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Georges Crébassa Project

7 avril 2013
Babel
Georges Crébassa Project © Jazz Hot n°663, printemps 2013
Nouveauté
Le Dernier combat, Les Nues, Babel, Chant d’amour, 73, Le Chant des terres, Kepler-22b, Est-ce toi, mon frère ?, It’s Time, of Freedom, L’Echappée
Georges Crébassa (sax, fl, voc, arr), Manu Codjia (g), Jean-Philippe Cazenove (b), Éric Durand (perc), Fred Girard (dm), Adil Smaali (voc), Mary Stephenson (voc)
Enregistré en décembre 2011, Montpellier
Durée : 54’11''
A La Sauce Jazz (www.georgescrebassa.com)

Le nouvel album de Georges Crébassa s’intitule Babel et s’inspire du mythe biblique de la tour de Babel. Vaste programme. La diversité et l’éclectisme sont bien ce qui caractérise le Georges Crébassa Project : Adil Smaali, chanteur marocain, Eric Durand, percussionniste du groupe d’afrobeat Fanga, Jean-Philippe Cazenove (b), Mary Stephenson (voc) et Fred Girard (dm) ; et les morceaux de cet album.
« Le Dernier Combat » ouvre l’album. Adil Smaali chante des textes en arabe avant que Manu Codjia (g) ne se lance dans des solos très rock. L’entrée en matière est rude. « C’est sur ce champ de bataille que nos enfants ont joué », scande Crébassa. Le rythme est rompu. Le saxophone et la batterie dominent. La fin du morceau correspond-elle à un carnage ? Puis, dans une introduction lyrique, Crébassa débute « Les Nues » accompagné de Codjia en sourdine. La musique est apaisée. Sans doute adoucit-elle les mœurs de Babel. Crébassa s’efface et laisse place à un beau duo contrebasse-guitare avant de reprendre et de conclure, comme en un dernier souffle. La parenthèse est de courte durée. Guitare et saxophone entament « Babel » de façon brutale. Crébassa poursuit avec des solos hurlants. Le saxophone de Crébassa est un cri. Les répétitions continues de ce morceau circulaire dépeignent le travail de tous ces hommes qui, brique après brique, ont construit cette ville s’élevant au ciel. Pour « Chant d’amour », le premier des deux chants de l’album, Crébassa est à la flûte. Avec Eric Durand et Fred Girard, il prépare le terrain à Mary Stephenson et Adil Smaali. Ce chant d’amour est chant des origines, la Mésopotamie de Babel, la France et la Méditerranée des musiciens. Musique sacrée, jazz et danse ne font qu’un. « 73 » introduit « Le Chant des terres ». Le second chant de l’album, par ses litanies, son rythme afrobeat et la guitare électrique, semble peindre le récit de l’homme qui, après sa chute, découvre son lien essentiel à la terre. Homme, nature et vie sont une seule et même chose. Après le terrestre, place au céleste et à l’espace. « Kepler-22b », plus léger, est le chant du lointain. Jouant des points de vue, terre-ciel, et des rythmes, qui se rompent et se retissent au fil des morceaux, Crébassa use d’une fausse digression en partant à la poursuite de cette planète en orbite autour de Kepler-22, une étoile semblable au Soleil, hors du système solaire, afin de mieux mettre en perspective « Est-ce toi, mon frère ? » où il s’interroge sur les divisions -politiques-, par-delà les langues et les cultures, que les hommes ont établies, héritées et intériorisées. « Pourquoi les frontières ? », se demande-t-il sans trouver de réponse. Après un interlude à la flûte et à la guitare, « It’s Time » accompagne l’album à son terme : « Of Freedom » et « L’échappée », morceaux rock, jazz et éclatés. Si Crébassa s’efforce de restituer la chute provoquée par le mythe de la Tour de Babel, il parvient avec son groupe à figurer, par la musique, le passage entre les hommes et la nature, et leur nature, dans sa réinterprétation positive, l’échelle de Jacob, en filigrane. Georges Crébassa a pris le parti de s’enrichir de toutes les cultures du monde et les partage.
Mathieu Perez