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Maurane

7 mai 2018
12 novembre 1960, Bruxelles - 7 mai 2018, Bruxelles
© Jazz Hot n°683, Printemps 2018

Maurane (novembre 1985) © Jacky Lepage







Connue du grand public comme chanteuse de variété, Maurane, malgré son succès commercial appartenait aussi, pour ses amis, à la tradition de la chanson à texte, comme on dit en France «la grande chanson française» y compris pour son compatriote, Jacques Brel, dont elle avait le projet de reprendre les titres juste au moment de sa disparition.

On peut rapprocher Maurane de Colette Magny, moins impliqué, c'est vrai, dans le showbizz, une proximité «à l'ancienne» avec le jazz et les chansons à textes, malgré quelques écarts parfois vers plus de facilité. Grande amatrice de jazz, comme le rappelle avec émotion Charles Loos, ci-dessous après le texte de Jean-Marie Hacquier, elle a fréquenté cette musique, notamment en compagnie de Charles Loos (p) et Steve Houben (as), le fameux trio HLM, sans jamais oser, c'est Charles Loos qui le dit, aborder un territoire qui lui semblait «intouchable», malgré son indéniable talent et de grandes facilités. Une sorte de réserve culturelle, une forme de sagesse et d'authenticité…

Nos condoléances à ses proches et ses amis…


Maurane est décédée à son domicile de Schaerbeek (Bruxelles) le soir du lundi 7 mai 2018, vraisemblablement victime d’une crise cardiaque. Elle avait 57 ans. Nous l’avions vue pour la dernière fois le 27 août 2016 à La Hulpe à l’occasion des funérailles de Toots Thielemans. Souffrant des suites d’une opération d’un œdème aux cordes vocales, elle n’avait pas pu répondre aux sollicitations d’interview des journalistes présents. Après plus de deux années de souffrances et de rééducation, elle s’apprêtait à faire un retour avec un nouvel album de chansons de Jacques Brel. Le samedi précédant son décès, elle avait donné un court récital au Palais d’Egmont pour la Nuit des Etoiles. Le lendemain, pour la Fête de l’Iris de la Région de Bruxelles-Capitale, elle était apparue sur scène, fragile en gravissant les marches du podium, puis elle avait interprété «La Chanson des vieux amants» de Brel en duo avec la jeune Typh Barrow. Maurane souffrait du dos mais elle était apparue heureuse d’être à nouveau sur scène.

De son vrai nom Claudine Luypaerts, elle est née le 12 novembre 1960 à Ixelles (Bruxelles). Sa mère, Jeanine Patireaux est professeur de piano; son père, Philippe Luypaerts (1931-1999), directeur de l’Académie de Musique de Verviers. Il lui avait enseigné le violon, mais la jeune fille avait préféré le piano, le chant et la guitare. Rapidement, elle se met à composer ses propres textes et musiques. Maurane s’est fait rapidement remarquer par la puissance et la tessiture de sa voix mais aussi par le souci des nuances dans la peinture des sentiments. Son expressivité est celle d’un instrumentiste de jazz, une musique qu’elle affectionne et pratique. Il est intéressant de rapprocher à ce propos son interprétation en duo avec Toots Thielemans sur «Tendre/For My Lady» –un original de l’harmoniciste– avec celle qu’en donna Claude Nougaro, dont elle reprit fréquemment les chansons. En 1979, sa participation au spectacle Brel en Mille Temps lui vaut d’être repérée par Pierre Barouh qui produit son premier disque sur son label, Saravah.

Maurane, Charles Loos, Steve Houben © Photo X, by courtesy of Igloo Records
Maurane, Charles Loos, Steve Houben © Photo X, by courtesy of Igloo Records

Maurane n’a jamais oublié ses amis du jazz. Elle enregistre d'abord, en 1985, un disque sous son nom, Danser (Franc'Amour, réédité par Igloo Records), qui sort l'année suivante. Puis, elle passe en studio avec le trio H.L.M. (Steve Houben et Charles Loos) pour un album éponyme (Igloo Records). Cette complicité sera renouvelée, vingt ans plus tard, en 2005 (Un Ange passe, Igloo Records).

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HLM

Maurane, Charles Loos se souvient…

HLM en novembre 1985 © Jacky lepage«J’ai été son premier pianiste. On s’est rencontrés en 1977; elle jouait très bien du piano et de la guitare. Elle ne faisait pas encore des chansons «variétés» ; c’étaient des chansons assez progressistes, des chansons françaises intéressantes. Elle était aussi très forte en musique brésilienne; son grand maître, c’était Al Jarreau. Elle faisait magnifiquement ce côté rythmique de la musique brésilienne à la guitare. J’ai beaucoup appris avec elle à cette époque-là. Elle jouait aussi très bien du piano, mais, plutôt des morceaux lents. En jazz, sa préférée c’était Ella Fitzgerald. De temps en temps, elle chantait une ballade de jazz, mais simplement comme ça, en répétition, jamais sur scène! Je pense que c’est à cause de sa fascination pour Ella qu’elle n’a jamais voulu chanter de jazz sur scène; ça lui paraissait inaccessible. Elle chantait très bien le blues aussi.
J’ai commencé à travailler avec elle au début de sa carrière, en 1978. Elle n’avait que 17 ans. L’histoire de HLM a débuté comme ça: je jouais en duo avec Maurane, et Steve (avec lequel je jouais régulièrement aussi en duo) est venu nous écouter. Il m’a dit: «C’est formidable, il faut absolument qu’on mette ça en trio!» Là, j’ai vraiment découvert ce qu’elle pouvait faire en scat. Pour autant, elle n’avait pas fait Berklee, elle ne savait même pas lire la musique! Son père, Philippe Luypaerts, était un type important dans la musique classique, mais, elle, n’avait pas de formation musicale; elle faisait d’instinct des impros qui rendaient Steve malade! Elle avait une approche intuitive; une approche à tomber raide! Ce qui m’a toujours fasciné chez elle, c’est qu’il ne fallait jamais lui écrire une deuxième voix. Steve jouait la première voix et elle, elle inventait une deuxième voix qu’aucun arrangeur n’aurait imaginée. Et ce n’était jamais deux fois la même! C’était d’une justesse imparable; ça passait dans l’harmonie. Je ne sais pas comment elle faisait, mais c’était magnifique! Elle avait une voix qui ne ressemblait à aucune autre et une manière de chanter très personnelle. Tous les musiciens de jazz étaient fascinés par sa facilité et son inventivité qui sortaient des cadres traditionnels; ce n’étaient pas des clichés bebop

Texte et propos recueillis par Jean-Marie Hacquier
Photos Jacky Lepage et photo X by courtesy of Igloo Records


DISCOGRAPHIE

Leader-coleader


CD 1985. Danser, Franc'Amour 024
CD 1985. HLM, Igloo Records
043 (avec Steve Houben et Charles Loos)
CD 2005. HLM, Un Ange passe, Igloo Records 183 (avec Steve Houben et Charles Loos)

1985. Danser, Franc'Amour  1985. H.L.M., Igloo Records  2005. H.L.M., Un Ange passe, Igloo Records

VIDEOS

2011. Maurane (voc) avec Louis Winsberg (g), «Arsmtrong», sur RTL
https://www.youtube.com/watch?v=lw_2NWIaABI

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