| Avoriaz Jazz Up
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6 avril 2012 |
| Avoriaz, du 31 mars au 6 avril 2012 |
Du 31 mars au 6 avril 2012 s’est tenu pour la cinquième année consécutive le festival Avoriaz Jazz Up, qui a su proposer une programmation éclectique et de qualité. Outre les sept concerts donnés dans la belle Salle des Festivals (390 places), c’est presque toute la station qui se mit pour une semaine au diapason du jazz puisque les restaurants accueillaient en «after» des formations de qualité, jazz manouche, vocal ou new-orleans, pendant toute la durée de l’événement.
Le festival, qui doit beaucoup à son créateur Gérard Brémond (que l’on connaît comme propriétaire du Duc des Lombards et de TSF, et qui préside à la destinée du groupe Pierre et Vacances à l’origine de la création d’Avoriaz), est organisé par l’Office du tourisme, dirigé par Stéphane Lerendu. La programmation est signée Gilles Labourey, le directeur de l’Institut Musical de Formation Professionnelle de Salon-de-Provence, qui a fait le pari d’amener au jazz une population de vacanciers hivernaux en proposant un spectre large allant des têtes d’affiche aux formations moins connues ou plus pointues. TSF a retransmis intégralement en direct les quatre derniers concerts dans «Jazz Live».
André Ceccarelli et David Linx ont ouvert le bal le 31 mars avec un concert en forme d’hommage à Claude Nougaro, accompagnés par Pierre-Alain Goualch (p, Fendre Rhodes) et Diego Imbert (cb). Complices depuis trois années sur ce projet qui a donné naissance à un disque (Le Coq et la Pendule, chez Plus Loin Music, sorti en 2009), les deux hommes, amis de Nougaro, ont fait revivre certains de ses plus beaux titres avec toute la liberté qui leur est propre.
Le lendemain, après la master-class animée l’après-midi par Sylvain Beuf, on retrouvait sur scène les mêmes Pierre-Alain Goualch et Diego Imbert, accompagnés cette fois de Franck Agulhon (dm), autour de Sylvain Beuf (s) pour un concert laissant la part belle à l’improvisation et à l’expression de la sensibilité des quatre compères dans leurs propres compositions (le trio Goualch-Imbert-Agulhon avait d’ailleurs commis un album en 2010 : Joy, et les quatre hommes se connaissent de longue date, même s’ils ne jouent que trop rarement tous ensemble).
Le lundi était consacré à la soirée Jazz Emergence, soit la possibilité pour quatre jeunes groupes issus de centres de formation jazz et musiques actuelles de se produire sur scène pendant un an à l’occasion de festivals (Avoriaz, Vannes, Marciac, Chambéry et Tours), dans une optique d’insertion professionnelle. En dépit d’un jazz parfois «lointain», la soirée procura de beaux moments musicaux. Après une première formation de Chambéry, Falfala, qui mélangea avec sensibilité les influences méditerranéennes et orientales de ses membres, un trio toulousain, Pasiphae, présenta des chansons expérimentales bien éloignées du jazz. Le quintet de Salon-de-Provence, Quintet’Sens, fit entendre d’intéressantes compositions à dominante funk, avant de laisser la place à la plus talentueuse formation de la soirée, un trio de Tours, Groove Catcher, qui montra un très grand sens de l’équilibre entre la basse, le saxophone et la batterie, dans un jazz enlevé et dansant.
Mardi, dans la salle presque pleine, la gracieuse et énergique chanteuse française Virginie Teychené, accompagnée de Stéphane Bernard (p), Gérard Maurin (cb) et Jean-Pierre Arnaud (dm) a revisité avec succès le répertoire des chansons jazz, donnant à entendre son étonnante technique sur des titres tels «I Got the Blues», «I’m Gonna Go Fishin’», «The Power of Love», en terminant magistralement sur «La Course aux rats» dont la version française, sur une musique de Quincy Jones, est due à Mimi Perrin. Egalement très à l’aise sur des morceaux où elle laisse s’exprimer sa sensibilité («Chinese Talking» ou «Don’t Explain»), Virginie Teychené à fait vibrer la salle de ses multiples émotions, dialoguant parfaitement avec ses musiciens et prenant le temps de présenter chaque morceau au public. Le lendemain, encore une chanteuse, mais dans un genre totalement différent : New-Yorkaise originaire du peuple indien des Tuscarora, Pura Fé, une voix de blues toute à la fois puissante et intimiste, introduit magnifiquement le concert par une chanson qu’elle interprète seule, uniquement armée de son micro et d’une pédale de loop qui a fait s’entremêler les voix jusqu’à laisser l’impression d’un véritable chœur amérindien. Rejointe ensuite par Peter Knudson (perc) et Cary Morin (g), elle se réfugie derrière sa steel guitar pour chanter la douleur (sa grand-mère assassinée par le Klu Klux Klan dans «Della Blackmon», le blues (les superbes «All the Rain» et «Ole Midlife Crisis») et la révolte (l’énergique «Stand Up for Human Pride»).
Jeudi, le guitariste de Brooklyn Jonathan Kreisberg a joué en quartet avec Will Vinson (s, p), Joe Martin (cb) et Colin Stranahan (dm). Doté d’une aisance technique déconcertante et d’un jeu pour le moins physique (il faut voir son visage s’agiter sans cesse, tendu et concentré), il n’en conserve pas moins une belle sensibilité, présentant au public des compositions originales majoritairement issues de son dernier album Shadowless, dont les superbes «Microcosm for Two» et «The Common Climb», ainsi que le surprenant «Zembékiko» inspiré d’un traditionnel grec, mais aussi des morceaux non encore enregistrés comme la ballade «Being Human». La formation a prolongé la soirée savoyarde en faisant le bœuf en compagnie d’autres musiciens dans l’un des restaurants de la station.
Le vendredi soir, pour la clôture, les organisateurs avaient convié trois duos sur la scène comble d’Avoriaz. Mario Canonge, qui s’était cassé le poignet deux jours avant la soirée, s’est vu remplacer au pied-levé par Christian Escoudé pour accompagner Michel Zenino (cb) en ouverture du concert. Habitué à proposer au public des standards dans ses duos, le contrebassiste proposa donc à son invité de marque une promenade des plus plaisantes parmi les grands du jazz, entre Gershwin, Django et Cole Porter.
En deuxième partie, le duo formé par Olivier Ker Ourio (Hca) et Manuel Rocheman fut somptueux. Démarrant par «Touchez pas au Grisbi» de Jean Wiener, dont ils proposèrent une interprétation langoureuse et émouvante, ils enchainèrent avec des morceaux d’une grande variété, d’un thème réunionnais à une chanson de Paul Simon («I Do It for Your Love») en passant par «Five» de Bill Evans, avant de terminer sur un excellent «Caravan».
En point d’orgue du festival, Biréli Lagrène et Sylvain Luc ont offert à un public conquis leur numéro rodé de duettistes virtuoses. Sans programme préétabli, les deux guitaristes ont proposé des morceaux au gré des envies de chacun, dont le très beau « Estate », qu’ils avaient enregistré dans leur premier album en 1999 (un clin d’œil peut-être à Claude Nougaro à l’honneur dans le festival, et qui avait mis en mots ce thème sous le titre «Un été»).
Christelle Gonzalo
Photos Christelle Gonzalo |
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