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Simone Ginibre

6 mars 2018
13 avril 1929, Marseille - 6 mars 2018, Issy-les-Moulineaux, Hauts-de-Seine
© Jazz Hot n°683, Printemps 2018

Simone Ginibre et Kenny Garrett, Grande Parade du Jazz 1992 © John Beake by Courtesy

"So, Simone is gone. What a life she had! I am forever grateful for the opportunity to have met her and make her a part of my life. She opened up a world for me in France and the rest of Europe that I had only previously scratched the surface of. With her knowledge of so many people in so many countries and the business I was doing, we created a remarkable company. The Grande Parade du Jazz was the culmination of the many years we worked together. To this day, it remains my favorite jazz festival and it was the work of Simone Ginibre that made that festival possible. It was amazing to me to hear Simone speak fluently in French, Italian, Spanish and English. It was because of her ability to communicate in so many tongues that we established close friendships all over Europe, some of which I still enjoy to this day.

«Ainsi, Simone est partie. Quelle vie elle a eue! Je serai toujours reconnaissant d'avoir eu la chance de la rencontrer et de faire d'elle une partie de ma vie. Elle m'a ouvert un monde en France et dans le reste de l'Europe dont je n'avais que récemment gratté la surface. Avec sa connaissance de tant de personnes dans de nombreux pays et de l'activité que j’avais, nous avons créé une entreprise remarquable. La Grande Parade du Jazz a été l'aboutissement de nombreuses années de collaboration. A ce jour, il reste mon festival de jazz préféré, et c'est le travail de Simone Ginibre qui a rendu ce festival possible. C'était incroyable pour moi d'entendre Simone parler couramment le français, l'italien, l'espagnol et l'anglais. C'est en raison de sa capacité à communiquer en de nombreuses langues que nous avons noué des amitiés étroites dans toute l'Europe, dont je me réjouis encore aujourd'hui.»
 

George Wein


Simone Ginibre et Kenny Garrett,
Grande Parade du Jazz 1992 © John Beake by Courtesy 




La Grande Parade du Jazz 1978





Simone Ginibre, cofondatrice, avec George Wein, et organisatrice de la Grande Parade du Jazz de Nice, l’un des plus grands festivals de la fin du XXe siècle par la qualité de sa programmation, est décédée le 6 mars 2018. 


Née Simone Benetti, le 13 avril 1929, à Marseille, elle débuta comme chanteuse de jazz sous le nom de Simone Chevalier. Elle rencontre dans les clubs parisiens Jean-Louis Ginibre, contrebassiste. Ensemble, il et elle construisent leurs parcours professionnels: il travaille à la RTF, devient rédacteur en chef de Jazz Magazine puis patron de presse (Pariscope, Les Cahiers du Cinéma, Lui...), elle devient agent de musiciens de jazz américains pour l’Europe (Phil Woods, Jimmy Owens, Wallace Roney, Miles Davis, entre autres).
Après leur séparation, Jean-Louis Ginibre s'installe aux Etats-Unis, et Simone devient l’une des personnalités du jazz en France: en 1974, elle fonde avec George Wein La Grande Parade du Jazz à Nice, festival mythique qu'elle fait vivre pendant vingt ans, jusqu'à ce que le Mairie de Nice décide de l'écarter dans une sombre histoire intervenue lors du mandat d’un maire de Nice «intérimaire», Jean-Paul Baréty (d’octobre 1993 au 25 juin 1995), qui avait succédé à Honoré Bailet, démissionnaire, lui-même succédant à Jacques Médecin, l’emblématique maire de Nice qui décida en 1973, sur la proposition de Simone Ginibre et George Wein, de la création de la Grande Parade du Jazz.

Internationalement reconnue comme l’une des plus grandes manifestations dédiées au jazz, la Grande Parade du Jazz fut une réussite jusqu’à sa surprenante disparition, en plein succès (record d’affluence dans l’édition de 1993), malgré toutes les tentatives, très diplomatiques mais restées sans réponse, de George Wein et Simone Ginibre pour prolonger une si belle histoire. Simone Ginibre, au plus fort du conflit de 1994 avec la Mairie de Nice, confia à Jazz Hot une synthèse de cette histoire et un récit précis des événements sans queue ni tête, encore inexpliqués à ce jour (il faudrait avoir le récit de l’éphémère maire de Nice d’alors), qui aboutirent à la disparition de ce monument festivalier (Jazz Hot n°510, mai 1994).

En fin de compte, cet imbroglio juridico-politique priva le jazz, sans explication officielle, de sa plus formidable scène après 20 ans de succès. George Wein et Simone Ginibre ont en effet produit sur les multiples scènes de la Grande Parade du Jazz la plupart de tous les grands musiciens du jazz et du blues alors en activité, américains notamment, et c’est peut-être dans cette approche très jazz de culture, américain donc, de la programmation qu’il faut peut-être chercher l’explication de cet épisode désastreux pour le jazz en France. L’époque, les années Mitterrand, sous la houlette de Jack Lang –beaucoup l’ont oublié– était favorable au «jazz français, seul créatif» (privilégié par une politique de subventions incitatives), et le reproche était fait à Nice de ne présenter que des musiciens américains.
Quoi qu’il en soit, la Grande Parade du Jazz de Nice reste le grand-œuvre de Simone Ginibre, qui organisa avec compétence et fermeté, avec aussi une grande complicité et amitié pour George Wein et les musiciens de jazz, pendant ces 20 ans, un festival à nul autre pareil, jazz sans faiblesse et sans beaucoup de concessions à l’air du temps, avec une liberté de programmation et une connaissance du jazz qui n’existent plus. 

Jean-Pierre Vignola, qui seconda Simone Ginibre, est l’une des mémoires de cette aventure du jazz à Nice; il faudrait qu’il la transcrive. 

Sur le plan artistique, Jean-Christophe Averty nous permet d’en retrouver la mémoire filmée en 1977 en particulier (cf. notre sélection des vidéos) et le label phonographique Black & Blue restitue sur une série de disques la magie de ce festival pour la seule année 1978, où l’on retrouve Carrie Smith, Helen Humes, Mary Lou Williams, Harry Sweets Edison, Illinois Jacquet, Guy Lafitte, Jonah Jones, Eddie Lockjaw Davis (cf. la discographie), mais aussi tous les musiciens qui les accompagnaient, dans de véritables all stars: Hank Jones, Oliver Jackson, Major Holley, Vic Dickenson, Jo Jones, Pierre Michelot, Claude Gousset, George Duvivier, Roland Hanna, JC Heard, Gerry Wiggins, Bob Wilber, Hank Crawford, Roland Lobligeois, Paul Bascomb, Alan Dawson, Dick Hyman, André Persiani, Eddie Vinson, Arnett Cobb, etc.

Dizzy Gillespie et James Moody, Grande Parade du Jazz de Nice 1985 © Lisiane Laplace
Dizzy Gillespie et James Moody, Grande Parade du Jazz de Nice 1985 © Lisiane Laplace

Car la Grande Parade du Jazz de Nice a permis de présenter non seulement les grandes stars du jazz, blues compris (Count Basie, Mary Lou Williams, Jo Jones, Dizzy Gillespie, Lionel Hampton, Miles Davis, Stéphane Grappelli, Fats Domino, B. B. King, Wynton Marsalis, Stan Getz, Muddy Waters, Bill Evans, Art Blakey, etc.) mais aussi tous les musiciens de talent et parfois de génie, mais moins connus, sidemen ou leaders, qui ont écrit l’histoire du jazz, comme le savaient si bien George Wein et Simone Ginibre.

Simone Ginibre a donc été l’instigatrice, avec la complicité de George Wein, de cet événement hors du commun, et il est consternant, tout autant que symbolique d’une époque sans mémoire, de constater le fait qu’il est difficile voire impossible de trouver sur internet la date et le lieu de son décès ou de sa naissance, de même qu’une biographie détaillée, Nice-Matin se contentant d’un tweet pour signaler la disparition de cette personnalité qui a tant donné à la ville de Nice. Des centaines de milliers d’amateurs de jazz de tous les pays sont pourtant venus à Nice pour la Grande Parade du Jazz. Michel Laplace, dans un texte après cette nécrologie, évoque avec nostalgie ce que représenta cette manifestation pour le public. Il n’est pas le seul à le penser.

Simone Ginibre entourée de D à G par Charlton Johnson, Carmen Bradford, Frank Foster et son fils Jean-Noël Ginibre. Jean-Pierre Vignola est masqué par Simone Ginibre. Grande Parade du Jazz 1991, Hôtel Hyatt © Gérard Demonchy by courtesy
Simone Ginibre au centre entourée de droite à gauche par Charlton Johnson (g, Count Basie Orchestra), Carmen Bradford (CBO),
Frank Foster (leader du CBO) et son fils Jean-Noël Ginibre. Derrière Simone, on reconnaît le crâne de Jean-Pierre Vignola. Grande Parade du Jazz 1991, Hôtel Hyatt © Gérard Demonchy by courtesy

Nous retrouvons également après ce texte quelques réactions de musiciens à cette disparition d’une grande dame du jazz (recueillies par Mathieu Perez), une de celles qui, pour avoir été dans l’ombre, n’en a pas moins eu une importance majeure pour les centaines de milliers d’amateurs qui ont pu découvrir grâce à elle le jazz et ses musiciens, en France en particulier.

Depuis sa retraite forcée en 1994, elle avait pris du recul, vivant une vieillesse trop inactive pour une femme qui fut si efficace et investie dans son projet (on lui prête un caractère exigeant), une passion certainement. Nous avons croisé Simone Ginibre, notamment à un anniversaire de Jazz Hot, et elle dégageait, même en retraite, ce mélange de fermeté et d’agacement de ne pas pouvoir encore s’occuper de tout… 

Son fils, Jean-Noël Ginibre (directeur de Loop Productions) a repris le flambeau de la diffusion du jazz et perpétue ainsi la tradition. L'équipe de Jazz Hot partage sa peine.

Yves Sportis
Photos John Beake, Lisiane Laplace et Gérard Demonchy by courtesy, remerciements à tous.





Simone Ginibre et Jazz Hot: n°510-1994


DISCOGRAPHIE

Nice Jazz 1978, Carrie Smith, Black & Blue 1000

Nice Jazz 1978, Helen Humes, Black & Blue 1001

Nice Jazz 1978, Mary Lou Williams, Black & Blue 1002

Nice Jazz 1978, Illinois Jacquet, Black & Blue 1004

Nice Jazz 1978, Guy Lafitte, Black & Blue 1005

Nice Jazz 1978, Eddie Lockjaw Davis, Black & Blue 1006

Nice Jazz 1978, Harry Edison, Black & Blue 1007

Nice Jazz 1978, Jonah Jones, Black & Blue 1008


VIDEOS

Chet Baker Quartet, La Grande Parade du Jazz de Nice 1975

https://www.youtube.com/watch?v=nfNns-9QlFI


Muddy Waters, La Grande Parade du Jazz de Nice 1977

https://www.youtube.com/watch?v=jzAKgzcnjIs


Count Basie Orchestra, La Grande Parade du Jazz de Nice 1977

https://www.youtube.com/watch?v=HyBZZwoKp0I


Dizzy Gillespie, La Grande Parade du Jazz de Nice 1977

https://www.youtube.com/watch?v=aEouivUcXIk


Dizzy Gillespie, Barney Wilen, Stan Getz, Andy Laverne, Rodney Jones, Mike Richmond, Mickey Roker, la pluie et une improvisation de Dizzy, La Grande Parade du Jazz de Nice 1978

https://www.youtube.com/watch?v=JpE7Uilf-kc


Eddie Cleanhead, Hank Crawford, David Newman, Jimmy Rowles et George Wein, Milt Hinton, Alan Dawson, La Grande Parade du Jazz de Nice 1978

https://www.youtube.com/watch?v=gMjeqELkkXI


Mary Lou Williams, Sam Jones, Jo Jones, La Grande Parade du Jazz de Nice 1978

https://www.youtube.com/watch?v=TMkkypX2C1U


Illinois Jacquet All Stars avec Arnett Cobb, La Grande Parade du Jazz de Nice 1981

https://www.youtube.com/watch?v=AF0VRgkUYhM


Harry Sweets Edison, Jay McShann, Eddie Jones, Shelly Manne, La Grande Parade du Jazz de Nice 1982

https://www.youtube.com/watch?v=TpA1o7C3sGc


Dizzy Gillespie, La Grande Parade du Jazz de Nice 1983 

https://www.youtube.com/watch?v=AV_1XpCDMRw


Sacha Distel, Clark Terry, Jimmy Gourley, René Urtreger Pianos, Pierre Michelot, La Grande Parade du Jazz de Nice 1983 

https://www.youtube.com/watch?v=pq5XU5pzIkw


Miles Davis, La Grande Parade du Jazz de Nice 1991

https://www.youtube.com/watch?v=Ekh05_5_2m8


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Quelques réactions…

recueillies pour
Jazz Hot par Mathieu Perez (y compris celle de George Wein)

Todd Barkan (producteur et patron du Keystone Korner, cf. Jazz Hot n°671)

Simone Ginibre was a tireless jazz warrior.

Simone Ginibre était une guerrière du jazz infatigable.


Lew Tabackin 

My memories of Simone, basically deal with the Summer European festivals mainly the Nice Grande Parade, which was the launching pad to the other festivals, in Europe. Some of my most important moments took place there, starting in the 1980s. Her ability to solve problems, presented by some of our more erratic characters, was beyond parallel. Sorry those days and Simone are gone. » 

Mes souvenirs de Simone concernent essentiellement les festivals européens d'été, principalement la Grande Parade de Nice qui était la rampe de lancement des autres festivals en Europe. Certains de mes moments les plus importants ont eu lieu là-bas, à partir des années 1980. Sa capacité à résoudre des problèmes, présentés par certains de nos personnages les plus erratiques, était sans pareille. Dommage, ces jours et Simone sont partis.


Wallace Roney

Wow, Simone! She was beautiful, we all loved her. I knew her from Miles, and from booking Tony’s band. And her son, Jean-Noel is like a brother to me. They supported me and supported my band and gave my band a chance by booking my band. I will miss her. We all will miss her terribly!!! Class, talent, and integrity! Paradise will open its doors and the Chief will greet you!

Wow, Simone! Elle était belle, nous l'aimions tous. Je l'ai connue par Miles et quand ella a managé le groupe de Tony (Williams). Et son fils, Jean-Noël, est comme un frère pour moi. Ils m'ont soutenu et soutenu mon groupe, et ont donné une chance à mon groupe en organisant les tournées. Elle me manquera. Elle nous manquera terriblement!!! Classe, talent et intégrité! Le paradis ouvrira ses portes et le chef vous saluera!


Jimmy Owens

Simone Ginibre helped me in Paris in 1968-1970 in getting me work and bringing my talent to the people in Paris and France. She worked hard for Phil Woods and many other Jazz artists from the USA. I'm sure she helped many of Jazz musicians in France. Her memory will be remembered by many.

Simone Ginibre m'a aidé à Paris en 1968-1970 pour trouver du travail et apporter mon talent aux gens de Paris et de France. Elle a travaillé dur pour Phil Woods et beaucoup d'autres artistes de jazz des Etats-Unis. Je suis sûr qu'elle a aidé beaucoup de musiciens de jazz en France. Beaucoup de gens s’en souviendront.


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Affiche de la Grande Parade du Jazz 1974


Michel Laplace, qui fréquenta régulièrement la Grande Parade du Jazz de Nice, évoque cet héritage…



Pour un amateur de jazz depuis onze ans déjà, l'annonce dans le Jazz Hot n°307 de juillet 1974 (page 37) de la première Grande Parade du Jazz pouvait être prise pour un canular! Tout simplement trop beau pour y croire. J'ai assisté en 1971 à un festival à Nice dont la programmation ne se distinguait guère de celle d'Antibes que je fréquentais depuis 1967: T-Bone Walker, Ella Fitzgerald, Herbie Hancock, Roger Guérin, etc. Mais plus de doute lorsque paraît le numéro suivant de Jazz Hot avec Eubie Blake en couverture, ce «who's who» a bien eu lieu! 

Le nom de Simone Ginibre n'apparaissait pas clairement, c'était George Wein «l'organisateur du célèbre festival de Newport» qui a «recréé un ambiance semblable à Nice». En fait l'esprit, me semble-t-il, s'apparentait plus au New Orleans Jazz & Heritage Festival lancé quatre ans plus tôt. Le générique de l'évènement et la programmation initiale exclusivement orientée sur le jazz New Orleans et le jazz mainstream en témoignent. C'est donc en juillet 1975 que je me rends avec un camarade d'études sur les lieux pour la première fois (et pas la dernière). La manifestation avait lieu dans les jardins des Arènes de Cimiez, à partir de 17h. Le plus fastidieux était de trouver une place pour stationner et de franchir l'entrée, engoncé dans la foule. Puis, «the dream comes true». Dans les jardins, dans une ambiance familiale, il y avait trois sites de concerts: «dance stage», «garden stage» et plus conventionnel «arena stage» (avec chaises pour s'assoir à une distance respectable de la scène). Le gros problème, dans les années 1970, était celui du choix, car, pour l'amateur de swing, il n'y avait aucun «déchet»! Nulle part ailleurs en Europe, on pouvait assister à une «Opening Ceremony» présentée par George Wein qui alignait Bobby Hackett, Vic Dickenson, Joe Venuti, Barney Bigard, Teddy Wilson, Red Norvo, George Duvivier et Bobby Rosengarden (le 17 juillet 1975)! Cette année là, la percée du «moderne» restait timide (Chet Baker, Zoot Sims) face à un mainstream dominant (Clark Terry, Sweets Edison, Buddy Tate, Illinois Jacquet, Earl Hines) et des «traditionalistes» rarement accessibles en France (Eubie Blake, Pee Wee Erwin, Wingy Manone, etc.). Nice et ses alentours vivaient «jazz» pendant dix jours! Imaginez faire vos courses pendant que jouaient le Ruby Braff-George Barnes Quartet ou le Teddy Wilson-Joe Newman Quartet (au Cap 3000)! D'emblée ce fut le lieu de rassemblement des jazzfans chevronnés et des jazzmen français (Alain Bouchet, etc.). 

Mais aussi, c'était l'occasion idéale pour initier. J'ai donc amené en 1977 ma future épouse, Lisiane, faire là sa première plongée dans le jazz; la programmation présentait désormais du blues (Gatemouth Brown, Lloyd Glenn) et du bop de haut vol (Dizzy Gillespie, Jon Faddis). En 1984, un tournant commercial s'opère lorsque la fête devint la JVC Grande Parade du Jazz. La programmation «s'ouvre» comme on dit. Mais dans un premier temps, les légendes du jazz restent suffisamment nombreuses pour qu'on choisisse d'y consommer le jazz en famille. En 1985, Lisiane et moi venons avec nos deux très jeunes enfants (ils resteront marqués). Loin d'être une exception! 

Cette Grande Parade du Jazz à Nice a été très positive. D'abord par son ambiance presque champêtre et la proximité entre les amateurs de jazz éclairés et néophytes (voire en bas âge) et les artistes illustres. Etat d'esprit sans aucun rapport avec celui des festivals d'aujourd'hui. Nous discutons encore aujourd'hui de la liberté que nous avions de photographier les vedettes sans contrainte, même Miles Davis! Et surtout, ce festival a initialement permis un recentrage de la programmation qui a relancé des jazzmen mainstream en parfaite maîtrise de leur art dont on avait perdu l'habitude de parler. Oui, aujourd'hui encore, les «anciens» de cet évènement estival annuel parlent avec nostalgie de l'incroyable épopée du jazz dans les jardins de Cimiez. Avec des constats a postériori comme d'être installé à côté des Pastre (Michel n'avait que 11 ans) lorsque Charlie Mingus a interrompu son concert après seulement quelques mesures pour cause de magnétophones trop voyants parsemant la foule. Ces artistes ont depuis disparu, avec la Grande Parade, nous donnant l'impression d'un paradis perdu. 

Michel Laplace

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