar, Le Relais de La Huchette, avec Daniel Gassin (p), que j’avais rencontré à la jam du Duc des Lombards. Les responsables du club ont refusé de nous payer parce que j’avais fait circuler un chapeau et que ça ne correspondait pas à leur image du chanteur de jazz! (Rires)

Comment avez-vous commencé à chanter dans le métro?

C’était lors de ma première semaine à Paris. J’avais rendez-vous avec un ami en banlieue, et je me suis perdu dans le métro. Mon téléphone n’avait plus de batterie, ma carte bancaire avait été avalée par l’automate, et je n’avais plus un sou sur moi. A New York, tu peux toujours te présenter quelque part, trouver un job pour la journée et gagner quelques dollars. A Paris, ma seule solution pour obtenir de l’argent de façon immédiate, c’était de chanter dans une station de métro. En quelques minutes, j’ai gagné quinze euros. Je me suis dit: «C’est génial! Je recommence demain!» Et d’emblée, les gens sont venus me parler. C’était donc un moyen de gagner de l’argent et de faire la promotion de mes concerts. Dans le métro, je croise des gens très différents: certains connaissent les chansons, d’autres m’écoutent sans rien savoir du jazz et du répertoire. Je donne de véritables master-classes car certaines personnes m’interrogent sur ce que je chante. Par ailleurs, d’où je viens, il y a une relation entre la communauté du jazz et le reste de la ville. Je ne la vois pas à Paris. Mon but, est donc d’essayer de construire ce pont entre le jazz et la vie de la cité. Car dans le métro, j’ai une position privilégiée. Je suis connecté aux gens.

2015. Marvin Parks, Schema Records

Et cette promotion du jazz vers le plus grand nombre passe par l’interprétation des grands standards…

L’idée d’interpréter tout le Great American Song Book ne m’est venue qu’au bout de quelques années, lorsque je vivais à New York. J’ai compris ce qu’était ce répertoire en écoutant les vieux disques de Tony Bennett –à qui je voulais rendre hommage sur scène–, et particulièrement son live at Carnegie Hall de 1962. J’ai alors réalisé que lorsque Natalie Cole avait gagné le Grammy Award du «best traditional pop performance» en 1991, c’était de ça qu’il s’agissait. Et je me suis également rappelé la série des Ella Fitzgerald Song Books. Tout ça, c’était le Great American Song Book! J’ai donc porté toute mon attention là-dessus avec l’intention de l’aborder comme un conteur. Pour moi, le jazz n’est pas une affaire de style: l’enjeu, c’est de prendre une chanson et de se demander comment je peux le mieux dire aux gens ce que je suis avec cette chanson. Une fois cela réglé, le groove, le son, les arrangements viennent facilement. Quand je chante ces chansons, j’ai l’impression d’être un ambassadeur de ma culture américaine. De plus, j’observe qu’il n’a pas aujourd’hui d’équivalent, parmi les Afro-Américains, de chanteurs comme Michael Bublé ou Harry Connick Jr., C’est donc là mon espace. Quand j’ai réalisé mon disque sur le label italien Schema Records, le producteur ne voulait pas que j’enregistre un album de standards: trop classique, pas assez de public pour ça… Cela n’a aucun sens. Regardez Cécile McLorin Salvant, elle est complètement investie dans le répertoire et c’est la star montante du jazz!

Parlez-moi de votre spectacle, Marvin Parks: American Jazz Singer

Il a deux fonctions: d’une part, faire découvrir le jazz et la grande chanson américaine, d’autre part, partager mon expérience d’Américain expatrié à Paris. C’est une rencontre entre le chant et le stand-up, dans l’esprit «cabaret», mais dans le sens américain du terme. Bien entendu, je suis identifié comme chanteur et non comme comédien, mais je pense que la comédie musicale est un excellent moyen d’atteindre le grand public avec le jazz, car il imagine souvent qu’il s’agit d’une musique purement cérébrale, non accessible. C’est pourquoi je privilégie désormais le circuit du café-théâtre. Et cette démarche a du sens car toute la tradition de la comédie musicale et de la variété américaines est liée au jazz. Je me place donc dans une filiation qui remonte à Fats Waller et Cab Calloway, en passant par Louis Prima et The Rat Pack.

Composez-vous également?

Oui, mais ce que j’écris est très influencé par Ira Gershwin ou Cole Porter. Allez savoir pourquoi!


1. La National Association for the Advancement of Colored People (NAACP) est la plus ancienne organisation (1909) pour la défense des droits civiques. Son siège est installé à Baltimore, et elle organise chaque année ses «Afro-Academic, Cultural, Technological and Scientific Olympics» qui récompensent les lycéens afro-américains dans diverses disciplines.

*

2001-09. The Very Thought of You, Autoproduit

CONTACT:
marvinparks@gmail.com


DISCOGRAPHIE

Leader
CD 2001-09. The Very Thought of You, Autoproduit

CD 2015. Marvin Parks, Schema Records 476

Sideman
CD 2012. The Rongetz Foundation, Brooklyn Butterfly Session, Heavenly Sweetness 067

CD 2014. Nicola Conte, Free Souls, Schema Records
708


VIDEOS

2013. Marvin Parks, Jam-Session du Duc des Lombards

2015. Marvin Parks, «Nature Boy», Le Carré Parisien, 9 février 2015

2015. Marvin Parks «Sings Nat King Cole and Frank Sinatra», Sunside, 25 décembre 2015
Marvin Parks (voc), Julien Coriatt (p), Samuel Hubert (b), Philippe Maniez (dm)

2016. Marvin Parks Quartet, «Smile», «L’Emission d’Antoine», Canal +, 19 février 2016
Marvin Parks (voc), Julien Coriatt (p), Géraud Portal (b), Lucio Tomasi (dm)

2016. «Hard Hearted Hannah», au Centre Culturel La Place, Paris-les Halles, septembre 2016

2016-2017.Jazz du métro

2018. Marvin Parks, «Bread, Butter, and the Blues», Le Fieald, Paris, 8 février 2018

*