Nouveauté
Gianni Iorio (Bandonéon), Pasquale Stafano (p), Pierluigi Balducci (b), Guest : Javier Girotto (s)
Enregistré au studio Mediterraneo et au Enregistré Artesuono Studio, Italie, 2010
Durée 69' 06"
Jazz Haus Recording 045
Le critique espagnol José Luis Salinas titrait un de ses livres paru en 1994 Jazz, Flamenco, Tango. Les deux rives d’une large rivière. Le discours de Salinas pointe un grand nombre de similitudes entre ces trois grandes musiques. Elles se sont d’ailleurs largement côtoyées et même frottées les unes aux autres. Sans aucun doute la puissance du jazz a plus imprégné le tango que l’inverse. En France elles ont habité les mêmes toits tout au début des années trente. Les dancings et cabarets parisiens avaient presque toujours deux formations, une de tango, une de jazz même si au cours de la décennie l’une ou l’autre devait se pousser un peu pour laisser la place à un ensemble antillais ou cubain. Il n’est pas non plus surprenant qu’à Paris soit née en octobre 1930 une revue intitulée Jazz Tango Dancing qui relatait la vie de ces deux musiques en France. On y trouvait d’ailleurs les premiers articles sérieux sur le jazz, les chroniques des concerts des jazzmen américains de passage en France. Avant de fonder Jazz Hot, Hugues Panassié était un de ses collaborateurs. On peut penser (du moins c’est l’avis du chroniqueur !) qu’un amateur d’un jazz né sur les bords d’un grand fleuve comme le Mississipi puisse être sensible à ce tango, né sur les rives du Río de la Plata. Et d’autant plus si la musique est de bonne facture ! C’est le cas de ce disque du Nuevo Tango Ensamble dont les trois musiciens sensibles à la tradition argentine savent la faire s’envoler vers une modernité construite et respectueuse. Pourtant les trois instrumentistes sont italiens -mais d’où venaient donc les parents de Piazzola ? C’est d’ailleurs de Piazzola qu’ils s’inspirent. Piazzola, s’est intéressé au jazz bien avant de connaître les racines du tango car de trois à seize ans c’est à New York qu’il a vécu et là c’est le jazz et la musique classique qui l’intéressaient. Ces influences au moment de son reencuentro -ses retrouvailles- avec l’Argentine et le tango l’ont conduit à rénover ce dernier et c’est de cette démarche que s’inspirent les partenaires du Nuevo Tango Ensamble. Tous trois sont les auteurs de huit des compositions (titres en italien pour la plupart car il est inutile de dissimuler ses origines). Les rythmes ne sont pas seulement le tango (« d’Impulso ») mais plus largement ceux d’Argentine. On trouve une magnifique milonga, « Milonga para la luna », pour laquelle le trio a invité le saxophoniste Javier Girotto, né à Cordoba mais venu en Italie au bout d’un quart de siècle d’existence (Passage par Berklee, participation en France à l’O.N.J….). On écoute aussi Girotto sur « Il Fiume in piena », sur un fond de chacarera tout comme « Angelica ». Le rythme candombe, avec ses réminiscences afro, est aussi présent. Enfin la lente milonga « Le lanterne di Phuket » est, comme tous ces rythmes, délicatement mixée de classique, jazz, de diverses influences italiennes ou d’horizons divers. Le dernier thème, « Cholco », est l’œuvre de Ángel Villoldo un grand compositeur argentin auteur de cette œuvre historique en 1903 et que beaucoup de jazzmen comme Armstrong, Eckstine ont interprété sous le titre de « Kiss of Fire ». Le trio en donne ici une excellente version moderne.
Patrick Dalmace |