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Sonny Fortune

25 oct. 2018
19 mai 1939, Philadelphie, PA, 25 octobre 2018, New York, NY
© Jazz Hot n°685, automne 2018


Sonny Fortune lors de la balance, 11e Festival international de Jazz, Arènes de Nîmes, 22 juillet 1986 © Ellen Bertet




Sonny Fortune lors de la balance,
11e Festival international de Jazz, Arènes de Nîmes, 22 juillet 1986
© Ellen Bertet



Cornelius Sonny Fortune, le beau saxophoniste (as, bs, ss, ts) mais aussi clarinettiste et flûtiste, qui était en couverture du Jazz Hot n°665 de l’automne 2013, à l’occasion d’une longue interview, est décédé à 79 ans à l’hôpital du Mont Sinai de New York, où il avait été hospitalisé en septembre après une série d’AVC.



Né à Philadelphie, en 1939, il a eu une vocation musicale précoce, sans doute favorisée par un enracinement dans un quartier de la ville (North Philly-Germantown) où se côtoyaient, à la fin des années 1950, beaucoup de talents du jazz: Reggie Workman, Lee Morgan, Archie Shepp, les frères Heath, McCoy Tyner, Bobby Timmons, John Coltrane, dont la mère habite non loin de la maison de Sonny Fortune, et plus largement, dans une ville où l’activité jazzique était en plein effervescence. D’abord investi dans le chant (il a fait parti de groupes de rhythm and blues), il se tourne vers le saxophone à 18 ans, à la fin de son adolescence, alors qu’il est déjà marié et chargé de famille. C’est en autodidacte qu’il étudie, à force de volonté, son instrument, et en échangeant, comme il le dit dans son interview déjà citée, avec ceux qui en savaient davantage que lui. Et c’est aux côtés de Kenny Barron qu’il se frotte pour la première fois au public après quelques années. C’est également Kenny Barron et John Coltrane qui finissent de l’orienter sur le jazz et New York.

A partir de New York où il arrive en 1967, il multiplie les rencontres et il a, après une carrière de près de 55 ans, une solide discographie de plus de 20 enregistrements en leader, véritablement commencée par son album Long Before Our Mothers Cried, publié chez Strata-East en 1974, le label fondé par Stanley Cowell et Charles Tolliver. Mais c’est en sideman de haut niveau qu’il va donner la plus grande part de sa production artistique aux côtés de George Benson (1969-70), Mongo Santamaria (1969), Pharoah Sanders, McCoy Tyner et Elvin Jones, (1972), Miles Davis (1974-75), Charles Mingus (1977), Elvin Jones (1978, 1985, 1991)… et Buddy Rich (1974, 1984, 2001), au sein de son big band, parmi de nombreux autres enregistrements de haut niveau.

Son interview, sa discographie et une vidéographie parus dans le Jazz Hot n°665 raconte avec sa voix et par sa musique les détails d’un riche parcours dans ce que le jazz a eu de plus exigeant dans la période des six dernières décennies. La discographie en fin d’article rappelle également la richesse de l’œuvre artistique qu’il laisse aux amateurs de jazz. Un disque de Sonny Fortune est toujours de grande qualité.

Il est utile de se référer à ce numéro de même qu'à un précédent article-interview paru dans le Jazz Hot n°504, en 1993.

Sur le plan stylistique, et bien qu’au saxophone alto le plus souvent, c’est, par son expression, un héritier du John Coltrane de la période «spirituelle» (1961-64). Il restait en effet attaché au lyrisme, à la mélodie et à un fort ancrage dans la spiritualité issue de l’héritage musical religieux. Son attachement à ceux qui côtoyèrent John Coltrane (McCoy Tyner, Elvin Jones, Reggie Workman) en témoigne, sans négliger que cette tradition de spiritualité est également une empreinte de Philadelphie, ville et tradition auxquelles il resta également fidèle (Kenny Barron…).

Sonny Fortune, Billy Harper, Stanley Cowell, lors de la balance, 11e Festival international de Jazz, Arènes de Nîmes, 22 juillet 1986, groupe Great Friends comprenant en outre, Reggie Workman et Billy Hart © Ellen Bertet
Sonny Fortune, Billy Harper, Stanley Cowell,
lors de la balance,
11e Festival international de Jazz, Arènes de Nîmes, 22 juillet 1986,
groupe Great Friends comprenant en outre, Reggie Workman et Billy Hart © Ellen Bertet


Notons encore parmi ses rencontres Kirk Lightsey, John Hicks, Santi Debriano, Jeff Tain Watts, Eddie Henderson, Joe Lovano, Billy Harper, Ron Carter et beaucoup d’autres…

Ces dernières années, Sonny Fortune a participé au groupe 4 Generations of Miles avec Mike Stern, Buster Williams et Jimmy Cobb (https://www.youtube.com/watch?v=PoxHN_Lwsw4) et il continuait de rendre hommage régulièrement aux musiques de John Coltrane, Wayne Shorter et de Thelonious Monk, qui sont devenues sa source d’inspiration principale avec le temps, avec toujours une grande originalité et une implication, une conviction dans l'expression qui rendaient sa musique passionnante, s'entourant comme à toutes les époques des meilleurs musiciens de jazz (https://www.youtube.com/watch?v=dZ_jVMESLtU et https://www.youtube.com/watch?v=XMLS3fpQ40Y).

C’est au Smoke, un club où il se produisait souvent ces dernières années, que du 13 au 15 juillet 2018 Sonny Fortune a délivré
son dernier concert, en quartet, plusieurs soirées qui ont reçu un accueil des plus chaleureux justement en raison de son engagement sans faille dans la musique, le jazz, qu'il a si brillamment servi tout au long d’un parcours artistique exceptionnel.

L’équipe de Jazz Hot partage la peine de ses proches.

Yves Sportis
Photos Ellen Bertet

Sonny Fortune et Jazz Hot: n°665-2013, n°504-1993

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