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Michel Warlop

14 jan. 2014
The Quintessence. Paris 1933-1943
© Jazz Hot n°666, hiver 2013-2014

Réédition-Sélection
Fantaisie Grégorienne, My Gal Sal, Harlem Hurricane, All for the Swing, Crazy Fiddle, Knick Knack Blues, Dr. Swing, Miss Otis Regrette, Strange Harmony, Sérénade, Ça me tracasse, Little Girl Blue, Rhythm Step, Désespérance, Doux souvenir, Taj Mahal, Sweet Sue Just You, Je veux ce soir, Mais j'attends, Retour, Nandette, Kermesse, Aisément (CD1), Tempête sur les cordes, Harmoniques, Strictement pour les Persanes, Saut d’une heure, Fumées, Ida, Swing Concerto I & II, Nite, Sur Quatre Cordes, Poker, Mi La Ré Sol, Kiboula, Modernistic, C'est du Rythme, Si tu me dis oui, Oui, Christiana, Chromatique, 19. Mickey, Michou, Loubi, Prise de courant, Elyane (CD2)
Personnel détaillé dans le livret
Enregistré entre le 20 mars 1933 et novembre 1943, Paris
Durée : 1h 06' 31'' + 1h 10' 49''
Frémeaux & Associés 295 (Socadisc)


Dans la biographie qu’il lui a consacrée, Pierre Guingamp écrit de Michel Warlop : « Le public de Pleyel [en 1928] est d’autant plus ébahi par le talent et l’audace du jeune virtuose, qu’il sait le monde du violon sans pitié. Pour y faire sa place, il faut pouvoir rivaliser avec les musiciens de haute volée qui déjà encombre ses allées… Depuis dix ans nous viennent de l’Est de prodigieux violonistes comme Jascha Heifetz, Nathan Milstein, David Oïstrakh, Fritz Kreisler. Un Américain de New York, du nom de Yehudi Menuhin, s’est produit en 1927 à Paris, avec l’orchestre des concerts Lamoureux. 11 ans seulement et un immense talent. Michel Warlop est de la race de ces phénomènes : supérieurement doué, de la sensibilité, de l’assurance, une audace à la limite du raisonnable et déjà du métier. Parce qu’il a raflé à ce jour toutes les distinctions possibles, il est désormais hors concours » (cf. Pierre Guingamp, Michel Warlop (1911-1947) : Génie du violon swing, L’Harmattan). C’est dire, et le talent qu’il accorde et l’estime en lequel il tient ce violoniste.
Comme le mentionne l’excellent livret de Michel Nevers accompagnant cette anthologie, nous avions déjà une assez bonne connaissance de l’œuvre enregistrée de Warlop dans l’Intégrale de Django Reinhardt publiée par Frémeaux, le présent recueil mettant l’accent sur des faces dans lesquelles il s’exprime plus largement à titre individuel. Pendant ces dix années, Michel Warlop s’impose à la fois en tant qu’instrumentiste soliste et également compositeur et arrangeur ; d’abord au sein des formations qui l’engagent (Grégor, Chicago Syncopators, Léon Katun…) jusqu’à devenir leader de ses propres formations. Sur les quarante-six pièces proposées dans cette anthologie, Michel Warlop en a composé vingt-sept ! Il en a officiellement trente à son catalogue de compositeur. Manquent seulement : « A la Vanilla », « Blue Interlude », « Budding Dancers », « Carino », dont certaines figurent dans l’Intégrale Django. Sur les vingt-sept enregistrées, dix-neuf ont été composées entre 1941 et 1943. Il est en outre l’arrangeur de la plupart des autres compositions. Nous sommes donc en présence d’une anthologie très représentative de l’œuvre de Warlop.
Cet ensemble constitue, par ailleurs, un remarquable témoignage sur la diversité des productions musicales en France dans la décennie considérée. Comme celle d’Helmut Zacharias, formé à l’Académie de Musique de Berlin, ou celle de Wal Berg, son condisciple au Conservatoire de Paris, l’excellente et très complète formation musicale de Michel Warlop lui a permis de répondre très professionnellement à toutes les exigences des genres musicaux de l’époque : des « variétés » au jazz en passant par la « musique légère » (comme on disait dans années 50), en composant et interprétant des pièces de bonne tenue musicale comme quelques unes ici présentées. Mais s’il a indéniablement, plus qu’attiré, captivé la jeune génération des violonistes d’Europe occidentale, le jazz ne fut, pour ces Européens de formation très classique, qu’un genre musical parmi d’autres. En sorte que le swing, cette interprétation si particulière du tempo propre au jazz ne fut que partiellement assimilé. Dans son livret, Nevers parle fort justement de « raideur » dans certaines de ces faces. La maîtrise technique de l’instrument ne suffit pas à rendre l’originalité complète du contenu culturel.
Néanmoins, il y a quelques belles réussites, comme le remarquable solo de Pierre Allier (tp) dans la « Fantaisie Grégorienne », les deux arrangements des compositions de H. McKnight, « My Gal Sal » et « Harlem Hurricane », « Sweet Sue Just You » et « Taj Mahal », « Crazy Fiddle », « Modernistic » (d’ambiance ravélienne), « Strictement pour les Persanes », « Chromatiques », « Michou ». Cette réédition de Michel Warlop, dont le parcours n’est pas sans évoquer celui d’André Hodeir, est bienvenue. Elle permet de mieux connaître un patrimoine trop souvent ignoré.

Félix W. Sportis