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31 octobre 2017, 13h

Conférence de Presse de Carles Puigdemont, Président du parlement de Catalogne

Au press-club de Bruxelles, a eu lieu ce jour la conférence de presse du Président du parlement de Catalogne (https://www.youtube.com/watch?v=BRpXO1gRtdg). Sans surprise, le président du gouvernement catalan a opposé le caractère démocratique de son action (référendum, vote du parlement, pacifisme, ouverture au dialogue restée sans réponse, et proclamation de la République de Catalogne) au fonctionnement non démocratique de l'Etat espagnol (confusion des pouvoirs judiciaire et exécutif, menaces d'Etat, violences policières, laisser-faire des violences d'extrême-droite, menaces contre les personnels politiques, les maires et les fonctionnaires catalans).

Carles Puidgement a également appelé l'Europe
à se ressaisir, c'est pourquoi il est à Bruxelles, siège de l'Europe, et à se fonder sur les valeurs de la démocratie, la séparation des pouvoirs et le respect des peuples à disposer d'eux-mêmes. Ci-dessous, une petite synthèse et un relevé de sa conférence de presse.

On peut cependant craindre, après l'épisode grec, où l'Europe a bafoué la démocratie grecque en dépit des discours de Tzipras sur les valeurs de démocratie, que ce soit la seule erreur d'analyse de Carles Puigdemont, malgré la dignité de son discours. L'Union européenne n'est pas une entité démocratique, ni dans ses fonctionnements, ni dans ses fondements. Pas plus que les Grecs hier, les Catalans n'ont à attendre une quelconque solidarité des dirigeants européens.

Seuls les peuples européens, français en particulier, pourraient encore faire bloc avec la nouvelle République catalane. C'est de là, comme en 1936, que dépendra le sort de la Catalogne, républicaine et indépendante. On peut être très inquiet et sur son avenir, sur le sort des opposants politiques et sur l'avenir de la Catalogne républicaine.


Carles Puigdemont a rappelé qu'il avait, à la suite du référendum, demandé au parlement de suspendre la déclaration d'indépendance en attendant de pouvoir engager des discussions. Le gouvernement espagnol n'a pas accepté et a engagé contre le gouvernement de Catalogne des procédures pour enfermer les responsables et des fonctionnaires, contre 700 maires de Catalogne déjà déférés en justice. L'agressivité et la violence contre les votants du 1er octobre 2017, y compris de vieilles personnes par la police espagnole, des cautions très élevées contre les responsables politiques, l'impunité des groupes violents d'extrêmes droite…

Il a dit que le gouvernement de la Catalogne et lui-même acceptent le résultat du vote pour ou contre l'indépendance proposé par l'Etat espagnol, si celui-ci s'engage à l'accepter, quel que soit le résultat. Car il ne peut y avoir de consultation démocratique que si on en accepte le résultat.

Il a accepté de répondre à la justice espagnole, si la justice était déconnectée du pouvoir politique, car en démocratie, et pour une justice équitable, il faut la séparation des pouvoirs judiciaires et politiques.

Il a fait remarquer que depuis le début, toutes les violences sont venues du gouvernement espagnol et qu'aucune n'est venu du gouvernement de la Catalogne, ni des Catalans.

Il a demandé que soit garanti la sécurité personnelle des responsables politiques catalans, garantie de la liberté de leur expression.

Toutes les déclarations du gouvernement de la Catalogne ont été pacifiques pour éviter tout affrontement et toute violence. La violence est du ressort du seul gouvernement espagnol. Nous n'avons pas obligé nos fonctionnaires a faire un choix pour ne pas leur faire subir de violence.

La plainte du procureur espagnol, conforté par le gouvernement espagnol, confirme l'extrême agressivité du gouvernement espagnol. Une plainte sans fondement, qui fait référence à des faits politiques, qui veut poursuivre des personnes pour leurs idées, qui les menace de 30 ans de prison avec des cautions abusives qui s'ajoute à l'escalade de violence du gouvernement espagnol. Nous n'allons pas y répondre, parce que nous sommes prudents et responsables. Le gouvernement de la Catalogne donne sa priorité à 4 points:

- 1° point: Une partie du gouvernement et lui-même se sont déplacés à Bruxelles pour mettre en évidence les problèmes institutionnels espagnols au cœur de l'Europe, et dénoncer la politisation de la justice espagnole, l'absence d'impartialité, la volonté de poursuivre les idées et pas les délits ou les crimes. Pour mettre en évidence pour le monde le grave déficit démocratique qui existe dans l'état espagnol.

- 2° point: La résolution du peuple catalan pour l'autodétermination, au dialogue et pour une solution politique négociée. On ne va pas se positionner à partir d'une action de la justice. Le gouvernement catalan va continuer son travail malgré les limitations qu'impose la stratégie de confrontation du gouvernement espagnol. Le gouvernement catalan ne veut pas fuir la justice espagnole, mais se positionera politiquement et pas à partir d'une décision de justice.

- 3° point: Le gouvernement catalan va s'opposer à la mise en place de l'article 155 et étudier les alliances (partis, syndicats, personnes, fonctionnaires) pour éviter un démentèlement du système catalan. Les personnes qui ont sauvé les écoles le 1er octobre vont aussi sauver nos institutions.

- 4° point: l'élection prévue par l'Etat espagnol est un défi. Le gouvernement catalan n'a pas peur des défis, Le gouvernement catalan va accepter ce défi. Question à tout le monde: "Nous on va respecter les résultats des élections du 21 décembre comme on l'a toujours fait, quel que soit le résultat. Je veux poser la question au gouvernement espagnol. Va-t-il faire de même? Je veux un engagement clair. Va-t-il respecter l'indépendance si elle l'emporte? Parce que si ce n'est pas un engagement clair, c'est que ce n'est pas démocratique avec deux sortes de votants, pas égaux. Pour terminer je demande à la communauté internationale et tout particulièrement à l'Europe, je lui demande de réagir. Le cas de la Catalogne met en cause les valeurs sur lesquelles sont fondées l'Europe: la démocratie, la liberté, la libre expression, l'accueil, la non violence. Ne pas permettre au gouvernement espagnol de ne pas dialoguer, de tolérer la violence de l'extrême droite, de s'imposer militairement, de nous mettre en prison, car ce serait finir avec l'idée d'Europe. Ce serait une erreur énorme que tout le monde, pas seulement nous, va payer.

Au peuple de Catalogne, je dis: «Soyez prêt à parcourir un long chemin avec un état central qui ne comprend que la force, la violence, la répression, pour obtenir que nous abandonnions notre projet politique. Ils n'y arriveront pas. La volonté et l'intelligence collective qui nous a permis d'avancer pacifiquement, le peuple catalan n'a jamais fait preuve de violence.

Question: vous êtes à Bruxelles et à quelles conditions retournez-vous en Catalogne.

"Je ne suis pas ici pour demander l'asile politique, je suis ici dans la capitale de l'Europe pour m'exprimer en toute liberté et sécurité. On est ici pour demander des garanties qui n'existent pour l'instant pas en Catalogne. Vous avez remarque le titre de la demande du procureur général? «Plus dur sera la chute». Ça n'indique pas un désir de justice, un désir de vengeance. Tant qu'il n'y aura pas une garantie d'un processus pour tous, particulièrement en regard des groupes très violents, il n'y aura pas les conditions objectives. On veut agir de manière complètement libre et tranquille. J'insiste: on ne veut pas échapper à nos responsabilités devant la justice. On peut avoir ces garanties dans le cadre de l'Union européenne, on est ici comme citoyens européens, qui peuvent circuler librement dans toute l'Europe. On a décidé, comme gouvernement légitime, d'aller à Bruxelles la capitale de l'Europe."

autres questions à suivre sur: https://www.youtube.com/watch?v=BRpXO1gRtdg







Yves Sportis

© Jazz Hot n°682, automne 2017

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